Le carnet de Fritz

En avril ... à l'iGtb

1avril


En avril, à l’iGtb… 
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on essaie de faire renouer corps et esprit en entrant dans la danse,
on joue à recomposer le monde par l’écriture  
et on s’exerce à faire l’éloge du conflit, générateur de formes nouvelles

(la participation à ces soirées est de 5€, une collation est prévue)
avec

  • Une conférence- atelier 
animée par Véronique Gontier, art-thérapeute structuraliste 
“Entrez dans la danse…”

le vendredi 9 avril 2010
de 20h à 22h

  • Un atelier d’écriture

animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel
“Il était une fois mon monde…”

le lundi 12 avril 2010
de 19h30 à 21h30

  •   Une conférence-atelier  
animée par Bernadette Godmer et Dominique Michel 
sur le thème des Formes de la relation
“Eloge du conflit … et de la confrontation” 
le vendredi 16 avril 2010 
de 20h à 22h 


Mesclun... pédagogique

30mars

by fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois Fritz s’intéresse à des oeuvres directement utiles pour le psychothérapeute, avec

  • Un livre, entre autobiographie et ouvrage clinique, Le jardin d’Epicure d’Irvin Yalom, psychiatre et conteur.
    Après Le Bourreau de l’amour, Mensonges sur le divan, Apprendre à mourir : La méthode Schopenhauer, Et Nietzsche a pleuré, et d’autres, voici, traduit par les Editions Galaade, l’un des ouvrages les plus personnels d’Irvin Yalom. 
    Selon La Rochefoucauld, «le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face». C’est vrai pour le soleil, mais pas pour la mort, comme le prouve Irvin Yalom dans ce dernier livre Le jardin d’Epicure. Le lecteur peut bien sûr ne pas se sentir concerné par le sujet ou avoir très envie d’éluder : la mort, moi ? Pas question ! Il faut savoir que l’angoisse de mort est variable au cours de l’existence : elle est très présente chez les jeunes enfants ; elle réapparaît avec force à l’adolescence ; elle est ensuite oblitérée chez l’adulte par deux tâches existentielles prenantes : aimer et travailler ; elle réapparaît lors de la crise de la cinquantaine, et suscite diverses stratégies, explique Yalom : «Nous nous projetons dans l’avenir de nos enfants, nous devenons riches, célèbres, toujours plus importants ; nous élaborons des rituels protecteurs compulsifs ; ou nous nous forgeons une croyance inébranlable en un sauveur ultime
    Photo Vanité contemporaine Christian Noorbergen
    L’auteur nous entraîne au jardin d’Epicure, car pour ce philosophe, concerné par la conquête de la quiétude (l’ataraxie, du grec «ataraxia», absence de trouble ou de douleur), la philosophie n’a qu’un but pertinent : soulager la souffrance humaine, souffrance dont la cause profonde est en réalité la peur omniprésente de la mort.
    Yalom nous démontre avec beaucoup d’humanité que se confronter à sa propre mortalité incite à choisir avec pertinence ses priorités, à communiquer plus intensément avec ses proches, à mieux apprécier les beautés du monde et de la vie, et à prendre les risques nécessaires pour ne rien avoir à regretter. Le Jardin d’Épicure, avec son «regard direct et assuré porté sur la mort », propose paradoxalement une approche profondément réconfortante de la question universelle de la mort.
  • Un roman Le choeur des femmes de Martin Winkler, paru chez POL
    C’est un grand roman de formation, qui met en scène la rencontre de deux médecins très contrastés : Franz Karma, praticien d’une cinquantaine d’années, adepte d’une médecine attentive, modeste, centrée sur l’écoute et l’échange transversal soignants-patients, et Jean Atwood, jeune et volontaire interne de chirurgie gynécologique, major de sa promo qui se destine avec ambition à la réparation des corps féminins, c’est à dire « inciser, extirper », soigner « des maladies, des vraies » et sûrement pas écouter des jérémiades ou tenir des mains…
C’est un roman généreux, polyphonique, profondément humain, qui évoque le pouvoir hautement transformateur de la rencontre. Au-delà de l’intérêt de l’énigme, centrée sur un secret de famille, c’est un beau roman d’initiation au métier et à l’éthique des soignants, quels qu’ils soient…
Mais écoutez plutôt Martin Winkler lui-même ici ou consultez son site ici     
  • Une série télévisée  (une fois n’est pas coutume !) en DVD
    In treatment, titre français En analyse, dont voici une apologie
“Du lundi au jeudi, Paul Weston (Gabriel Byrne), un psychothérapeute dans la cinquantaine, reçoit ses patients chez lui.  Le vendredi, il suit lui-même une thérapie auprès de son ancien mentor, Gina (Dianne Wiest).  Chaque épisode (par tranche de cinq, un pour chaque jour de la semaine) présente en temps (presque) réel une séance de thérapie.  Le concept est simple, la réalisation épurée (pas de musique, un décor unique et des champs/contre-champs) et le résultat magistral.
Avant tout, l’originalité d’In Treatment niche dans le recadrage qu’elle effectue sur son sujet.  Non seulement le psychothérapeute se voit-il enfin proposé un rôle principal, lui qui est d’habitude abonné aux seconds rôles marquants, mais la séance de thérapie elle-même est pour la première fois au cœur de l’œuvre.  Ce recadrage d’une simplicité déconcertante permet d’observer des scènes pourtant familières (une discussion entre patient et thérapeute) d’un regard neuf et de générer une véritable réflexion (à travers les remises en question du thérapeute) sur la pratique et l’utilité même de la psychothérapie.
Cette nouvelle perspective est particulièrement mise en valeur par la forme même de l’œuvre.  La structure par épisode permet en effet d’isoler les séances et de les espacer dans le temps de façon réaliste.  Et la longueur même d’une série rend possible une écriture qui, avec ses temps morts et ses conflits en suspens, reproduit le processus de thérapie avec une fidélité que la condensation nécessaire de la fiction cinématographique ne peut que rarement se permettre.  Bien entendu, dramaturgie de base oblige, force est d’admettre que les patients du docteur Weston  aboutissent à des prises de conscience majeures en des temps records, mais le réel travail d’auto-réflexion dans le temps demeure néanmoins palpable.
Mais dans In Treatment, ce ne sont pas seulement les personnages qui effectuent un retour aux sources (de leurs angoisses). Du choix subtil des cadrages au rythme précis des champs/contre-champs, c’est la caméra elle-même qui semble retrouver cet incroyable capacité de révélation des êtres qui fascinait tant les premiers critiques de cinéma.  Et comme l’impressionnant travail d’épuration formelle de la série n’a d’égale que la complexité des sentiments et des réactions qui y sont représentés, le (télé)spectateur est ainsi invité à être attentif au moindre mouvement, à la moindre expression faciale ou intonation de personnages troublés et souvent contradictoires.  Pour reprendre la belle expression du critique Béla Balázs, c’est toute la partition visuelle de la vie polyphonique qui s’offre à nouveau à nous sur notre petit écran, à raison de cinq séances par semaine.”  Bruno Dequen, in 24 images
  • Une expositionmarco decorpeliada, Schizomètres  à la Maison Rouge, jusqu’au 16 mai 2010, qui est aussi un gag assez drôle… Voici l’argument

marco decorpeliada (1947-2006), catalogué malade mental, a produit une série d’œuvres singulières en rapport avec les diagnostics qui lui ont été appliqués. Il réplique à cet étiquetage en établissant une correspondance terme à terme entre les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV, et ceux – les mêmes ! – des produits du catalogue PICARD SURGELES : à « 20.1, Schizophrénie, type catatonique continue », il répond « 20.1, Crevettes Roses entières cuites » et à « 42.0, Trouble obsessionnel compulsif (TOC)», il réplique «42.0, Carottes en bâtonnets cuites vapeur ».Il traque les manques criants de la nosographie sur des portes de congélateurs et il identifie la classification comme calcification avec un squelette. Sa production artistique prend le savoir classificatoire psychiatrique à son propre jeu dans une guérilla joyeuse, ironique, parodique, spirituelle, et néanmoins d’une rigoureuse logique.

En réalité, le nom de Decorpeliada, censé désigner un malheureux familier des hôpitaux psychiatriques, auteur d’un journal et de fiches de survie, a été bricolé à partir des noms des membres de l’Ecole lacanienne de Psychanalyse, participants d’un OuPsyPo, Laurent Cornaz, Dominique de Liège, Yan Pélissier, Jacques Adams et un pataphysicien notoire Marcel Benabou, membre du très célèbre OuLiPo. Cette mise en dérision du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental disorders) inventive, poétique et drôle n’est pas pour nous déplaire.

  • Et pour finir, et à toutes fins utiles, un authentique générateur de rêves, à essayer ici, après l’avoir alimenté en anglais 

Vous avez dit communiquer ?

28mars

Ou la conférence-atelier sur la Communication non-violente, animée par Nathalie Dard, le 26 mars, à l’iGTb
Les mots sont des fenêtres … ou bien des murs                       by Fritz

En exergue, cette citation d’André Malraux “Le plus étonnant n’est pas l’incompréhension entre les individus, mais que, compte tenu des espaces infinis qui les séparent, ils parviennent parfois à se comprendre. 

En effet un certain nombre d’éléments semblent devoir distordre assez volontiers la communication entre les humains et altérer la qualité de leurs relations. Pour y remédier, la Communication non-violente propose quelques solutions… que nous avons testées, grâce à Nathalie Dard, qui nous a explicité tout cela avec beaucoup de générosité.

 La Communication non violente (ou CNV) est une méthode, mise au point au milieu des années 1960, par Marshall B. Rosenberg, docteur en psychologie clinique, élève de Rogers, visant à créer entre les êtres humains des relations fondées sur l’empathie, la compassion, la coopération dans le respect de soi et des autres. Il s’agit d’un outil de communication, principalement verbal, qui peut servir à la résolution de problèmes de communication entre deux personnes ou au sein de groupes. La pratique de la Communication non violente permettrait également d’être en meilleure relation avec soi-même, de mieux comprendre ses besoins profonds et de prendre en charge, de manière autonome et responsable, les divers aspects de sa propre vie. Il ne s’agit donc pas d’une thérapie, mais elle peut avoir des retombées thérapeutiques intéressantes.

La Communication non violente repose sur deux prémisses fondamentales :
->Tous les êtres humains ont des besoins fondamentaux semblables
->Chacun est naturellement capable d’accéder à un état de compassion et de montrer de la bienveillance à l’égard de ses propres besoins et de ceux de ses semblables.
De ces prémisses découle le modèle de communication de cette méthode, en 4 temps :1. Observation objective de la situation (en mettant de côté jugements et évaluations)
2. Identification des sentiments qu’éveille la situation (en les différenciant des interprétations et des jugements)
3. Identification des besoins liés à ces sentiments (aspirations profondes, motivations, etc.)
4. Formulation d’une demande en vue de satisfaire ces besoins (présentée de façon positive, concrète et réalisable).
Pour nous faire apprécier tout cela, ces deux marionnettes ont entamé un dialogue animé :

Ne dites plus, à la manière du chacal, c’est à dire en utilisant un langage fondé sur l’attente, l’exigence, le contrôle et la culpabilisation : “Tu n’es jamais à l’heure !”. Dites à la manière de la girafe, emblême de la CNV, c’est à dire en utilisant un langage bienveillant, empreint d’empathie et par lequel on se met à l’écoute de ses propres besoins et de ceux de son interlocuteur : ” Je dois souvent t’attendre quand je viens te chercher !” En disant cela, je peux me sentir ennuyé, contrarié, chagriné, ou résigné… je cherche ensuite à cerner le besoin qui a éveillé ce sentiment. Une fois le besoin identifié, la demande sera plus facile à formuler et à recevoir : “Je souhaiterais que tu sois à l’heure quand je viens te chercher car cela m’ennuie de perdre mon temps.”

Quelques questions critiques ont été formulées à l’égard de cette méthode
-Sa dénomination, faisant référence malgré elle à Gandhi… certains lui préfèrent communication vivante ou consciente.
-La définition très spécifique de la notion de”besoins” a été interrogée.
-Son efficacité, non prouvée scientifiquement à ce jour, ainsi que la relative difficulté de son application.Vouloir à tout prix énoncer les quatre éléments (observation, sentiment, besoin, demande) peut rendre effectivement la communication laborieuse, et attendre des autres qu’ils s’y conforment peut également devenir pesant. 
-Et dernier point, défaut ou qualité, c’est selon… : la dimension de spiritualité à la base de la CNV. Marshall Rosenberg explique dans un document mis en ligne par le Centre pour la CNV, appelé « Bases spirituelles de la Communication NonViolente », que la CNV est née de sa propre « tentative de devenir conscient de ce qu’est l’Énergie Divine Bien-Aimée et de la façon de se mettre en lien avec elle » : “Il est important de voir que la spiritualité est au coeur de la CNV, et de garder cela à l’esprit quand on apprend les étapes du processus. L’art de vivre que j’essaie d’enseigner est véritablement une pratique spirituelle.”

Lire, c'est guérir

18mars

ou l’atelier lecture du 15 mars 2010    by Fritz
Et si 
les livres pouvaient soigner ? C’est un peu le postulat  de cet atelier lecture : considérer à l’instar de Marc-Alain Ouaknin, auteur de Bibliothérapie, et de Stéphanie Janicot, Cent romans de première urgence, que nous pouvons trouver dans les livres ce qui nous aide à vivre et, pourquoi pas, nous guérit de nos souffrances. Des mots contre nos maux…

Par exemple, quel livre « soignerait »  celui ou celle qui se plaindrait de n’avoir pas de chance ou bien de s’ennuyer ?  Celui ou celle qui aurait des difficultés à supporter père et /ou mère, à s’entendre avec frère(s) et/ou sœur(s) ? Chacun est convié, au début de cette soirée du 15 mars, à chercher dans ses propres lectures celles qui pourraient secourir en de telles circonstances, celles qui l’ont éventuellement  aidé  lui-même.
C’est un exercice ardu. Que faut-il recommander ? Des livres résolument positifs, réponse  « rose »  à la question soulevée ? Des livres qui proposent des situations analogues dont les personnages sortent  vainqueurs, ayant surmonté toutes les souffrances, démêlé tous les nœuds de vipères (Tiens ! Mauriac n’a pas été cité…) ? Ou encore des textes qui offrent un reflet tellement épouvantable, une version si terrible de ce que le lecteur traverse dans sa propre existence que son drame personnel s’édulcore, pâlit par comparaison et qu’il ne peut que se rasséréner, tant il est vrai que le tragique d’une œuvre a parfois cet effet réconfortant, revigorant ? Quelque chose du débat entre allopathie et homéopathie traverse cette séance. On s’improvise médecin de l’âme, les prescriptions fusent… ou sont plus lentes à venir.
Ardue en effet est aussi l’exploration de la bibliothèque intérieure, dont les rayons sont souvent plongés dans l’ombre du temps.  Le surgissement d’un titre est un peu aléatoire, venant du fond d’une expérience personnelle ou d’une connaissance  plus  théorique, que l’on ait, d’ailleurs, lu ou non le livre suggéré.
Voyons de plus près ces « ordonnances » : le lecteur de ce blog pourra se reconnaître dans le choix des  participants ou le désapprouver et, pourquoi pas, apporter sa contribution à la petite « bibliothèque de secours » constituée ici. Il en constatera l’oscillation entre deux pôles. Ainsi le pauvre individu pris dans la tourmente des relations familiales se voit-il invité à lire les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol ou bien Vipère au poing d’Hervé Bazin. Le récit biblique de la lutte fratricide entre Caïn et Abel, Anna Soror de Marguerite Yourcenar, Le grand Cahier d’Agota Kristof.  Celui qui est persuadé d’être vraiment malchanceux, peut se plonger dans les récits de la Kolima de Varlam Chalamov, les textes d’Epictète, les romans de Dickens, ou encore Suicide, mode d’emploi.  Ou alors au contraire, dans L’Arbre aux haricots de Barbara Kingsolver,  livre optimiste paraît-il, les romans de Giono pour son évocation d’un bonheur simple, à portée de main, La stratégie du choc de  Naomi Klein, qui en éveillant la colère produit un effet stimulant, donc bénéfique.
Pour combattre l’ennui, outre le fait même de lire, sont recommandés : L’Ennui de Moravia, les « bons » polars , Voyage au bout de la nuit de Céline, Trois hommes dans un bateau de Jérome K.Jérome, Le Comte de Monte-Cristo, roman justement fameux d’Alexandre Dumas, l’extraordinaire Bourlinguer de Cendrars, Chroniques martiennes de Ray Bradbury, Le Seigneur des anneaux
Si l’on veut guérir de la conviction que l’amour est une souffrance, on  lira avec profit Casanova, un guide de philatélie, des poèmes d’Aragon, ou de Pablo Neruda. Albert Cohen, bien sûr (Solal, Belle du seigneur ), ou Proust ;  Le Diable au corps, de Raymond Radiguet, mais surtout L’Amour fou d’André Breton pourront être envisagés comme remède.
Italo Calvino s’est intéressé, au début de son roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, à ce qui se passe dans la tête du quidam entrant dans une pharmacie - pardon, une librairie ! -  bien décidé à acquérir un certain livre et devant pour cela résister à tous les autres, qui l’assaillent, lui font de l’œil, ou dont la présence est comme  un reproche muet. L’inventaire de ces ouvrages plus ou moins nécessaires est d’une justesse et d’une drôlerie extraordinaires.  Parmi eux se trouvent « les livres- faits- pour-d’autres-usages-que-la-lecture », ce qui ne laisse pas d’intriguer  et  incite à demander ce que chacun mettrait sous cette définition.  Un sous-inventaire amusant est dressé :  Le code du travail, les livres réservés au travail (où l’on voit que le mot « lecture » est réservé à ce qui procure du plaisir), les livres de droit (encore que ceux-ci puissent être passionnants quand ils traitent de la jurisprudence), de cuisine, les modes d’emploi. Les ouvrages traduits dans une langue que l’on ne comprend pas. Les coffee table top books, uniquement destinés à  être exposés sur une table de salon. Et, bien sûr, ceux qui calent une armoire, remplacent un pied de meuble. Heureusement, ces livres-là ne font pas oublier les vrais.
La deuxième partie de la soirée, consacrée aux lectures à voix haute, a permis d’entendre et de savourer :
-un  délicieux conte philosophique de Quim Monzo, La Mycologie. Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous souhaiteriez obtenir si vous rencontriez, hypothèse à ne pas négliger, une créature féérique capable d’exaucer vos désirs ? Cela mérite réflexion, soyez-en certain.
- Quelques lignes d’une concision parfaite sur le sort de la fillette d’Emma et Charles Bovary après la mort de ses parents. Tout l’art de Flaubert est résumé en ces trois phrases de l’excipit de Madame Bovary qui contiennent en germe  une œuvre entière. ( Deux romans intitulés  Mademoiselle Bovary, l’un de Raymond Jean, l’autre de Maxime Benoît-Jeannin ont été publiés, signalons-le au passage.)
-De belles pages de Chronique des sept misères de Patrick Chamoiseau, pour (re)découvrir la littérature créole antillaise à travers un de ses auteurs les plus engagés dans la défense et illustration de la « créolité ».
- Une autre invitation au voyage avec le Guide des Cités Obscures (avec carte !) de Schuitten et Peeters, qui nous entraîne dans une découverte d’Alaxis, Blossfeldtstad, Calvani ou Xhistos. Nous apprenons notamment l’existence de lieux de Passage, permettant d’accéder au Continent Obscur : métro Arts et Métiers à Paris, Palais de Justice de Bruxelles, cour du Musée Fesch à Ajaccio…
-Le début de Baleine de Paul Gadenne, où une baleine blanche échouée et déjà corrompue par la mort fait énigme.
-La préface des Monologues du vagin d’Eve Ensler, le livre ayant été acheté le jour-même pour les besoins d’un travail particulier sur les femmes.
-Des poèmes tirés de Chansons pour elle
et autres poèmes érotiques de Verlaine. (Notons que le Printemps des poètes cette année avait pour titre « Couleur femme ».)
-Et pour terminer, un extrait de l’émouvante réflexion de Pierre Sansot sur le temps de la vieillesse dans Ce qu’il reste.

On le constate, une fois de plus l’éclectisme a prévalu, la diversité était reine. Noms d’auteurs et de personnages, titres, phrases lues flottaient  dans l’air de l’Igtb, tissant autour de nous et avec nous, avec nos propos, nos rires, nos curiosités, une atmosphère au moins aussi chaleureuse et réconfortante que le bon feu qui brûlait dans l’âtre. N’est-ce pas là aussi un bienfait des livres ?

Mesclun féminin singulier

8mars

pour célébrer LA journée de LA femme, Fritz n’est pas en reste…
avec

  • le texte d’une chanson de l’inclassable et nécessaire Brigitte Fontaine “Prohibition”, visible et audible ici, qui ne mâche pas ses mots et qui donne à penser…
J’exhibai ma carte senior  
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d’un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

 Passez votre chemin, bâtards
Et filez vite au wagon-bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

 Partout, c’est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers, clopes, manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

 Partout, c’est la prohibition
Parole, écrit, fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements

 Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
À moins qu’ils n’apportent du blé
De la thune aux plus fortunés

 Les vieux sont jetés aux orties
À l’asile, aux châteaux d’oubli
Voici ce qui m’attend demain
Si jamais je perds mon chemin

 J’ai d’autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m’inventer d’autres cieux
Toujours plus vastes et précieux

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie 

  • un très beau livre Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stephan Bollmann, qui offre une perspective intéressante sur le lien qui unit les femmes à la lecture à travers le prisme de la peinture, ainsi qu’ une réflexion sur le caractère éminemment subversif de la lecture, qui favorise l’émancipation de la pensée… à rapprocher de cet authentique projet de loi (édité aux Mille et une nuits) que l’on doit à Sylvain Maréchal (1750-1803),écrivain, pamphlétaire et ami de Gracchus Babeuf… 

PROJET D’UNE LOI, Portant défense d’apprendre à lire aux Femmes.

 MOTIFS DE LA LOI  Considérant :1º. Que l’amour honnête, le chaste hymen, la tendresse maternelle, la piété filiale, la reconnaissance des bienfaits… etc., sont antérieurs à l’invention de l’alphabet et de l’écriture, et à l’étude des langues; ont subsisté, et peuvent encore subsister sans elles.

 Considérant :2º. Les inconvénients graves qui résultent pour les deux sexes, de ce que les femmes sachent lire.

 Considérant :3º. Qu’apprendre à lire aux femmes est un hors-d’œuvre, nuisible à leur éducation naturelle: c’est un luxe dont l’effet fut presque toujours l’altération et la ruine des mœurs.

 Considérant :4º. Que cette fleur d’innocence qui caractérise une vierge, commence à perdre de son velouté, de sa fraîcheur, du moment que l’art et la science y touchent, du moment qu’un maître en approche. La première leçon que reçoit une jeune fille est le premier pas qu’on l’oblige à faire pour s’éloigner de la nature.

 Considérant :5º. Que l’intention de la bonne et sage nature a été que les femmes exclusivement occupées des soins domestiques, s’honoreraient de tenir dans leurs mains, non pas un livre ou une plume, mais bien une quenouille ou un fuseau.

 Considérant :6º. Combien une femme qui ne sait pas lire est réservée dans ses propos, pudibonde dans ses manières, parcimonieuse en paroles, timide et modeste hors de chez elle, égale et indulgente…. Combien, au contraire, celle qui sait lire et écrire a de penchant à la médisance, à l’amour propre, au dédain de tous ceux et de toutes celles qui en savent un peu moins…..

 Considérant :7º. Combien il est dangereux de cultiver l’esprit des femmes, d’après la Réflexion morale de la Rochefoucault qui les connaissait si bien: «L’esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison.»

 Considérant :8º. Que la nature elle-même, en pourvoyant les femmes d’une prodigieuse aptitude à parler, semble avoir voulu leur épargner le soin d’apprendre à lire, à écrire.
Je vous fais grâce des 105 considérations suivantes…  EN CONSEQUENCE :
I. La Raison veut que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.

II. La Raison veut:
À l’homme, l’épée et la plume. À la femme,  l’aiguille et le fuseau.

À l’homme, la massue d’Hercule. À la femme, la quenouille d’Omphale.
À l’homme, les productions du génie. À la femme, les sentiments du cœur.

III. La Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s’y tienne.
Les choses vont mal, quand les deux sexes empiettent l’un sur l’autre.
La lune et le soleil ne luisent point ensemble.

IV. La Raison ne veut pas plus que la langue française, qu’une femme soit auteur : ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.
etc.,etc.,etc. suivent ainsi 74 autres articles de la même farine. 
Ce texte a suscité, à l’époque, 68 pages de réaction, lisibles en ligne ici, de la part de la femme de lettres et féministe Marie-Armande-Jeanne Gacon-Dufour , qui est néanmoins devenue la compagne de S. Maréchal (!)

  •  Heureusement Les femmes sont en train de détrôner le mythe de la féminité ; elles commencent à affirmer concrètement leur indépendance ; mais ce n’est pas sans peine qu’elles réussissent à vivre intégralement leur condition d’être humain”.Simone de BeauvoirLe Deuxième Sexe
… j’en profite pour remercier dans le désordre
Marie Laurencin, Louise Labbé, Lou Andréas Salomé, Camille Claudel, Calamity Jane, Danielle Collobert, Frida Kahlo, Mary Shelley,Virginia Woolf, Alexandra David-Neel, Nathalie Sarraute, Flora Tristan, Laure (Colette Peignot), Sappho, Emma Goldman, les soeurs Brontë, Maryse Bastié, Isabelle Eberhardt, Aliénor, Niki de St Phalle, Louise Michel, Sonia Delaunay, Rosa Luxembourg, Mélanie Klein, Lhassa de Sela… euh,  Laura Perls, et tant d’autresd’avoir intensément existé !!!

Mesclun en passant...

5mars

Spectaculaire et très émouvant vol migratoire de grues cendrées au-dessus de l’iGtb !
Elles traversent l’Aquitaine depuis quelques jours déjà….   

Petite leçon de science naturelle :
La Grue cendrée mesure de 124 à 138 cm, pour une envergure de 228 à 245 cm et un poids de 8 à 12 kg. Elle est principalement grise avec une bande blanche verticale le long du cou, et une touffe de plumes noires sur la queue. Elle porte sur la tête une portion de peau nue rouge, peu visible dans la nature. Elle se nourrit d’insectes, de graines, d’herbes et de jeunes pousses ainsi que de mollusques et de vers. A l’automne, ces oiseaux puissants voyagent du nord de l’Europe jusqu’au sud de l’Espagne pour y rejoindre leurs quartiers d’hiver. Et ils repassent au printemps dans l’autre sens… pour rejoindre la Scandinavie. Les vols migratoires sont en forme de V ou de Y. Les grues cendrées, comme les cigognes, utilisent les ascendances thermiques pour s’élever en planant, économisant ainsi leur énergie au maximum. Le vol battu est utilisé en cas de mauvais temps, de vol de nuit ou au dessus de la mer. En vol, les grues cendrées crient, la plupart du temps, environ toutes les 10 à 15 secondes. Le chant, un “grou” sonore, s’entend jusqu’à quatre kilomètres. C’est une particularité anatomique du bréchet de la grue qui explique son exceptionnelle puissance.
Pour en savoir plus, et même entendre le “grou” des grues, c’est ici

Et puisque c’est le printemps des poètes, hommage à eux avec ce très, très beau poème de Jean Richepin (1849-1926) qui prend le parti des gueux dans Les oiseaux de passage, chanté ici par Brassens

Ô vie heureuse des bourgeois
Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle,
Ils sont fiers et contents

Ce pigeon est aimé,
Trois jours par sa pigeonne
Ça lui suffit il sait
Que l’amour n’a qu’un temps

Ce dindon a toujours
Béni sa destinée
Et quand vient le moment
De mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs
C’est là que je suis née
Je meurs près de ma mère
Et je fais mon devoir

Elle a fait son devoir
C’est à dire que onques
Elle n’eut de souhait
Impossible elle n’eut

Aucun rêve de lune
Aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs
Sur un fleuve inconnu

 Et tous sont ainsi faits
Vivre la même vie
Toujours pour ces gens là
Cela n’est point hideux

Ce canard n’a qu’un bec
Et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir
Ou bien d’en avoir deux

Ils n’ont aucun besoin
De baisers sur les lèvres
Et loin des songes vains
Loin des soucis cuisants

Possèdent pour tout coeur
Un viscère sans fièvre
Un coucou régulier
Et garanti dix ans

Ô les gens bien heureux !
Tout à coup dans l’espace
Si haut qu’il semble aller
Lentement un grand vol

En forme de triangle
Arrive, plane, et passe
Où vont ils?… qui sont-ils?
Comme ils sont loin du sol

Regardez les passer, eux
Ce sont les sauvages
Ils vont où leur désir
Le veut, par dessus monts

Et bois, et mers, et vents
Et loin des esclavages
L’air qu’ils boivent
Ferait éclater vos poumons

Regardez les avant
D’atteindre sa chimère
Plus d’un l’aile rompue
Et du sang plein les yeux

Mourra. Ces pauvres gens
Ont aussi femme et mère
Et savent les aimer
Aussi bien que vous, mieux

Pour choyer cette femme
Et nourrir cette mère
Ils pouvaient devenir
Volailles comme vous

Mais ils sont avant tout
Des fils de la chimère
Des assoiffés d’azur
Des poètes, des fous

Regardez les ! Vieux coqs 
Jeune oie édifiante
Rien de vous ne pourra
Monter aussi haut qu’eux

Et le peu qui viendra
D’eux à vous, c’est leur fiente
Les bourgeois sont troublés
De voir passer les gueux

En mars... à l'iGtb

2mars

En mars, à l’iGtb… 
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on s’intéresse à la lecture comme “fabrique de temps et d’identité narrative”, on cherche à communiquer sans violence en distinguant les fenêtres et les murs, et on s’exerce à l’art de trouver ce qu’on ne cherche pas grâce au p’tits papiers et au plasticien Pierre Touron

avec

  • Un atelier lecture
    animé par
    Laetitia Darricau et Dominique Michel
    “De quelles lectures suis-je fait ?”

    le lundi 15 mars 
    de 19h30 à 21h30



  • Une conférence-ateliersur le thème des Formes de la relation  
    animée par Nathalie Dard
    Communication non violente : “Les mots sont des fenêtres… ou des murs”
    le vendredi 26 mars 2010
    de 20h à 22h


  • Un atelier d’expression pour adultes
    animé par le plasticien Pierre Touron
    “Laissez parler les p’tits papiers !”
    le samedi 27 mars 2010
    de 10h à 17h

Mesclun auto-destructible

26février

by Fritz  (voir la recette du mesclun

Cette fois Fritz s’intéresse à la grave question du suicide (du latin sui caedere « se massacrer soi-même ») acte qui consiste donc à mettre fin délibérément à sa propre vie, avec 

  • une ancienne et très touchante exposition de l’artiste BenSuicide au fond de l’impasse : l’art, la vie, la mort
    Ben Vautier, né en 1935 à Naples, arrive à Nice en 1949, où il vit et travaille toujours. Il se fait connaître à partir de 1959, grâce à son « magasin fourre-tout, lieu de rencontres et d’exposition ». Un des fondateurs du mouvement Fluxus, Ben affirme que tout est possible en art et que tout est art. Artiste conceptuel et populaire, Ben, en quelque sorte, amuse la galerie. Comme il l’écrit sur le mur : “Tout ça reste un grand mystère”. Ben est un grand râleur et un grand humoriste. Si le suicide le hante depuis très longtemps, il ne se suicide pas, il écrit et il peint. Tant qu’il travaille, il est vivant et il a exposé en 2009 à la galerie Templon « Ils se sont tous suicidés ».
    « Rothko s’est suicidé, pas moi. De Staël s’est suicidé, pas moi. … Cette nuit j’ai senti la mort comme un fleuve qui coule grand et large que rien ne peut arrêter. J’ai eu beau essayer de penser à autre chose, le fusil, la corde, tout se rapprochait. je suis sorti du lit, je suis allé chercher le fusil, je l’ai chargé, j’ai pris la corde, je suis monté sur l’échelle, ensuite je suis redescendu pour tout écrire et puis brûler ce que je venais d’écrire. » déclare Ben Vautier dans son livre “S
    uicide d’artiste”, chez L’esprit du temps.

“La mort est simple”, acrylique, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Les portraits, encadrés de deux tableaux “La mort est simple” et “La mort est partout”, s’alignent sur le mur, accompagnés d’un texte de Ben qui relate le dernier acte des suicidés.
Mark Rothko s’entaille les veines
Nicolas de Staël se jette par la fenêtre
 Le suicide de Nicolas de Staël, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Maïakovski se tire une balle en plein coeur,   Guy Debord aussi
Ernst Ludwig Kirchner se tue devant sa maison
Vincent Van Gogh se tire une balle dans la poitrine
Diane Arbus avale des barbituriques
Pierre Molinier se tire une balle dans la bouche
Bernard Buffet s’étouffe avec un sac en plastique

Le suicide de Bernard Buffet, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Jackson Pollock se tue en voiture
Sigmund Freud se fait euthanasier par un ami
Virginia Woolf s’enfonce dans une mare les poches pleines de pierres
Photos de suicidés et “la mort est partout”, acrylique sur toile,   Ben, “Ils se sont tous suicidésLe suicide serait-il l’ultime geste artistique ? Les destins tragiques que Ben a choisis sont terribles ; les phrases qu’il calligraphie sont désespérées. Mais, en dépit d’une thématique funèbre, les tableaux de Ben restent assez toniques. Ben est connu pour ses phrases faussement naïves à l’écriture ronde et scolaire. Les cursives blanches sur fond noir sont apaisantes, elles font sourire avant d’inquiéter. Les couleurs vives contredisent elles aussi le message de mort. L’humour de certains tableaux-objets,  à moi la liberté (avec une corde), je jette l’éponge (avec une éponge), c’est à vous de choisir (avec une balance), pour Socrate (avec un pot de cigüe)  sont même drôles. Tant que Ben peint ses acryliques, il n’attente pas à sa vie.

« Je parle de suicide, mais je ne me suicide pas, je parle de révolution, mais je m’installe devant la télé pour regarder Monk, Barnaby, et Columbo. Ok, mais c’est pas grave, la télé marche toujours. »
Pour ne pas risquer de poursuites, l’artiste prend soin de préciser sur un tableau que: “Cette exposition n’est pas une incitation au suicide, mais une réflexion sur la mort dans l’art”.
Une réflexion et un pied de nez à la mort, un acte conjuratoire. 
Voici quelques suicidés célèbres cités par Ben :
Arthur Cravan, écrivain dadaïste, boxeur, et neveu d’Oscar Wilde, sans doute suicidé par noyade au cours d’une tentative de traversée de l’Atlantique à la rame.
Bernard Loiseau, cuisinier, perfectionniste et stressé, se suicide après sa rétrogradation de 19/20 à 17/20 au Gault et Millau, le 24 février 2003.
Édouard Levé, écrivain photographe: « 
Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que de la vivre ». Il dépose chez son éditeur son dernier manuscrit, Suicide, trois jours avant de se donner la mort, en 2007, à l’âge de 42 ans.
Empédocle, médecin et philosophe grec, banni de sa ville natale, se serait jeté dans l’Etna en fusion, laissant, au bord du cratère, une de ses chaussures comme preuve de sa mort.
George Sanders, l’acteur britannique s’est suicidé le 25 avril 1972 en ingérant un cocktail de Nembutal et de vodka pour abréger les souffrances d’une longue maladie: « 
Je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu suffisamment longtemps. Je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante fosse d’aisances. »
Georgette Agutte, peintre fauve et sculpteur, se donne la mort le 5 septembre 1922 à Chamonix, après la mort de son mari, Marcel Sembat : « 
Voilà douze heures qu’il est parti. Je suis en retard ».
Paul Celan s’est jeté dans la Seine le 20 avril 1970. Il avait dans sa poche deux billets non utilisés pour En attendant Godot.
Jean Eustache, le cinéaste, se tire une balle en plein cœur en 1981. Sur la porte de sa chambre, il avait punaisé une carte :” Frappez fort. Comme pour réveiller un mort. “
Rembrandt Bugatti, sculpteur animalier et frère d’Ettore, le créateur automobile, se suicide au gaz en 1916, après l’abattage des animaux du Zoo d’Anvers dont beaucoup avaient été ses modèles.
et alii… pour en savoir plus, cliquer ici

  • une performance intéressante, et même éprouvante Suicide en do dièse # : c’est ici
  • un livre extrêmement savoureux de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna “Petits suicides entre amis

Un beau matin, un petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et un colonel veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu’ils choisissent la même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l’évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre. Commence alors, à bord d’un car de tourisme flambant neuf, une folle tournée à travers la Finlande. Parmi la trentaine de suicidaires de tous poils qui s’embarquent pour l’aventure : un joyeux boute-en-train et un vieux Lapon sympathique et retors, éleveur de rennes, qui voient là une issue inespérée à leurs infortunes.
Un périple loufoque mené à un train d’enfer, des falaises de l’océan arctique jusqu’au cap Saint-Vincent au Portugal.
L’occasion aussi d’une réflexion férocement drôle sur le suicide.

  • Un texte préventif de S. Barbery à méditer et à conseiller, c’est ici
  • Et un avertissement à propos de l’incontournable texte Suicide mode d’emploi par ses auteurs mêmesc’est ici

Keepsake... et autres confidanses

20février

ou l’atelier d’écriture du 15 février 2010  by Fritz

L’atelier a cette fois réuni une dizaine de personnes, autour de quelques jeux d’écriture.

« Je » de société : Au XIXe siècle en Angleterre, les jeunes filles de ‘bonne famille’ aimaient beaucoup les carnets de confidences, les « keepsake ». Elles soumettaient ainsi leurs proches à des séries de questions, traitant des goûts et des couleurs, et auxquelles il fallait répondre sincèrement et par écrit. Marcel Proust s’y est essayé à plusieurs reprises et avec esprit… Plus récemment, la plasticienne et photographe Sophie Calle, qui fait de sa vie, moments les plus intimes compris, une œuvre d’art, a réinventé ce jeu en proposant des questions assez « indiscrètes ». Nous en avons exploré quelques-unes… dont voici en vrac quelques réponses.
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? De la cause (réveil, conscience du devoir à accomplir, besoin de mouvement…) au but (café brûlant, intérêt pour une journée nouvelle…)
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? De ceux qui sont tombés au fond d’un panier à linge à ceux qui se sont réalisés, en passant par ceux qui sont voués à demeurer des rêves… sous peine de devenir des « ambitions ».
Qu’est-ce qui vous distingue des autres ? De rien à tout… On se constate à la fois terriblement singulier et incroyablement banal…
Vous manque-t-il quelque chose ? Du calme /un chiot jack russel / un soupçon de lâcher-prise / non, mais le manque est une bonne chose…
A quoi avez-vous renoncé ? A ce qui ne tenait pas à moi / à la souffrance / au piano/ à une forme de liberté / au diktat de l’apparence…
Que défendez-vous ?  Aux autres, de parler, de faire des bêtises, de se battre…/ L’imagination, l’humour, la poésie / Quelques silhouettes perdues ça et là / le calme, la paix…
Qu’êtes-vous capable de refuser ? Pas grand chose / de donner pour une bonne cause / l’arbitraire, l’abus de pouvoir
Quelle partie de votre corps est la plus fragile ? Yeux, cou, tête, disque L4L5, dos, petit orteil gauche, siège de l’humeur, peau…
Qu’avez-vous été capable de faire par amour ? Des bêtises, pas assez, sans doute / Sortir de l’enfermement / Parcourir seule la nuit des kilomètres en 2 CV / Ne pas aller travailler / Se perdre /Abandonner beaucoup de choses
Que vous reproche-t-on ? de rien : je suis bien entourée, à tout : ce que je dis, ce que je tais, en passant par ma franchise / mon besoin de solitude / certainement des choses moins graves que celles que je me reproche…
A quoi vous sert l’art ? L’art ne me sert pas / à renouveler le regard, à donner du sens / à faire du beau avec du laid / à respirer…

Patronymes, mais quand même un peu : Nous éprouvons le besoin de définir, de nommer. Ainsi, dès qu’un être humain vient au monde, il est doté d’un nom. Un patronyme qui l’attache à sa famille et un (ou plusieurs) prénom qui le distingue dans l’histoire de cette famille. Puis s’ajoutent divers surnoms ou sobriquets au gré des rencontres ou expériences traversées….Et il y a sans doute quelque chose de déterminant dans cette attribution. Chacun a exploré prénom(s), surnom(s) et nom(s) qui le désignent. De ceux ou celles qui l’apprécient, ont eu du mal à l’abandonner et du plaisir à le retrouver, à ceux/celles qui ne le reconnaissent pas, ne l’aiment pas, en changent sans problème, en passant par ceux/celles qui se réjouissent de sa singularité / se remémorent quelques quolibets / ressentent un soupçon de fierté devant ce qu’il entraîne avec lui d’histoire ou de géographie / s’émeuvent de la possibilité de son extinction…

Alors, elle est pas belle, mon épitaphe ?  Pour terminer, nous avons rédigé quelques lignes définitives

Ci-gît quelqu’un qui a respiré, palpité, vibré
N’en demeurent que résonances
Ci-gît une histoire, un souffle, une évanescence
Qui en gardera réminiscence ?

Ombres et voix, horizon nouveau,
Ports et tombes
Voici ce qu’il aurait aimé garder de cette promenade
Mais il sait perdue irrémédiablement la mémoire du beau

Ici repose  J. F. M.M. B. D.
Qui aimait vivre avec plusieurs dizaines d’amis
Grand avatar, moitié homme moitié âne,
Inventeur de pensées et de rires acidulés
De sa fin à sa naissance : pirate !

Mesclun très, très rouge...

9février

by Fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois un mesclun dans lequel Fritz donne quelques éléments pour comprendre son intérêt prononcé pour la couleur rouge

  • Un livre DVD  ’Rouge Très Très Fort’, édité par Biro éditeur  
    Rouge Très Très Fort révèle de manière intimiste et inédite le travail du peintre Zao Wou-Ki au travers des souvenirs vidéographiques de son ami Richard Texier, l’un des artistes les plus étonnants de nos jours. Loin des documentaires intrusifs filmés à la caméra, ce film de 18 minutes est un moment d’intimité avec Zao Wou-Ki. Utilisant son téléphone portable comme un bloc-note pour capturer idées ou moments, Richard Texier nous entraîne dans les moments qu’il a partagés avec son ami, par des bribes de conversations sur les couleurs, le monde, la beauté… 

Voici ce que Richard Texier dit lui-même de son oeuvre à Pocket-Film :  Pouvez-vous expliquer la genèse de ‘Rouge très très fort’ ?  Au départ, c’était un projet modeste, un témoignage. Je reçois régulièrement des amis peintres, artistes, écrivains… Je les filme, je prends des notes. Comme je n’ai pas d’appareil photo, c’est un peu ma manière de faire des photos souvenirs. Zao Wou-Ki et moi sommes liés depuis très longtemps, quinze ou vingt ans, et je me suis rendu compte que je n’avais pas de témoignage sur Wou-Ki. Comme c’est un peu machinal chez moi, j’ai commencé à faire des images. Il faut savoir que Zao Wou-Ki avait déjà refusé les demandes de plusieurs réalisateurs qui souhaitaient le filmer en train de peindre, ce qui donne une couleur unique à ce témoignage. Le filmer prenait ainsi une dimension particulière.
Pourquoi avoir utilisé le téléphone mobile pour filmer Zao Wou-Ki ? Faire des films ce n’est pas mon métier. J’utilise le téléphone-caméra d’une manière très personnelle. J’ai ce téléphone depuis six ans maintenant, il m’accompagne dans mes nombreux voyages à travers le monde. Il est mon seul objet nomade. Je n’ai pas d’ordinateur, je n’ai pas de caméra, je n’ai qu’un téléphone avec ses fonctions que je maîtrise un petit peu. Il me sert à connecter tous les gens qui travaillent avec moi et à leur rendre compte aussi de ce que je vois, de ce qui m’intéresse. Je réalise des petits bouts de films, je « note » des choses, c’est vraiment comme un carnet de notes. Longtemps j’ai utilisé le téléphone mobile de cette façon, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que cela pouvait faire sens, ces notes pourraient s’articuler de manière à former quelque chose de plus conséquent. Dans ces images on voit Zao Wou-Ki en train de peindre, mais on l’entend peindre aussi ! Il pousse des cris, il exprime en peignant ce que les chinois appellent le « Chi », une pulsion de vie intérieure, un souffle éternel qui traverse les êtres. Zao Wou-Ki, dans la pratique de son art, est en osmose avec la tradition chinoise, il est à l’écoute de son rythme intérieur. pour en savoir plus 

  • Un romanRouge majeur, les derniers jours de Nicolas de Staël’ de Denis Labayle, éd. Panama

    Jack Tiberton, journaliste trentenaire, écrit des articles dans la rubrique culturelle du Washington Tribune. Il est convié un jour (et il y voit la chance de sa vie) à interviewer le peintre Nicolas de Staël … A peine arrivé à son petit hôtel de rue Mouffetard, il y trouve un mot de Staël, l’invitant pour le soir-même à un concert d’Anton Webern au théâtre Marigny. La rencontre n’a lieu qu’à l’issue du concert. “Son visage ne correspond pas exactement à celui des photos. Il a bien les traits anguleux, le front large, la mâchoire fine, la chevelure abondante refoulée sur le côté par le vent, mais il me paraît plus jeune, plus maigre, plus grave aussi. Il n’a pas la mine détendue des autres spectateurs et semble absorbé par je ne sais quelle pensée.“Le peintre exalté et profondément bouleversé par la musique d’Anton Webern griffonne ses impressions sur un carnet. Il tient là le sujet de son prochain tableau. Ce sera un concert, ce concert.”Avec cette toile, je quitte les berges apaisantes pour plonger au fond de moi-même, pour explorer la brûlure des feux. Ma brûlure ! Avec ce rouge, je troque la fugue pour une symphonie, j’entre dans l’arène, mon combat commence, enfin…“ Il accueille très amicalement le journaliste et à peine quelques heures plus tard, l’invite à le rejoindre aussi vite que possible à Antibes. Staël offre alors à cet homme qu’il connaît à peine de le suivre dans la création de sa prochaine toile, celle qui marquera à jamais un tournant dans sa vie de peintre et d’homme, il le sait, il le pressent. Jack, enthousiasmé, accepte aussitôt. Dix jours plus tard, Nicolas de Staël se précipite dans le vide, en laissant inachevé « Le Concert », sa première toile en rouge majeur. Jack est le seul à tout savoir de ces dix dernier jours,…

     Ce roman est une fiction, le journaliste Jack  n’a jamais existé, mais s’inspirant de la correspondance du peintre et des ouvrages qui lui ont été par la suite consacrés,  Denis Labayle dresse un portrait possible, magnifique et émouvant, de l’artiste en prise avec le mystère et les affres de la création… ce texte nous entraine en effet au cœur même du processus créateur, au moment où l’œuvre émerge et prend forme sur la toile, dans la tension vers ce rouge infiniment complexe, où couleur et musique entrent en synesthésie, et qui se dérobe constamment…  http://www.denislabayle.fr/spip/

  • Une exposition virtuelle sur le site de la BNF, qui explore plusieurs facettes de la couleur Rouge, la couleur par excellence (à l’origine du nom Adam et dans plusieurs langues, le mot rouge se confond avec le mot couleur), avec en particulier une intéressante réponse de Michel Pastoureau à la question que tout le monde se pose pourquoi le petit chaperon est-il rouge ? oui, pourquoi ??? la réponse est là   http://expositions.bnf.fr/rouge/gp/01.htm
    et aussi un ouvrage très complet 
    Le Rouge, 2e volume du Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle, paru aux CNRS Editions. En s’appuyant sur un vaste corpus de textes du XXe siècle, l’auteur Annie Mollard-Desfour, linguiste, répertorie mots et expressions articulés autour de cette couleur, avec leurs définitions, leurs contextes d’emploi, leurs symboliques, leurs sens figurés… Sonia Rykiel en a écrit la préface : “Rouge… comme l’excès, la jouissance, le sans-limite, la liberté, l’extrême provocation, le trop plein, la folie d’un champ de coquelicots… la cristallisation dans l’amour fou“… 

AG... à l'iGtb

5février

Le vendredi 29 janvier 2010  s’est tenue au 7 place Emile Zola à Talence, l’Assemblée générale annuelle de l’iGtb  … association loi 1901, qui compte à ce jour une trentaine d’adhérents, et dont la vocation est de promouvoir la Gestalt-thérapie  et l’expression créatrice en Aquitaine.

Le rapport moral 2009 a été voté à l’unanimité des présents, le rapport financier a été approuvé à une abstention près. Le bureau est constitué cette année d’un secrétaire (Pierre-André Beley), d’une présidente (Dominique Michel) qui persistent dans leurs fonctions et il accueille une nouvelle trésorière  (Françoise Grand). Le CA comporte 6 membres, dont le Bureau, et se réunit tous les 2 mois. La cotisation d’adhésion pour l’année 2010 est toujours à 30€. Le prix d’entrée aux soirées organisées par l’iGtb demeure à 5€ pour les adhérents, les étudiants et les demandeurs d’emploi, et à 10€ pour les non-adhérents.

L’association cherche à améliorer son mode de communication. Sa vocation continue d’être expérimentale : expositions, ateliers divers (Le prochain thème envisagé autour duquel proposer des ateliers et des rencontres serait Les émotions), soirées-discussions, travaux théorico-cliniques, espace -ressource pour thérapeutes, débutants et confirmés… 

Le blog vous tient au courant de tout ce qui se trame à l’iGTb… et il vous en rend compte aussi en mots et en images.

Merci de votre intérêt.

CEGT : Collégiales 2010

2février

Fritz est partout où la Gestalt s’agite et il était aux Collégiales de Bruxelles organisées par le Collège Européen de gestalt-thérapie les 16 et 17 janvier derniers

Le projet social de la Gestalt-thérapie

 Cette année le thème des collégiales était la gestalt-thérapie dans le champ social. L’occasion de nombreuses interrogations : de quelles valeurs la gestalt-thérapie est-elle porteuse et comment celles-ci sont incarnées dans notre pratique notamment. 
Laura Perls aimait à répéter que pratiquer la gestalt-thérapie était un acte politique.
Il est vrai que le changement social commence à deux et que le rapport patient-thérapeute contribue aussi à modéliser les rapports sociaux. 
Après une séquence « de la gestalt-thérapie à travers les âges » au cours de laquelle il apparaît clairement que le contexte s’étant largement transformé la pratique n’a pu qu’évoluer. Ou comment les aspirations libertaires initiales peuvent-elles coexister dans une logique capitaliste de l’avoir.
« Une société avec des peurs de plus en plus présentes. Une société qui engendre de fausses réassurances stérilisant ainsi le vivant» nous dit Alain Gontier.
Une société de violences où l’individualisme prend le pas sur l’individuation avec une présence accrue d’un monde virtuel.
N’y a-t-il pas actuellement dans la société une perversion avec l’absence de frontière entre le virtuel et le réel, notamment pour les enfants ? Pour autant peut-on opposer réel et virtuel, le virtuel étant bien une modalité du réel…
Une société de transgressions… alors se pose aussi la question de l’éthique et comment est-elle façonnée par l’histoire.
Au départ la morale et l’éthique étaient confondues considérant liberté et dignité. Aujourd’hui elles sont scindées. La morale examine le bien et le mal, quant à l’éthique, elle procède d’une approche plus singulière considérant une situation donnée dans un contexte particulier.
La conscience de l’éthique naît d’une conscience croisée avec des regards multiples Sommes-nous, thérapeutes, suffisamment clairs pour voir le patient indépendamment de la société ?
A titre d’exemple, au 19ème siècle l’homosexualité était considérée comme une perversion sur le plan psychiatrique… Comment aujourd’hui fonder une réflexion éthique ? A-t-on assez d’audace pour ce faire?
De quelles transgressions parle t-on ? De celle consistant à refuser de se conformer à une loi injuste. De la transgression adolescente défiant l’interdit pour toucher ses limites. De celle qui cherche à se confronter à la mort pour tenter d’échapper à la finitude. De celle qui veut contacter le vide pour être au seuil de sa limite, pour trouver un espace de vie où on trouve ses propres limites et à l’intérieur desquelles on se sent exister ?
La transgression interroge quant à la sanction. Mais quelle sanction ? Celles qui permettent de réintégrer la société des hommes ou celles qui les destituent de leur humanité.
Enfin, en parallèle à ces questions, l’évocation de notre statut dans le contexte actuel.
Jean-Marie Robine souligne l’importance pour tout thérapeute d’être dans la marge : ni où le client l’attend, ni où la société l’attend.
Pourtant la fameuse question du choix  se pose : avons-nous cette liberté aujourd’hui ou devons-nous subir la marginalisation faute d’alternative ? 
Bruxelles les 16 et 17 janvier 2010 

En Février...à l'iGtb

31janvier
En février … à l’iGtb
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on rend compte de travaux de réflexion collectifs, on cherche sa voix, et on jette quelques traits d’encre sur ce que l’on croit être son identité…



  • Une soirée théorico-clinique sur le thème duTransfert’ 
    animée par  Annie Bouhier Bernadette Godmer, Didier Lambert, Valérie Muller et Geneviève Rosine
    le vendredi 12 février
    de 19h30 à 22h

  • Un atelier voix pour adultes 
    animé par Marie-Hélène Deschamps
    le samedi 13 février
    de 10h à 17h


  • Un atelier d’écriture 
    animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel

    “Qui suis-je ?”
    le
    lundi 15 février
    de
    19h30 à 21h30



Lire délivre...

24janvier

ou l’atelier-lecture du 18 janvier 2010  by Fritz

Autour d’une collation éclectique  -soupe de lentilles, sushis, brochettes et saké, tarte aux pommes et lardons – chacun est convié à s’interroger sur cette passion, « ce vice impuni » (Valéry Larbaud) qu’est la lecture. « Jusqu’où êtes-vous allés  pour un livre ? »
Jusqu’à le
voler, jusqu’à en oublier de boire et manger. Jusqu’à le traduire, ou encore le réécrire en gros caractères parce qu’on n’ accepte pas qu’ une personne chère qui y voit mal ne puisse le lire. Jusqu’à ne pas le lire, c’est-à-dire s’abstenir durant la semaine pour mieux le retrouver et le savourer  chaque vendredi et dimanche soir, dans le train. Jusqu’à l’écrire, dans des trains justement, en Inde où ils vont lentement. Le titre de ce livre ? Spirale.

Belle figure que celle de la spirale. Plaçons cet atelier du lundi dix-huit janvier sous ce signe, cette image. C’est le mouvement même selon lequel il se déroule : entre égotisme –quel lecteur suis-je ? Que dit de moi ma pratique de la lecture ?- et ouverture à l’expérience d’autrui, parfois proche, parfois si radicalement différente. Mouvement double mais harmonieux dont le rapport avec l’infini dit quelque chose du plaisir toujours renouvelé  de la rencontre et de l’échange que proposent ces soirées.

Lecture, plaisir solitaire.  La « pause lecture favorite » nécessite souvent le retrait, le repli : dans son lit, son bain, sa chambre, la solitude est recherchée comme une condition indispensable, on coupe s’il le faut le téléphone. Mais on peut lire aussi dans un train, un autobus, à la plage, et l’on est alors seul parmi d’autres, revendiquant un certain quant-à-soi et, en même temps, acceptant les possibilités d’effraction du monde environnant, ne l’envisageant pas comme une menace, s’ouvrant au contraire à ses invites, ses incitations à vivre.  Ne voulant  rien perdre des deux « espaces » d’existence, jouissant de chaque « retour » du monde momentanément aboli par la lecture, chaque signe de la vie concrète, insistante, appelante, à laquelle le plus beau livre ne saurait faire concurrence. Le jardin et ses multiples sollicitations — jeux de la lumière dans les feuillages, chants d’oiseaux, parfums surgis à la faveur d’on ne sait quel subtil mouvement de l’air— offrent une image particulière de cet art de conjuguer les bonheurs.

Alors que pour certains la nature du livre détermine les conditions de la lecture  (on ne lit pas le matin, par exemple, les mêmes livres que le soir parce que la disponibilité intellectuelle ou les attentes profondes ne sont pas les mêmes), pour d’autres, le lieu ni le moment n’ont vraiment d’importance. A la question : « Qu’est-ce qui peut vous arracher à votre lecture ? », ceux-là répondent : « Tout ! ». Le mot d’« arrachement » ne leur convient d’ailleurs pas, ils ne souffrent guère d’être arrêtés. Mais l’histoire ? disent d’autres. L’histoire qui captive, tient en haleine, vous attache au sort des personnages ? (« Le jour le plus triste de ma vie, disait O. Wilde, est celui de la mort de Lucien de Rubempré. » ) L’histoire, «  on s’en fiche », déclarent  ces lecteurs détachés, « l’intérêt du livre se situe ailleurs ! ».

Lecture, plaisir solitaire. Lecture, plaisir partagé. Sans ce partage, aurait-elle le même sens ? On lit pour soi,  mais on lit également pour parler de ce que l’on aime lire, pour s’en servir parmi les autres (sans que cette dimension utilitariste soit à mépriser), indirectement ou directement, contribuant ainsi à la circulation des textes qui nous ont charmés, transformés, qui nous accompagnent comme un viatique.

Le mouvement de décentrement de la spirale, c’est aussi cette lecture offerte, ouverte. Textes complets courts  ou  morceaux choisis dans des textes plus longs, la lecture à haute voix a la part belle au cours de la soirée. Se succèdent ainsi, au gré des choix de chacun, sans autre  mot d’ordre que celui de la fantaisie personnelle, des textes très variés : le chapitre intitulé « Le parapluie » dans Dernières Nouvelles des choses de Roger-Pol Droit, telle page des Anneaux de Saturne de W.G. Sebald, d’une sourde mélancolie, ou telle autre, résolument solaire, Retour à Tipasa d’Albert Camus. Camus, à qui l’on rend hommage ces temps-ci, car il y a cinquante ans qu’il a disparu. Cliquez ici Noces_a_Tipasa pour lire ou relire ce texte, saturé de joie de vivre : une évocation poétique et sensuelle de la communion de l’homme et de son environnement...

On rit avec Henri Michaux et sa Mitrailleuse à gifles,  Umberto Eco et son Comment ça commence, comment ça finit, Alphonse Allais qui nous emmène en Islande pour assister à l’échec de l’hybridation des loups et des phoques (Oeuvres Anthumes),  Maupassant  nous narrant l’histoire d’Un condamné à mort décidément très heureux, ou ces deux moines d’un conte japonais ayant rencontré une femme sur leur chemin… Rires de sagesse et de folie…

Des réseaux ténus se  tissent parfois, d’un texte à l’autre, où l’on admire le hasard de rapprochements qui rendent rêveurs. Par exemple entre un extrait de nouvelle d’Annie  Proulx ( C’est très bien comme ça) et une page des Carnets d’Albert Cohen (celle du 18 janvier 1978) évoquant tous deux le désir d’enfant et les formes qu’il peut prendre lorsqu’il ne se réalise pas. Une petite pièce de Jean Tardieu, tirée de La comédie de la comédie, et intitulée  Monsieur Moi, dialogue avec un brillant partenaire, surprend par la vision humoristique, ironique,  de la relation thérapeutique, que semble proposer l’auteur : interprétation imprévue qui ne manque pas de sel en ce lieu. Dans une succession parfaite bien que non concertée, après le théâtre vient le cinéma et, comme un dessert, un scénario de court  métrage au goût de confiture d’oranges et de mûres (Configures).

Le hasard  nous a montré avec quelle bienveillance il accompagne les ateliers du Pour l’instant. N’a-t-il pas placé sur le chemin de l’un d’entre nous, un livre de poche détrempé, qui fut ramassé sans hésitation et emporté,  au sec dans un sac ? Cross booking (ou bookcrossing) inattendu, d’un genre un peu différent, et qui pourrait faire croire à un clin d’oeil de la providence. Que nous dit ce livre sauvé des eaux et de l’abandon (il s’agit de La Bête dans la jungle d’Henry James), ce livre venu à notre rencontre ? Qu’un livre, comme saisi d’une existence autonome, peut échapper  à  celui qui croit le posséder ? Que son destin est fragile, précaire ? Ne dit-il pas surtout qu’il existe de par le monde des gens qui pensent qu’on peut l’emporter avec soi, partout, comme un indispensable accessoire pour bien vivre… au risque de le perdre ?  D’autres passionnés donc, et amoureux des textes. Des frères en lecture.

                                                             Le livre adopté

Pour ceux que ça intéresse, une très belle exposition d’Alain Fleischer sur la
lecture et les lecteurs ces jours-ci à la BNF

Mesclun fou, fou, fou...

20janvier

by Fritz  (voir la recette du mesclun)

avec

  • Un livre de Gérard Garouste, L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un père, d’un fou, écrit avec Judith Perrignon et paru chez l’Iconoclaste.
    Il revient de loin. A 63 ans, Gérard Garouste, peintre, sculpteur, graveur, illustrateur, livre ici une auto-biographie terrible et courageuse où il évoque ses délires, ses dépressions et ses multiples séjours en hôpital psychiatrique. Il porte sur sa ‘maladie’ un regard sans concession et rend hommage à sa femme Elisabeth et à ses fils, ainsi qu’aux marchands d’art qui ont cru en lui.

    Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. “
    Né en mars 1946 à Paris, Gérard Garouste vit et travaille dans l’Eure. Il s’intéresse très tôt à toutes les formes d’expression artistique : dessin, peinture, sculpture, gravure, et ses oeuvres, désormais célèbres, voyagent dans le monde entier.  En 1990, il fonde La source, une association à vocation sociale et artistique qui organise en milieu rural des ateliers artistiques pour les enfants en grande difficulté et qui travaille également sur le lien familial, via des ateliers parentaux. Envoyés par les assistantes sociales ou la justice, quelque 5 000 jeunes passent chaque année à La Source, où des ateliers sont dirigés par des peintres, des chorégraphes, des sculpteurs. ” Le but est de valoriser les jeunes “, dit Garouste, en évoquant ces enfants qui arrivent à La Source et ” se découvrent ” grâce à l’expression artistique. 

  • Une expérience thérapeutique bouleversante qui date des années expérimentales de l‘anti-psychiatrie (voir aussi sur ce thème ceci…) en 60-70, racontée dans un livre écrit à quatre mains, thérapeute et patiente :  Mary Barnes, un voyage à travers la folie, de Mary Barnes et Joseph Berke. Devenue schizophrène vers 40 ans, Mary Barnes a pu intégrer l’unité expérimentale créée par Ronald Laing, où on la laissa explorer sa folie, durant cinq années de voyage,  jusqu’à ce qu’elle en émerge, guérie et artiste peintre…  
    Pour en savoir plus, c’est ici Obituaries.doc, et pour ceux qui comprennent l’anglais, un document video intéressant Going down and coming up part 1, part 2, part 3

  • Un film, solite et insolite, Pierrot le fou, film ensorcelant (!) de Jean-Luc Godard (Ah, la nouvelle vague !)  qui éclabousse l’écran de son humour caustique, intelligent et truffé de références (littéraires, musicales et iconiques), qui n’a pas grand-chose à voir avec ce fou-là ni même avec celui-ci, et dont voici un extrait ici et un dithyrambe là :

    “A l’image de son héros qui cherche un peu de beauté dans “un monde d’abrutis”, Godard construit son film sur un antagonisme constant entre le désordre et la grâce, entre la violence et la sérénité. D’un tournage qu’on imagine volontiers chaotique, il tire une œuvre foisonnante, d’une rare liberté de ton, où tout semble pouvoir arriver.  Samuel Fuller y décrit un film comme “un champ de bataille” où se mêlent “l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort”, le cinéaste américain donne ainsi le ton d’une œuvre fiévreuse, entièrement vouée à ‘l’émotion’. Bien avant les tentatives de déconstructions narratives d’un Tarantino, Godard nous projette dans un spectacle bariolé et sans cesse déroutant, où l’on peut prendre son petit déjeuner à côté d’un mort et se mettre à chanter les amours sans lendemain, ou bien croiser Raymond Devos criant le dégoût que lui inspire sa femme dans un petit port désert. Facéties d’un cinéaste en pleine possession de son art, qui filme ce qui lui vient à l’esprit et jette à l’écran ce qui lui chante, comme autant de coups de pinceaux. De là naît un jeu perpétuel avec le spectateur, qui se voit interpellé par les personnages au détour d’une conversation amoureuse, pris à partie, les yeux dans les yeux, par Marianne lorsqu’elle réclame le droit de vivre et, par là même, constamment invité à s’impliquer émotionnellement dans l’expérience qui se déroule devant lui. S’il ne perd jamais de vue l’histoire qu’il veut nous raconter (ou plutôt les histoires, drame intime, intrigue criminelle et constat sur l’époque s’entremêlant sans cesse), Godard conçoit son film comme un fracas d’émotions contradictoires, du rire au désespoir le plus déchirant, pour aboutir à un morceau d’émotion pure. Plans de nature impressionnistes et giclées de violence foudroyante se succèdent, liés entre eux par une musique aux accents tantôt pathétiques ou survoltés. Porté par le charisme de ses interprètes, et notamment par un Jean-Paul Belmondo qui sait apporter une sensualité et une dynamique physique remarquables à son personnage, Godard parvient à faire cohabiter dans son film deux mouvements apparemment contradictoires. Un mouvement intime et narcissique, le film prenant souvent l’aspect d’un journal intime, comme en témoignent les innombrables gros plans sur le cahier de notes de Ferdinand. Un mouvement plus ample, embrassant une aventure rocambolesque, aux nombreuses péripéties.” Waldo Lydecker 

  • et pour finir, si vous avez un moment à perdre, plongez dans la folie douce, absurde, loufoque et suisse des Plonk et Replonk et laissez-vous envahir par cet humour déjanté et salutaire : dépaysement garanti.

La Scénothérapie... qu'est-ce que c'est ?

17janvier

Conférence-atelier du vendredi 15 janvier 
animée par Martine Cotton, orthophoniste, scénothérapeute    

Martine Cotton a d’abord évoqué l’historique de cette méthode, quelques uns de ses champs d’application notamment en cas de bégaiement, puis elle nous a ensuite invités à expérimenter quelques propositions de textes.

L’expression scénique ou scénothérapie est une thérapie médiatisée qui a été créée dans les années 1960 par Emile Dars, comédien, metteur en scène, directeur de théâtre… Celui-ci avait été frappé par l’influence du rôle sur les comédiens. « Ce n’est pas le comédien qui se met dans la peau du rôle mais bien le rôle qui se met dans la peau du comédien, provoquant chez lui une suite d’états émotionnels souvent violents, engendrés par l’intensité des situations qu’il est amené à vivre. » En1966, il crée la société française d’expression scénique. Il a eu l’intuition que les textes, quand ils sont porteurs d’une forte charge émotionnelle, pouvaient être utilisés dans un but thérapeutique. Il a donc rassemblé  et classé un corpus de textes brefs et évocateurs.

L’expression scénique a un champ d’application assez vaste. Elle peut en effet être utilisée favorablement
- avec des patients présentant des problèmes de voix (dysphonies dysfonctionnelles, spasmodiques…)
- avec des patients cérébro-lésés
- avec des personnes âgées
- avec des adolescents (en cas de difficultés de lecture, afin de « déscolariser » le rapport au texte)
- avec certains patients présentant un bégaiement

Cette méthode peut être utilisée en situation duelle ou en groupe.

Le scénothérapeute propose au patient 4 ou 5 textes qu’il a préalablement sélectionnés. Le patient en choisit un et est invité à le lire à haute voix. Puis il est conduit à parler de ce choix et du ressenti du texte. « Lire à haute voix, c’est s’autoriser des effets sur l’autre. » A la séance suivante, le scénothérapeute propose un autre choix de textes, et ainsi de texte en texte, patient et thérapeute cheminent-ils. Il ne s’agit pas d’enfermer le patient dans un projet thérapeutique, en effet le scénothérapeute n’a pas le pouvoir d’anticiper le vécu émotionnel du patient, ni de libérer le patient  de son affect, mais de lui offrir, à travers tout ce cheminement de textes, la possibilité de lier l’affect angoissant à des représentations mentales acceptables par lui.

Les textes, empruntés au  répertoire classique, jouent donc un rôle fondamental dans cette thérapeutique
-   le texte est à la fois un élément médiateur (une sorte de masque qui protège et permet)
-   un objet transitionnel (au sens de Winnicott)
-   un contenant
-   un espace de pensée
-   une surface projective
-   un fragment de culture
-   un objet esthétique

Outil privilégié dans tous les champs de la communication, la scénothérapie quitte le théâtre pour explorer “l’autre scène” (au sens psychanalytique). Elle permet et facilite les processus de liaison et la recherche d’identité, dans un travail spécifique à chaque individu, y ajoutant un élément ludique qui vient soutenir celui-ci dans son cheminement.

Martine nous propose alors  de faire l’expérience de la scénothérapie. Plusieurs textes sont mis à notre disposition. Leur choix se fait dans une certaine effervescence, avec rapidité ou lenteur. Une fois les textes lus à voix haute devant le petit groupe, Martine nous invite à explorer les raisons de notre choix, en quoi ce texte parle de nous, en quoi il résonne. 

Parmi les auteurs des extraits proposés : Kawabata, Prévert, Buzzati, Duhamel, Bobin… et aussi ces deux-là   

“Je me souvins d’un matin où j’avais découvert un cocon dans l’écorce d’un arbre, au moment où le papillon brisait l’enveloppe et se préparait à sortir. J’attendis un long moment, mais il tardait trop, et moi j’étais pressé. Enervé, je me penchai et me mis à le réchauffer de mon haleine. Je le réchauffais, impatient, et le miracle commença à se dérouler devant moi, à un rythme plus rapide que nature. L’enveloppe s’ouvrit, le papillon sortit en se traînant, et je n’oublierai jamais l’horreur que j’éprouvai alors: ses ailes n’étaient pas encore écloses et de tout son petit corps tremblant il s’efforçait de les déplier. Penché au-dessus de lui, je l’aidais de mon haleine. En vain. Une patiente maturation était nécessaire et le déroulement des ailes devait se faire lentement au soleil; maintenant il était trop tard. Mon souffle avait contraint le papillon à se montrer, tout froissé, avant terme. Il s’agita, désespéré, et, quelques secondes après, mourut dans la paume de ma main.Ce petit cadavre, je crois que c’est le plus grand poids que j’aie sur la conscience. car, je le comprends bien aujourd’hui, c’est un péché mortel que de forcer les grandes lois. Nous devons ne pas nous presser, ne pas nous impatienter, suivre avec confiance le rythme éternel.”   
“Alexis Zorba”  
Nikos Kazantzaki

“Dans le chant de ma colère il y a un oeuf,

Et dans cet oeuf il y a ma mère, mon père et  
mes enfants,

Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et
 vie.

Grosses tempêtes qui m’avez secouru,

Beau soleil qui m’as contrecarré,

Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,

Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles;

Si l’on savait comme je suis resté moelleux au
 fond.

Je suis gong et ouate et chant neigeux,

Je le dis et j’en suis sûr.
”

“Je suis gong” Henri Michaux

 Pour en savoir plus

GUILHOT Jean, LE HUCHE Sylvie, PERCEAU Josette, RADIGUET Chantal
Expression scénique, parole, plaisir et poésie,
Paris, Editions ESF, 1989

www.sfes.net

 

En chair ... ou en os

12janvier
Rencontre réseau du vendredi 8 janvier 2010
animée par Maëlle Andriamanjay, Annie Bouhier et Bernadette Godmer
Groupe clinique sur les 'Troubles alimentaires'
Au départ, l’envie pour ce groupe clinique de travailler sur les troubles alimentaires. Ensuite, cela s’est précisé autour du thème de la boulimie. En raison des éléments de l’histoire de chacune et des cas cliniques rencontrés qui ont chaque fois suscité des questions.

Intérêt de comprendre la boulimie mais aussi de trouver des réponses pour la thérapie des personnes en souffrance. Atelier qui a été l’occasion d’un va et vient théorie et pratique. Occasion d’éclaircissements, d’ouverture de sens …

A propos de la théorie, une question préalable se pose : quelle psychopathologie adopter lorsque l’on est Gestalt-thérapeute ? Peut-on travailler à partir des définitions de la psychopathologie classique, de la nosographie en vigueur dans le cadre d’un paradigme intrapsychique et individualiste alors que nos fondements phénoménologiques nous tournent vers une perspective de champ ? En quoi notre théorie du self peut elle avoir de la pertinence ?

Là n’est pas le lieu d’un débat sur quelle psychopathologie. Nous renvoyons sur le Cahier n°19 qui rend bien compte de ce problème. Au regard de nos parcours et de nos intérêts, nous avons bien remarqué que nous pouvions naviguer dans les diverses perspectives (psychanalytiques et autres) pour accroître notre compréhension sans renier notre identité.

Dans l’approche de ce groupe clinique, nous prendrons à notre compte les propos de Patrick Colin (cf  revue Cahiers n°19 p. 31 et 32 ). A la question la psychopathologie classique est-elle un outil adapté au diagnostic des situations ?«  A l’évidence pas trop, pour ne pas dire pas du tout. La psychopathologie classique est totalement fondée sur une vision close de l’individu dans une intériorité psychique, elle ne peut que décrire des modèles d’organisation du sujet, décrire des propriétés plus ou moins permanentes de ce sujet »

… mais il ne faut pas la jeter … « elle ne reste pas seulement un outil de communication plus ou moins commun à tous les psychothérapeutes, psychiatres et psychanalystes de la planète, elle est surtout, une invitation à la réflexion sur ce que sont l’homme et ses devenirs multiples. Et il serait dommage de se passer de cette masse de connaissances, de ces réflexions en tous sens qui ont tissé d’Hippocrate à nos jours une compréhension de l’humain qui est, aujourd’hui, la nôtre ». 

Patrick Colin précise que la psychopathologie en elle -même n’est pas le problème : « Soit elle est ouvrante à différentes manières de voir … soit elle est fermante quand elle cherche à définir une fois pour toutes ce qui est normal et ne l’est pas, ce qu’est un sujet sain ou malade … la psychopathologie est (finalement)  notre os à ronger,  dans la mesure où elle est un fondement à partir duquel nous pouvons user de notre critique, par rapport auquel nous avons à nous définir, et ce faisant nous la faisons évoluer ».

Lire l’ensemble du travail effectué par le groupe clinique sur la thématique de la boulimie


Mesclun... lumineux et brutal

5janvier
by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec
  • un DVD, Valse avec Bachir d’Ari Folman… très beau film-documentaire d’animation qui met en scène un travail douloureux de recomposition du passé et une réflexion poétique (la seule qui semble possible) sur la guerre en général, et sur celle du Liban en particulier.
    Qu’ai-je donc fait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant le massacre perpétré par les chrétiens phalangistes dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila ?” s’interroge Ari Folman, mobilisé par l’armée israélienne lors de la première guerre du Liban. Son investigation prend la forme autobiographique de ce ” documentaire animé”, onirique et psychanalytique, où le graphisme, les couleurs et les sons parviennent à traduire les errances du récit entre présent et passé, et celles du psychisme entre cauchemars, fantasmes et vérités. Car non seulement les souvenirs d’Ari, le narrateur, se dérobent, mais ceux des anciens soldats qu’il retrouve et questionne, paraissent eux-mêmes flotter dans les eaux troubles et jaunes de la mémoire et des images re-construites a posteriori. Ainsi les intérêts de Valse avec Bachir sont-ils pluriels, par la singularité de son esthétique, la dénonciation par l’absurde de la guerre qu’il propose et la catharsis artistique qu’il permet, mais en outre par une intéressante illustration du mécanisme de défense qu’est la déréalisation : tout le film tend à décrire cette sensation, depuis la distorsion fantasmatique des témoignages jusqu’à l’hyperréalisme halluciné des scènes de guerre. Le film évoque également la culpabilité, liée à la question de la responsabilité israélienne face au massacre de Sabra et Chatila. 

  • La bande-son, que l’on doit au compositeur allemand Max Richter, contribue largement à l’effet d’envoûtement onirique de ce film. On y retrouve, outre des morceaux poétiques, hypnotiques ou graves, deux tubes des années 8O, This is not a love song et Enola Gay. (échantillon à voir et écouter)

  • En septembre 1982, après dix années sans avoir rien écrit Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, sous l’oeil complice des soldats israéliens qui viennent d’envahir et occupent le Liban.
Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit “ Quatre heures à Chatila“, publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila. 
Jean Genet :« Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou. Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j’ai vu ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ? ». Lire le texte intégral de ‘Quatre heures à Chatila’  de Jean Genet ici

    Les premières images de Valse avec Bachir sont saisissantes. Une meute de chiens noirs, yeux jaunes et babines retroussées, que rien ne semble pouvoir arrêter, parcourt les rues d’une ville noire dominée d’un ciel ocre. Cette scène trouve son explication dans la séquence suivante, située dans l’atmosphère feutrée d’un bar de nuit où un homme décrit à l’un de ses amis, prénommé Ari, ce qui se révèle être un cauchemar récurrent. Conscrit lors de la première invasion israélienne du Liban, en 1982, il avait pour mission d’abattre tous les chiens qui, postés à l’entrée des villages, signalaient par leurs aboiements l’arrivée des soldats. Ce récit inaugural par la manière dont il ménage la sensation brute de l’effroi et l’épanchement de la parole définit le projet narratif et esthétique du film.

     


En janvier... à l'iGtb

24décembre
En janvier 2010… à l’iGtb
(
cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on rend compte de travaux de réflexion collectifs, on s’exerce à la photo numérique sous la direction d’une artiste, on s’intéresse à la thérapie émotionnelle par le texte littéraire, on lance quelques éclats de lire, on interroge son rapport à l’argent et on prépare une AG festive…


  • Une soirée théorico-clinique sur le thème des Troubles alimentaires
    animée par Maëlle Andriamanjay, Annie Bouhier et Bernadette Godmer
    le vendredi 8 janvier
    de 19h30 à 22h
  • Un atelier d’expression pour adultes
    animé par l’artiste photo-graphiste Catherine Lacuve
    le samedi 9 janvier 
    de 10h à 17h


  • Une Conférence-atelier
    animée par Martine Cotton, orthophoniste
    à propos de la ‘scénothérapie’ 
    le vendredi 15 janvier
    de 20h à 22h


  • Un atelier-lecture
    animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel
    “De quelles lectures suis-je fait ?”
    cette fois , on apporte des textes courts (contes, nouvelles…)
    le
    lundi 18 janvier
    de19h30 
    à 21h30
  • Un atelier de groupe  
    animé par Corinne Joussain et Dominique Michel
    sur le rapport à l’argent
    ”Comptes à régler ?”
    le samedi 30 janvier
    de 10h à 17h


  • L’Assemblée Générale annuelle  de l’association se tiendra
    le vendredi 29 janvier 2010
    à 19h30 
    à l’iGtb, 7 place Emile Zola

Fin d'année...

22décembre















Fritz vous souhaite une excellente fin de vieille année 2009