Aujourd’hui, Fritz rend très simplement hommage au(x) chien(s), à leur présence indéfectible et à leur abnégation
avec
- un album, Un jour un chien, de Gabrielle Vincent (la créatrice des savoureux Ernest et Célestine)

Ce livre, simple et poignant, parle de l’abandon, du
désarroi, de la solitude, de la rencontre aussi, qui sauve de tout cela. Il date de 1982 et reste un tour de force pour
sa performance graphique et la liberté qui s’y affirme. Gabrielle Vincent
(1928-2000) y synthétise un savoir-faire et une présence actuelle du conte ou
de la fable, en posant cette question de l’animal dans une société qui s’en
éloigne, ou prétend s’en affranchir, pour mieux le dévorer et l’exploiter dans le
monde mécanique qu’elle façonne. En quelque sorte, «
Nous sommes des chiens » pourrait être l’implicite de ce livre sans mots, avec toute la latitude
d’expressions qu’entretient ce terme désignant le premier des animaux domestiqués.
- un poème, resurgi des brumes de l’enfance

L’homme et le chien
Il ne voyait rien, il ne cherchait rien,
Il se contentait d’avoir un grand chien
A qui il parlait, à qui il riait
Comme à un ami qui lui ressemblait.
A deux, ils formaient sûrement quelqu’un,
Quelqu’un de très bon, quelqu’un de très bien
Traversant la vie sans souci aucun,
Simplement content d’être content,
De ne désirer rien d’autre vraiment
Que d’être ici-bas un homme et un chien.
Maurice Carême
- et même une petite réflexion sur la Zoothérapie…
Bien que le
terme de zoothérapie ne soit apparu que récemment, l’homme de l’Antiquité reconnaissait
déjà certains bienfaits que l’animal pouvait lui apporter ; il existe une
ancienne croyance
selon laquelle un chien permettait aux personnes qui se sentaient menacées de folie de se protéger contre les mauvais esprits (Gomez, 2005). Mais ce n’est
qu’à partir du
XVIIIe siècle que l’on se penche réellement sur la question des bienfaits des animaux sur
l’homme. Pour la première fois, on place des animaux auprès de certains humains
dans le but d’améliorer leur qualité de vie. Cependant, aucune étude
approfondie n’est entreprise lors de ces expériences.
En 1792,
dans le Yorkshire, en Angleterre, le Docteur William Tuke, fonde l’institut « York Retreat ». Les procédés parfois brutaux infligés aux malades mentaux le bouleversent. Il
souhaite créer de nouvelles méthodes thérapeutiques mieux adaptées et tout simplement
plus humaines. Il commence par apporter des lapins et des volailles dans l’établissement,
puis les confie aux personnes souffrantes pour leur apprendre, entre autres, à mieux se maîtriser
et à rester calmes. Celles-ci, qui doivent surveiller et soigner les bêtes, se
sentent alors utiles et responsables.
L’utilisation
de l’animal comme aide psychologique se développe peu à peu dans d’autres domaines. C’est
ainsi que des animaux tiennent compagnie à d’anciens soldats, blessés pendant la
Guerre de Crimée. Florence Nightingale, infirmière dans les hôpitaux de
campagne pendant
cette guerre et pionnière dans l’utilisation d’animaux dans les hôpitaux,
remarque en1859 que
des animaux de compagnie peuvent aider à remonter le moral de personnes fragiles ou
blessées. De petites bêtes, dont une tortue que Florence Nightingale garde à l’hôpital,
réconfortent les patients durant leur convalescence, leur apportent de la distraction
et contribuent à diminuer leur anxiété.
Dès la fin
de la Première Guerre mondiale, le Docteur W.A White, responsable de l’hôpital Sainte Elisabeth
de Washington, intégre lui aussi des animaux dans l’établissement. L’hôpital regroupe
des soldats convalescents, internés en unité psychiatrique.
En 1942,
durant la Seconde Guerre Mondiale, le personnel de l’hôpital militaire de
Pawling, un centre
de convalescence de l’armée de l’air de New York (hôpital de la Croix-Rouge),veut
divertir les malades de l’établissement, et leur faire oublier momentanément
leurs blessures
et leurs souffrances. C’est ainsi qu’il intègre des animaux pour contribuer à accélérer
la guérison des blessés. Les anciens pilotes peuvent se distraire en s’occupant
de cochons, de
boeufs, de chevaux ou de volailles, dans une ferme à côté de l’hôpital.

Ce n’est
qu’en 1974 que la première prison ouvre ses portes aux animaux. Il s’agit du
centre de
détention « Oakwood Forensic Center », à Lima, dans l’Ohio, aux Etats-Unis. Les
détenus sont tous
internés en psychiatrie. Ils sont dépressifs et ne communiquent pas. Un jour, ils
recueillent un moineau blessé ; ils le soignent, et le gardent en cachette dans l’établissement.
Le personnel, un peu surpris de cet attachement pour l’oiseau, décide de poursuivre
cette expérience positive avec des perroquets et des poissons. Plus tard, on adopte des chiens
et des chats. L’objectif est de rendre possible un contact sain et une relation
de confiance
avec ces animaux, pour qu’ensuite les détenus puissent reproduire cela avec un humain. On
remarque alors une baisse sensible de violence, de colère, de stress et de tentatives de suicide.
Ces
quelques exemples illustrent la prise de conscience progressive des bienfaits
que l’animal peut
apporter à la santé humaine. L’homme commence en effet de se rendre compte que l’animal
peut influencer positivement son moral et son bien-être. S’il est vrai qu’aucune étude
approfondie n’a été entreprise jusqu’ici, ces expériences montrent cependant un
intérêt croissant
pour ce qui est en passe de devenir la zoothérapie.

Dans les
années 60, Ange Condoret, vétérinaire bordelais et véritable spécialiste des
relations entre l’enfant et l’animal, constate les nombreux échanges positifs
entre les enfants et
les animaux (Bouchard & Delbourg, 1995). Il s’interroge sur le lien
puissant qui les unit. Après des études aux Etats-Unis, notamment avec Boris
Levinson, il reprend en 1968 ses expériences, cette fois-ci dans une école
maternelle française. Il y amène son chien Polo, âgé de quatre ans. Il
encourage surtout les enfants souffrant de troubles du langage à aller vers
Polo et à lui parler. L’animal, qui réagit au son de la voix humaine, stimule
les élèves et cela les encourage à s’exprimer davantage. Grâce à ses travaux, Ange Condoret découvre
que le chien est un réel déclencheur de communication. Il vit, en 1969, un instant
extraordinaire : un jeune trisomique de vingt ans était resté muet jusqu’au
jour où il
prononce le nom de la chatte qu’il avait à ses côtés depuis plusieurs semaines.
Jusqu’en 1977,
Condoret multiplie les occasions de prouver les bienfaits des animaux sur l’être humain. Par
exemple, à l’hôpital de Bordeaux dans lequel il introduit une chienne, il remarque,
peu de temps après, que la présence de l’animal facilite beaucoup le contact
entre les médecins
et les patients, de jeunes enfants psychotiques. Il publie en 1977 un article intitulé Nouvelle
approche psycho-sociologique et médico-pédagogique de l’enfant, sa relation à
l’animal familier (Rossant & Villemin, 1996). Il y rassemble les différentes conclusions
de son travail entrepris en milieu médical et social. En 1977, il devient le président
de l’Association française d’information et de recherche sur l’animal de
compagnie.
Cette
nouvelle forme de thérapie ne cesse de se développer depuis car elle constitue
un moyen, semble-t-il efficace, de remédier à des maux réputés incurables. Ce type de thérapie
consiste à améliorer l’état psychologique d’une personne grâce à une relation à
la fois naturelle et affective apportée par l’adoption d’un animal de compagnie
ou lors d’interactions avec celui-ci. L’animal peut également devenir un
auxiliaire dans une relation entre un thérapeute et un patient, atteint de
troubles psychologiques, sociaux ou même physiques.
- d’après un article de Stéphanie Borel, paru dans le Bulletin de la Société des enseignants de sciences Neuchâtel, 2008