Le carnet de Fritz

CEGT : Collégiales 2010

2février

Fritz est partout où la Gestalt s’agite et il était aux Collégiales de Bruxelles organisées par le Collège Européen de gestalt-thérapie les 16 et 17 janvier derniers

Le projet social de la Gestalt-thérapie

 Cette année le thème des collégiales était la gestalt-thérapie dans le champ social. L’occasion de nombreuses interrogations : de quelles valeurs la gestalt-thérapie est-elle porteuse et comment celles-ci sont incarnées dans notre pratique notamment. 
Laura Perls aimait à répéter que pratiquer la gestalt-thérapie était un acte politique.
Il est vrai que le changement social commence à deux et que le rapport patient-thérapeute contribue aussi à modéliser les rapports sociaux. 
Après une séquence « de la gestalt-thérapie à travers les âges » au cours de laquelle il apparaît clairement que le contexte s’étant largement transformé la pratique n’a pu qu’évoluer. Ou comment les aspirations libertaires initiales peuvent-elles coexister dans une logique capitaliste de l’avoir.
« Une société avec des peurs de plus en plus présentes. Une société qui engendre de fausses réassurances stérilisant ainsi le vivant» nous dit Alain Gontier.
Une société de violences où l’individualisme prend le pas sur l’individuation avec une présence accrue d’un monde virtuel.
N’y a-t-il pas actuellement dans la société une perversion avec l’absence de frontière entre le virtuel et le réel, notamment pour les enfants ? Pour autant peut-on opposer réel et virtuel, le virtuel étant bien une modalité du réel…
Une société de transgressions… alors se pose aussi la question de l’éthique et comment est-elle façonnée par l’histoire.
Au départ la morale et l’éthique étaient confondues considérant liberté et dignité. Aujourd’hui elles sont scindées. La morale examine le bien et le mal, quant à l’éthique, elle procède d’une approche plus singulière considérant une situation donnée dans un contexte particulier.
La conscience de l’éthique naît d’une conscience croisée avec des regards multiples Sommes-nous, thérapeutes, suffisamment clairs pour voir le patient indépendamment de la société ?
A titre d’exemple, au 19ème siècle l’homosexualité était considérée comme une perversion sur le plan psychiatrique… Comment aujourd’hui fonder une réflexion éthique ? A-t-on assez d’audace pour ce faire?
De quelles transgressions parle t-on ? De celle consistant à refuser de se conformer à une loi injuste. De la transgression adolescente défiant l’interdit pour toucher ses limites. De celle qui cherche à se confronter à la mort pour tenter d’échapper à la finitude. De celle qui veut contacter le vide pour être au seuil de sa limite, pour trouver un espace de vie où on trouve ses propres limites et à l’intérieur desquelles on se sent exister ?
La transgression interroge quant à la sanction. Mais quelle sanction ? Celles qui permettent de réintégrer la société des hommes ou celles qui les destituent de leur humanité.
Enfin, en parallèle à ces questions, l’évocation de notre statut dans le contexte actuel.
Jean-Marie Robine souligne l’importance pour tout thérapeute d’être dans la marge : ni où le client l’attend, ni où la société l’attend.
Pourtant la fameuse question du choix  se pose : avons-nous cette liberté aujourd’hui ou devons-nous subir la marginalisation faute d’alternative ? 
Bruxelles les 16 et 17 janvier 2010 

En Février...à l'iGtb

31janvier
En février … à l’iGtb
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on rend compte de travaux de réflexion collectifs, on cherche sa voix, et on jette quelques traits d’encre sur ce que l’on croit être son identité…



  • Une soirée théorico-clinique sur le thème duTransfert’ 
    animée par  Annie Bouhier Bernadette Godmer, Didier Lambert, Valérie Muller et Geneviève Rosine
    le vendredi 12 février
    de 19h30 à 22h

  • Un atelier voix pour adultes 
    animé par Marie-Hélène Deschamps
    le samedi 13 février
    de 10h à 17h


  • Un atelier d’écriture 
    animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel

    “Qui suis-je ?”
    le
    lundi 15 février
    de
    19h30 à 21h30



Lire délivre...

24janvier

ou l’atelier-lecture du 18 janvier 2010  by Fritz

Autour d’une collation éclectique  -soupe de lentilles, sushis, brochettes et saké, tarte aux pommes et lardons – chacun est convié à s’interroger sur cette passion, « ce vice impuni » (Valéry Larbaud) qu’est la lecture. « Jusqu’où êtes-vous allés  pour un livre ? »
Jusqu’à le
voler, jusqu’à en oublier de boire et manger. Jusqu’à le traduire, ou encore le réécrire en gros caractères parce qu’on n’ accepte pas qu’ une personne chère qui y voit mal ne puisse le lire. Jusqu’à ne pas le lire, c’est-à-dire s’abstenir durant la semaine pour mieux le retrouver et le savourer  chaque vendredi et dimanche soir, dans le train. Jusqu’à l’écrire, dans des trains justement, en Inde où ils vont lentement. Le titre de ce livre ? Spirale.

Belle figure que celle de la spirale. Plaçons cet atelier du lundi dix-huit janvier sous ce signe, cette image. C’est le mouvement même selon lequel il se déroule : entre égotisme –quel lecteur suis-je ? Que dit de moi ma pratique de la lecture ?- et ouverture à l’expérience d’autrui, parfois proche, parfois si radicalement différente. Mouvement double mais harmonieux dont le rapport avec l’infini dit quelque chose du plaisir toujours renouvelé  de la rencontre et de l’échange que proposent ces soirées.

Lecture, plaisir solitaire.  La « pause lecture favorite » nécessite souvent le retrait, le repli : dans son lit, son bain, sa chambre, la solitude est recherchée comme une condition indispensable, on coupe s’il le faut le téléphone. Mais on peut lire aussi dans un train, un autobus, à la plage, et l’on est alors seul parmi d’autres, revendiquant un certain quant-à-soi et, en même temps, acceptant les possibilités d’effraction du monde environnant, ne l’envisageant pas comme une menace, s’ouvrant au contraire à ses invites, ses incitations à vivre.  Ne voulant  rien perdre des deux « espaces » d’existence, jouissant de chaque « retour » du monde momentanément aboli par la lecture, chaque signe de la vie concrète, insistante, appelante, à laquelle le plus beau livre ne saurait faire concurrence. Le jardin et ses multiples sollicitations — jeux de la lumière dans les feuillages, chants d’oiseaux, parfums surgis à la faveur d’on ne sait quel subtil mouvement de l’air— offrent une image particulière de cet art de conjuguer les bonheurs.

Alors que pour certains la nature du livre détermine les conditions de la lecture  (on ne lit pas le matin, par exemple, les mêmes livres que le soir parce que la disponibilité intellectuelle ou les attentes profondes ne sont pas les mêmes), pour d’autres, le lieu ni le moment n’ont vraiment d’importance. A la question : « Qu’est-ce qui peut vous arracher à votre lecture ? », ceux-là répondent : « Tout ! ». Le mot d’« arrachement » ne leur convient d’ailleurs pas, ils ne souffrent guère d’être arrêtés. Mais l’histoire ? disent d’autres. L’histoire qui captive, tient en haleine, vous attache au sort des personnages ? (« Le jour le plus triste de ma vie, disait O. Wilde, est celui de la mort de Lucien de Rubempré. » ) L’histoire, «  on s’en fiche », déclarent  ces lecteurs détachés, « l’intérêt du livre se situe ailleurs ! ».

Lecture, plaisir solitaire. Lecture, plaisir partagé. Sans ce partage, aurait-elle le même sens ? On lit pour soi,  mais on lit également pour parler de ce que l’on aime lire, pour s’en servir parmi les autres (sans que cette dimension utilitariste soit à mépriser), indirectement ou directement, contribuant ainsi à la circulation des textes qui nous ont charmés, transformés, qui nous accompagnent comme un viatique.

Le mouvement de décentrement de la spirale, c’est aussi cette lecture offerte, ouverte. Textes complets courts  ou  morceaux choisis dans des textes plus longs, la lecture à haute voix a la part belle au cours de la soirée. Se succèdent ainsi, au gré des choix de chacun, sans autre  mot d’ordre que celui de la fantaisie personnelle, des textes très variés : le chapitre intitulé « Le parapluie » dans Dernières Nouvelles des choses de Roger-Pol Droit, telle page des Anneaux de Saturne de W.G. Sebald, d’une sourde mélancolie, ou telle autre, résolument solaire, Retour à Tipasa d’Albert Camus. Camus, à qui l’on rend hommage ces temps-ci, car il y a cinquante ans qu’il a disparu. Cliquez ici Noces_a_Tipasa pour lire ou relire ce texte, saturé de joie de vivre : une évocation poétique et sensuelle de la communion de l’homme et de son environnement...

On rit avec Henri Michaux et sa Mitrailleuse à gifles,  Umberto Eco et son Comment ça commence, comment ça finit, Alphonse Allais qui nous emmène en Islande pour assister à l’échec de l’hybridation des loups et des phoques (Oeuvres Anthumes),  Maupassant  nous narrant l’histoire d’Un condamné à mort décidément très heureux, ou ces deux moines d’un conte japonais ayant rencontré une femme sur leur chemin… Rires de sagesse et de folie…

Des réseaux ténus se  tissent parfois, d’un texte à l’autre, où l’on admire le hasard de rapprochements qui rendent rêveurs. Par exemple entre un extrait de nouvelle d’Annie  Proulx ( C’est très bien comme ça) et une page des Carnets d’Albert Cohen (celle du 18 janvier 1978) évoquant tous deux le désir d’enfant et les formes qu’il peut prendre lorsqu’il ne se réalise pas. Une petite pièce de Jean Tardieu, tirée de La comédie de la comédie, et intitulée  Monsieur Moi, dialogue avec un brillant partenaire, surprend par la vision humoristique, ironique,  de la relation thérapeutique, que semble proposer l’auteur : interprétation imprévue qui ne manque pas de sel en ce lieu. Dans une succession parfaite bien que non concertée, après le théâtre vient le cinéma et, comme un dessert, un scénario de court  métrage au goût de confiture d’oranges et de mûres (Configures).

Le hasard  nous a montré avec quelle bienveillance il accompagne les ateliers du Pour l’instant. N’a-t-il pas placé sur le chemin de l’un d’entre nous, un livre de poche détrempé, qui fut ramassé sans hésitation et emporté,  au sec dans un sac ? Cross booking (ou bookcrossing) inattendu, d’un genre un peu différent, et qui pourrait faire croire à un clin d’oeil de la providence. Que nous dit ce livre sauvé des eaux et de l’abandon (il s’agit de La Bête dans la jungle d’Henry James), ce livre venu à notre rencontre ? Qu’un livre, comme saisi d’une existence autonome, peut échapper  à  celui qui croit le posséder ? Que son destin est fragile, précaire ? Ne dit-il pas surtout qu’il existe de par le monde des gens qui pensent qu’on peut l’emporter avec soi, partout, comme un indispensable accessoire pour bien vivre… au risque de le perdre ?  D’autres passionnés donc, et amoureux des textes. Des frères en lecture.

                                                             Le livre adopté

Pour ceux que ça intéresse, une très belle exposition d’Alain Fleischer sur la
lecture et les lecteurs ces jours-ci à la BNF

Mesclun fou, fou, fou...

20janvier

by Fritz  (voir la recette du mesclun)

avec

  • Un livre de Gérard Garouste, L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un père, d’un fou, écrit avec Judith Perrignon et paru chez l’Iconoclaste.
    Il revient de loin. A 63 ans, Gérard Garouste, peintre, sculpteur, graveur, illustrateur, livre ici une auto-biographie terrible et courageuse où il évoque ses délires, ses dépressions et ses multiples séjours en hôpital psychiatrique. Il porte sur sa ‘maladie’ un regard sans concession et rend hommage à sa femme Elisabeth et à ses fils, ainsi qu’aux marchands d’art qui ont cru en lui.

    Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. “
    Né en mars 1946 à Paris, Gérard Garouste vit et travaille dans l’Eure. Il s’intéresse très tôt à toutes les formes d’expression artistique : dessin, peinture, sculpture, gravure, et ses oeuvres, désormais célèbres, voyagent dans le monde entier.  En 1990, il fonde La source, une association à vocation sociale et artistique qui organise en milieu rural des ateliers artistiques pour les enfants en grande difficulté et qui travaille également sur le lien familial, via des ateliers parentaux. Envoyés par les assistantes sociales ou la justice, quelque 5 000 jeunes passent chaque année à La Source, où des ateliers sont dirigés par des peintres, des chorégraphes, des sculpteurs. ” Le but est de valoriser les jeunes “, dit Garouste, en évoquant ces enfants qui arrivent à La Source et ” se découvrent ” grâce à l’expression artistique. 

  • Une expérience thérapeutique bouleversante qui date des années expérimentales de l‘anti-psychiatrie (voir aussi sur ce thème ceci…) en 60-70, racontée dans un livre écrit à quatre mains, thérapeute et patiente :  Mary Barnes, un voyage à travers la folie, de Mary Barnes et Joseph Berke. Devenue schizophrène vers 40 ans, Mary Barnes a pu intégrer l’unité expérimentale créée par Ronald Laing, où on la laissa explorer sa folie, durant cinq années de voyage,  jusqu’à ce qu’elle en émerge, guérie et artiste peintre…  
    Pour en savoir plus, c’est ici Obituaries.doc, et pour ceux qui comprennent l’anglais, un document video intéressant Going down and coming up part 1, part 2, part 3

  • Un film, solite et insolite, Pierrot le fou, film ensorcelant (!) de Jean-Luc Godard (Ah, la nouvelle vague !)  qui éclabousse l’écran de son humour caustique, intelligent et truffé de références (littéraires, musicales et iconiques), qui n’a pas grand-chose à voir avec ce fou-là ni même avec celui-ci, et dont voici un extrait ici et un dithyrambe là :

    “A l’image de son héros qui cherche un peu de beauté dans “un monde d’abrutis”, Godard construit son film sur un antagonisme constant entre le désordre et la grâce, entre la violence et la sérénité. D’un tournage qu’on imagine volontiers chaotique, il tire une œuvre foisonnante, d’une rare liberté de ton, où tout semble pouvoir arriver.  Samuel Fuller y décrit un film comme “un champ de bataille” où se mêlent “l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort”, le cinéaste américain donne ainsi le ton d’une œuvre fiévreuse, entièrement vouée à ‘l’émotion’. Bien avant les tentatives de déconstructions narratives d’un Tarantino, Godard nous projette dans un spectacle bariolé et sans cesse déroutant, où l’on peut prendre son petit déjeuner à côté d’un mort et se mettre à chanter les amours sans lendemain, ou bien croiser Raymond Devos criant le dégoût que lui inspire sa femme dans un petit port désert. Facéties d’un cinéaste en pleine possession de son art, qui filme ce qui lui vient à l’esprit et jette à l’écran ce qui lui chante, comme autant de coups de pinceaux. De là naît un jeu perpétuel avec le spectateur, qui se voit interpellé par les personnages au détour d’une conversation amoureuse, pris à partie, les yeux dans les yeux, par Marianne lorsqu’elle réclame le droit de vivre et, par là même, constamment invité à s’impliquer émotionnellement dans l’expérience qui se déroule devant lui. S’il ne perd jamais de vue l’histoire qu’il veut nous raconter (ou plutôt les histoires, drame intime, intrigue criminelle et constat sur l’époque s’entremêlant sans cesse), Godard conçoit son film comme un fracas d’émotions contradictoires, du rire au désespoir le plus déchirant, pour aboutir à un morceau d’émotion pure. Plans de nature impressionnistes et giclées de violence foudroyante se succèdent, liés entre eux par une musique aux accents tantôt pathétiques ou survoltés. Porté par le charisme de ses interprètes, et notamment par un Jean-Paul Belmondo qui sait apporter une sensualité et une dynamique physique remarquables à son personnage, Godard parvient à faire cohabiter dans son film deux mouvements apparemment contradictoires. Un mouvement intime et narcissique, le film prenant souvent l’aspect d’un journal intime, comme en témoignent les innombrables gros plans sur le cahier de notes de Ferdinand. Un mouvement plus ample, embrassant une aventure rocambolesque, aux nombreuses péripéties.” Waldo Lydecker 

  • et pour finir, si vous avez un moment à perdre, plongez dans la folie douce, absurde, loufoque et suisse des Plonk et Replonk et laissez-vous envahir par cet humour déjanté et salutaire : dépaysement garanti.

La Scénothérapie... qu'est-ce que c'est ?

17janvier

Conférence-atelier du vendredi 15 janvier 
animée par Martine Cotton, orthophoniste, scénothérapeute    

Martine Cotton a d’abord évoqué l’historique de cette méthode, quelques uns de ses champs d’application notamment en cas de bégaiement, puis elle nous a ensuite invités à expérimenter quelques propositions de textes.

L’expression scénique ou scénothérapie est une thérapie médiatisée qui a été créée dans les années 1960 par Emile Dars, comédien, metteur en scène, directeur de théâtre… Celui-ci avait été frappé par l’influence du rôle sur les comédiens. « Ce n’est pas le comédien qui se met dans la peau du rôle mais bien le rôle qui se met dans la peau du comédien, provoquant chez lui une suite d’états émotionnels souvent violents, engendrés par l’intensité des situations qu’il est amené à vivre. » En1966, il crée la société française d’expression scénique. Il a eu l’intuition que les textes, quand ils sont porteurs d’une forte charge émotionnelle, pouvaient être utilisés dans un but thérapeutique. Il a donc rassemblé  et classé un corpus de textes brefs et évocateurs.

L’expression scénique a un champ d’application assez vaste. Elle peut en effet être utilisée favorablement
- avec des patients présentant des problèmes de voix (dysphonies dysfonctionnelles, spasmodiques…)
- avec des patients cérébro-lésés
- avec des personnes âgées
- avec des adolescents (en cas de difficultés de lecture, afin de « déscolariser » le rapport au texte)
- avec certains patients présentant un bégaiement

Cette méthode peut être utilisée en situation duelle ou en groupe.

Le scénothérapeute propose au patient 4 ou 5 textes qu’il a préalablement sélectionnés. Le patient en choisit un et est invité à le lire à haute voix. Puis il est conduit à parler de ce choix et du ressenti du texte. « Lire à haute voix, c’est s’autoriser des effets sur l’autre. » A la séance suivante, le scénothérapeute propose un autre choix de textes, et ainsi de texte en texte, patient et thérapeute cheminent-ils. Il ne s’agit pas d’enfermer le patient dans un projet thérapeutique, en effet le scénothérapeute n’a pas le pouvoir d’anticiper le vécu émotionnel du patient, ni de libérer le patient  de son affect, mais de lui offrir, à travers tout ce cheminement de textes, la possibilité de lier l’affect angoissant à des représentations mentales acceptables par lui.

Les textes, empruntés au  répertoire classique, jouent donc un rôle fondamental dans cette thérapeutique
-   le texte est à la fois un élément médiateur (une sorte de masque qui protège et permet)
-   un objet transitionnel (au sens de Winnicott)
-   un contenant
-   un espace de pensée
-   une surface projective
-   un fragment de culture
-   un objet esthétique

Outil privilégié dans tous les champs de la communication, la scénothérapie quitte le théâtre pour explorer “l’autre scène” (au sens psychanalytique). Elle permet et facilite les processus de liaison et la recherche d’identité, dans un travail spécifique à chaque individu, y ajoutant un élément ludique qui vient soutenir celui-ci dans son cheminement.

Martine nous propose alors  de faire l’expérience de la scénothérapie. Plusieurs textes sont mis à notre disposition. Leur choix se fait dans une certaine effervescence, avec rapidité ou lenteur. Une fois les textes lus à voix haute devant le petit groupe, Martine nous invite à explorer les raisons de notre choix, en quoi ce texte parle de nous, en quoi il résonne. 

Parmi les auteurs des extraits proposés : Kawabata, Prévert, Buzzati, Duhamel, Bobin… et aussi ces deux-là   

“Je me souvins d’un matin où j’avais découvert un cocon dans l’écorce d’un arbre, au moment où le papillon brisait l’enveloppe et se préparait à sortir. J’attendis un long moment, mais il tardait trop, et moi j’étais pressé. Enervé, je me penchai et me mis à le réchauffer de mon haleine. Je le réchauffais, impatient, et le miracle commença à se dérouler devant moi, à un rythme plus rapide que nature. L’enveloppe s’ouvrit, le papillon sortit en se traînant, et je n’oublierai jamais l’horreur que j’éprouvai alors: ses ailes n’étaient pas encore écloses et de tout son petit corps tremblant il s’efforçait de les déplier. Penché au-dessus de lui, je l’aidais de mon haleine. En vain. Une patiente maturation était nécessaire et le déroulement des ailes devait se faire lentement au soleil; maintenant il était trop tard. Mon souffle avait contraint le papillon à se montrer, tout froissé, avant terme. Il s’agita, désespéré, et, quelques secondes après, mourut dans la paume de ma main.Ce petit cadavre, je crois que c’est le plus grand poids que j’aie sur la conscience. car, je le comprends bien aujourd’hui, c’est un péché mortel que de forcer les grandes lois. Nous devons ne pas nous presser, ne pas nous impatienter, suivre avec confiance le rythme éternel.”   
“Alexis Zorba”  
Nikos Kazantzaki

“Dans le chant de ma colère il y a un oeuf,

Et dans cet oeuf il y a ma mère, mon père et  
mes enfants,

Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et
 vie.

Grosses tempêtes qui m’avez secouru,

Beau soleil qui m’as contrecarré,

Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,

Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles;

Si l’on savait comme je suis resté moelleux au
 fond.

Je suis gong et ouate et chant neigeux,

Je le dis et j’en suis sûr.
”

“Je suis gong” Henri Michaux

 Pour en savoir plus

GUILHOT Jean, LE HUCHE Sylvie, PERCEAU Josette, RADIGUET Chantal
Expression scénique, parole, plaisir et poésie,
Paris, Editions ESF, 1989

www.sfes.net

 

En chair ... ou en os

12janvier
Rencontre réseau du vendredi 8 janvier 2010
animée par Maëlle Andriamanjay, Annie Bouhier et Bernadette Godmer
Groupe clinique sur les 'Troubles alimentaires'
Au départ, l’envie pour ce groupe clinique de travailler sur les troubles alimentaires. Ensuite, cela s’est précisé autour du thème de la boulimie. En raison des éléments de l’histoire de chacune et des cas cliniques rencontrés qui ont chaque fois suscité des questions.

Intérêt de comprendre la boulimie mais aussi de trouver des réponses pour la thérapie des personnes en souffrance. Atelier qui a été l’occasion d’un va et vient théorie et pratique. Occasion d’éclaircissements, d’ouverture de sens …

A propos de la théorie, une question préalable se pose : quelle psychopathologie adopter lorsque l’on est Gestalt-thérapeute ? Peut-on travailler à partir des définitions de la psychopathologie classique, de la nosographie en vigueur dans le cadre d’un paradigme intrapsychique et individualiste alors que nos fondements phénoménologiques nous tournent vers une perspective de champ ? En quoi notre théorie du self peut elle avoir de la pertinence ?

Là n’est pas le lieu d’un débat sur quelle psychopathologie. Nous renvoyons sur le Cahier n°19 qui rend bien compte de ce problème. Au regard de nos parcours et de nos intérêts, nous avons bien remarqué que nous pouvions naviguer dans les diverses perspectives (psychanalytiques et autres) pour accroître notre compréhension sans renier notre identité.

Dans l’approche de ce groupe clinique, nous prendrons à notre compte les propos de Patrick Colin (cf  revue Cahiers n°19 p. 31 et 32 ). A la question la psychopathologie classique est-elle un outil adapté au diagnostic des situations ?«  A l’évidence pas trop, pour ne pas dire pas du tout. La psychopathologie classique est totalement fondée sur une vision close de l’individu dans une intériorité psychique, elle ne peut que décrire des modèles d’organisation du sujet, décrire des propriétés plus ou moins permanentes de ce sujet »

… mais il ne faut pas la jeter … « elle ne reste pas seulement un outil de communication plus ou moins commun à tous les psychothérapeutes, psychiatres et psychanalystes de la planète, elle est surtout, une invitation à la réflexion sur ce que sont l’homme et ses devenirs multiples. Et il serait dommage de se passer de cette masse de connaissances, de ces réflexions en tous sens qui ont tissé d’Hippocrate à nos jours une compréhension de l’humain qui est, aujourd’hui, la nôtre ». 

Patrick Colin précise que la psychopathologie en elle -même n’est pas le problème : « Soit elle est ouvrante à différentes manières de voir … soit elle est fermante quand elle cherche à définir une fois pour toutes ce qui est normal et ne l’est pas, ce qu’est un sujet sain ou malade … la psychopathologie est (finalement)  notre os à ronger,  dans la mesure où elle est un fondement à partir duquel nous pouvons user de notre critique, par rapport auquel nous avons à nous définir, et ce faisant nous la faisons évoluer ».

Lire l’ensemble du travail effectué par le groupe clinique sur la thématique de la boulimie


Mesclun... lumineux et brutal

5janvier
by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec
  • un DVD, Valse avec Bachir d’Ari Folman… très beau film-documentaire d’animation qui met en scène un travail douloureux de recomposition du passé et une réflexion poétique (la seule qui semble possible) sur la guerre en général, et sur celle du Liban en particulier.
    Qu’ai-je donc fait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant le massacre perpétré par les chrétiens phalangistes dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila ?” s’interroge Ari Folman, mobilisé par l’armée israélienne lors de la première guerre du Liban. Son investigation prend la forme autobiographique de ce ” documentaire animé”, onirique et psychanalytique, où le graphisme, les couleurs et les sons parviennent à traduire les errances du récit entre présent et passé, et celles du psychisme entre cauchemars, fantasmes et vérités. Car non seulement les souvenirs d’Ari, le narrateur, se dérobent, mais ceux des anciens soldats qu’il retrouve et questionne, paraissent eux-mêmes flotter dans les eaux troubles et jaunes de la mémoire et des images re-construites a posteriori. Ainsi les intérêts de Valse avec Bachir sont-ils pluriels, par la singularité de son esthétique, la dénonciation par l’absurde de la guerre qu’il propose et la catharsis artistique qu’il permet, mais en outre par une intéressante illustration du mécanisme de défense qu’est la déréalisation : tout le film tend à décrire cette sensation, depuis la distorsion fantasmatique des témoignages jusqu’à l’hyperréalisme halluciné des scènes de guerre. Le film évoque également la culpabilité, liée à la question de la responsabilité israélienne face au massacre de Sabra et Chatila. 

  • La bande-son, que l’on doit au compositeur allemand Max Richter, contribue largement à l’effet d’envoûtement onirique de ce film. On y retrouve, outre des morceaux poétiques, hypnotiques ou graves, deux tubes des années 8O, This is not a love song et Enola Gay. (échantillon à voir et écouter)

  • En septembre 1982, après dix années sans avoir rien écrit Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, sous l’oeil complice des soldats israéliens qui viennent d’envahir et occupent le Liban.
Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit “ Quatre heures à Chatila“, publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila. 
Jean Genet :« Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou. Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j’ai vu ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ? ». Lire le texte intégral de ‘Quatre heures à Chatila’  de Jean Genet ici

    Les premières images de Valse avec Bachir sont saisissantes. Une meute de chiens noirs, yeux jaunes et babines retroussées, que rien ne semble pouvoir arrêter, parcourt les rues d’une ville noire dominée d’un ciel ocre. Cette scène trouve son explication dans la séquence suivante, située dans l’atmosphère feutrée d’un bar de nuit où un homme décrit à l’un de ses amis, prénommé Ari, ce qui se révèle être un cauchemar récurrent. Conscrit lors de la première invasion israélienne du Liban, en 1982, il avait pour mission d’abattre tous les chiens qui, postés à l’entrée des villages, signalaient par leurs aboiements l’arrivée des soldats. Ce récit inaugural par la manière dont il ménage la sensation brute de l’effroi et l’épanchement de la parole définit le projet narratif et esthétique du film.

     


En janvier... à l'iGtb

24décembre
En janvier 2010… à l’iGtb
(
cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on rend compte de travaux de réflexion collectifs, on s’exerce à la photo numérique sous la direction d’une artiste, on s’intéresse à la thérapie émotionnelle par le texte littéraire, on lance quelques éclats de lire, on interroge son rapport à l’argent et on prépare une AG festive…


  • Une soirée théorico-clinique sur le thème des Troubles alimentaires
    animée par Maëlle Andriamanjay, Annie Bouhier et Bernadette Godmer
    le vendredi 8 janvier
    de 19h30 à 22h
  • Un atelier d’expression pour adultes
    animé par l’artiste photo-graphiste Catherine Lacuve
    le samedi 9 janvier 
    de 10h à 17h


  • Une Conférence-atelier
    animée par Martine Cotton, orthophoniste
    à propos de la ‘scénothérapie’ 
    le vendredi 15 janvier
    de 20h à 22h


  • Un atelier-lecture
    animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel
    “De quelles lectures suis-je fait ?”
    cette fois , on apporte des textes courts (contes, nouvelles…)
    le
    lundi 18 janvier
    de19h30 
    à 21h30
  • Un atelier de groupe  
    animé par Corinne Joussain et Dominique Michel
    sur le rapport à l’argent
    ”Comptes à régler ?”
    le samedi 30 janvier
    de 10h à 17h


  • L’Assemblée Générale annuelle  de l’association se tiendra
    le vendredi 29 janvier 2010
    à 19h30 
    à l’iGtb, 7 place Emile Zola

Fin d'année...

22décembre















Fritz vous souhaite une excellente fin de vieille année 2009

L'album imaginaire...

20décembre

ou l’atelier d’écriture du 16 décembre 09       by Fritz

Ça a été une soirée expérimentale. Des photographies d’ancêtres (le chœur discordant des aïeux, la fresque écaillée dans le labyrinthe personnel), aux instants de bonheur saisis dans un jardin (le vertige fixé –cela a eu lieu- et la fuite du temps –cela a eu lieu), en passant par ces images où l’on est seul (dans la montagne, dans une rue -mais il a bien fallu un photographe devant nous), nous nous sommes laissés prendre à la difficulté de comment dire et à une sorte de joie d’essayer de dire ce que les images devant nous montrent. Les photographies, une fois que nous avons passé l’épreuve de la reconnaissance, et que nous les avons regardées pour la première fois, ont récupéré leurs aspects énigmatiques, même si l’un ou l’autre des participants donnait des indications biographiques : ces images – une dame âgée en retrait d’une petite fille, deux jeunes enfants devant un rideau, une image rougie par le temps de deux fillettes devant un hibiscus – ne  nous donnent pas à voir seulement cela, mais aussi cela, l’éphémère à quoi nous cherchons donner un sens.

Deux petites filles

Dans une lumière rouge

De fin du monde

Rouge le sol, rouges les peaux nues, rouges les corolles
Deux fillettes en sandalettes
Jambes grêles, jambes frêles
Fleurs d’hibiscus
Et hauts piliers
Deux petites jupes plissées
Cheveux courts, mains croisées
Deux petites filles
Dans l’incandescence
De l’enfance

        Il y a eu aussi l’expérience de l’autoportrait et du portrait de notre voisin du moment. Si je peux dire à ce sujet quelques mots dont je ne sais pas s’ils renvoient à quelque chose de commun, cette tentative, quelques mots raturés en ce qui me concerne, a été la plus malaisée. Quels sont les mots à employer pour se décrire, pour faire son autoportrait du point de vue de l’autre – c’est ainsi que j’ai compris la consigne, que je me suis donnée. Et l’autre, comment dire le corps assis, le poids sur le siège, le tressaillement des membres, le mouvement des yeux, les organes obscurs, son enfoncement dans le temps ?

J’ai les cheveux longs, mais je me souviens les avoir brutalement coupés très courts plusieurs fois dans ma vie parce qu’ils étaient pleins d’électricité statique. J’ai, je crois, il y a longtemps que je n’ai pas vraiment vérifié, les yeux ‘verts fourrés orange’ et picotés de taches inégales et foncées (un iridologue m’a fait un jour les pires prédictions à propos de ces taches là). Un nez ‘long’, enfin assez long, aquilin sans doute, avec deux traces de varicelle. Une petite cicatrice en relief sous la lèvre, léger vestige d’un accident de voiture. Mes oreilles sont percées, je porte en général des anneaux indiens, et parfois une petite salamandre d’argent en plus à droite, pour l’asymétrie. J’ai les mâchoires serrées, et je me mords fréquemment l’intérieur des joues. J’ai sans doute l’air sévère, les traits un peu durs, anguleux. Des rides, des taches sombres sont apparues au fil du temps et je m’y habitue. Je n’aime pas me maquiller, sauf un peu de khôl parfois, habitude que j’ai rapportée du Maroc, où j’ai longtemps séjourné.

        Sans doute, ces images passées nous ont-elles fait nous pencher sur notre enfance, sur l’avant-enfance même, comme sur un puits, et prendre conscience parfois de notre place, de nos liens, de notre distance. Elles nous proposent une organisation du temps, l’apparition des causes et des conséquences. Cependant, s’il fallait évoquer les images qui me reviennent maintenant, ce seraient celles dont la description du sujet se fait sur un fond ignoré et grouillant de vie. Je donnerais : ce bord de mer avec une petite fille penchée au-dessus de l’eau, un jeune homme et une fillette dans un décor presque désertique, cette jeune Japonaise, accroupie devant un mur blanc en France, dessinant des idéogrammes.

C’est moi… à Aigues-Mortes, Ravaillac vient d’assassiner Henri IV, et je suis désespérée, assise sur la marche au seuil de la maison familiale du boulevard Gambetta.

C’est moi… sur la plage, à Juan, où j’allais chaque jour me baigner avec mon père. Mais ce jour-là, il pleure. Je ne l’avais jamais vu pleurer. Il tient le papier bleu pâle des télégrammes et il pleure le décès de sa grand-mère. Ça, je ne le sais pas, je suis seulement terrifiée par son chagrin.

C’est moi… à Valréas, passant des journées entières dans les arbres… il y en avait un surtout que j’aimais bien, et qui m’a beaucoup consolée.

- Il y a des silhouettes derrière, sur le quai d’une gare. Une immense locomotive luisante et noire est arrêtée. Un gamin frêle fait une grimace au moment où l’image le fige. SNCF : sachez nager comme Fernandel…

- Au-dessus de la ville, dans une pinède en couleur, comme la mer que l’on voit dessous, qui se confond avec le ciel, quelques gamins, dont je suis, assis en tailleur, un sandwich à la main, posent.

- On voit un pan de mur en pierre, des restes d’une muraille posée sur des rochers, curieusement conservée en pleine ville. Il y a deux personnages assis devant les pierres, mais je ne les reconnais pas.

Inclus, exclus...

14décembre

Conférence-atelier du vendredi 11 décembre, animée par Laurence Gateau-Brochard
L’exclusion, on en cause ou ça nous cause ?

Au cours de cette soirée, nous avons tenté, avec l’aide de Laurence, une définition de cette notion d’exclusion, assez facilement consensuelle, tout à la fois chargée de sens, de non-sens et de contresens, mais ceci en passant davantage par l’éprouvé de chacun que par le discours sur… Comment cette notion nous touche-t-elle ou nous implique-t-elle personnellement ?
Rien de facile et nous avons même pu constater que le thème génère volontiers ses manifestations de résistances…

Quelques remarques émergent de tout ce qui s’est dit, partagé, confié même, ce soir là, sur cette thématique là… 

-        un constat sensible. Vulnérabilité, stigmatisation, insécurité, isolement, humiliation, précarité, disqualification, désaffiliation, honte, culpabilité… des expériences partagées, personne n’est “immunisé” contre l’exclusion

-  un constat psychologique. Par un phénomène projectif, un jeu de miroir déformant, on exclut, on rejette ce que l’on ne peut tolérer en soi. La projection consiste en effet à percevoir des points communs chez l’autre, mais à rejeter celui-ci parce que ces points communs sont inassimilables (vulnérabilité, misère, fragilité, vieillesse, étrangeté…) Comme le rappelait Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe, il suffit que quelques personnes réunies par hasard dans le compartiment d’un train sympathisent pour considérer tous les autres passagers d’un œil méfiant, voire vaguement hostile. Ainsi commence tout sectarisme : que quelques hommes parlent entre eux, et les voilà misogynes ; que des Français se reconnaissent quelque part, et les voilà xénophobes… la normalisation engendre l’intolérance.

 - un constat politique. ” Nous vivons en ce moment le passage d’une société verticale, que nous avons pris l’habitude d’appeler une société de classes, avec des gens en haut et des gens en bas, à une société horizontale où l’important est de savoir si l’on est au centre ou à la périphérie. (…) L’affaire n’est plus d’être up ou down, mais bien in ou out. ” (Alain Touraine, Face à l’exclusion, Esprit, février 1991). Cette représentation, car c’en est une, du fonctionnement social semble ériger les valeurs et les pratiques culturelles de la classe dominante en pratiques naturelles… la société génère les boucs-émissaires dont elle a besoin pour se rassurer sur son état de santé. L’exclusion permet la cohésion. L’exclusion n’est pas un état, mais bien un processus. Maisondieu (La fabrique des exclus, Bayard 97) décrit ainsi un syndrome spécifique “C‘est la dure loi du marché qui est la cause des malheurs. Mais comme la crise n’atteint pas tout le monde de la même façon, on peut imaginer aisément que la chute dans l’exclusion est peut-être bien liée à quelque petite faiblesse ou maladresse, voire à une maladie, qui interdisent à certains de participer pleinement à la vie sociale. Le syndrome d’exclusion est un mélange de honte et de désespérance qui conduit l’exclu à la mise en panne de son affectivité et de ses facultés cognitives pour survivre à défaut de vivre” qu’il caractérise comme étant une réponse pathogène à une situation pathologique.

 - un constat social. Définir l’exclusion et les exclus comme la situation et les personnes qui ne sont pas (ou plus) inscrites dans le cadre de ceux qui se sentent inclus colle aux ‘exclus’ une image de passivité, en les situant hors champ. Ce qui conduit à élaborer des politiques et des pratiques où l’on fait certes de la place à ces personnes, mais sans elles, sans tenir compte de leurs désirs, en présupposant leurs besoins et leurs attentes, et en évitant de les considérer comme des sujets actifs. Ainsi l’assistance est préférée à l’aide et à la réhabilitation, ce qui maintient les exclus dans une position de dépendance par la confiscation de leur liberté   

 - un constat philosophique. Tout ceci n’est pas sans rappeler ce que l’on nomme la « dialectique du maître et de l’esclave » (cf analyse hégélienne de la conscience) :    l’homme pense et se pense, en cela il est conscience de soi. Mais la conscience de soi n’est pas donnée à l’homme d’emblée, elle résulte d’un cheminement. C’est là qu’intervient le désir ( pris dans le sens large de besoin animal ) qui nous ramène à nous-même, à notre propre corps (notre estomac, par exemple). Le désir est alors foncièrement destructeur (de l’objet désiré) et constructeur (de soi-même), il nie (ou agresse) l’objet convoité (en le consommant) tout en affirmant celui (homme ou animal) qui désire (le désir est donc affirmation de soi). Le désir devient humain au moment où il porte sur un autre désir (il se distingue alors du besoin animal). Mais en désirant le désir de l’autre, je désire que l’autre reconnaisse en moi quelque chose de désirable (un bien que je possède ou une valeur que j’incarne…). Le désir est alors  « désir de reconnaissance » qui aboutit ainsi à une asymétrie entre celui qui est reconnu (le « maître », l’idée de maîtrise est associée à celle de liberté), et celui qui est forcé de reconnaître (« l’esclave », celui qui a préféré la vie à la liberté). Voilà pourquoi le « vaincu » doit survivre pour satisfaire le désir de reconnaissance du vainqueur.   Le maître (ou inclus) semble donc avoir gagné cette difficile reconnaissance conférant vérité et objectivité au savoir qu’il prend ainsi de lui même. Mais voilà… il n’est reconnu que par des esclaves (ou exclus) que lui-même ne reconnaît pas comme pleinement humains. Or la reconnaissance n’est satisfaisante que si il y a reconnaissance réciproque et donc égalité entre les protagonistes du conflit… Le maître est dans une impasse !   C’est l’esclave qui finira par accomplir sa propre humanité. Du coup le rapport de servitude s’inverse, puis disparaît (renversement dialectique et dépassement de la contradiction). L’esclave devient le maître de la nature et par là maître du maître, alors que le maître devient l’esclave de l’esclave dont il est devenu dépendant. L’esclave devenu maître, n’est plus le maître d’un esclave mais le maître de lui même reconnu dans sa maîtrise par ses alter ego… le conflit maître-esclave est le moteur d’un processus voué au dépassement du conflit lui même. Ceci n’est pas sans évoquer le devenir historique de l’humanité où l’esclave, mais c’est aussi l’exclu ou le pauvre, renverse tôt ou tard le joug de sa servitude, non pour en inverser simplement les termes (où l’esclave devenu maître perpétuerait l’esclavagisme) mais pour en abolir le principe (la maîtrise de l’esclave abolit l’esclavagisme). 

  • Sur cette thématique de l’exclusion, je recommande au passage le dernier livre - très touchant- de Sylvie Germain “Hors champ”.  Vous pouvez écouter ce qu’en dit l’auteur elle-même en cliquant ici

C’est une étrange histoire, effrayante et poignante que celle de la disparition progressive d’Aurélien. En l’espace  d’une semaine, Aurélien va s’estomper, disparaître peu à peu et retourner au néant. Cela débute banalement avec la panne de son ordinateur et l’annulation d’un gros travail de transcription du journal de son frère. Mais il va ensuite disparaître progressivement de l’attention de ses collègues, de celle de sa fiancée, et même de celle de sa mère… sans parler de tous ceux qu’ils croisent dans la rue. Sentiments d’injustice, de colère, d’incompréhension… la perception est subjective. Au fil des jours, le processus s’accentue. On ne pense plus à lui. Il perd de sa consistance. “C’est vrai que tu as le teint flou.” Il va ainsi perdre son odeur, sa voix, son ombre. Il devient évanescent, fantomatique. Même d’anciennes photos de lui ne retiennent plus son image. Il est de plus en plus hors champ. Et l’on ne peut s’empêcher, comme l’auteur, de penser à tous ces gens que l’on ne voit plus, qui ne comptent plus pour personne. Elle nous interroge sur notre place dans le monde, au sein de l’humanité. Qui sommes-nous finalement ? Pour qui avons-nous un tant soit  peu d’importance ? Comme Aurélien, on tente dérisoirement de se consoler en se disant que l’on ne meurt pas tout à fait tant qu’il reste au moins un vivant pour se souvenir de soi …

En décembre ... à l'iGtb

24novembre
En Décembre à l’iGtb
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)
  • Une conférence-atelier, sur le thème des Formes de la relation
le vendredi 11 décembre 09 de 20h à 22h
Laurence Gateau-Brochard vient évoquer l’Exclusion
On en cause ou ‘ça’ nous cause ?


  • Un atelier d’expression pour adultes
les 12 et 13 décembre 09 de 10h à 17h
Impro et Gestalt
animé par Marie Drouart

sur le thème Qui je suis …
le lundi 14 décembre 09 de 19h30 à 21h30
animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel
Pour cet atelier, apporter quelques photographies familiales anciennes (une dizaine, si possible)

Mesclun... adventice

24novembre
By Fritz
Voir la recette du mesclun   
Voir adventice
avec, cette fois-ci quelques histoires de mauvaises herbes, donc
  • Une bande dessinée âpre et belle, Rebetiko de David Prudhomme, 
Avant guerre, en Grèce, sous la dictature qui s’installe et les menace,  des musiciens, un peu mauvais garçons, chantaient la nuit dans les bas-fonds s’accompagnant de leur bouzouki, fumant, buvant et brûlant la vie par les deux bouts… Il fallait l’invention et l’élégance naturelle de David Prudhomme pour réussir à restituer l’ambiance de ces bouges d’Athènes dans les années trente, et l’atmosphère électrique  qui y régnait… un graphisme noir et charbonneux, une superbe lumière ocre. “Je peux dire sans crainte d’être contredit que ce livre est magistral. Si si affirme  Manu Larcenet.  Un livre poétique et puissant…     pour en savoir plus, aller sur ce blog http://bderebetiko.blogspot.com/
et sur ce même thème, voir ce petit film …  koboloï, ouzo, bouzouki, et petite fumée, toute la Grèce est là…  
les chants désespérés sont bien les chants les plus beaux.
  •  Un film d’Alain Resnais, Les herbes folles. Une leçon de liberté et de fantaisie. Un exercice de voltige (au propre et au figuré), adapté d’un roman de Christian Gailly (L’Incident, Editions de Minuit, 1996). Comme les herbes folles, le film semble jaillir tel une incongruité poétique au milieu d’un monde hostile (quelques brins obstinés émergeant du macadam), ensemencé par la grâce, poussé par l’esprit qui souffle où il veut. Une histoire d’amour insolite et légère (surréaliste ?), une allégorie des liens invisibles qui relient réalité et fantasme, mais aussi une sorte de grenier tout plein de vieilles vieilleries, dans lequel Alain Resnais semble mettre beaucoup de lui-même : la bande dessinée, le roman d’aventure, le film de guerre, les procédés du cinéma muet, les pionniers de l’aviation, la magie d’une séance nocturne dans une salle de quartier, le hasard objectif et aussi un porte-feuille rouge et un sac à main jaune, deux flics hilarants, une braguette ouverte, Sabine Azema, quelques loopings et un crash à la Jules et Jim … “Pour aller où ? - Là-bas.” Et tout est dit…
  •  Et une dernière mauvaise herbe  inoubliable, braves gens, braves gens…  à écouter encore et encore 
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu


"Souffler sec"

20novembre

ou le vernissage-présentation de l’exposition d’Agnès Torrès

Agnès Torrès  expose “Souffler sec ” à l’iGTb, jusqu’en janvier 2010.
Le mardi 17  novembre, autour d’un verre et de quelques grignotages, Agnès Torrès a présenté son travail d’artiste, ainsi que la vocation de Diffractis, l’association d’artistes qu’elle anime. Agnès, qui a été danseuse, s’attache à traduire plastiquement ce qu’elle nomme le rythme. 
Voici comment elle explicite sa démarche :

« Compter, décompter les instants, les gestes et les traces de la vie. .
Aligner, ranger, nouer l’espace et raconter.
Le temps s’échappe goutte à goutte, indifférent, mais par une loi de symétrie, s’inscrit point par point dans la mémoire du monde.
Cette loi implacable dépose des empreintes dont je tente de répertorier
les traces infimes, les restes indélébiles et diffus.
Depuis la coupure originelle, la matrice perdue, le textile m’enveloppe.
Peau de substitution, surface d’inscription, plan d’expression, le tissu donne à voir, propose une version, et prépare la rencontre inéluctable et nécessaire avec le monde, autant qu’il m’en protège.
Symbole du lien qui retient la vie, du souffle qui fait de chacun un passant
parmi d’ autres, d’une parole qui conte une histoire unique,
il se prête à tous les jeux, les désirs, autant qu’à nos peurs.
La navette des jours tisse la trame du monde sur laquelle
chaque histoire singulière est brodée patiemment.
Orner sans tomber dans l’ornière des effets de style, tel est l’enjeu
de la bordure brodée : mettre en valeur, enrichir de détails et surtout,
marquer la limite en cachant la rupture.

Exploration topologique du monde, je propose par l’entrelacs, une manière de s’inscrire dans un univers qui peut sembler trop connu ou inconnu.
La main voyage. Dans le silence, je raconte  une histoire pour chacun :
Mais toute broderie n’est pas broderie d’or :au fil des jours, appliqué,
pas à pas, point par point : avant, arrière, comme en zigzags, il faut parfois
simplement agrémenter les jours, quand prisonnier du filet d’Arachné,
s ‘égrène à petits points le temps scandé de la vie rêvée :

 repriser, ravauder, rapiécer , raccommoder , raccorder , reborder, rebroder, compter et recompter, découdre et recoudre, recouvrir, recréer, récurrent, récursif, refaire et redéfaire, redorer, redoubler, regretter, rehausser, recommencer, répéter, relief, rembourrer, renouer, repasser, repli, répliquer, reprendre, reporter, représenter, reproduire, réseau, réserve, retors, retroussis, revers, revêtir, et reprendre….

Structure répétitive du temps rythmé, qui retrouve malgré elle le champ
mythique des origines. Voyage de la main, voyage au  « point d’esprit ».
Les pensées vagabondent en « surfil », s’enchaînent en « point de chaînette »,
ou prudemment à « points comptés ». Fils de lin, de laine, de coton ou de soie
brodent hardiment récits, contes et mythes.
Dessiner à l’aiguille, au crochet, au crayon, en boucles successives ou à petits points semés, en des aires magiques, c’est pour moi habiter le monde que je parcours dénombre et nomme.
Le mouvement des doigts, des yeux, de l’esprit devient danse.
Toutes les techniques plastiques et les modes opératoires susceptibles de rendre compte de cette perception sont les bienvenues, aussi je n’en dédaigne aucune: photographies, dessin, collage, broderie, tressage, assemblage, installations, estampes, etc. “ 

Sur cette thématique du rythme, un très beau texte, L’esthétique des rythmes, du philosophe Henri Maldiney, lisible ici
L’art est la vérité du sensible, parce que le rythme est la vérité de l’aesthesis” H. Maldiney

Eclats de lire...

18novembre

Ou l’atelier lecture du 16 novembre 09   By Fritz

     
     Entre Halloween et Noël, autour d’une citrouille transformée… en soupière, l’occasion nous est donnée  de retourner en enfance, l’enfance de notre goût pour la lecture. Cette soirée est  en effet une sorte de retour aux origines : quels livres nous ont émus, entraînés ailleurs, aidés, fait rêver, rire ou pleurer ? Quelles  œuvres ont ouvert en nous cet appétit  inépuisable, ce désir sans cesse renouvelé ?  

      Chacun  évoque des titres, et  des souvenirs, de livres désormais absents pour la plupart  ( si un exemplaire de Mon premier Dictionnaire et une méthode d’Allemand pour élèves de cinquième sont offerts  à nos yeux  attendris, comme on regrette en revanche la disparition du premier album de Bécassine, des Jules Verne en série ou d’un certain Petit Chat barbouilleur!)  mais dont l’empreinte est restée profonde. Ils ont  suscité des émotions dont on éprouve encore  la force, à peine atténuée, pour peu qu’ils surgissent de nos mémoires !  Et ils surgissent, d’abord sagement, en ordre si l’on peut dire. Mais voici que peu à peu, tandis qu’on écoute autrui  -tant de livres sont communs ! - ,  ils se pressent en foule et que se produit alors un ravissement joyeux, une surprise. Le passé s’éclaire, tout à coup, comme si s’allumaient les unes après les autres des lampes colorées qui ressuscitent sous leur halo tel ou tel moment, des lieux, des êtres … et un petit personnage autre que le moi présent : l’enfant que l’on a été . Pourquoi ne pas avoir pensé à parler de ces livres aimés  ? On les avait donc oubliés ? Mais non, justement, puisqu’ils se présentent dans toute leur fraîcheur, provoquant ces « légères secousses au cœur » dont parle Maupassant… On se rappelle secrètement une image, le contact d’un certain papier… Un soupçon traverse l’esprit : et si tous les livres avaient compté ?  Voilà pourquoi  peut-être, on lit des livres. Pour s’en souvenir longtemps, pour qu’ils vous habitent, soient comme une part de vous-même.

     Et peu importe qu’on n’y ait pas toujours compris grand- chose. Que l’on ait associé, en dépit de ce qui les sépare, Sinouhé l’Egyptien et Le Roman de la momie, peut-être pour leur merveilleuse opacité, pour l’expérience poétique qu’est souvent la lecture durant l’enfance. Ainsi, la description  de la momie,  on s’en rend compte grâce à une lecture à voix haute, est une énumération de termes plus énigmatiques les uns que les autres, propres à enchanter l’imagination. Les premières pages d’Alice au pays des merveilles permettent  à tous de  replonger délicieusement dans ce monde bizarre, qui a pu autrefois réconforter certains en raison de son étrangeté même, tandis que d’autres ont mis plus longtemps à en percevoir le charme. Au cours de la soirée, d’autres lectures encore : Saint-John Perse, Giono, Dickens, indispensables moments de découverte et de plaisir.

    Une joie durable s’ensuit de ces évocations et de ce partage. Telle est aussi finalement la vocation de cet atelier de lecture  (et de l’atelier d’écriture) : « J’imagine » disait Barthes*  « une sorte d’utopie où des textes (…) circuleraient dans de petits groupes, dans des amitiés, au sens phalanstérien du mot, et par conséquent, ce serait vraiment la circulation du désir d’écrire, de la jouissance d’écrire et de la jouissance de lire, qui ferait boule… »

*Dialogue reproduit dans le tome III des Œuvres complètes  de Barthes et cité par Georges Picard dans  Tout le monde devrait écrire.

En novembre... à l'iGtb

4novembre
En Novembre… à l’iGtb
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)
  • un atelier lecture bi-mestriel   (en alternance avec un atelier d’écriture)
    animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel 
le lundi 16 novembre, de 19h30 à 21h30

Montaigne voyait dans les livres plus qu’un médicament : ” La meilleure munition que j’aie trouvée à cet humain voyage… “ 

  • une exposition “Souffler sec”et ce jusqu’en janvier 2010,  des oeuvres d’Agnès Torrès,plasticienne 
Et le mardi 17 novembre 09 à 19h30, un grignotage-vernissage-discutage  (ben oui…) avec l’artiste plasticienne, qui sera là pour évoquer son travail et “souffler sec” avec nous
  • un atelier ponctuel de groupe Gestalt-thérapie “Formes de la relation“ 
animé par Pierre-André Beley et Hélène Chauveau

le samedi 21 novembre , de 10h à 17h

sur le thème Intimité /Extimité

  • un atelier  “jeu de société”, 
proposé par Nathalie Dard et Dominique Michel
atelier ouvert de développement personnel, visant à se découvrir soi-même et à découvrir l’autre de manière ludique

Mesclun... délocalisé

1novembre
by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec cette fois…
  • une incursion au Mexique, où l’on célèbre le « jour des Morts » (dia de los muertos) de façon beaucoup plus joyeuse qu’ici, notre mélancolique Toussaint. 
Ce jour de la fête des morts, les familles vont rendre visite aux tombes de leurs ancêtres et les nettoient, les décorent, les couvrent de fleurs (spécialement des fleurs orange -oeillets d’inde- appelées zempaxuchitl) ainsi que de bougies. Les âmes des défunts reviennent sur Terre suivant un certain ordre. Il faut donc leur préparer les offrandes appropriées. Les personnes récemment décédées ne reçoivent pas d’offrande, car elles n’ont pas eu le temps de demander la permission de retourner sur Terre. Pour les enfants morts avant d’avoir été baptisés, on offre des fleurs blanches et des cierges. Pour les autres, on apporte des jouets. Pour les adultes, on apporte des bouteilles de tequila.

Des offrandes sont aussi faites dans chaque maison sur des autels situés dans les chambres des défunts, plus ou moins décorés et remplis selon les familles. On y trouve : du copal dans son encensoir, des fleurs porte-bonheur, des cierges allumés, des photos représentant le défunt de son vivant, des têtes de morts en sucre ou en chocolat (calaveritas), des fruits, le pain des morts, des bonbons, de la nourriture que le défunt appréciait le plus, des boissons, de l’eau bénite et diverses offrandes particulières au défunt (tabac, poteries…).

Pour guider les âmes, un chemin de pétales de fleurs est réalisé de la rue jusqu’à l’autel. Des prières sont récitées et de la musique est jouée. Les Mexicains, qui sont presque tous catholiques, débutent leur journée en priant les défunts, et la terminent en buvant à leur santé. Le mexicain n’a pas peur de la mort, il s’en moque volontiers,  et joue avec elle. C’est une coutume qui peut sembler choquante, car la mort est traitée comme un personnage quasi humain, avec familiarité et dérision… Mais ne serait-ce pas tout simplement une autre manière d’aborder la vie dans ce qui fait son intensité et par là même d’intégrer plus naturellement cette mort qui fascine, sans la nier ou nous laisser terrifier par elle?

“Ce jour là et cette nuit-là “nous partagerons avec nos compatriotes leur joie et leur tristesse-joie parce que même si nous pleurons nos morts parce qu’ils sont morts, le souvenir de leur séjour est une joie- et nous partagerons (…) les aliments aussi bien des morts - on pose sur les tombes des défunts des fruits, des biscuits, des tortillas et du chocolat- que ceux des vivants, ce délicieux pain appelé pain des morts, et aussi les crânes, fémurs, tibias et cercueils en sucre et nougat d’amande. Je dirais (…) qu’aucune affirmation de l’amour pour la vie n’est aussi forte que celle symbolisée par le fait de manger des crânes en sucre car (…) il faut que chacun des crânes porte sur son front le nom de celui qui le mange… et y a-t-il quelque chose qui représente mieux, avec plus d’élégance et d’humour, le désir impossible mais toujours vivace du triomphe de la vie sur la mort ? Y a-t-il quelque chose de mieux que de manger sa propre mort…et que la mort ait le goût d’une friandise ?”

 Texte écrit par Fernando del Paso, écrivain, dessinateur et peintre mexicain, in “Douceur et passion de la cuisine mexicaine”, publié aux Editions de l’Aube.

  • Une petite vidéo sur ce thème  ici  (la musique n’est pas terrible, un poil trop “new age”, mais bon)
  • Et pour finir, la très célèbre calavera de la Catrina, sympathique allégorie de la mort,  de José Guadalupe Posada (1852-1913), le “Daumier” mexicain 

Soirée-Débat

22octobre

Psychothérapie et société...    by Fritz

Le Vendredi 16 octobre de 20 à 22h, en présence de Brigitte Lapeyronnie-Robine, psychiatre, psychothérapeute et directrice de l’iFGt (Institut Français de gestalt-thérapie), et de Pierre-Yves Goriaux, psychothérapeute et directeur adjoint de l’IFGT, les participants ont débattu sur les rapports actuels qu’entretiennent psychothérapie et société… Cela a suscité bien sûr beaucoup plus de questions que de réponses… 

La psychothérapie, pour qui ? des usagers, des patients, des clients, des malades, des bien-portants? lesquels ? Est-ce élitiste ? quelle inscription sociale ? Quid des personnes les plus défavorisées, y ont-elles accès, comment ?

 La psychothérapie, pour quoi ? quelle conception de la psychothérapie ? un soin (cure ou care ) ? quelles représentations de la santé / maladie, du normal / pathologique  ? s’agit-il de guérir, d’aller vers un mieux-être, une autonomie ? et qui décide de l’être-mieux, le patient, le thérapeute, la société ? à partir d’un diagnostic, ou non ?

Quelle psychothérapie ? pourquoi un engouement pour les TCC (thérapies comportementales ? béhaviorisme, scientisme ?) ? la psychothérapie relève-t-elle de la médecine, de la psychologie, de la philosophie appliquée ?  comment en évaluer les effets, et faut-il les évaluer ? Pratiques codifiables ou relation singulière patient -thérapeute ? quel est le rôle politique de la thérapie ?

Quel statut pour les thérapeutes privés de leur titre par la nouvelle règlementation ? Psychothérapeutes, ni psychiatres, ni psychologues, ni psychanalystes… quelle place sociale occuper et comment ? quelles compétences suppose cet exercice ? quelles formations indispensables ? quels en sont prescripteurs ? comment les atteindre ?

 A toutes ces questions, vous trouverez des éléments de réponse dans le livre : Psychothérapie et société Françoise Champion (dir.), éd. Armand Colin, coll. « Sociétales », janvier 2009. Françoise Champion est sociologue de la santé mentale, chargée de recherche au Centre de recherche « Psychotropes, santé mentale, société » (Cesames, CNRS / Inserm), et voici sur ce thème quelques uns de ses propos : 

Plusieurs évènements semblent être à l’origine de ce premier état des lieux historique et socio-anthropologique sur la psychothérapie en tant que phénomène social. Quels sont-ils ?

Disons d’abord que depuis le début du XXe siècle, ce phénomène social qu’est la psychothérapie n’a cessé de prendre de l’ampleur et qu’il n’y avait, jusqu’ici, en France, aucun travail sociologique sur le sujet. Ensuite, depuis les années 1990, des volontés administratives et politiques se sont manifestées pour contrôler la psychothérapie, sans, d’ailleurs, avoir su lancer d’appels à études pour connaître les usagers des psychothérapies ni les psychothérapeutes (à peine quelques enquêtes réalisées par Psychologie magazine, la MGEN, des psychothérapeutes eux-mêmes, analysées, bien sûr, ici). Ces projets de réglementation et de contrôle ont abouti à une loi en 2004 portant sur le titre de psychothérapeute et à une expertise de l’Inserm sur l’évaluation des méthodes psychothérapeutiques. Ces deux entreprises ont déclenché une violente « guerre des psy ». Les conflits se poursuivent, les décrets d’application de la loi ne sont toujours pas là…

 Ces conflits interviennent-ils sur un fond quelque peu miné ?

En effet, des « déchirements » n’ont cessé de caractériser l’espace psychothérapeutique. Tout d’abord, parce que la psychothérapie est une pratique et une discipline mal définie depuis l’origine et exercée, de fait, aujourd’hui, par quatre catégories de professionnels : psychiatres, psychologues, psychanalystes et, enfin, psychothérapeutes qualifiés de « ni, ni, ni » (parce que n’appartenant à aucune de ces catégories), qui, à partir de 1990 ont revendiqué la création d’un titre de psychothérapeute. Ce faisant, ils ont mis en effervescence le milieu de la psychothérapie (psychanalyse comprise). Cette opposition entre médecins et psychologues renvoie à un désaccord quant à la nature de ce que prendrait en charge la psychothérapie : une maladie, un mal-être, une « souffrance psychosociale » ? Le conflit porte aussi sur la formation des praticiens de la psychothérapie : les psychiatres et les psychologues, dont le cursus universitaire ne comporte pas de formation spécifique à la psychothérapie peuvent-ils être psychothérapeutes ? Autre « déchirement » sur la conception des troubles psychiques : sont-ils circonscrits et isolés les uns des autres ou renvoient-ils à un « mal-être » global ? Enfin, la psychothérapie peut-elle être une pratique standardisée et codifiée ou bien repose-t-elle fondamentalement sur la relation entre le « psy » et son « patient », « client »… ?

Quel est l’avenir de la psychothérapie ?

 Je pense qu’elle est appelée à se développer car les questions de santé mentale sont devenues un problème de santé publique majeur (en octobre 2007 a eu lieu la première campagne d’éducation et de prévention sur la dépression), avec un véritable coût économique que l’on chiffre désormais. Si nous ne sommes plus à l’heure du « tout psy », on s’oriente actuellement vers des prises en charge combinant médicaments et psychothérapies, et leurs usagers ont vite saisi les opportunités données par l’ouverture du marché psychothérapeutique. Si l’essentiel du livre porte sur les transformations du domaine de la santé mentale, nous terminons par une perspective anthropologique sur les changements de fonctionnement de l’individualisme : la norme de l’autonomie d’aujourd’hui consiste pour chaque individu à devoir choisir sa vie – jusqu’à être responsable de sa santé mentale.                                                                                                              Propos recueillis par Léa Monteverdi   Source : le journal du cnrs

”Personnellement, je considérerais que la thérapie comportementale est une insulte, même pour les grands singes, et même pour les chats.” D.W. Winnicott

Au grenier...

19octobre

Ou l’atelier d’écriture du 12 octobre 09             by Fritz

(Cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

”Le souvenir est un poète, n’en fais pas un historien”. Paul Géraldy

A l’iGtb, on a la conviction que lire, écrire et échanger à ce propos, reste essentiel. Quelques propositions ont été faites aux participants pour aller ”à leur propre rencontre”, et redécouvrir, à travers les mots, des sensations singulières… Voici quelques bribes et débris de mémoires…

Dans notre grenier, il y a eu des boîtes… 

”J’ouvre la boîte de carton  recouvert de papier  imitant le lézard, d’un vert poussiéreux et dont les coins s’effilochent. Le couvercle bascule vers l’arrière, à peine  retenu par les charnières prêtes à céder.   La boite paraît presque vide. Une grande photographie en couleur est posée sur le fond.  Un paysage, strié de longues raies jaunes et plutôt flou. Sur  la photo sont posés un bouton de manchette en nacre, une bêtise de Cambrai, un petit, tout petit sachet de papier Kraft à peine renflé en son milieu et qui, une fois ouvert, livre une étiquette aux caractères –chiffres, lettres- tellement pâlis qu’ils sont impossibles à lire, et une agrafe du genre de celles qui ferment les soutiens-gorge.”

” Vers ma dixième année, mes parents tenaient un magasin de chaussures. Il y avait dans l’arrière-boutique une sorte de mezzanine encombrée de boîtes de chaussures. J’ai passé un après-midi entier à ouvrir les boîtes et à les refermer. Il y en avait une où il n’y avait rien, je crois.”

“Dans cette boîte en métal oxydé qui appartient à ma mère, il y  a un petit cochon musicien, vêtu d’une marinière de feutrine un peu décolorée et d’un tout petit béret à pompon rouge. Il tient debout et quand on remonte la clé qu’il a dans le dos, il tressaute et agite nerveusement son archet au dessus de son minuscule violon pendant quelques minutes, avant de le laisser retomber ballant  après un dernier soubresaut. Il y a quelque chose d’assez pathétique dans cette agitation mécanique, silencieuse et éphémère. ”(…)

Quelques objets exhumés des mémoires…

 ”Un  hachoir à viande. Un petit moulin à musique. Un vieux bénitier. Une trottinette. Une bouillotte.

Le hachoir. Ma grand-mère prépare une farce. Le jaune d’œuf se mêle à la viande rouge, rose  et blanche, au blanc de la mie de pain trempée dans du lait, au vert du persil. Le bruit est un gargouillis réjouissant. Ma grand-mère enfonce ses doigts dans l’espèce d’entonnoir qui surmonte le hachoir. Lorsqu’elle les en ressort, ils sont  gluants et comme ensanglantés. J’ai un peu peur qu’elle les laisse happer par les lames.”

“Un plumier de bois - le mot plumier y est pyrogravé en écriture anglaise. Un encrier fêlé de céramique blanche.  Une plume sergent-major fine au bout de son porte plume de plastique un peu renflé. Un buvard rose pâle recouvert de signes inversés et énigmatiques à l’encre violette… et cette protubérance tatouée de violet elle aussi sur la première phalange du majeur.”

Des odeurs anciennes…

”Mon odeur d’enfance, c’est celle de l’essence de térébenthine. De temps en temps, avec ma grand-mère, nous vivions une grande aventure : nous allions acheter, à l’usine qui la fabriquait, une bouteille d’essence de térébenthine. Il fallait d’abord descendre vers la rivière par un raidillon, puis traverser sur une passerelle branlante. Ensuite, un chemin nous menait jusqu’à la route goudronnée que nous suivions sur quelques centaines de mètres. Au loin, on apercevait de hautes cheminées de briques. C’est là, dans un mystérieux labyrinthe de bâtiments roses tout imprégnés de l’odeur de résine distillée, que l’on fabriquait  le mystérieux  liquide dont l’odeur, aujourd’hui encore, me paraît une des plus merveilleuses créations de l’activité humaine.”

”Cette petite boîte cylindrique en aluminium contenait un bloc translucide, assez semblable à de l’ambre, et protégé d’une petite peau de chamois. C’est une odeur très singulière que celle de la colophane*, et une matière étrange, se transformant en poussière blanche lorsque l’on y frotte activement les crins de l’archet… Avec elle, s’ouvre tout un univers de gestes, tout un rituel de préparatifs, de soins à donner à l’instrument qui repose comme dans un petit cercueil dans son étui de velours bleu… Sans cette résine odorante, l’archet ne rendrait tout simplement aucun son sur les cordes du violon. ” 

(*le saviez-vous ? Le nom vient de Kolophôn (une cité grecque antique de l’Asie mineure) d’où l’on tirait cette substance. Dans les Landes de Gascogne, où elle était produite en quantité, la colophane portait le nom gascon d’arcanson, qui est à l’origine du nom de la ville d’Arcachon.)

Des livres fondateurs…

”Le titre a disparu. Il devait s’agir des Voyages de Marco Polo. Qui me l’avait offert ? je n’en sais rien. Un livre grand format parsemé d’illustrations à toutes les pages. Où pouvais-je le lire, sur la terrasse ? posé par terre, sur la table où l’on déjeunait et dont rien ne reste dans ma mémoire ? dans ma chambre ? les pages sont devant moi, le jeune homme quitte Venise, le jeune homme est reçu chez le grand Khan, il voyage et revient, et en prison dicte ses mémoires. C’est donc comme ça, on voyage, on vit, on écrit. Tout se résume à un livre écrit en prison avant de mourir.”

”C’est un petit livre d’or. C’est ainsi que s’appelait cette édition de livres pour enfants… j’en ai oublié le titre mais je revois assez nettement les  images réparties sur la page,  des illustrations colorées, profuses, avec des personnages farfelus de toutes sortes, de toutes tailles, vaquant à des activités très diverses. Le texte au bas des pages s’affirmait en première personne. J’aime les voitures, les bateaux, les trains, les gens… Je feuilletais ce livre, blottie dans un tonneau qui servait de niche au chien des voisins. Ce lieu avait quelque chose de contenant, de chaleureux. J’y étais bien, recroquevillée à l’abri, les genoux au menton… et le monde, ainsi perçu, dans son incroyable diversité, avait pour moi quelque chose de fascinant.”

Des paysages intimes…

”Au loin, à perte de vue, la forêt de pins avec ses taches de couleur ; en elle toutes les nuances du vert, tous les rythmes que les vents impriment aux branches.  Mais le plus extraordinaire de cette forêt, c’est ce que l’on ne voit pas et qui, on le sait, y vit : les lions qui attendent leurs proies, tapis dans l’ombre ; les guépards perchés sur les plus basses branches, prêts à bondir au premier frémissement de l’herbe ;  les vols de palombes tournoyant au-dessus des palombières enchantées.”

”C’est un champ d’anémones rouges, mauves, bleues… presque à perte de vue, un champ coloré, intense, impressionniste. Des touches, des taches, mouvantes, vibrantes… et dont quelqu’un vêtu de serge grise, courbé, mains calleuses, terreuses, prend soin…”

Et aussi ceci..., en octobre, à l'iGTb

9octobre
… dans l’agenda de Fritz

  • Une soirée-débat sur le thème d’actualité
 ’Psychothérapie et société’  
le vendredi 16 octobre, de 20h à 22h

en présence de Brigitte LAPEYRONNIE-ROBINE, psychiatre, psychothérapeute, directrice de l’iFGT, institut français de Gestalt-thérapie

et de Pierre-Yves GORIAUX, psychothérapeute, directeur-adjoint de l’iFGT

  • Des ateliers d’expression 
—-> un atelier d’écriture bi-mestriel   (en alternance avec un atelier-lecture)
animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel 

première séance, lelundi 12 octobre, de 19h30 à 21h30


—-> un atelier chant

animé par Marie-Hélène Deschamps

les samedi 17 et dimanche 18 octobre , de 10h à 17h