Le carnet de Fritz

En janvier, à l'iGtb...

6janvier

fritz-epiph-small.jpgEn janvier, à l’iGtb… 
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on célèbre l’épiphanie (manifestation de la lumière), avec cette galette dont on gardait dans le temps une part pour les déshérités, et en cette période dévolue aux voeux et autres résolutions, on continue de réfléchir à comment cultiver une “écologie” des relations et prendre l’option d’autrui … 

avec un cycle de 3 ateliers, thérapeutiques et expérimentaux, ouverts à tous, et dont la vocation sera d’interroger quelques évidences… le premier (voir ci-dessous) cherchera par exemple à définir avec ses participants la valeur de l’argent, et donc le tarif d’un atelier expérimental tel que celui-ci. Le deuxième (en mars) questionnera ce que nous savons ou croyons savoir de nos émotions, et le dernier  (en mai) essaiera d’explorer le fait qu’écouter l’autre, c’est aussi s’écouter soi…

et un cycle de conférences : “Entre autres”
(de 19h30 à 21h30 environ / IGTB 7 place Emile Zola, Talence / 
participation 5€)

Le vendredi 3 février : Nathalie et Dieudonné Dard nous feront découvrir les “cercles restauratifs” comme moyen de résolution des conflits
Le vendredi 24 février : Pierre-Yves Goriaux évoquera l’impact de la posture thérapeutique dans le champ social
En Avril (date à définir) : Dominique Michel et Bernadette Godmer tenteront de définir ce qu’est ou ce que pourrait être la convivialité
En Juin 
(date à définir) : Maëlle Andriamanjay montrera comment s’acheminer d’une EGOlogie vers une écologie des relations

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  • Un atelier thérapeutique et expérimental
    “L’argent, ça vaut combien ?”

le vendredi 27 janvier de 19h30 à 21h30
et le samedi de 9h30 à 17h30

animé par Pierre-André Beley 
et Dominique Michel

Ouvert à tous



  • Et toujours, —> les ateliers d’expression , Ecriture/Collage // Corps et expression de soi (06 20  25 37 75)

—> Les groupes de parole Relations familiales (06 11 08 45 27) // Garder un lien avec un parent âgé (06 03 88 90 55)

A nos souhaits...

2janvier

fritzou_12-small.jpg

Dans le sillage de Joachim...

27décembre

apres1-small.jpgapres2-small.jpg

Nowel, nowel...

25décembre

nativite_livre_des_sentences_Pierre_Lombard_1158-small.jpg









Complainte que chantait le bœuf à l’âne

Moi je suis le boeuf. Je suis boeuf c’est vrai.
Un enfant a dit un jour Maman regarde le boeuf
J’ai su que j’étais boeuf.
Je suis intelligent comme un boeuf.
C’est confortable d’être boeuf.
On est à l’aise dans une grande peau.
Je ne suis pas mécontent d’être boeuf.
On tient sur ses quatre pattes
et on n’a qu’à baisser la tête pour manger.
Parfois je rêve.
Je rêve en marchant
en marchant de long en large comme un gendarme
qui se promène.
Alors je rêve que je suis oiseau.
Ça doit être drôle d’être oiseau.
On a des plumes on a des ailes.
Un oiseau ça vole. C’est tout dire.

Une fois j’étais déjà boeuf
- mais pas autant que maintenant -
il y a très longtemps
il y a bien deux cents boeufs depuis
de père en fils
- s’il m’est permis de m’exprimer ainsi
mais il y a des secrets dans toutes les familles
bon j’étais déjà bœuf
et j’ai vu quelque chose de pas banal pour un boeuf.
Il faisait nuit. Il y avait une étoile qui jouait
comme une grosse mouche d’or
entre mes cornes.
Parfois je rêve.
Je rêve en mangeant.
Je rêve que je suis mouche.
Ce doit être drôle d’être mouche.
Une mouche ça vole c’est tout dire.
On peut embêter les bœufs.
Tandis que quand on est bœuf
on ne peut pas embêter les mouches.
Je suis intelligent.
Forcément je suis boeuf.

 Il faisait nuit oui nuit nuit.
Je me promenais sur mes quatre pattes
une après l’autre.
J’ai vu une porte ouverte.
J’ai passé ma tête de boeuf.
Il y avait là une jeune femme brune
un homme et sa barbe
et un petit enfant.
Pourquoi je suis entré je ne sais pas.
Cela m’a fait comme si une voix ordonnait :
entre donc front de boeuf
une voix comme qui dirait d’un Grand Boeuf.
Parfois je rêve.
Je rêve en mangeant avec mes cinq estomacs.
Je rêve que je me promène dans le ciel.
Ça doit être drôle d’être étoile.
Une étoile ça vole c’est tout dire.
C’est bête les rêves.
Ça vous vient quand on a trop mangé d’herbe à boeuf
ou de trèfle
ou de luzerne
ou de simples.

Je me souviens bien. J’ai une mémoire de bœuf.
J’étais déjà bœuf et j’étais entré dans la crèche
et là il y avait un enfant nu.
C’est petit tout petit
petit comme une tête de boeuf
un enfant nu.
C’est rose un enfant nu.
C’est une rose.
C’est plus nu qu’un poussin qui sort de l’oeuf
plus nu qu’un colchique d’automne
quand ça a froid.
Parfois je rêve.
Je rêve entre mes cornes.
Chacun sait que j’ai l’air songeur.
Je rêve que je suis oeuf.
J’éclate en petits morceaux
blancs et je sors de l’oeuf
boeuf
avec mes quatre pattes
ma queue qui balance
et mes cornes qui avancent
quand je fais semblant
de n’être pas content.

Je me souviens. Moi bon boeuf
couleur des colchiques.
Je baisse la tête vers l’enfant
et je souffle. Comme un boeuf:
bien doucement.
Parfois je rêve.
Je rêve que je suis souffle.
Je flotte dans l’air du soir
au-dessus de la mare
à la hauteur des peupliers
et du rouge soleil couché.
Alors je fais meuh.
Les enfants de l’école
qui cassent du bois
pour le premier feu
disent entre eux :
c’est le bœuf
Ils ne se trompent pas :
je suis le boeuf.

 Mais je me souviens. J’ai soufflé tendrementnativite_boeuf_et_ane-small.jpg
sur l’enfant
comme un bon boeuf
veuf
et l’enfant a ri.
Et la mère a souri.
Et le père a dit :
Marie.

 Moi je suis le boeuf
dont la tête brille en or
sur la boutique rouge du boucher
- et qui se demande bien pourquoi
parfois.

 Armand Lanoux

Que de cadeaux, que de cadeaux...

22décembre

c’est la hotte de Fritz
ou un petit m
esclun paternatalofatatlste…

Quelques cadeaux tout de même émergent du tas, toujours plus anapurnesque à cette période pourtant dite de crise, de marchandises à consommer

bague-pot-small.jpgBeau et écolo

Cultiver une vraie bague végétale, 
pourvoyeuse d’une réserve personnelle de chlorophylle
et donc d’oxygène,
et que l’on doit au designer islandais Hafsteinn Juliusson…






60477-small.jpg

Sportif et poétique

Ah, chevaucher ce fringant et poétique hippo-vélo,
que l’on doit au designer Eungi Kim






60462-small.jpgAffectueux

Ou alors adopter un nuage,
qui vous suivra partout comme un animal de compagnie
c’est le Pet Cloud de Michael Casker





Mais c'est qui, ce gros monsieur en rouge ?

20décembre

Mais bon sang, c’est vrai ça au fait, c’est qui, ce gros barbu habillé de rouge qu’on voit partout ?
Absolument rien à voir avec moi, Fritz, même si nous avons vaguement quelques points communs…

Parce que s’il y a une icône, à ne surtout pas abîmer en cette période, c’est la représentation omniprésente d’un bon gros bonhomme à bonnet rouge, bottes noires et barbe blanche… distribuant abondamment des cadeaux, il semble en effet au-dessus de tout soupçon. Et pourtant, nous sommes en présence d’un imposteur, voire un usurpateur, bref une sorte d’escroc… et bien sûr nous ne voyons rien, endormis que nous sommes par son air débonnaire et jovial…  Mais ce n’est pas parce que c’est Noël qu’il faut croire n’importe quoi, quand même… Lisez plutôt cette reconstitution de la vérité historique avant de vous faire un avis.

Saturnales-300x218-small.jpgLes fêtes du solstice d’hiver ou saturnalia
A l’époque de la Rome antique, les romains célébraient la fin du solstice d’hiver. La fin de l’année solaire (solaire, pas scolaire) était fêtée, à grand renfort de libations et de réjouissances, pendant les « saturnales », en référence à Saturne, dieu des semailles et de la fertilité, et qui préside aux choses du temps… Et ces « saturnales » se déroulaient du 17 au 24 décembre. En famille ou entre amis, revêtus de tuniques blanches, les romains se réunissaient alors pour faire la fête, dans des décors de guirlandes de végétations,faisaient bombance et s’offraient des figurines ou des statuettes en terre, des pains ou de la nourriture. Bon, mais il ne semble y avoir aucun lien avec un bonhomme rouge à barbe blanche… Alors ? Continuons…

Des années plus tard (tâchons d’être précis avec la chose historique … d’ailleurs, d’après de récents calculs, Jésus-Christ serait en fait né entre -5 et -7 avant JC… !), l’Eglise chrétienne instaure son calendrier, afin notamment de détrôner les fêtes et les rites romains et païens. Ainsi pour remplacer les saturnales, l’église décrète que le 25 décembre sera la fête de la naissance du Christ ! Non seulement l’Eglise christianise une fête païenne, mais en plus elle ancre dans la tradition chrétienne un évènement majeur, qui n’était pas encore célébré : la naissance de l’enfant –dieu !
Ceci donne donc l’explication de la création du jour de Noël, mais toujours pas du Père Noël ! Quoique en Russie et en Finlande, on raconte que le père Noël serait un quatrième roi mage qui offre des cadeaux aux enfants car, trop au nord de la planète pour voir l’étoile du Berger à l’époque, il n’aurait jamais atteint Bethléem.

st_Nicolas-small.jpgSaint Nicolas (ayant vécu entre 270 et 343 environ), saint assez méconnu, bien que devenu très populaire dans le nord et l’est de la France et en Belgique, voyageait à dos d’âne et aurait réalisé en son temps quelques miracles, notamment ressusciter trois enfants, ce qui en a fait le protecteur des enfants. Vers le 16ème siècle, la réforme protestante met fin à la tradition de fêter Saint Nicolas en Europe, mais les Hollandais parviennent à conserver leur « Sinter Klaas » et la distribution de cadeaux qui va avec. Ceux qui migrent vers l’Amérique emportent là-bas cette tradition où, après quelques adaptations culturelles, Sinter Klaas devient Santa Claus et change progressivement d’apparence…
On situe ensuite en 1821, une des grandes étapes de la transformation du bonhomme… A cette date, un pasteur nommé Clément Clarke Moore rédige un conte de Noël pour ses enfants, qu’il intitule « The night before Christmas » (la nuit d’avant Noël), dans lequel le Père Noël fait son apparition, dans son traîneau, tiré par des rennes. Ce même auteur rédigera également un autre texte, intitulé « A visit from St Nicholas » (la visite de Saint Nicolas), dans le journal « Sentinel » de New-York le 23 décembre 1823, où il était question de lutins distribuant des cadeaux en les jetant par les cheminées et d’une carriole tirée par huit rennes. Ce récit a été traduit et diffusé dans le monde entier… 

thenightbeforechristmaszx5-small.jpgEn 1863, le journal « Harper’s Illustrated Weekly », par son dessinateur Thomas Nast, va diffuser pendant plusieurs décennies un Santa Claus se rapprochant de l’image actuelle de notre Père Noël accompagné de ses fidèles rennes: costume rouge à fourrure blanche, ceinturon de cuir sur un large ventre, barbe blanche, aspect jovial. En 1865, l’illustrateur apporte une précision importante : Santa Claus vient du Pôle Nord…Ce détail sera d’ailleurs repris en 1866 par l’écrivain américain George P. Webster, qui dépeindra l’atelier et la maison du « Père Noël », enfouis sous les neiges du long hiver au Pôle Nord…

Bien que couramment répandue, l’idée que la firme Coca-Cola soit à l’origine de la création du Père Noël dans sa configuration actuelle n’est pas exacte. Il reste certain que, dès 1931, Coca-Cola participe largement à la popularisation de l’image du Père Noël grâce à ses campagnes publicitaires montrant le débonnaire personnage rouge buvant la fameuse boisson, entouré d’enfants.

On voit donc que notre sacré Père Noël revient finalement d’assez loin… !janry_pere_noel_st_nicolas-small.jpg

Petits chaos portatifs...

23novembre

 l’atelier d’écriture/ lecture/ collage expérimental du 14 novembre,
ou l’art d’apprivoiser le chaos, by Fritzchaos1-small.JPG
« On ne peut plus approcher notre univers  de manière linéaire avec des a priori, des dogmes et des concepts ; ce chaos-monde
imprévisible, il faut l’approcher avec les forces de l’imagination. » E. Glissant

Ça a commencé par le chaos de Glissant et l’ordre que l’on devine après (toujours après) dans le cours désordonné des temps de Queneau.

Après le chaos et l’avalanche, le calme de l’atelier : on dessine, on déchire, on noircit, on colle. Sur le tableau qui les expose, les traces des contacts comme qui dirait des plaques tectoniques de la maîtrise et de ce qui n’a pas de maître.

Puis il y a eu du son. Parfois désagréable à entendre, quelque chose entre le bruit et la musique, de la bruisique qui, lorsqu’on finissait par ne plus s’attendre à rien, ressemblait aux mouvements violents de l’air sur un paysage disons inhumain.

Chaos2-small.JPGEnsuite de la peinture de Bacon. Moi, lorsqu’il est question de Bacon, je revois cette photographie où l’artiste est dans son atelier. Il y a dans ses tableaux quelque chose qui fait penser à des personnages surpris dans un mouvement –ils sont, même immobiles, agités de spasmes, de convulsions- au moment où ils sont pour ainsi dire désossés. Comment écrire la danse (horrible ? fascinante ? érotique ? agonisante ? ) de ces corps, de ces muscles, alors que les mots charpentent tant bien que mal notre parole, notre souffle.
Puis du Lautréamont. Chacun y va de ses souvenirs de lecture. Moi, c’est le « tu ne connaîtras jamais bien les Mayas » qui accompagne les Chants. J’avais oublié la frénésie, le grotesque, le massacre joyeux de la littérature molle. Le scarabée qui pousse la femme morte, les  remparts de Saint Malo, le combat que se livrent dans le ciel les deux rapaces, c’est le dessin beau comme un graffiti précipité sur un mur écaillé d’asile.

chaos3-small.JPGEncore du son. Cette fois-ci, c’est une musique qui a voyagé, qui voyage encore, qui porte les traces audibles et silencieuses du trajet, depuis on ne sait quelles vallées, quelles clairières, quelles berges de fleuve jusqu’aux fins de terre atlantiques et méditerranéennes, qui ne cesse de nous parvenir, une musique nomade qui trimballe des morceaux de rite.

Enfin il y a eu l’architecte de Topor. Si on s’identifie aux corps entassés dans la sorte de cuve, l’idée de se faire fouler aux pieds par des types en chapeau melon est désagréable, surtout (?) pour qu’un autre type en chapeau boive on ne sait quel liquide (innommable ?) tiré par ces vendanges très politiques. Mais pourquoi faut-il que nous soyons les victimes ? Si nous savourions ce liquide, et que nous en ayons conscience, le sentiment de culpabilité que nous ressentirions ne serait-il pas encore plus désagréable ?

Chaos4-small.JPG


Il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse.” F. Nietzsche



Mesclun assez canin

20novembre

Aujourd’hui, Fritz rend très simplement hommage au(x) chien(s), à leur présence indéfectible et à leur abnégation

avec

  • un album, Un jour un chien, de Gabrielle Vincent (la créatrice des savoureux Ernest et Célestine) 
jour_chien-small.jpgCe livre, simple et poignant, parle de l’abandon, du désarroi, de la solitude, de la rencontre aussi, qui sauve de tout cela. Il date de 1982  et reste un tour de force pour sa performance graphique et la liberté qui s’y affirme. Gabrielle Vincent (1928-2000) y synthétise un savoir-faire et une présence actuelle du conte ou de la fable, en posant cette question de l’animal dans une société qui s’en éloigne, ou prétend s’en affranchir, pour mieux le dévorer et l’exploiter dans le monde mécanique qu’elle façonne. En quelque sorte, « Nous sommes des chiens » pourrait être l’implicite de ce livre sans mots, avec toute la latitude d’expressions qu’entretient ce terme désignant le premier des animaux domestiqués.
  • un poème, resurgi des brumes de l’enfanceKui-Kui-small.jpg

    L’homme et le chien

Il ne voyait rien, il ne cherchait rien,
Il se contentait d’avoir un grand chien

A qui il parlait, à qui il riait
Comme à un ami qui lui ressemblait.

A deux, ils formaient sûrement quelqu’un,
Quelqu’un de très bon, quelqu’un de très bien

Traversant la vie sans souci aucun,
Simplement content d’être content,

De ne désirer rien d’autre vraiment
Que d’être ici-bas un homme et un chien.

Maurice Carême

  • et même une petite réflexion sur la Zoothérapie

bibelot-small.jpgBien que le terme de zoothérapie ne soit apparu que récemment, l’homme de l’Antiquité reconnaissait déjà certains bienfaits que l’animal pouvait lui apporter ; il existe une ancienne croyance selon laquelle un chien permettait aux personnes qui se sentaient menacées de folie de se protéger contre les mauvais esprits (Gomez, 2005). Mais ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que l’on se penche réellement sur la question des bienfaits des animaux sur l’homme. Pour la première fois, on place des animaux auprès de certains humains dans le but d’améliorer leur qualité de vie. Cependant, aucune étude approfondie n’est entreprise lors de ces expériences. 
En 1792, dans le Yorkshire, en Angleterre, le Docteur William Tuke, fonde l’institut « York Retreat ». Les procédés parfois brutaux infligés aux malades mentaux le bouleversent. Il souhaite créer de nouvelles méthodes thérapeutiques mieux adaptées et tout simplement plus humaines. Il commence par apporter des lapins et des volailles dans l’établissement, puis les confie aux personnes souffrantes pour leur apprendre, entre autres, à mieux se maîtriser et à rester calmes. Celles-ci, qui doivent surveiller et soigner les bêtes, se sentent alors utiles et responsables.
L’utilisation de l’animal comme aide psychologique se développe peu à peu dans d’autres domaines. C’est ainsi que des animaux tiennent compagnie à d’anciens soldats, blessés pendant la Guerre de Crimée. Florence Nightingale, infirmière dans les hôpitaux de campagne pendant cette guerre et pionnière dans l’utilisation d’animaux dans les hôpitaux, remarque en1859 que des animaux de compagnie peuvent aider à remonter le moral de personnes fragiles ou blessées. De petites bêtes, dont une tortue que Florence Nightingale garde à l’hôpital, réconfortent les patients durant leur convalescence, leur apportent de la distraction et contribuent à diminuer leur anxiété. 
Dès la fin de la Première Guerre mondiale, le Docteur W.A White, responsable de l’hôpital Sainte Elisabeth de Washington, intégre lui aussi des animaux dans l’établissement. L’hôpital regroupe des soldats convalescents, internés en unité psychiatrique. 
En 1942, durant la Seconde Guerre Mondiale, le personnel de l’hôpital militaire de Pawling, un centre de convalescence de l’armée de l’air de New York (hôpital de la Croix-Rouge),veut divertir les malades de l’établissement, et leur faire oublier momentanément leurs blessures et leurs souffrances. C’est ainsi qu’il intègre des animaux pour contribuer à accélérer la guérison des blessés. Les anciens pilotes peuvent se distraire en s’occupant de cochons, de boeufs, de chevaux ou de volailles, dans une ferme à côté de l’hôpital.
le_chien_taupe-small.jpg

Ce n’est qu’en 1974 que la première prison ouvre ses portes aux animaux. Il s’agit du centre de détention « Oakwood Forensic Center », à Lima, dans l’Ohio, aux Etats-Unis. Les détenus sont tous internés en psychiatrie. Ils sont dépressifs et ne communiquent pas. Un jour, ils recueillent un moineau blessé ; ils le soignent, et le gardent en cachette dans l’établissement. Le personnel, un peu surpris de cet attachement pour l’oiseau, décide de poursuivre cette expérience positive avec des perroquets et des poissons. Plus tard, on adopte des chiens et des chats. L’objectif est de rendre possible un contact sain et une relation de confiance avec ces animaux, pour qu’ensuite les détenus puissent reproduire cela avec un humain. On remarque alors une baisse sensible de violence, de colère, de stress et de tentatives de suicide. 
Ces quelques exemples illustrent la prise de conscience progressive des bienfaits que l’animal peut apporter à la santé humaine. L’homme commence en effet de se rendre compte que l’animal peut influencer positivement son moral et son bien-être. S’il est vrai qu’aucune étude approfondie n’a été entreprise jusqu’ici, ces expériences montrent cependant un intérêt croissant pour ce qui est en passe de devenir la zoothérapie.

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Dans les années 60, Ange Condoret, vétérinaire bordelais et véritable spécialiste des relations entre l’enfant et l’animal, constate les nombreux échanges positifs entre les enfants et les animaux (Bouchard & Delbourg, 1995). Il s’interroge sur le lien puissant qui les unit. Après des études aux Etats-Unis, notamment avec Boris Levinson, il reprend en 1968 ses expériences, cette fois-ci dans une école maternelle française. Il y amène son chien Polo, âgé de quatre ans. Il encourage surtout les enfants souffrant de troubles du langage à aller vers Polo et à lui parler. L’animal, qui réagit au son de la voix humaine, stimule les élèves et cela les encourage à s’exprimer davantage. Grâce à ses travaux, Ange Condoret découvre que le chien est un réel déclencheur de communication. Il vit, en 1969, un instant extraordinaire : un jeune trisomique de vingt ans était resté muet jusqu’au jour où il prononce le nom de la chatte qu’il avait à ses côtés depuis plusieurs semaines. Jusqu’en 1977, Condoret multiplie les occasions de prouver les bienfaits des animaux sur l’être humain. Par exemple, à l’hôpital de Bordeaux dans lequel il introduit une chienne, il remarque, peu de temps après, que la présence de l’animal facilite beaucoup le contact entre les médecins et les patients, de jeunes enfants psychotiques. Il publie en 1977 un article intitulé Nouvelle approche psycho-sociologique et médico-pédagogique de l’enfant, sa relation à l’animal familier (Rossant & Villemin, 1996). Il y rassemble les différentes conclusions de son travail entrepris en milieu médical et social. En 1977, il devient le président de l’Association française d’information et de recherche sur l’animal de compagnie.

rebeyrolle_chien-small.jpgCette nouvelle forme de thérapie ne cesse de se développer depuis car elle constitue un moyen, semble-t-il efficace, de remédier à des maux réputés incurables. Ce type de thérapie consiste à améliorer l’état psychologique d’une personne grâce à une relation à la fois naturelle et affective apportée par l’adoption d’un animal de compagnie ou lors d’interactions avec celui-ci. L’animal peut également devenir un auxiliaire dans une relation entre un thérapeute et un patient, atteint de troubles psychologiques, sociaux ou même physiques.

- d’après un article de Stéphanie Borel, paru dans le Bulletin de la Société des enseignants de sciences Neuchâtel, 2008

Question existentielle...

12novembre

en ces temps de Grande Dépression

Pourquoi que je visgeorges-braque-l-oiseau-bleu-et-gris-small.jpg

Pourquoi que je vis

Pour la jambe jaune

D’une femme blonde

Appuyée au mur

Sous le plein soleil

Pour la voile ronde

D’un pointu du port

Pour l’ombre des stores

Le café glacé

Qu’on boit dans un tube

Pour toucher le sable

Voir le fond de l’eau

Qui devient si bleu

Qui descend si bas

Avec les poissons

Les calmes poissons

Ils paissent le fond

Volent au-dessus

Des algues cheveux

Comme zoizeaux lents

Comme zoizeaux bleus

Pourquoi que je vis

Parce que c’est joli

Boris Vian

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En Novembre... à l'iGtb

10novembre

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En novembre, à l’iGtb… 
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on écoute “sur la bruyère longue infiniment le vent cornant…”, mais on cherche également à se connaître davantage en prenant l’option d’autrui dans un atelier thérapeutique de groupe, on apprivoise l’inconnu en soi et chez l’autre en participant aux ateliers écriture/collage, et on partage la parole sur différentes problématiques familiales…

(le nombre de places étant limité, veuillez avoir l’obligeance de prévenir de votre participation 06 20 25 37 75 /igtb@orange.fr)

avec

  • atelier-groupe-small.jpgUn atelier de groupe continu

d’Octobre à Juin / 2 jeudis par mois,

de 19h30 à 22h30 

avec Dominique Michel, gestalt-thérapeute
assistée de Pierre-André Beley, gestalt-thérapeute

Tarif 120 € /mois

Il reste quelques places…

Inscriptions au 06 20 25 37 75

 




  • atel-lect-ecr-coll-small.jpgUn atelier lecture /écriture/collage

mensuel, le lundi du milieu de mois

le lundi à 19h30 
animé par Laetitia Darricau 
et Dominique Michel

Participation 5 € la soirée
Ouvert à tous, petite collation





  • atel-exp_-corp-small.jpgUn atelier Corps et expression de soi

mensuel, le jeudi de 19h30 à 22h30 

animé par Cécile Courageot,comédienne, danseuse 
et Dominique Michel,
gestalt-thérapeute

Tarif 25 €, la soirée

Première rencontre, le jeudi 17 novembre 2011
Ouvert à tous / Ambiance conviviale, petite collation



  • gpe-parole-pers-agees-small.jpgDes groupes de paroles

—> Garder un lien avec son parent âgé
avec Barbara Fourcade, 
psychologue, gestalt thérapeute
et Pierre-André Beley 
et Valérie Muller, gestalt-thérapeutes

Renseignements, 
inscriptions 06 03 88 90 55


gpe_paroles_BG-small.jpg

—> Les relations familiales 
avec Bernadette Godmer, 
gestalt thérapeute
Rencontres bi-mensuelles

Renseignements,
inscriptions
 06 11 08 45 27






Mesclun inquiet

24octobre

By Fritz, 

atterré littéralement par un fragment d’une vidéo de surveillance chinoise sur laquelle on aperçoit une enfant de deux ans se faire percuter par un véhicule, puis délibérément écraser, et ce dans l’indifférence générale des passants.
Saisi d’horreur et d’effroi.
Vite un mesclun pour tâcher de continuer de penser…
avec12597w_microtate_crucifixion_detail-small.jpg

  • Une citation ou même deux, “Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît à toi-même, car c’est peut-être l’un des principes fondamentaux de l’éthique. Mais sans doute serait-il aussi urgent d’affirmer avec Erich Fromm, Ce que tu fais aux autres, tu te le fais à toi-même également in Un homme pour lui-même, ESF.
  • Un essai nécessaireEthique, dernier volume de La méthode d’Edgar Morin, qui aborde les questions du bien et du mal dans un monde incertain. Pour l’auteur, “travailler à bien penser” est un enjeu vital pour résister à la cruauté du monde et à la barbarie humaine. Notre époque produit de nombreuses dislocations et ruptures éthiques dans la relation entre l’individu et la société. Partout, la communauté traditionnelle est bousculée, et les anciennes valeurs abandonnées. Spécialisations croissantes, cloisonnements bureaucratiques, dilution des responsabilités, relâchement des mœurs et de l’étreinte communautaire, entraînent un développement exponentiel de l’individualisme et une crise des fondements de l’éthique. Dans ce contexte, les distinctions proposées par Edgar Morin entre le “mal-penser” et le “bien-penser” fournissent des repères précieux pour s’orienter.
    Chacun reconnaîtra sans peine dans son catalogue du “mal-penser” (qui cloisonne, morcelle, tend à ignorer les contextes, perd l’essentiel pour l’urgent et oublie l’urgence de l’essentiel, etc.) des situations observées quotidiennement dans la vie sociale et professionnelle.
    A l’inverse, le “travailler à bien-penser” relie, décloisonne, reconnaît la complexité humaine et se dote d’une méthode pour traiter les complexités… La pensée complexe demande une ouverture et un apprentissage qu’Edgar Morin a développé par ailleurs et dont on ne trouvera dans Ethique qu’un rappel : “La morale et l’intelligence ont besoin de s’éclairer mutuellement” ; “La pensée complexe nourrit d’elle-même l’éthique. En reliant les connaissances, elle oriente vers la reliance entre humains. Son principe de non-séparation oriente vers la solidarité. Elle comporte la nécessité d’auto-connaissance par l’intégration de l’observateur dans son observation, le retour sur soi pour s’objectiver, se comprendre et se corriger, ce qui constitue à la fois un principe de pensée et un principe éthique…”

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  • Une réflexion, curieuse et amusante, sur le toujours énigmatique “passage à l’acte” dans Un jour, le crime, de Jean-Bertrand Pontalis, publiéchez Gallimard.
Le psychanalyste flâne et médite parmi les faits divers célèbres, du premier fratricide biblique au crime des soeurs Papin, et il sonde les multiples motifs du meurtre.
Les « faits divers (…) nous font pénétrer dans l’intimité de vies que nous ignorons. Et quand il s’agit de crimes, ce n’est plus un accroc dans le tissu des jours qu’il est question, c’est une entaille comparable à celle que produit une arme tranchante dans la chair. »
 
  • Un joli album, pour petits et grands, Le visage de l’autre, d’Emmanuel Levinas, philosophe, et Tom Dieck, illustrateur,  au Seuil
visage_de_l__autre_levinas-small.jpg

 Avec l’approche dune idée maîtresse : la métaphysique se joue dans la simplicité de la rencontre avec l’autre.

Autrui à qui je m’adresse, ne serait-il pas d’abord celui envers qui j’ai la relation que l’on a à l’égard de celui qui est plus faible. Par exemple, je suis généreux envers autrui sans que cette générosité soit aussitôt réclamée comme réciproque. Dès lors que l’on est généreux en espérant la réciprocité, cette relation ne relève plus de la générosité, mais de la relation commerciale, de l’échange de bons procédés. Dans la relation à autrui, l’autre m’apparaît comme celui à qui je dois quelque chose, à l’égard de qui j’ai une responsabilité.  Toute relation avec autrui est une relation avec un être envers lequel j’ai des obligations.


Dépaysements...

17octobre

Voyageurs immobiles, « étonnants voyageurs »… ou l’atelier d’écriture/collage du 10 octobre

Notre prénom est une sorte de passeport pour la vie. Premier signe de notre appartenance à la communauté humaine, il nous est donné et pourtant nous devient consubstantiel. Si familier qu’il ne nous dit rien. Pour qu’il se charge de sens, il faut en faire un objet séparé, un espace par exemple dans lequel nous habiterions. Un espace symbolique fait de sons, d’images associées, de sensations et de sentiments, de paysages et d’histoire(s). Quel prénom habitons-nous ? Expérience paradoxale permettant d’atteindre l’intime en  mettant à distance ce qui nous représente ou nous désigne, un peu comme si « Je » devenait un autre.

J’habite un prénom de ciel et d’eau, sur lequel glissent des nuages et des oiseaux, hanté par la douceur d’échos assourdis, d’appels susurrés, ouvert sur l’horizon béant et vert. L’été y murmure, jamais ne s’impatiente.

Je suis, de près ou de loin, celui qui erre près de l’eau, celui qui bée, debout, aux œufs à ses pieds dans l’air qui sent le thé. Et si je me penche, je suis très proche du bord, presque pareil au trouvère espagnol.collage_1-small.jpg

Mais un autre déplacement peut commencer, sorte de voyage immobile.  Si, en modifiant la forme de notre prénom, en le soumettant à toutes sortes de manipulations, nous explorons -et ce qui s’ouvre alors est étonnant de variété- toutes les autres formes qu’il contient, nous voici emportés par un chatoiement de possibles : d’autres cieux, d’autres climats, une autre langue, une autre vie. Opération quasi magique, cette  transformation « exotise » le prénom que nous n’entendions même plus, nous met en relation avec un ailleurs insoupçonné et nous donne l’occasion d’accueillir un étranger en soi… ou bien de faire surgir l’étranger qui est en soi. Qui aurions-nous été si nous nous étions appelés Erriep  ou  Bertenarde  ?
De quoi serait faite notre existence ?

collage_3-small.jpgErriep au fin fond des montagnes d’Anatolie
Erriep dans le bleu du ciel
Erriep au soleil naissant sur le sentier qui surplombe le vieux village de pierre où il vit
Erriep chasseur
Erriep cultivateur
Erriep assis sur le banc
Erriep poète du temps qui passe
Erriep poète de l’espace infini de son village de pierre d’Anatolie
Erriep cerf
Erriep sanglier
Erriep faucon planant au-dessus des collines d’Anatolie.

« Ailleurs» … Les sens que chacun donne à ce mot sont interrogés au gré d’un échange en forme d’inventaire incertain, où apparaissent brusquement les résonances étranges et le flou d’un terme assez  indéfinissable. Signe du lointain, « ailleurs » est si proche parfois.

Alors, pour terminer, il faut, les yeux fermés,  prendre différents matériaux : un papier coloré, deux fragments de textes (mots, expressions, phrases), deux images découpées, une couleur. Et à partir de  ce qui s’est dit, ce qui a été pensé, imaginé, ou bien en se laissant porter ailleurs, composer un collage.collage_2-small.jpg

Selon ce que lui inspire un collage autre que le sien, chacun écrit brièvement  : un mot, une phrase, une strophe… Et les textes ainsi produits sont lus, en guise de conclusion …ou d’ouverture.

Esquif tournoyant jusqu’au bout,
La vie coup de dé.
Partir, la solitude en prime. 

Terre ocre brûlée
Trois femmes
Noires rouges bleues
Terre de sienne
Trois femmes de papier
Déchirées
Terre battue
Trois femmes dansent
Noires bleues rouges
Un papillon
Dans les yeux…

En octobre... à l'iGtb

27septembre


En octobre, à l’iGtb… 
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on ramasse certes, comme Fritz, quelques feuilles à la pelle et on écoute les sanglots longs des violons,  mais on cherche également à se connaître davantage en prenant l’option d’autrui dans un atelier de groupe, on se renseigne, la porte étant grande ouverte, sur la Gestalt-thérapie, on s’aventure ludiquement (corps et âme) en quête d’inconnu, et on explore par la parole partagée quelques problématiques familiales…

(le nombre de places étant limité, veuillez avoir l’obligeance de prévenir de votre participation 06 20 25 37 75 /igtb@orange.fr)

avec 
  • Un atelier de groupe continu

d’Octobre à Juin 2 jeudis par mois,

de 19h30 à 22h30 

avec Dominique Michel, gestalt-thérapeute
assistée de Pierre-André Beley, gestalt-thérapeute

Tarif 120 € /mois

Première rencontre, le jeudi 6 octobre 2011 à 19h30 

Inscriptions au 06 20 25 37 75 

  • Une journée Porte ouverte Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Gestalt thérapie, ou presque…

le samedi 8 octobre 2011

de 10h30 à 17h

avec des présentations

des explications

des ateliers …

au 7 place Emile Zola, 33400 Talence

05 56 98 92 77

  • Un atelier lecture /écriture/collage

mensuel, 

le lundi à 19h30 
animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel

Participation 5 € la soirée
Ouvert à tous, petite collation

Première rencontre, le lundi 10 octobre 2011

  • Un atelier Corps et expression de soi

mensuel, le jeudi de 19h30 à 22h30 

animé par Cécile Courageot, comédienne, danseuse 
et Dominique Michel, gestalt-thérapeute

Tarif 25 €, la soirée

Première rencontre, le jeudi 13 octobre 2011
Ouvert à tous / Ambiance conviviale, petite collation

  • Un groupe de paroles

Les relations familiales 

animé par Bernadette Godmer, gestalt thérapeute

Rencontres bi-mensuelles

Renseignements, inscriptions 06 11 08 45 27

Première rencontre, le mardi 25 octobre 2011

   

Mesclun d'équinoxe...

20septembre

By Fritz, légèrement ballotté entre deux polarités, en ces temps équinoxiaux

  • Emporté assez loin par un livre, Trauma de Patrick McGrath – roman traduit de l’américain par Jocelyn Dupont, éd Actes Sud, 2011

    Patrick McGrath
     est un écrivain britannique connu pour plonger son lecteur dans la subjectivité de personnages psychotiques : “Pour Trauma, je suis parti d’un paradoxe : mon personnage, Charlie Weir, qui est également le narrateur, a consacré sa vie à aider les autres, sans se secourir lui-même. Il travaille avec des gens qui ont vécu des traumatismes, au sein de son cabinet ou dans des groupes de parole, alors qu’il souffre lui-même d’une blessure. Le fait est qu’il en ignore la nature. C’est un homme bancal, boiteux. L’enjeu du livre consiste, avec lui, à rassembler les pièces du puzzle. Pourquoi a-t-il des problèmes avec son ex-femme ? Sa nouvelle petite amie ? Sa mère ? Je veux que le lecteur se pose ces questions et qu’il devienne aussi un peu psychiatre. C’est une manière d’inverser la tendance : Charlie a toujours une observation à faire sur la manière dont les gens expriment leurs pensées, sur ce qu’ils cachent, ce que leurs attitudes trahissent. L’idée est de mettre le lecteur dans la même posture vis-à-vis de cette instance narrative dont la voix ne peut être fiable. Non que ce personnage soit psychotique, comme certains des narrateurs de mes textes précédents, c’est juste un homme qui doit trouver ce qui cloche pour sortir de la fuite en avant qu’il a installée malgré lui.” 
    Sur les tensions qui déchirent toute cellule familiale, sur les falsifications de la mémoire, sur la psyché lorsqu’elle se mue en chaos et sur le retour du refoulé jusqu’à la dépossession de soi, Patrick McGrath donne ici un puissant roman où un personnage commente lui-même, impitoyablement, sa propre destruction.
  • percuté par Le coup du Lapin, album dans lequel Andy Riley met en scène des lapins suicidaires (Bunny Suicides en V.O), et imagine diverses méthodes les plus farfelues, efficaces et inattendues pour y parvenir. 
Au pays de Mister Bean et des Monty Python (Aaahhh, le lapin tueur du film Sacré Graal) … Andy Riley perpétue avec talent ce si particulier sens de l’humour absurde et noir,  so british.
Sous forme de gags à la page (pour presque tout l’album), les lapins rivalisent d’ingéniosité pour être découpés en rondelle, grillés, piétinés, explosés, écrabouillés ou encore écartelés.
  • remué par Trouble-têtele Journal intime d’une dépression de Mathilde Monaque (Livre de poche)

Mathilde est l’ainée d’une famille de six enfants… A 14 ans, au moment de son entrée en seconde, Mathilde est atteinte d’une grave dépression. Elle perd du poids, ses forces et le goût de vivre. Elle doit être hospitalisée pendant plusieurs semaines au sein d’une unité pour adolescents. Séparée de sa famille, elle découvre les jours vides et gris de la vie hospitalière, d’autres ados, d’autres souffrances. Peu à peu, elle comprend qu’elle doit se battre pour vivre et non pour mourir. Elle a voulu écrire les chroniques de ses jours douloureux pour permettre à ceux qui, comme elle, ont le sentiment de se fracasser contre la vie, de sortir de la dépression. Elle livre le récit de son retour à la vie.
Lucide, Mathilde fait découvrir le monde intérieur d’une adolescence, avec ses rêves, ses désillusions et ses tourments. 

Pour faire contre-poids cependant…

  • Ravigoté par une citation de Miguel de Azambuja, in Et puis, un jour, nous perdons pied, Minuit…

Le rire est ami de la légèreté ou plutôt il la suscite, la rend possible. Rire implique d’enlever quelques attaches et l’on devient ainsi plus mobile, plus aérien. Cela permet de baisser la garde et de pouvoir s’élever, prendre de la hauteur. Le rire travaille ainsi contre le moi ou en tout cas, interroge pendant quelques instants ses fragiles frontières. Je ne sais pas bien si l’on peut parler d’un moi léger, ou si c’est plutôt malgré le moi que l’on rit, si l’on accueille le rire, ou si c’est plutôt le rire qui nous accueille dans ces moments imperceptibles de disparition joyeuse. Et le rire me rappelle surtout qu’un ailleurs est possible ici, que la continuité de nos existences- nécessaire, monotone- peut aussi abriter des éclairs, des jardins inattendus, au milieu de l’asphalte, des clairières.

  • Touché par un petit roman de Christine Orban, N’oublie pas d’être heureuse (livre de poche), dans lequel l’auteur raconte l’adolescence d’une jeune fille, ses désirs et ses désillusions. Tiraillée entre deux mondes très différents, Maria-Lila décide de quitter ce qu’elle connaît, la douceur de vivre d’un village marocain,  pour aller vers un ailleurs qu’elle imagine meilleur, Paris, qui brille de mille feux. C’est à ses dépens que la jeune fille va apprendre qu’ailleurs, ça n’est pas forcément mieux, et le plus difficile sera sans doute d’admettre qu’elle s’est trompée. Petit roman d’initiation, cet apprentissage du bonheur est traité avec fraîcheur et simplicité ; c’est une invitation à la fois au voyage et à un retour vers soi. 

Car rien n’est en soi bon ou mauvais, la pensée le rend tel.” Shakespeare, Hamlet (II,2)

  • Désopilé grâce à La planète des sages, de Jul et Charles Pépin (Dargaud), une BD encyclopédique, instructive et cocasse, et assez iconoclaste. Rendre la philosophie drôle et accessible, ce livre y parvient en associant BD et texte. Les grands penseurs y sont mis en scène dans des aventures hilarantes, elles-mêmes explicitées par quelques commentaires à la fois sérieux et espiègles… de Descartes à Wittgenstein, en passant par St Augustin, Tchouang-tseu ou Debord,  cette encyclopédie gravite, selon Jul, entre le monde de Sophie et le monde de Sofitel… On y croise par exemple, entre autres, Montaigne donnant rendez-vous à La Boétie, via un réseau de type meetic… si, si, la preuve…


Apparaître...

12septembre
Forum des Associations de Talence, le samedi 10 septembre 2011…
Pas facile d’émerger entre le stand chasse, pêche et traditions locales, et celui de l’armée de terre…Mais le Gestalt-thérapeute est consistant et tenace… il a envie d’exister, à sa manière, et il le prouve.
Le stand de l’IGTB s’est donc déployé et a été bravement tenu toute la journée par des thérapeutes, engagés dans la promotion de notre pratique, et qui se sont relayés. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés.
Quelques intéressantes directions de sens signalées par-ci par-là…
Quelques indispensables références vertes et autres fondements théoriques…
Et l’on voit que la faune locale et autres blaireaux se précipiteraient volontiers dans un élan vers… pour en savoir vraiment davantage à propos du S’apparaître … s’ils en avaient l’occasion.

Rentrée à l'iGtb...

1septembre

Soyons courageux… certes l’été se meurt, c’est vrai, et il pourrait bien nous manquer un peu tout de même, mais il laisse place à d’autres belles choses, et puis n’y a t-il pas là une occasion de continuer encore autrement… ?

A l’iGtb, les propositions s’organisent pour la plupart autour d’un thème et cette année, ce sera  :  
Entre autres
ou comment vivre ensemble aujourd’hui

Je suis les liens que je tisse avec les autres” Albert Jacquard

Un des faits les plus paradoxaux du siècle dernier est sans doute le déploiement simultané, et dans des proportions inconnues jusqu’alors, des savoirs et de la culture, mais également de leur inverse, l’inhumanité barbare, que cela prenne la forme de totalitarismes, guerres mondiales et autres génocides. Nous sommes, en ce début de XXIe siècle, les héritiers de tout cela. Et cela a profondément changé notre vision de l’avenir, du progrès et du ‘vivre ensemble‘… cela a contribué à nous rendre sceptiques, ou désabusés quant au devenir des sociétés humaines.
Le monde apparaît inégalitaire et violent… Alors sommes-nous condamnés à la méfiance, la peur, l’hostilité, la compétition et le cynisme ?
Comment cultiver une ‘écologie’ des relations et prendre ‘l’option d’autrui’ ? Comment changer de regard, et retrouver le goût de l’humain, de la rencontre, de la parole perdue, du temps nécessaire ? Comment vivre dans un monde où la logique implacable des choses ne prévaudrait plus sur la dignité des hommes, sur leur vulnérabilité, sur leurs défaillances et leurs faiblesses, qui sont aussi leur grandeur…
Vous, vous êtes, et nous, nous sommes… des hommes pareils” chante la voix populaire de Francis Cabrel.

Des conférences et des ateliers proposeront tout au long de l’année à l’iGtb une réflexion sur le regard que l’on porte sur l’autre, sur ‘les autres’ et sur le monde … 

avec, à la rentrée

  • L’iGtb sera présent au Forum des Associations de Talence (parc Peixotto) le samedi 10 septembre 2011 sur un stand toute la journée, de 10h à 18h : Venez nous y rencontrer… et vous renseigner sur

  • des ateliers thérapeutiques ponctuels autour du thème de l’année (Suivez le blog )

  • un atelier de groupe continu d’Octobre à Juin 

    2  jeudis par mois,  de 19h30 à 22h30 

avec 

Dominique Michel, gestalt-thérapeute
assistée de Pierre-André Beley, 

gestalt-thérapeute

Tarif   120 € /mois

Première rencontre, le jeudi 6 octobre 2011 à 19h30 

Inscriptions au 06 20 25 37 75 


  • un dispositif  Thérapie accessible à tous 
“Courte échelle”
Afin que le manque de moyens financiers ne rende pas impossible l’accès à la psychothérapie, des thérapeutes de l’iGtb proposent Courte échelle aux bénéficiaires des minima sociaux ou en grande difficulté passagère. Ce dispositif permet de bénéficier de
            12 séances de thérapie,
            au tarif unique de 5€ la séance
Ce dispositif est ouvert à tous, adultes et adolescents, désireux d’essayer de régler un problème ou de trouver un soutien souvent nécessaire dans les situations de précarités matérielle et existentielle.



  • Des groupes de parole
—> Garder un lien avec son parent âgé
avec Barbara Fourcade, psychologue, gestalt thérapeute
et Pierre-André Beley et Valérie Muller, gestalt-thérapeutes
Renseignements, inscriptions 06 03 88 90 55

—> Les relations familiales 
avec Bernadette Godmer, gestalt thérapeute
Rencontres bi-mensuelles
Renseignements, inscriptions 06 11 08 45 27


  • Des ateliers d’expression
      • —> Un atelier lecture /écriture/collage

mensuel, 

le lundi à

 19h30

  
animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel

Participation 5 €  la soirée
Ouvert à tous, petite collation

Première rencontre, le lundi 10 octobre 2011



      • -> Un atelier Corps et expression de soi

mensuel,

le jeudi 

de 19h30 à 22h30 

animé par Cécile Courageot, comédienne, danseuse 

et Dominique Michel, gestalt-thérapeute

Tarif   25 € la soirée   

Première rencontre, le jeudi 13 octobre 2011

Ouvert à tous / 

  

Ambiance conviviale, petite collation

 


 
  •      une journée Porte ouverte
      • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Gestalt thérapie, ou presque…
le samedi 8 octobre 2011
de 10h30 à 17h

avec  des présentations
          des explications
          des ateliers …
   
au 7 place Emile Zola, 33400 Talence



A tout hasard

25août

Fritz profite de cette fin d’été oisive pour s’intéresser aux facettes et aux facéties du hasard…

Intrigué par son étymologie : le mot lui même viendrait de l’arabe (fleur, car une fleur illustrait la face gagnante du dé). Un hasart au Moyen-âge signifiait alors le chiffre 6 au jeu de dés : c’est à dire un hasard particulièrement heureux, alors qu’aujourd’hui, avec le hasard, tout est possible, le meilleur comme le pire.

Touché
par cette citation-définition du hasard donnée par le philosophe et thérapeute François Roustang, qui se consacre à tout ce qui permet aux individus de réorienter radicalement leur existence.
La vie, une suite de coup de dés ? Je dirais une suite d’opportunités. Des opportunités, ce sont des occasions qui nous sont proposées, dont nous faisons un certain usage, auxquelles nous réservons “un sort”, comme dit si justement la langue française, pour marquer notre capacité à créer du hasard, à faire d’un incident un événement. Qu’est-ce que j’ai fait des opportunités qui m’ont été données ? Si je regarde ma propre vie, je peux dire qu’elle a autant dépendu du hasard que de l’usage que j’en ai fait. C’est un pur hasard si le catholicisme s’est effondré dans les années 1960 alors que j’étais jésuite. Je l’ai saisi pour rompre avec l’Église. C’est un hasard si la psychanalyse était alors en pleine effervescence, je m’y suis engouffré. C’est un hasard si j’ai rencontré, par le biais d’une amie l’oeuvre de Milton Erickson, je m’en suis saisi pour me lancer dans l’aventure de l’hypnose. D’autres n’auraient pas réagi de la sorte. Pour moi, ces événements ont été des opportunités de modifier mon existence. Je n’en tire aucune morale, si ce n’est l’idée que chacun doit tenir compte, au mieux, de ce qui se passe en lui et autour de lui. Il m’arrive souvent qu’une personne vienne me voir et me dise : “Ça ne va pas, je n’ai pas de travail, je ne trouve pas de compagnon, ma vie est vide.” Deux mois après, alors qu’elle a repris position dans l’existence, et d’abord dans son corps, elle a fait la rencontre d’un compagnon, elle a une activité, etc. C’est une des vertus d’une thérapie qui réussit : apprendre à être réceptif, “responsable” de ce qui nous arrive. La volonté n’a pas vraiment sa part là-dedans. Elle est au point de départ, dans la décision de changer d’attitude. Mais le moyen d’y arriver, c’est de quitter la position de l’attente et du désir, pour adhérer à la situation, s’installer dans ce qui advient(…)
Cf un dossier sur le thème du hasard dans le philo-magazine de juillet/août 2011 n°51

Inquiété par l’ambition toujours croissante de certains scientifiques de vouloir abolir le hasard de l’existence et de remodeler l’homme selon leur désir de toute-puissance : eugénisme, immortalité… Jusqu’où les progrès de la robotique, de la génétique, de l’intelligence artificielle et des nanotechnologies peuvent-ils et vont-ils aller ?
Cf ici extrait de documentaire qui fait froid dans le dos, Un homme presque parfait de Cécile Denjean 

L’élimination du hasard, de l’échec de la maladie de la mort supprime la question du sens comme acceptation d’une condition finie et comme capacité d’en faire surgir de l’inédit, c’est à dire de distribuer des actes de liberté comme création de sa vie à partir de l’insatisfaction d’une vie imparfaite… Jean-Pierre Dupuy, philosophe et professeur à l’Université de Stanford,  affirme le rôle essentiel du hasard et de la finitude pour que la vie ait un sens. Quand on est programmé, on est asservi à ce à quoi on est programmé ; pour affirmer son autonomie, on a besoin d’être le produit du hasard : “ma” singularité ne dépend pas de mes parents mais d’un lot de paramètres non maîtrisables qui établit l’unicité de ce que je suis… De plus, le temps limité concentre la valeur de l’instant (cf Epicure) ; le sens de la vie est conditionné par la finitude, par le surplomb de la mort. Il faut consentir à l’imperfection pour être créatif dans la finitude.

Réenchanté
par le refrain déjà ancien (1953), mais toujours frais, du poète  à la pipe

Si par hasard, su’l pont des arts, tu croises le vent, le vent fripon,
Prudence prends garde à ton jupon…

C'est l'été, non ?

14juillet


Petit mesclun estival donc…
par Fritz, philosophe en toute circonstance, et faisant sien, et vous invitant à en faire autant,  ce conseil de Fontenelle :
“Ne prenez pas la vie trop au sérieux,
de toutes façons vous n’en sortirez pas vivant…

Dans cet esprit, cette salade d’été toute en fraîcheur et subtilité


-> Une lecture, La Salle d’attente de mon psychanalyste, de Michèle Faivre-Jussiaux publié  chez Érès

À la fois grave et léger, ce petit ouvrage d’une centaine de pages est une suite rythmée de courts textes qui rendent hommage aux patients et à leur patience. Ni tout à fait vignettes cliniques, ni non plus exposés théoriques ou de vulgarisation, ces quelques récits poétiques saisissent l’espace de la salle d’attente comme le lieu imaginaire où se tissent les attentes et les désirs croisés du patient et du thérapeute. Un livre qui apprend à “patienter” avec sagesse et humour…

-> Un film, Ni à vendre ni à louer de Pascal Rabaté. 
Un film sans paroles (ouf), frais et drôle,  dans la digne lignée de Tati ( à qui il rend hommage sans doute) et de Etaix, tout plein de poésie, de tendresse et d’humour à l’égard de l’humanité en vacances…
et où l’on trouve, entre autres

un cerf-volant facétieux
des voiturettes de compétition
des campeurs, certains obsessionnels, d’autres miniaturistes,
quelques nudistes compatissants 
une épicerie étrangement désaffectée
un sado-masochiste emberlificoté
un cercueil trop court
un hoquet très persistant
un ouragan bienvenu
quelques couples qui se font, se défont
et, non, pas un raton-laveur, mais un lapin…

et même une chanson du loufoque nantais Mike Brank  
Les vacances à la mer

-> Et pour finir, et en images, quelques conseils de camping avisés et bienvenus,
ou comment bien se débrouiller avec une tente pop-up, pour qu’elle n’ait pas le dernier mot !
avec un extrait vidéo de 2 secondes, de la Compagnie du Petit Monsieur.
C’est là…

Ce théâtre de rue traque l’incongru dans le quotidien et s’amuse de ces petites mésaventures qui transforment Monsieur-tout-le-monde en clown malgré lui. Il s’inspire de circonstances banales, au départ à peines décalées, en tout cas plausibles, et les fait basculer doucement dans le burlesque. Un rafraîchissant comique de situation !

Très bel été, et à la rentrée !

En juin... à l'iGtb

26juin

En Juin, l’iGtb…   fête traditionnellement son anniversaire…

Quatre ans déjà… l’âge de toutes les expérimentations.



(cliquer sur les images pour les voir en plus grand) 


Et cette année encore, il y a eu des retrouvailles, des victuailles,
des bougies, des bulles,
de la bonne humeur et de la dérision… et aussi

de terribles défis artistiques, 

de joyeuses improvisations et des épreuves hautement intellectuelles…

des constructions et déconstructions de gestalts de toutes sortes et plus inventives les unes que les autres… 

et même une tombola…
Ce fut un bien bel anniversaire.

Un goût d'égout...

10juin
Cet obscur objet du dégoût…
ou le dernier atelier lecture/écriture sur le thème des “émotions”

Le dernier atelier d’écriture, ne reculant devant aucune difficulté dans sa volonté d’expérimentation à propos des émotions, s’est penché sur le thème ardu du « dégoût »… 

Proscrit des conversations, tout un pan du réel est en effet la plupart du temps disqualifié par le bon goût, la décence et la civilité…

L’immonde, le répugnant, l’infâme, l’abject … grouillent dans le même bain sombre des égouts et des ellipses, recouverts de la chape de plomb de la nausée. Quels sont les ressorts d’un tel rejet ? En deçà de toute argumentation, c’est bien une émotion que l’on invoque pour se justifier : le dégoût retient ces évocations déplacées aux marges de nos propos et de nos pensées… Une émotion puissante, si on en juge par son expressivité, car sa réalité physiologique est aussi impressionnante que contagieuse.

- des cheveux gris dans la bouche
- des cafards qui sortent des yeux et du nez
- la consistance froide d’un corps mort
- toucher par inadvertance un liquide dont on ne sait si c’est du sang, de la salive, de la morve, du sperme
- des quartiers de boeufs aux crocs du boucher
- une femme qui allaite un enfant trop âgé

- une table de dissection

- un équarissage

- pus, croûtes, tumeur, pestilence

- vomissures, miasmes, décomposition

- grouillant, visqueux, puant

 


“La vie est toujours un produit de la décomposition de la vie.
Elle est tributaire en premier lieu de mort, qui laisse la place ; puis de la corruption, qui suit la mort, et remet en circulation les substances nécessaires à l’incessante venue au monde de nouveaux êtres. (…) Pour les peuples archaïques, le moment de l’extrême angoisse demeure lié à la phase de décomposition : les os blanchis n’ont plus l’aspect intolérable des chairs corrompues, dont la vermine se nourrit. (…) Les os blanchis n’abandonnent plus les survivants à la menace gluante qui commande le dégoût. Ils mettent fin au rapprochement fondamental de la mort et de la décomposition dont jaillit la vie profuse. (…) Ces matières mouvantes, fétides et tièdes, dont l’aspect est affreux, où la vie fermente, ces matières où grouillent les oeufs, les germes et les vers sont à l’origine de ces réactions décisives que nous nommons nausée, écoeurement, dégoût.”  Georges Bataille

Et qu’en pense la science ? Des Canadiens de Toronto affirment dans Science que le sens moral serait enraciné dans cette émotion primitive, le dégoût. Le dégoût dans ce qu’il a de plus basique, instinctif et communicatif, aurait été détourné pour servir le sens moral. Ainsi nombre de jugements moraux s’expriment-ils à l’aide d’images assez gastriques. « Ça me reste en travers de la gorge… me laisse un sale goût dans la bouche… passe mal…me pèse sur l’estomac…me noue les tripes… me donne envie de vomir…etc » La moralité serait-elle davantage une affaire de tripes que d’intellect ? “En tout cas, depuis les années 1990, nombre de travaux tentent de montrer l’influence, sinon le caractère prédominant, des émotions sur le jugement moral », explique Luc Faucher, de l’université de Québec à Montréal. Ainsi, dès 1999, l’Américain Paul Rozin, qualifié de « gourou du dégoût » par ses pairs, a noté que face à des situations de transgressions morales (comme embrasser un mort…), les gens avaient tendance à prendre une mine dégoûtée : c’est à dire avoir le muscle releveur nasio-labial activé… Alors comment passe-t-on de cette étape d’expression du visage à la relation entre dégoût et sens moral ?
« On s’attendrait à ce qu’une proposition inéquitable ou immorale déclenche de la colère. Mais on observe surtout du dégoût, remarque Luc Faucher. Il semble que lorsque l’on s’éloigne trop de l’équité, des normes sociales, le cerveau réagisse en pensant que l’autre n’appartient pas à la même communauté que lui, à la limite qu’il ne se comporte pas comme un humain : il en devient dégoûtant. » Dans la même veine, des scientifiques comme Susan Fiske de Princeton ont montré que le simple fait de considérer quelqu’un comme incompétent réveillait des zones cérébrales impliquées dans le dégoût, ce qui amènerait l’individu à considérer l’autre comme infra-humain. En effet, en cas de conflits ethniques, on remarque que les différents partis ont tendance à dépeindre les “autres” comme des animaux (donc moins capables d’émotions ou de pensées humaines), des individus qui brisent les normes sociales et culturelles, des individus imaginés alors comme “dégoûtants “.
Mais peut-on affirmer pour autant qu’il existe un lien évolutif entre le dégoût oral et le dégoût moral ? Pour le chercheur québécois, « 
le dégoût oral ne consiste pas seulement au fait de rejeter quelque chose qui ne goûte pas bon, il demande de juger la chose comme pouvant être un contaminant, une nourriture éventuellement toxique ». En somme, l’expression faciale du dégoût agit comme un signal d’alarme.  Voilà pourquoi il devient quasi impossible de faire manger un groupe d’enfants si le premier qui goûte montre du dégoût. Ce code social inné serait très ancien, et serait de fait apparu bien avant le sens moral. Par contre, d’après les chercheurs, d’un strict point de vue évolutif, le dégoût aurait servi de base à la construction de la moralité.  Mais pourquoi le dégoût et pas plutôt la colère, cette émotion qui conduit à la vengeance, qui permet de punir l’autre ? « La motivation principale du dégoût est de faire en sorte d’éviter l’objet dégoûtant, d’en rester éloigné, d’éviter le contact. L’ostracisme semble donc être la conséquence du dégoût et produit l’équivalent cérébral de la douleur. » …


Pour en savoir plus sur ce thème, lire 
Cet obscur objet du dégoût, J. Parker, Edition au bord de l’eau, 20€, 196p
Pourquoi détournons-nous la tête à la vue d’une réalité non ordonnée, grouillante ou sanguinolente ? Pourquoi nos restes organiques sont-ils perçus comme de répugnants déchets ? A travers la sensation de l’immonde, le dégoût affecte insidieusement les contours du monde, traçant le seuil d’arrière-cours sans fonds, exclues de l’ordonnancement des apparences. S’intéresser au dégoût, c’est, paradoxalement, contribuer à agrandir les frontières de l’humain.