Le carnet de Fritz

Grains de self

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Mesclun à ouïr...

21juin

By Fritz, très mélomane (c’est de saison)

avec, dans des genres assez différents :

  • Une magnifique improvisation, qui fait qu’on entend ce morceau comme si c’était la première fois : Elle, sensuelle et précise et lui, virtuose et généreux… a capella. Elle, c’est Aziza Mustafa Zadeh, dont le père pratique le « mugham-jazz fusion », mélange de jazz et d’un style d’improvisation traditionnelle d’Azerbaïdjan. Et lui, c’est Bobby MacFerrin, qu’on ne présente plus…  à ouïr sans modération
    ici, Carmen habanera by BobbyMc Ferrin &Aziza Mustafa Zadeh ou ci-dessous
 

  • un étonnant duo, né en Suisse vers 1996, composé de Christian Zehnder (voix, chant diphonique, yodle, accordéon, bandonéon, bandurria, tuyaux d’orgue, tire-lait, …) et Balthasar Streiff (cor des Alpes, alpophone, büchel, cornet, trompette baroque, tuba, shophar, voix, …), c’est Stimmhorn, un univers musical très inventif, à base d’expérimentations improbables… mais oyez plutôt, ici  Stimmhorn Triohatala ou là


  • Et pour finir, un peu de musique brisée, que l’on doit au tchèque Milan Knizak.  En 1963, Milan Knizak s’installe sur un trottoir, non loin du Pont Charles, à Prague. Il pose un tapis à même la rue et s’y s’installe avec des livres dont il arrache les pages avant de les brûler… et de partir. Spectaculaire et volontiers énigmatique, le happening ne peut qu’attiser la curiosité du spectateur. Ce but est d’ailleurs clairement revendiqué par ses chefs de file. ” Notre activité a pour but la prise de conscience : c’est un engagement public sans violence ” écrit Mlynarcik en 1965. Les thèmes politiques ne sont jamais abordés directement, mais l’intention est claire : il s’agit de réveiller le sens critique du public. Et pour cela, tous les moyens sont bons. Ecoutons Knizak en 1964: ” Nous devons utiliser les formes maximalement efficaces, c’est-à-dire : le naturalisme, la provocation… Choquer, convaincre, dehors, avec l’aspect agréable de l’art “. 
    Vers 1963, je me suis acheté un électrophone, mais je n’avais que quelques disques que je me suis mis à passer sans arrêt ; puis c’est devenu ennuyeux d’en avoir si peu… Et toujours la même musique ; alors j’ai cherché à la rendre plus intéressante : j’ai commencé à passer les disques au ralenti, en accéléré… Bientôt ça ne m’a plus suffi, je me suis mis à les casser et à les rayer. Ce fut le début de mon projet “broken music”. “   à bon entendeur  !    C’est là :


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Mesclun tendre ... et esthète

7juin

By Fritz  (voir la recette du mesclun) qui aime l’art ici ou là,… car “l’art est un moyen pour rendre la vie plus intéressante que l’art

  • A Bordeaux, en se baladant dans le quartier St Michel, le plus vivant et le plus coloré de la ville, Fritz a pu apprécier Arty-show, manifestation artistique, atypique et sympathique
    En créant Artyshow, l’association Bordeaux Caché a cherché à surprendre, provoquer, enthousiasmer les Bordelais. Ne peut-on rendre l’art plus accessible sinon en le présentant dans un lieu ouvert à tous, où aucune barrière psychologique, sociale ou culturelle n’est à franchir ? L’association Bordeaux Caché pense que l’art devient vrai quand il peut être vu et partagé par le plus grand nombre. Très loin de la sphère spéculative des Marchés et Foires d’Art Internationaux, loin des codes mondains et trop convenus des Galeries, Artyshow tente de redonner à l’Art un visage humain basé sur le partage et l’échange entre l’artiste et le Bordelais. Chaque année l’association Bordeaux Caché va plus loin dans la rencontre entre les visiteurs, les artistes et les marchands.

Au marché des Douves, Fritz s’est laissé étonner par l’énigmatique performance de Blanche Konrad
Une poule sur une mur,
Qui picore du pain dur
Picoti Picota,
Lève la queue
et puis s’en va…

Au 2e étage du passage St Michel, il a pu se sentir très touché par la première sortie d’atelier des monstres de Cécile Bobinnec, et leurs poignants cris muets…

  • A Lyon, à La Sucrière, il a déambulé, divagué même, parmi les rêveries végétales de l’architecte belge et visionnaire Luc Schuiten, auprès desquelles il s’est oxygéné… pour en savoir davantage
    A travers différentes perspectives futuristes, maquettes, films d’animation et scénographies d’architectures végétales, le visiteur s’immerge dans un monde cohérent et poétique, faisant appel à l’imaginaire. Il est interpellé par les propositions originales présentées et les visions d’un avenir positif à travers la création d’une nouvelle relation entre l’homme et son environnement naturel. Ces représentations originales d’un futur s’inspirant de multiples écosystèmes sont étayées par la collaboration étroite que l’artiste entretient avec les biologistes de l’association de Biomimicry Europa. Des nouveaux moyens de communication et transport sont montrés en complémentarité avec la cité végétale: chenillards, tractainers, cyclos et autres ornithoplanes à ailes battantes envahissent les rues et le ciel de la ville métamorphosée, en un ballet de véhicules légers, créatifs et ludiques. 

  • A Marseille, à l’Ecole des Beaux-Art, il s’est laissé séduire et attendrir par le silence pressé du jeune compositeur acousticien Jonathan Attar, qui propose des sons étonnants, à écouter ici… des sons en général abandonnés, oubliés, de ceux que l’on entend quand le 33 tours vinyle arrive au bout de ses sillons… voir également des vidéos qu’il a réalisées
  • A Paris, il s’est beaucoup amusé du Concours international de barbichette, organisé par Improvisons.com, le laboratoire du happening en France

Mesclun tout plein d'imagination...

3juin

 by fritz  (voir la recette du mesclun)

Aujourd’hui, Fritz cherche à savoir ce qu’est et à quoi peut bien servir l’imagination, avec

  • les échos d’un festival fin mai sur ce thème, Philosophia, à St Emilion
    L’imagination, qu’est-ce que c’est ?  “Imagination, faculté de se représenter un objet absent. On distingue l’imagination reproductrice, qui représente l’image de quelque chose que nous connaissons déjà, et l’imagination créatrice, par laquelle l’homme est capable de produire des oeuvres d’art, de faire progresser les sciences et les techniques.
    La psychologie, et en particulier la psychiatrie, étudie les perturbations de l’imagination, qui peuvent être un excès d’imagination (hallucinations, mythomanie, hystérie) mais aussi une carence imaginative (arriération mentale ou sottise pathologique). Entre l’imagination pathologique, qui est un frein dans la vie, et l’imagination créatrice qui combine des faits ou des données réelles pour inventer une solution concrète, il n’y a qu’une nuance, mais elle est fondamentale : dans le second cas, l’homme agit et réalise son action : dans le premier, ses rêveries ne sont pas suivies d’une réalisation concrète. ” Didier Julia / Dictionnaire de la Philosophie, Larousse

Imagination, imaginaire, construire des images…
Assembler raison et imagination. Comment l’imagination fonctionne-t-elle ? Elle est une activité de l’esprit, qui ne reproduit pas à l’identique des éléments réels, mais qui les articule et les combine de façon inédite. Bachelard prétend même que l’imagination « invente de la vie nouvelle, de l’esprit nouveau; elle ouvre des yeux qui ont des types nouveaux de vision” Dans le domaine des sciences et de la technique, l’hypothèse expérimentale est très souvent imaginée (à partir de l’analyse des phénomènes observés), et c’est bien elle qui anticipe et « imagine » le montage de l’expérience. L’opposition classiquement admise entre imagination et raison doit dès lors être transformée en complémentarité.Fuir la réalité ? Mais se constituer un univers imaginaire n’est-il pas fuir la réalité ? Ne risque-t-on pas de s’évader ou de se laisser emporter vers un monde par définition trompeur. Platon est affirmatif, ce n’est que le reflet et le plus bas degré du monde sensible. Spinoza de son côté prétend qu’entre l’imagination et l’illusion, la distance est très mince et chez Pascal, l’opposition est encore plus nette : l’imagination, cette « folle du logis », est “maîtresse d’erreur et de fausseté”. À notre époque, les représentations séduisantes de l’imagination font qu’en fuyant le réel, le citoyen s’interdit de le transformer.Vivre sans imagination ? L’imagination possède pourtant une double portée : elle est, d’une part (au moins implicitement), critique à l’égard de ce qui existe. D’autre part, elle correspond à un besoin de compenser ce que le réel peut avoir de décevant. L’imagination, dit André Breton, c’est “ce qui tend à devenir réel”, soulignant la relation qui existe entre le désir, sa production imageante et l’acte qui doit le réaliser. Concevoir une pensée privée d’imagination, c’est la condamner au ressassement du présent et à la stérilité. Les oeuvres d’art en sont une preuve suffisante : elles révèlent à quel point l’imaginaire est capable de se manifester dans les matériaux et les formes, pour ensuite modifier massivement la mentalité en diffusant une interprétation du monde qui sera de mieux en mieux partagée. L’imagination est sans cesse en évolution.

« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton ». 
« L’imagination n’est rien d’autre que le sujet transporté dans les choses ». 
« L’imagination trouve plus de réalité à ce qui se cache qu’à ce qui se montre »
. Gaston Bachelard

  • Un poème rose et totalement anxiolytique  

  • une audacieuse et réjouissante idée de détournement du matériel de bureau, bretelles et autres accessoires, et qui en plus  adoucit les moeurs, ici
  • et puis vous reprendrez bien une tasse de cafénon ?

Mesclun insoumis résolument...

26mai

by fritz  (voir la recette du mesclun )
Cette fois, Fritz s’interroge sur le concept de désobéissance, avec

  • Une expérience psycho-sociologique, dite de Milgram, rendue populaire par le film  I comme Icare (Henri Verneuil 1979), qui cherche à démontrer jusqu’à quel point un individu est susceptible d’obéir à un ordre contraire à ses valeurs et de quidam, se transformer tranquillement en bourreau…   lire la suite   milgram.doc

  • une réplique actualisée et télévisée de ladite expérience, qui fait froid dans le dos … 47 ans plus tard, combien d’entre nous, placés dans des conditions identiques, sont capables d’infliger jusqu’à 460 volts à un congénère ? C’est ce que France 2 a voulu tester, en s’appuyant sur l’équipe du professeur Jean-Léon Beauvois, chercheur en psychologie sociale, dans un documentaire intéressant, Le Jeu de la mort, réalisé par Christophe Nick, diffusé le 17 mars dernier. 
    “France 2 a légèrement modifié les paramètres de Milgram. Ici, il s’agit de vérifier l’impact de l’autorité quand celle-ci, au lieu d’être incarnée par un scientifique en blouse blanche, repose entre les mains d’une simple animatrice télé, en l’occurrence, Tania Young. L’équipe du professeur Beauvois a donc reproduit l’expérience de Milgram, mais en la transposant dans un faux jeu télévisé. Une petite annonce passée dans la presse a permis de sélectionner 80 candidats. Chacun d’entre eux pensait participer au pilote (non diffusé) d’un nouveau jeu télé pour le compte de France Télévisions. Leur participation est bénévole. Un public est présent, qui applaudit comme dans les vraies émissions de jeu…
    “Le jour du tournage, les personnes sélectionnées se voient expliquer la règle : elles devront questionner un autre candidat (en fait, un acteur de mèche avec les scientifiques), lequel devra retenir 27 associations de mots. À chaque mauvaise réponse, le questionneur devra, en guise de “punition”, pousser un levier et ainsi soumettre le candidat fautif à une décharge électrique de plus en plus importante. Le spectre du voltage part de 20 volts pour aller jusqu’à… 460 volts, en grimpant par tranche de 20 volts… Première surprise : aucun des 80 postulants ne conteste, à ce stade, le principe même du jeu. Comme chez Milgram, l’acteur n’est pas visible du questionneur. Il entre dans une capsule où on l’attache à une chaise électrique, puis on referme la capsule. Si bien que le questionneur est entretenu dans l’illusion que les décharges sont réelles, car il entendra les réactions à la douleur du faux candidat, mais ne le verra pas gigoter sur sa chaise. Et pour cause : l’acteur sort de la capsule par un petit passage secret, dissimulé à l’arrière. Ce qui va se passer à partir de là plonge dans une certaine horreur…
“Désobéir ? Visiblement, c’est difficile pour un individu isolé, soumis à la pression, même d’une simple animatrice. Ils ne sont donc que 17 sur 80 à avoir osé se rebeller contre l’autorité. La situation de l’expérience est, bien entendu, artificielle et mérite d’être relativisée. “Ceci ne se produirait pas dans le cadre d’une entreprise où un individu, soumis à un ordre contraire à ses principes, pourrait toujours s’appuyer sur, par exemple, ses collègues pour refuser d’obéir.” Ici, l’individu n’a aucun recours. Il passe pour la première fois à la télé. Les caméras, les lumières, le public, tout l’impressionne. Et puis, il a confiance dans la production qui, pour l’inciter à aller plus loin, lui fait savoir, par l’intermédiaire de l’animatrice, qu’elle le décharge de toutes ses responsabilités… Le cobaye subit cinq degrés d’injonction. Si, à la cinquième, il continue à résister, le jeu s’arrête. L’expérience le considère comme un désobéissant.
“L’équipe de Jean-Léon Beauvois a introduit des variantes sur un petit échantillon des cobayes. Dans la première d’entre elles, l’animatrice se retire et confie la maîtrise du jeu au seul questionneur. Dès lors, sans la pression de l’autorité, le taux de désobéissance monte à 75 %. Deuxième variante : introduire un conflit entre deux autorités légitimes. Le scénario est le suivant : à 180 volts, une personne de la production fait irruption sur le plateau sur le mode “On arrête tout, ça dérape, c’est une catastrophe !” Tania Young, au contraire, insiste pour poursuivre le tournage. Le questionneur observe donc que quelque chose cloche. Il doit choisir son camp : l’animatrice ou la chargée de production…
“C’est ici l’une des différences majeures avec l’expérience de Milgram, lequel avait lui aussi introduit ce conflit entre autorités : en 1963, la désobéissance était massive. Aujourd’hui, les questionneurs ont continué à pousser les décharges en se rangeant aux ordres de l’animatrice Tania Young ! “Des situations qui produisaient le désordre n’en produisent plus”, constate le professeur Beauvois, tandis que Christophe Nick, l’auteur du documentaire, en déduit que “la télévision est mûre pour accueillir un jeu où le but consiste à tuer son prochain”. cf Le point, 24 fév10
  • une autre expérience inquiétante autant qu’intéressante, et dont on a tiré un film : La Vague (Die Welle) est un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008, très librement inspiré de « La Troisième Vague », étude expérimentale du fascisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d’avril 1967. Devant l’incrédulité de ses élèves de classe d’Histoire Contemporaine à comprendre l’asservissement de la population allemande devant les horreurs des nazis, Ron Jones décida d’en faire la preuve par la pratique et réalisa la Troisième Vague, expérience sur le fonctionnement de la dictature et la manipulation des foules. Durant la première semaine d’avril 1967, il décida d’instaurer des règles de discipline basées sur la communauté et de l’esprit de groupe. Il convainquit ses élèves de l’importance d’éliminer la démocratie en ce qu’elle peut stimuler les actes individuels. L’individualisme est une tare de l’esprit démocratique qui va à l’encontre de l’intérêt général résumé dans ces mots : « La Force grâce à la discipline, la Force grâce à la communauté, la Force grâce à l’action, la Force grâce à l’esprit de fierté ». L’expérience, prenant des ampleurs inattendues, a été arrêtée au bout de cinq jours.

  • Une attitude qui gagne du terrain, la désobéissance civile : La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. Le terme fut créé par l’américain Henry David Thoreau dans son essai Résistance au gouvernement civil, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique, à lire ici. Pour en savoir plus, consulter ce site


  • Un appel, et même un appel des appels, pour une nécessaire insurrection des consciences

    Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.
    Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.
    Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l’argent et la peur de l’autre,
    Face à la souffrance sociale que cette idéologie génère,
    Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses,
    Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles,
    Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures managériales et sécuritaires,
    Face à la désignation à la vindicte collective de citoyens toujours plus nombreux,
    Face à l’abandon progressif des plus fragiles parmi nous…
    Nous entendons lutter contre toute politique qui liquide les principes de droit et les valeurs de notre démocratie, issus des Lumières et du Conseil National de la Résistance.
    Charte de l’Appel des appels, 24 février 2009              http://www.appeldesappels.org 

On n'arrête pas le progrès...

14mai

A y est…! Fritz, qui n’en rate pas une, est enfin facebooké… ! Comme tout le monde.
Enfin, une info digne de ce nom !

C’est

Mesclun... expérimental

8mai

by fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois Fritz se passionne pour des expérimentations tous azimuts
avec 

  • Un  film, Retour à Kotelnich (2003), et un livre, Un roman russe (2007 POL), d’Emmanuel Carrère :
    « Raconter une histoire en donnant corps avec des acteurs à des scènes déjà écrites, dont on connaît l’enjeu, ne m’attire pas… L’idée m’est venue de faire une sorte de documentaire, mais sans aucune feuille de route… Cette idée de retourner à Kotelnitch avec une équipe légère, et sans sujet, ou juste : « On est là, qu’est-ce qui se passe ? » me séduisait beaucoup. « C’est intéressant, mais on y verra quoi, dans votre film ? » J’étais obligé de répondre : « Je n’en sais rien, le seul moyen de le savoir, c’est de faire le film. » Ce qui a rendu l’affaire possible, c’est que j’ai obtenu l’Avance sur Recettes… (Merci, le C.N.C.) 
    L’hiver était rude, pas de chauffage, pas d’eau chaude, confits dans la gueule de bois de la veille. Pour tenir dans ces situations, il fallait picoler… Tous les matins, Philippe Lasnier (nouveau caméraman) me demandait : «Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? », et je ne savais trop quoi lui répondre… Un jour, pendant ce tournage, je me souviens d’avoir appelé Anne-Dominique Toussaint (la productrice) pour lui dire que cela ne se passait pas bien du tout, qu’on allait droit dans le mur… On est rentrés en France au bout d’un mois, avec une centaine d’heures de rushes, de quoi faire un documentaire classique… Le problème, c’est que je ne savais pas très bien ce que j’avais envie de faire… J’ai repoussé plusieurs mois le moment de me mettre au montage… Là-dessus, la rencontre avec Camille Cotte, ma monteuse, a été déterminante : on a commencé par tout visionner sans choisir. Pour cela, il aurait fallu savoir ce qu’on voulait raconter, et nous ne le savions pas et nous tenions même à préserver un peu cette ignorance, à rester aussi longtemps que possible dans ce que les psychanalystes appellent « l’attention flottante…».

    Envoyé en reportage en Russie à propos d’un Hongrois réapparu après cinquante-cinq ans passés dans un hôpital psychiatrique, le romancier Emmanuel Carrère va y rencontrer Ania qui parle français, chante et joue de la guitare, et est la compagne d’un gars du KGB local. Beaucoup plus tard, en France, E. Carrère apprend qu’Ania et son bébé ont été massacrés à la hache par un fou. Il décide alors de revenir à Kotelnitch, pour tenter de comprendre. Il filme longuement, obstinément, le repas qui suit la cérémonie funèbre, comme si sous ses yeux la réalité entrait dans la grande tradition romanesque russe, avec crimes, châtiment, passion, terreur, et … vodka. Entre reportage et autobiographie, ces divers voyages à Kotelnitch et cette rencontre avec une jeune femme  à la fin tragique entraînent E. Carrère vers ses origines… Retour à Kotelnitch est un étonnant et émouvant work in progress, un “chemin qui se fait en marchant “, et qui, de plus, fonctionne comme un palimpseste, car les strates du documentaire conduisent son auteur vers une vérité autobiographique. 

    Un roman russe se déroule pendant ces quelques mois –le temps qu’a duré la genèse et le tournage du film Retour à Kotelnitch… Cependant la trame narrative emmêle différents éléments : les voyages en Russie qu’a occasionnés ce projet de film ; l’histoire d’amour tumultueuse que l’écrivain mène à Paris, avec une jeune femme, Sophie ; l’enfance et les souvenirs plus ou moins fiables qu’il en garde, notamment sur sa relation avec sa mère, et par-delà les générations, le poids du roman familial (un grand-père émigré géorgien disparu dans des conditions énigmatiques en 1944). Un roman russe tisse sous nos yeux l’histoire d’un homme qui a reçu en héritage « l’horreur, la folie, et l’interdiction de les dire », et qui, défiant cet interdit, décide de devenir écrivain… 

  • Deux entretiens d’un psychanalyste à la trajectoire étonnante, François Roustang… dans le coffret de 14 DVD  [Etre psy], aux éditions Montparnasse 
    Entretien de 1983 
    [80 mn]: Cet entretien porte essentiellement sur la pratique de la psychanalyse : combien de temps dure une analyse, quelle est sa finalité, quelles sont les relations qui s’instaurent entre analyste et analysant, quelle doit être la durée d’une séance et que doit être le rôle de l’argent ? François Roustang compare psychiatres et psychanalystes, conteste fortement la pratique des séances « courtes » et rend compte de la situation de la psychanalyse après la mort de Lacan. Il aborde également son passage de l’état de prêtre à l’état d’analyste.
    Entretien de 2008  [51 mn] : François Roustang n’est plus psychanalyste en 2008 ; il a mis radicalement en question la psychanalyse et il est devenu hypnothérapeute. Il définit les principales différences conceptuelles et méthodologiques entre l’hypnose éricksonienne qu’il pratique et la psychanalyse.
    Si vous voulez entendre François Roustang évoquer quelques perspectives thérapeutiques à la fois provocantes et limpides,                                     
  • Et pour finir, un très sympathique  happening, au marché (magnifique par ailleurs) de Valencia, à l’automne dernier… quelques fragments de Verdi parmi les fruits et légumes, une sorte “d’opéra-bouffe” en somme… la surprise des gens, et leur émotion sont terriblement communicatives… cela donne une idée de ce qu’est le spectacle vivant, quand il est vivant. Voyez et savourez par vous-même ici

Bord de mer

26avril

ou les petites vacances de Fritz

Où sont les hommes
       sur quel navire

 

dégantés déchaussés

absents sur le silence du rivage

sur fond de houle

 

Quels os épars ramassés par

un naufrage par beau temps

 

Nous sommes les éphémères

les ombres qui ont habité

sous le soleil le croissant

 

immense entre la forêt nombreuse

et l’océan unique

 

Et

cependant

les gants

oubliés par la grève

dans le sable émouvants

 

Mesclun... pédagogique

30mars

by fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois Fritz s’intéresse à des oeuvres directement utiles pour le psychothérapeute, avec

  • Un livre, entre autobiographie et ouvrage clinique, Le jardin d’Epicure d’Irvin Yalom, psychiatre et conteur.
    Après Le Bourreau de l’amour, Mensonges sur le divan, Apprendre à mourir : La méthode Schopenhauer, Et Nietzsche a pleuré, et d’autres, voici, traduit par les Editions Galaade, l’un des ouvrages les plus personnels d’Irvin Yalom. 
    Selon La Rochefoucauld, «le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face». C’est vrai pour le soleil, mais pas pour la mort, comme le prouve Irvin Yalom dans ce dernier livre Le jardin d’Epicure. Le lecteur peut bien sûr ne pas se sentir concerné par le sujet ou avoir très envie d’éluder : la mort, moi ? Pas question ! Il faut savoir que l’angoisse de mort est variable au cours de l’existence : elle est très présente chez les jeunes enfants ; elle réapparaît avec force à l’adolescence ; elle est ensuite oblitérée chez l’adulte par deux tâches existentielles prenantes : aimer et travailler ; elle réapparaît lors de la crise de la cinquantaine, et suscite diverses stratégies, explique Yalom : «Nous nous projetons dans l’avenir de nos enfants, nous devenons riches, célèbres, toujours plus importants ; nous élaborons des rituels protecteurs compulsifs ; ou nous nous forgeons une croyance inébranlable en un sauveur ultime
    Photo Vanité contemporaine Christian Noorbergen
    L’auteur nous entraîne au jardin d’Epicure, car pour ce philosophe, concerné par la conquête de la quiétude (l’ataraxie, du grec «ataraxia», absence de trouble ou de douleur), la philosophie n’a qu’un but pertinent : soulager la souffrance humaine, souffrance dont la cause profonde est en réalité la peur omniprésente de la mort.
    Yalom nous démontre avec beaucoup d’humanité que se confronter à sa propre mortalité incite à choisir avec pertinence ses priorités, à communiquer plus intensément avec ses proches, à mieux apprécier les beautés du monde et de la vie, et à prendre les risques nécessaires pour ne rien avoir à regretter. Le Jardin d’Épicure, avec son «regard direct et assuré porté sur la mort », propose paradoxalement une approche profondément réconfortante de la question universelle de la mort.
  • Un roman Le choeur des femmes de Martin Winkler, paru chez POL
    C’est un grand roman de formation, qui met en scène la rencontre de deux médecins très contrastés : Franz Karma, praticien d’une cinquantaine d’années, adepte d’une médecine attentive, modeste, centrée sur l’écoute et l’échange transversal soignants-patients, et Jean Atwood, jeune et volontaire interne de chirurgie gynécologique, major de sa promo qui se destine avec ambition à la réparation des corps féminins, c’est à dire « inciser, extirper », soigner « des maladies, des vraies » et sûrement pas écouter des jérémiades ou tenir des mains…
C’est un roman généreux, polyphonique, profondément humain, qui évoque le pouvoir hautement transformateur de la rencontre. Au-delà de l’intérêt de l’énigme, centrée sur un secret de famille, c’est un beau roman d’initiation au métier et à l’éthique des soignants, quels qu’ils soient…
Mais écoutez plutôt Martin Winkler lui-même ici ou consultez son site ici     
  • Une série télévisée  (une fois n’est pas coutume !) en DVD
    In treatment, titre français En analyse, dont voici une apologie
“Du lundi au jeudi, Paul Weston (Gabriel Byrne), un psychothérapeute dans la cinquantaine, reçoit ses patients chez lui.  Le vendredi, il suit lui-même une thérapie auprès de son ancien mentor, Gina (Dianne Wiest).  Chaque épisode (par tranche de cinq, un pour chaque jour de la semaine) présente en temps (presque) réel une séance de thérapie.  Le concept est simple, la réalisation épurée (pas de musique, un décor unique et des champs/contre-champs) et le résultat magistral.
Avant tout, l’originalité d’In Treatment niche dans le recadrage qu’elle effectue sur son sujet.  Non seulement le psychothérapeute se voit-il enfin proposé un rôle principal, lui qui est d’habitude abonné aux seconds rôles marquants, mais la séance de thérapie elle-même est pour la première fois au cœur de l’œuvre.  Ce recadrage d’une simplicité déconcertante permet d’observer des scènes pourtant familières (une discussion entre patient et thérapeute) d’un regard neuf et de générer une véritable réflexion (à travers les remises en question du thérapeute) sur la pratique et l’utilité même de la psychothérapie.
Cette nouvelle perspective est particulièrement mise en valeur par la forme même de l’œuvre.  La structure par épisode permet en effet d’isoler les séances et de les espacer dans le temps de façon réaliste.  Et la longueur même d’une série rend possible une écriture qui, avec ses temps morts et ses conflits en suspens, reproduit le processus de thérapie avec une fidélité que la condensation nécessaire de la fiction cinématographique ne peut que rarement se permettre.  Bien entendu, dramaturgie de base oblige, force est d’admettre que les patients du docteur Weston  aboutissent à des prises de conscience majeures en des temps records, mais le réel travail d’auto-réflexion dans le temps demeure néanmoins palpable.
Mais dans In Treatment, ce ne sont pas seulement les personnages qui effectuent un retour aux sources (de leurs angoisses). Du choix subtil des cadrages au rythme précis des champs/contre-champs, c’est la caméra elle-même qui semble retrouver cet incroyable capacité de révélation des êtres qui fascinait tant les premiers critiques de cinéma.  Et comme l’impressionnant travail d’épuration formelle de la série n’a d’égale que la complexité des sentiments et des réactions qui y sont représentés, le (télé)spectateur est ainsi invité à être attentif au moindre mouvement, à la moindre expression faciale ou intonation de personnages troublés et souvent contradictoires.  Pour reprendre la belle expression du critique Béla Balázs, c’est toute la partition visuelle de la vie polyphonique qui s’offre à nouveau à nous sur notre petit écran, à raison de cinq séances par semaine.”  Bruno Dequen, in 24 images
  • Une expositionmarco decorpeliada, Schizomètres  à la Maison Rouge, jusqu’au 16 mai 2010, qui est aussi un gag assez drôle… Voici l’argument

marco decorpeliada (1947-2006), catalogué malade mental, a produit une série d’œuvres singulières en rapport avec les diagnostics qui lui ont été appliqués. Il réplique à cet étiquetage en établissant une correspondance terme à terme entre les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV, et ceux – les mêmes ! – des produits du catalogue PICARD SURGELES : à « 20.1, Schizophrénie, type catatonique continue », il répond « 20.1, Crevettes Roses entières cuites » et à « 42.0, Trouble obsessionnel compulsif (TOC)», il réplique «42.0, Carottes en bâtonnets cuites vapeur ».Il traque les manques criants de la nosographie sur des portes de congélateurs et il identifie la classification comme calcification avec un squelette. Sa production artistique prend le savoir classificatoire psychiatrique à son propre jeu dans une guérilla joyeuse, ironique, parodique, spirituelle, et néanmoins d’une rigoureuse logique.

En réalité, le nom de Decorpeliada, censé désigner un malheureux familier des hôpitaux psychiatriques, auteur d’un journal et de fiches de survie, a été bricolé à partir des noms des membres de l’Ecole lacanienne de Psychanalyse, participants d’un OuPsyPo, Laurent Cornaz, Dominique de Liège, Yan Pélissier, Jacques Adams et un pataphysicien notoire Marcel Benabou, membre du très célèbre OuLiPo. Cette mise en dérision du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental disorders) inventive, poétique et drôle n’est pas pour nous déplaire.

  • Et pour finir, et à toutes fins utiles, un authentique générateur de rêves, à essayer ici, après l’avoir alimenté en anglais 

Mesclun féminin singulier

8mars

pour célébrer LA journée de LA femme, Fritz n’est pas en reste…
avec

  • le texte d’une chanson de l’inclassable et nécessaire Brigitte Fontaine “Prohibition”, visible et audible ici, qui ne mâche pas ses mots et qui donne à penser…
J’exhibai ma carte senior  
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d’un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

 Passez votre chemin, bâtards
Et filez vite au wagon-bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

 Partout, c’est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers, clopes, manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

 Partout, c’est la prohibition
Parole, écrit, fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements

 Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
À moins qu’ils n’apportent du blé
De la thune aux plus fortunés

 Les vieux sont jetés aux orties
À l’asile, aux châteaux d’oubli
Voici ce qui m’attend demain
Si jamais je perds mon chemin

 J’ai d’autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m’inventer d’autres cieux
Toujours plus vastes et précieux

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie 

  • un très beau livre Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stephan Bollmann, qui offre une perspective intéressante sur le lien qui unit les femmes à la lecture à travers le prisme de la peinture, ainsi qu’ une réflexion sur le caractère éminemment subversif de la lecture, qui favorise l’émancipation de la pensée… à rapprocher de cet authentique projet de loi (édité aux Mille et une nuits) que l’on doit à Sylvain Maréchal (1750-1803),écrivain, pamphlétaire et ami de Gracchus Babeuf… 

PROJET D’UNE LOI, Portant défense d’apprendre à lire aux Femmes.

 MOTIFS DE LA LOI  Considérant :1º. Que l’amour honnête, le chaste hymen, la tendresse maternelle, la piété filiale, la reconnaissance des bienfaits… etc., sont antérieurs à l’invention de l’alphabet et de l’écriture, et à l’étude des langues; ont subsisté, et peuvent encore subsister sans elles.

 Considérant :2º. Les inconvénients graves qui résultent pour les deux sexes, de ce que les femmes sachent lire.

 Considérant :3º. Qu’apprendre à lire aux femmes est un hors-d’œuvre, nuisible à leur éducation naturelle: c’est un luxe dont l’effet fut presque toujours l’altération et la ruine des mœurs.

 Considérant :4º. Que cette fleur d’innocence qui caractérise une vierge, commence à perdre de son velouté, de sa fraîcheur, du moment que l’art et la science y touchent, du moment qu’un maître en approche. La première leçon que reçoit une jeune fille est le premier pas qu’on l’oblige à faire pour s’éloigner de la nature.

 Considérant :5º. Que l’intention de la bonne et sage nature a été que les femmes exclusivement occupées des soins domestiques, s’honoreraient de tenir dans leurs mains, non pas un livre ou une plume, mais bien une quenouille ou un fuseau.

 Considérant :6º. Combien une femme qui ne sait pas lire est réservée dans ses propos, pudibonde dans ses manières, parcimonieuse en paroles, timide et modeste hors de chez elle, égale et indulgente…. Combien, au contraire, celle qui sait lire et écrire a de penchant à la médisance, à l’amour propre, au dédain de tous ceux et de toutes celles qui en savent un peu moins…..

 Considérant :7º. Combien il est dangereux de cultiver l’esprit des femmes, d’après la Réflexion morale de la Rochefoucault qui les connaissait si bien: «L’esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison.»

 Considérant :8º. Que la nature elle-même, en pourvoyant les femmes d’une prodigieuse aptitude à parler, semble avoir voulu leur épargner le soin d’apprendre à lire, à écrire.
Je vous fais grâce des 105 considérations suivantes…  EN CONSEQUENCE :
I. La Raison veut que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.

II. La Raison veut:
À l’homme, l’épée et la plume. À la femme,  l’aiguille et le fuseau.

À l’homme, la massue d’Hercule. À la femme, la quenouille d’Omphale.
À l’homme, les productions du génie. À la femme, les sentiments du cœur.

III. La Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s’y tienne.
Les choses vont mal, quand les deux sexes empiettent l’un sur l’autre.
La lune et le soleil ne luisent point ensemble.

IV. La Raison ne veut pas plus que la langue française, qu’une femme soit auteur : ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.
etc.,etc.,etc. suivent ainsi 74 autres articles de la même farine. 
Ce texte a suscité, à l’époque, 68 pages de réaction, lisibles en ligne ici, de la part de la femme de lettres et féministe Marie-Armande-Jeanne Gacon-Dufour , qui est néanmoins devenue la compagne de S. Maréchal (!)

  •  Heureusement Les femmes sont en train de détrôner le mythe de la féminité ; elles commencent à affirmer concrètement leur indépendance ; mais ce n’est pas sans peine qu’elles réussissent à vivre intégralement leur condition d’être humain”.Simone de BeauvoirLe Deuxième Sexe
… j’en profite pour remercier dans le désordre
Marie Laurencin, Louise Labbé, Lou Andréas Salomé, Camille Claudel, Calamity Jane, Danielle Collobert, Frida Kahlo, Mary Shelley,Virginia Woolf, Alexandra David-Neel, Nathalie Sarraute, Flora Tristan, Laure (Colette Peignot), Sappho, Emma Goldman, les soeurs Brontë, Maryse Bastié, Isabelle Eberhardt, Aliénor, Niki de St Phalle, Louise Michel, Sonia Delaunay, Rosa Luxembourg, Mélanie Klein, Lhassa de Sela… euh,  Laura Perls, et tant d’autresd’avoir intensément existé !!!

Mesclun en passant...

5mars

Spectaculaire et très émouvant vol migratoire de grues cendrées au-dessus de l’iGtb !
Elles traversent l’Aquitaine depuis quelques jours déjà….   

Petite leçon de science naturelle :
La Grue cendrée mesure de 124 à 138 cm, pour une envergure de 228 à 245 cm et un poids de 8 à 12 kg. Elle est principalement grise avec une bande blanche verticale le long du cou, et une touffe de plumes noires sur la queue. Elle porte sur la tête une portion de peau nue rouge, peu visible dans la nature. Elle se nourrit d’insectes, de graines, d’herbes et de jeunes pousses ainsi que de mollusques et de vers. A l’automne, ces oiseaux puissants voyagent du nord de l’Europe jusqu’au sud de l’Espagne pour y rejoindre leurs quartiers d’hiver. Et ils repassent au printemps dans l’autre sens… pour rejoindre la Scandinavie. Les vols migratoires sont en forme de V ou de Y. Les grues cendrées, comme les cigognes, utilisent les ascendances thermiques pour s’élever en planant, économisant ainsi leur énergie au maximum. Le vol battu est utilisé en cas de mauvais temps, de vol de nuit ou au dessus de la mer. En vol, les grues cendrées crient, la plupart du temps, environ toutes les 10 à 15 secondes. Le chant, un “grou” sonore, s’entend jusqu’à quatre kilomètres. C’est une particularité anatomique du bréchet de la grue qui explique son exceptionnelle puissance.
Pour en savoir plus, et même entendre le “grou” des grues, c’est ici

Et puisque c’est le printemps des poètes, hommage à eux avec ce très, très beau poème de Jean Richepin (1849-1926) qui prend le parti des gueux dans Les oiseaux de passage, chanté ici par Brassens

Ô vie heureuse des bourgeois
Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle,
Ils sont fiers et contents

Ce pigeon est aimé,
Trois jours par sa pigeonne
Ça lui suffit il sait
Que l’amour n’a qu’un temps

Ce dindon a toujours
Béni sa destinée
Et quand vient le moment
De mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs
C’est là que je suis née
Je meurs près de ma mère
Et je fais mon devoir

Elle a fait son devoir
C’est à dire que onques
Elle n’eut de souhait
Impossible elle n’eut

Aucun rêve de lune
Aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs
Sur un fleuve inconnu

 Et tous sont ainsi faits
Vivre la même vie
Toujours pour ces gens là
Cela n’est point hideux

Ce canard n’a qu’un bec
Et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir
Ou bien d’en avoir deux

Ils n’ont aucun besoin
De baisers sur les lèvres
Et loin des songes vains
Loin des soucis cuisants

Possèdent pour tout coeur
Un viscère sans fièvre
Un coucou régulier
Et garanti dix ans

Ô les gens bien heureux !
Tout à coup dans l’espace
Si haut qu’il semble aller
Lentement un grand vol

En forme de triangle
Arrive, plane, et passe
Où vont ils?… qui sont-ils?
Comme ils sont loin du sol

Regardez les passer, eux
Ce sont les sauvages
Ils vont où leur désir
Le veut, par dessus monts

Et bois, et mers, et vents
Et loin des esclavages
L’air qu’ils boivent
Ferait éclater vos poumons

Regardez les avant
D’atteindre sa chimère
Plus d’un l’aile rompue
Et du sang plein les yeux

Mourra. Ces pauvres gens
Ont aussi femme et mère
Et savent les aimer
Aussi bien que vous, mieux

Pour choyer cette femme
Et nourrir cette mère
Ils pouvaient devenir
Volailles comme vous

Mais ils sont avant tout
Des fils de la chimère
Des assoiffés d’azur
Des poètes, des fous

Regardez les ! Vieux coqs 
Jeune oie édifiante
Rien de vous ne pourra
Monter aussi haut qu’eux

Et le peu qui viendra
D’eux à vous, c’est leur fiente
Les bourgeois sont troublés
De voir passer les gueux

Mesclun auto-destructible

26février

by Fritz  (voir la recette du mesclun

Cette fois Fritz s’intéresse à la grave question du suicide (du latin sui caedere « se massacrer soi-même ») acte qui consiste donc à mettre fin délibérément à sa propre vie, avec 

  • une ancienne et très touchante exposition de l’artiste BenSuicide au fond de l’impasse : l’art, la vie, la mort
    Ben Vautier, né en 1935 à Naples, arrive à Nice en 1949, où il vit et travaille toujours. Il se fait connaître à partir de 1959, grâce à son « magasin fourre-tout, lieu de rencontres et d’exposition ». Un des fondateurs du mouvement Fluxus, Ben affirme que tout est possible en art et que tout est art. Artiste conceptuel et populaire, Ben, en quelque sorte, amuse la galerie. Comme il l’écrit sur le mur : “Tout ça reste un grand mystère”. Ben est un grand râleur et un grand humoriste. Si le suicide le hante depuis très longtemps, il ne se suicide pas, il écrit et il peint. Tant qu’il travaille, il est vivant et il a exposé en 2009 à la galerie Templon « Ils se sont tous suicidés ».
    « Rothko s’est suicidé, pas moi. De Staël s’est suicidé, pas moi. … Cette nuit j’ai senti la mort comme un fleuve qui coule grand et large que rien ne peut arrêter. J’ai eu beau essayer de penser à autre chose, le fusil, la corde, tout se rapprochait. je suis sorti du lit, je suis allé chercher le fusil, je l’ai chargé, j’ai pris la corde, je suis monté sur l’échelle, ensuite je suis redescendu pour tout écrire et puis brûler ce que je venais d’écrire. » déclare Ben Vautier dans son livre “S
    uicide d’artiste”, chez L’esprit du temps.

“La mort est simple”, acrylique, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Les portraits, encadrés de deux tableaux “La mort est simple” et “La mort est partout”, s’alignent sur le mur, accompagnés d’un texte de Ben qui relate le dernier acte des suicidés.
Mark Rothko s’entaille les veines
Nicolas de Staël se jette par la fenêtre
 Le suicide de Nicolas de Staël, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Maïakovski se tire une balle en plein coeur,   Guy Debord aussi
Ernst Ludwig Kirchner se tue devant sa maison
Vincent Van Gogh se tire une balle dans la poitrine
Diane Arbus avale des barbituriques
Pierre Molinier se tire une balle dans la bouche
Bernard Buffet s’étouffe avec un sac en plastique

Le suicide de Bernard Buffet, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Jackson Pollock se tue en voiture
Sigmund Freud se fait euthanasier par un ami
Virginia Woolf s’enfonce dans une mare les poches pleines de pierres
Photos de suicidés et “la mort est partout”, acrylique sur toile,   Ben, “Ils se sont tous suicidésLe suicide serait-il l’ultime geste artistique ? Les destins tragiques que Ben a choisis sont terribles ; les phrases qu’il calligraphie sont désespérées. Mais, en dépit d’une thématique funèbre, les tableaux de Ben restent assez toniques. Ben est connu pour ses phrases faussement naïves à l’écriture ronde et scolaire. Les cursives blanches sur fond noir sont apaisantes, elles font sourire avant d’inquiéter. Les couleurs vives contredisent elles aussi le message de mort. L’humour de certains tableaux-objets,  à moi la liberté (avec une corde), je jette l’éponge (avec une éponge), c’est à vous de choisir (avec une balance), pour Socrate (avec un pot de cigüe)  sont même drôles. Tant que Ben peint ses acryliques, il n’attente pas à sa vie.

« Je parle de suicide, mais je ne me suicide pas, je parle de révolution, mais je m’installe devant la télé pour regarder Monk, Barnaby, et Columbo. Ok, mais c’est pas grave, la télé marche toujours. »
Pour ne pas risquer de poursuites, l’artiste prend soin de préciser sur un tableau que: “Cette exposition n’est pas une incitation au suicide, mais une réflexion sur la mort dans l’art”.
Une réflexion et un pied de nez à la mort, un acte conjuratoire. 
Voici quelques suicidés célèbres cités par Ben :
Arthur Cravan, écrivain dadaïste, boxeur, et neveu d’Oscar Wilde, sans doute suicidé par noyade au cours d’une tentative de traversée de l’Atlantique à la rame.
Bernard Loiseau, cuisinier, perfectionniste et stressé, se suicide après sa rétrogradation de 19/20 à 17/20 au Gault et Millau, le 24 février 2003.
Édouard Levé, écrivain photographe: « 
Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que de la vivre ». Il dépose chez son éditeur son dernier manuscrit, Suicide, trois jours avant de se donner la mort, en 2007, à l’âge de 42 ans.
Empédocle, médecin et philosophe grec, banni de sa ville natale, se serait jeté dans l’Etna en fusion, laissant, au bord du cratère, une de ses chaussures comme preuve de sa mort.
George Sanders, l’acteur britannique s’est suicidé le 25 avril 1972 en ingérant un cocktail de Nembutal et de vodka pour abréger les souffrances d’une longue maladie: « 
Je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu suffisamment longtemps. Je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante fosse d’aisances. »
Georgette Agutte, peintre fauve et sculpteur, se donne la mort le 5 septembre 1922 à Chamonix, après la mort de son mari, Marcel Sembat : « 
Voilà douze heures qu’il est parti. Je suis en retard ».
Paul Celan s’est jeté dans la Seine le 20 avril 1970. Il avait dans sa poche deux billets non utilisés pour En attendant Godot.
Jean Eustache, le cinéaste, se tire une balle en plein cœur en 1981. Sur la porte de sa chambre, il avait punaisé une carte :” Frappez fort. Comme pour réveiller un mort. “
Rembrandt Bugatti, sculpteur animalier et frère d’Ettore, le créateur automobile, se suicide au gaz en 1916, après l’abattage des animaux du Zoo d’Anvers dont beaucoup avaient été ses modèles.
et alii… pour en savoir plus, cliquer ici

  • une performance intéressante, et même éprouvante Suicide en do dièse # : c’est ici
  • un livre extrêmement savoureux de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna “Petits suicides entre amis

Un beau matin, un petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et un colonel veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu’ils choisissent la même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l’évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre. Commence alors, à bord d’un car de tourisme flambant neuf, une folle tournée à travers la Finlande. Parmi la trentaine de suicidaires de tous poils qui s’embarquent pour l’aventure : un joyeux boute-en-train et un vieux Lapon sympathique et retors, éleveur de rennes, qui voient là une issue inespérée à leurs infortunes.
Un périple loufoque mené à un train d’enfer, des falaises de l’océan arctique jusqu’au cap Saint-Vincent au Portugal.
L’occasion aussi d’une réflexion férocement drôle sur le suicide.

  • Un texte préventif de S. Barbery à méditer et à conseiller, c’est ici
  • Et un avertissement à propos de l’incontournable texte Suicide mode d’emploi par ses auteurs mêmesc’est ici

Mesclun très, très rouge...

9février

by Fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois un mesclun dans lequel Fritz donne quelques éléments pour comprendre son intérêt prononcé pour la couleur rouge

  • Un livre DVD  ’Rouge Très Très Fort’, édité par Biro éditeur  
    Rouge Très Très Fort révèle de manière intimiste et inédite le travail du peintre Zao Wou-Ki au travers des souvenirs vidéographiques de son ami Richard Texier, l’un des artistes les plus étonnants de nos jours. Loin des documentaires intrusifs filmés à la caméra, ce film de 18 minutes est un moment d’intimité avec Zao Wou-Ki. Utilisant son téléphone portable comme un bloc-note pour capturer idées ou moments, Richard Texier nous entraîne dans les moments qu’il a partagés avec son ami, par des bribes de conversations sur les couleurs, le monde, la beauté… 

Voici ce que Richard Texier dit lui-même de son oeuvre à Pocket-Film :  Pouvez-vous expliquer la genèse de ‘Rouge très très fort’ ?  Au départ, c’était un projet modeste, un témoignage. Je reçois régulièrement des amis peintres, artistes, écrivains… Je les filme, je prends des notes. Comme je n’ai pas d’appareil photo, c’est un peu ma manière de faire des photos souvenirs. Zao Wou-Ki et moi sommes liés depuis très longtemps, quinze ou vingt ans, et je me suis rendu compte que je n’avais pas de témoignage sur Wou-Ki. Comme c’est un peu machinal chez moi, j’ai commencé à faire des images. Il faut savoir que Zao Wou-Ki avait déjà refusé les demandes de plusieurs réalisateurs qui souhaitaient le filmer en train de peindre, ce qui donne une couleur unique à ce témoignage. Le filmer prenait ainsi une dimension particulière.
Pourquoi avoir utilisé le téléphone mobile pour filmer Zao Wou-Ki ? Faire des films ce n’est pas mon métier. J’utilise le téléphone-caméra d’une manière très personnelle. J’ai ce téléphone depuis six ans maintenant, il m’accompagne dans mes nombreux voyages à travers le monde. Il est mon seul objet nomade. Je n’ai pas d’ordinateur, je n’ai pas de caméra, je n’ai qu’un téléphone avec ses fonctions que je maîtrise un petit peu. Il me sert à connecter tous les gens qui travaillent avec moi et à leur rendre compte aussi de ce que je vois, de ce qui m’intéresse. Je réalise des petits bouts de films, je « note » des choses, c’est vraiment comme un carnet de notes. Longtemps j’ai utilisé le téléphone mobile de cette façon, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que cela pouvait faire sens, ces notes pourraient s’articuler de manière à former quelque chose de plus conséquent. Dans ces images on voit Zao Wou-Ki en train de peindre, mais on l’entend peindre aussi ! Il pousse des cris, il exprime en peignant ce que les chinois appellent le « Chi », une pulsion de vie intérieure, un souffle éternel qui traverse les êtres. Zao Wou-Ki, dans la pratique de son art, est en osmose avec la tradition chinoise, il est à l’écoute de son rythme intérieur. pour en savoir plus 

  • Un romanRouge majeur, les derniers jours de Nicolas de Staël’ de Denis Labayle, éd. Panama

    Jack Tiberton, journaliste trentenaire, écrit des articles dans la rubrique culturelle du Washington Tribune. Il est convié un jour (et il y voit la chance de sa vie) à interviewer le peintre Nicolas de Staël … A peine arrivé à son petit hôtel de rue Mouffetard, il y trouve un mot de Staël, l’invitant pour le soir-même à un concert d’Anton Webern au théâtre Marigny. La rencontre n’a lieu qu’à l’issue du concert. “Son visage ne correspond pas exactement à celui des photos. Il a bien les traits anguleux, le front large, la mâchoire fine, la chevelure abondante refoulée sur le côté par le vent, mais il me paraît plus jeune, plus maigre, plus grave aussi. Il n’a pas la mine détendue des autres spectateurs et semble absorbé par je ne sais quelle pensée.“Le peintre exalté et profondément bouleversé par la musique d’Anton Webern griffonne ses impressions sur un carnet. Il tient là le sujet de son prochain tableau. Ce sera un concert, ce concert.”Avec cette toile, je quitte les berges apaisantes pour plonger au fond de moi-même, pour explorer la brûlure des feux. Ma brûlure ! Avec ce rouge, je troque la fugue pour une symphonie, j’entre dans l’arène, mon combat commence, enfin…“ Il accueille très amicalement le journaliste et à peine quelques heures plus tard, l’invite à le rejoindre aussi vite que possible à Antibes. Staël offre alors à cet homme qu’il connaît à peine de le suivre dans la création de sa prochaine toile, celle qui marquera à jamais un tournant dans sa vie de peintre et d’homme, il le sait, il le pressent. Jack, enthousiasmé, accepte aussitôt. Dix jours plus tard, Nicolas de Staël se précipite dans le vide, en laissant inachevé « Le Concert », sa première toile en rouge majeur. Jack est le seul à tout savoir de ces dix dernier jours,…

     Ce roman est une fiction, le journaliste Jack  n’a jamais existé, mais s’inspirant de la correspondance du peintre et des ouvrages qui lui ont été par la suite consacrés,  Denis Labayle dresse un portrait possible, magnifique et émouvant, de l’artiste en prise avec le mystère et les affres de la création… ce texte nous entraine en effet au cœur même du processus créateur, au moment où l’œuvre émerge et prend forme sur la toile, dans la tension vers ce rouge infiniment complexe, où couleur et musique entrent en synesthésie, et qui se dérobe constamment…  http://www.denislabayle.fr/spip/

  • Une exposition virtuelle sur le site de la BNF, qui explore plusieurs facettes de la couleur Rouge, la couleur par excellence (à l’origine du nom Adam et dans plusieurs langues, le mot rouge se confond avec le mot couleur), avec en particulier une intéressante réponse de Michel Pastoureau à la question que tout le monde se pose pourquoi le petit chaperon est-il rouge ? oui, pourquoi ??? la réponse est là   http://expositions.bnf.fr/rouge/gp/01.htm
    et aussi un ouvrage très complet 
    Le Rouge, 2e volume du Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle, paru aux CNRS Editions. En s’appuyant sur un vaste corpus de textes du XXe siècle, l’auteur Annie Mollard-Desfour, linguiste, répertorie mots et expressions articulés autour de cette couleur, avec leurs définitions, leurs contextes d’emploi, leurs symboliques, leurs sens figurés… Sonia Rykiel en a écrit la préface : “Rouge… comme l’excès, la jouissance, le sans-limite, la liberté, l’extrême provocation, le trop plein, la folie d’un champ de coquelicots… la cristallisation dans l’amour fou“… 

Mesclun fou, fou, fou...

20janvier

by Fritz  (voir la recette du mesclun)

avec

  • Un livre de Gérard Garouste, L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un père, d’un fou, écrit avec Judith Perrignon et paru chez l’Iconoclaste.
    Il revient de loin. A 63 ans, Gérard Garouste, peintre, sculpteur, graveur, illustrateur, livre ici une auto-biographie terrible et courageuse où il évoque ses délires, ses dépressions et ses multiples séjours en hôpital psychiatrique. Il porte sur sa ‘maladie’ un regard sans concession et rend hommage à sa femme Elisabeth et à ses fils, ainsi qu’aux marchands d’art qui ont cru en lui.

    Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. “
    Né en mars 1946 à Paris, Gérard Garouste vit et travaille dans l’Eure. Il s’intéresse très tôt à toutes les formes d’expression artistique : dessin, peinture, sculpture, gravure, et ses oeuvres, désormais célèbres, voyagent dans le monde entier.  En 1990, il fonde La source, une association à vocation sociale et artistique qui organise en milieu rural des ateliers artistiques pour les enfants en grande difficulté et qui travaille également sur le lien familial, via des ateliers parentaux. Envoyés par les assistantes sociales ou la justice, quelque 5 000 jeunes passent chaque année à La Source, où des ateliers sont dirigés par des peintres, des chorégraphes, des sculpteurs. ” Le but est de valoriser les jeunes “, dit Garouste, en évoquant ces enfants qui arrivent à La Source et ” se découvrent ” grâce à l’expression artistique. 

  • Une expérience thérapeutique bouleversante qui date des années expérimentales de l‘anti-psychiatrie (voir aussi sur ce thème ceci…) en 60-70, racontée dans un livre écrit à quatre mains, thérapeute et patiente :  Mary Barnes, un voyage à travers la folie, de Mary Barnes et Joseph Berke. Devenue schizophrène vers 40 ans, Mary Barnes a pu intégrer l’unité expérimentale créée par Ronald Laing, où on la laissa explorer sa folie, durant cinq années de voyage,  jusqu’à ce qu’elle en émerge, guérie et artiste peintre…  
    Pour en savoir plus, c’est ici Obituaries.doc, et pour ceux qui comprennent l’anglais, un document video intéressant Going down and coming up part 1, part 2, part 3

  • Un film, solite et insolite, Pierrot le fou, film ensorcelant (!) de Jean-Luc Godard (Ah, la nouvelle vague !)  qui éclabousse l’écran de son humour caustique, intelligent et truffé de références (littéraires, musicales et iconiques), qui n’a pas grand-chose à voir avec ce fou-là ni même avec celui-ci, et dont voici un extrait ici et un dithyrambe là :

    “A l’image de son héros qui cherche un peu de beauté dans “un monde d’abrutis”, Godard construit son film sur un antagonisme constant entre le désordre et la grâce, entre la violence et la sérénité. D’un tournage qu’on imagine volontiers chaotique, il tire une œuvre foisonnante, d’une rare liberté de ton, où tout semble pouvoir arriver.  Samuel Fuller y décrit un film comme “un champ de bataille” où se mêlent “l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort”, le cinéaste américain donne ainsi le ton d’une œuvre fiévreuse, entièrement vouée à ‘l’émotion’. Bien avant les tentatives de déconstructions narratives d’un Tarantino, Godard nous projette dans un spectacle bariolé et sans cesse déroutant, où l’on peut prendre son petit déjeuner à côté d’un mort et se mettre à chanter les amours sans lendemain, ou bien croiser Raymond Devos criant le dégoût que lui inspire sa femme dans un petit port désert. Facéties d’un cinéaste en pleine possession de son art, qui filme ce qui lui vient à l’esprit et jette à l’écran ce qui lui chante, comme autant de coups de pinceaux. De là naît un jeu perpétuel avec le spectateur, qui se voit interpellé par les personnages au détour d’une conversation amoureuse, pris à partie, les yeux dans les yeux, par Marianne lorsqu’elle réclame le droit de vivre et, par là même, constamment invité à s’impliquer émotionnellement dans l’expérience qui se déroule devant lui. S’il ne perd jamais de vue l’histoire qu’il veut nous raconter (ou plutôt les histoires, drame intime, intrigue criminelle et constat sur l’époque s’entremêlant sans cesse), Godard conçoit son film comme un fracas d’émotions contradictoires, du rire au désespoir le plus déchirant, pour aboutir à un morceau d’émotion pure. Plans de nature impressionnistes et giclées de violence foudroyante se succèdent, liés entre eux par une musique aux accents tantôt pathétiques ou survoltés. Porté par le charisme de ses interprètes, et notamment par un Jean-Paul Belmondo qui sait apporter une sensualité et une dynamique physique remarquables à son personnage, Godard parvient à faire cohabiter dans son film deux mouvements apparemment contradictoires. Un mouvement intime et narcissique, le film prenant souvent l’aspect d’un journal intime, comme en témoignent les innombrables gros plans sur le cahier de notes de Ferdinand. Un mouvement plus ample, embrassant une aventure rocambolesque, aux nombreuses péripéties.” Waldo Lydecker 

  • et pour finir, si vous avez un moment à perdre, plongez dans la folie douce, absurde, loufoque et suisse des Plonk et Replonk et laissez-vous envahir par cet humour déjanté et salutaire : dépaysement garanti.

Mesclun... lumineux et brutal

5janvier
by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec
  • un DVD, Valse avec Bachir d’Ari Folman… très beau film-documentaire d’animation qui met en scène un travail douloureux de recomposition du passé et une réflexion poétique (la seule qui semble possible) sur la guerre en général, et sur celle du Liban en particulier.
    Qu’ai-je donc fait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant le massacre perpétré par les chrétiens phalangistes dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila ?” s’interroge Ari Folman, mobilisé par l’armée israélienne lors de la première guerre du Liban. Son investigation prend la forme autobiographique de ce ” documentaire animé”, onirique et psychanalytique, où le graphisme, les couleurs et les sons parviennent à traduire les errances du récit entre présent et passé, et celles du psychisme entre cauchemars, fantasmes et vérités. Car non seulement les souvenirs d’Ari, le narrateur, se dérobent, mais ceux des anciens soldats qu’il retrouve et questionne, paraissent eux-mêmes flotter dans les eaux troubles et jaunes de la mémoire et des images re-construites a posteriori. Ainsi les intérêts de Valse avec Bachir sont-ils pluriels, par la singularité de son esthétique, la dénonciation par l’absurde de la guerre qu’il propose et la catharsis artistique qu’il permet, mais en outre par une intéressante illustration du mécanisme de défense qu’est la déréalisation : tout le film tend à décrire cette sensation, depuis la distorsion fantasmatique des témoignages jusqu’à l’hyperréalisme halluciné des scènes de guerre. Le film évoque également la culpabilité, liée à la question de la responsabilité israélienne face au massacre de Sabra et Chatila. 

  • La bande-son, que l’on doit au compositeur allemand Max Richter, contribue largement à l’effet d’envoûtement onirique de ce film. On y retrouve, outre des morceaux poétiques, hypnotiques ou graves, deux tubes des années 8O, This is not a love song et Enola Gay. (échantillon à voir et écouter)

  • En septembre 1982, après dix années sans avoir rien écrit Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, sous l’oeil complice des soldats israéliens qui viennent d’envahir et occupent le Liban.
Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit “ Quatre heures à Chatila“, publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila. 
Jean Genet :« Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou. Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j’ai vu ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ? ». Lire le texte intégral de ‘Quatre heures à Chatila’  de Jean Genet ici

    Les premières images de Valse avec Bachir sont saisissantes. Une meute de chiens noirs, yeux jaunes et babines retroussées, que rien ne semble pouvoir arrêter, parcourt les rues d’une ville noire dominée d’un ciel ocre. Cette scène trouve son explication dans la séquence suivante, située dans l’atmosphère feutrée d’un bar de nuit où un homme décrit à l’un de ses amis, prénommé Ari, ce qui se révèle être un cauchemar récurrent. Conscrit lors de la première invasion israélienne du Liban, en 1982, il avait pour mission d’abattre tous les chiens qui, postés à l’entrée des villages, signalaient par leurs aboiements l’arrivée des soldats. Ce récit inaugural par la manière dont il ménage la sensation brute de l’effroi et l’épanchement de la parole définit le projet narratif et esthétique du film.

     


Fin d'année...

22décembre















Fritz vous souhaite une excellente fin de vieille année 2009

Mesclun... adventice

24novembre
By Fritz
Voir la recette du mesclun   
Voir adventice
avec, cette fois-ci quelques histoires de mauvaises herbes, donc
  • Une bande dessinée âpre et belle, Rebetiko de David Prudhomme, 
Avant guerre, en Grèce, sous la dictature qui s’installe et les menace,  des musiciens, un peu mauvais garçons, chantaient la nuit dans les bas-fonds s’accompagnant de leur bouzouki, fumant, buvant et brûlant la vie par les deux bouts… Il fallait l’invention et l’élégance naturelle de David Prudhomme pour réussir à restituer l’ambiance de ces bouges d’Athènes dans les années trente, et l’atmosphère électrique  qui y régnait… un graphisme noir et charbonneux, une superbe lumière ocre. “Je peux dire sans crainte d’être contredit que ce livre est magistral. Si si affirme  Manu Larcenet.  Un livre poétique et puissant…     pour en savoir plus, aller sur ce blog http://bderebetiko.blogspot.com/
et sur ce même thème, voir ce petit film …  koboloï, ouzo, bouzouki, et petite fumée, toute la Grèce est là…  
les chants désespérés sont bien les chants les plus beaux.
  •  Un film d’Alain Resnais, Les herbes folles. Une leçon de liberté et de fantaisie. Un exercice de voltige (au propre et au figuré), adapté d’un roman de Christian Gailly (L’Incident, Editions de Minuit, 1996). Comme les herbes folles, le film semble jaillir tel une incongruité poétique au milieu d’un monde hostile (quelques brins obstinés émergeant du macadam), ensemencé par la grâce, poussé par l’esprit qui souffle où il veut. Une histoire d’amour insolite et légère (surréaliste ?), une allégorie des liens invisibles qui relient réalité et fantasme, mais aussi une sorte de grenier tout plein de vieilles vieilleries, dans lequel Alain Resnais semble mettre beaucoup de lui-même : la bande dessinée, le roman d’aventure, le film de guerre, les procédés du cinéma muet, les pionniers de l’aviation, la magie d’une séance nocturne dans une salle de quartier, le hasard objectif et aussi un porte-feuille rouge et un sac à main jaune, deux flics hilarants, une braguette ouverte, Sabine Azema, quelques loopings et un crash à la Jules et Jim … “Pour aller où ? - Là-bas.” Et tout est dit…
  •  Et une dernière mauvaise herbe  inoubliable, braves gens, braves gens…  à écouter encore et encore 
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu


Mesclun... délocalisé

1novembre
by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec cette fois…
  • une incursion au Mexique, où l’on célèbre le « jour des Morts » (dia de los muertos) de façon beaucoup plus joyeuse qu’ici, notre mélancolique Toussaint. 
Ce jour de la fête des morts, les familles vont rendre visite aux tombes de leurs ancêtres et les nettoient, les décorent, les couvrent de fleurs (spécialement des fleurs orange -oeillets d’inde- appelées zempaxuchitl) ainsi que de bougies. Les âmes des défunts reviennent sur Terre suivant un certain ordre. Il faut donc leur préparer les offrandes appropriées. Les personnes récemment décédées ne reçoivent pas d’offrande, car elles n’ont pas eu le temps de demander la permission de retourner sur Terre. Pour les enfants morts avant d’avoir été baptisés, on offre des fleurs blanches et des cierges. Pour les autres, on apporte des jouets. Pour les adultes, on apporte des bouteilles de tequila.

Des offrandes sont aussi faites dans chaque maison sur des autels situés dans les chambres des défunts, plus ou moins décorés et remplis selon les familles. On y trouve : du copal dans son encensoir, des fleurs porte-bonheur, des cierges allumés, des photos représentant le défunt de son vivant, des têtes de morts en sucre ou en chocolat (calaveritas), des fruits, le pain des morts, des bonbons, de la nourriture que le défunt appréciait le plus, des boissons, de l’eau bénite et diverses offrandes particulières au défunt (tabac, poteries…).

Pour guider les âmes, un chemin de pétales de fleurs est réalisé de la rue jusqu’à l’autel. Des prières sont récitées et de la musique est jouée. Les Mexicains, qui sont presque tous catholiques, débutent leur journée en priant les défunts, et la terminent en buvant à leur santé. Le mexicain n’a pas peur de la mort, il s’en moque volontiers,  et joue avec elle. C’est une coutume qui peut sembler choquante, car la mort est traitée comme un personnage quasi humain, avec familiarité et dérision… Mais ne serait-ce pas tout simplement une autre manière d’aborder la vie dans ce qui fait son intensité et par là même d’intégrer plus naturellement cette mort qui fascine, sans la nier ou nous laisser terrifier par elle?

“Ce jour là et cette nuit-là “nous partagerons avec nos compatriotes leur joie et leur tristesse-joie parce que même si nous pleurons nos morts parce qu’ils sont morts, le souvenir de leur séjour est une joie- et nous partagerons (…) les aliments aussi bien des morts - on pose sur les tombes des défunts des fruits, des biscuits, des tortillas et du chocolat- que ceux des vivants, ce délicieux pain appelé pain des morts, et aussi les crânes, fémurs, tibias et cercueils en sucre et nougat d’amande. Je dirais (…) qu’aucune affirmation de l’amour pour la vie n’est aussi forte que celle symbolisée par le fait de manger des crânes en sucre car (…) il faut que chacun des crânes porte sur son front le nom de celui qui le mange… et y a-t-il quelque chose qui représente mieux, avec plus d’élégance et d’humour, le désir impossible mais toujours vivace du triomphe de la vie sur la mort ? Y a-t-il quelque chose de mieux que de manger sa propre mort…et que la mort ait le goût d’une friandise ?”

 Texte écrit par Fernando del Paso, écrivain, dessinateur et peintre mexicain, in “Douceur et passion de la cuisine mexicaine”, publié aux Editions de l’Aube.

  • Une petite vidéo sur ce thème  ici  (la musique n’est pas terrible, un poil trop “new age”, mais bon)
  • Et pour finir, la très célèbre calavera de la Catrina, sympathique allégorie de la mort,  de José Guadalupe Posada (1852-1913), le “Daumier” mexicain 

Mesclun ... sur le fil

7octobre

by Fritz

Avec cette fois-ci

  • un film de Jacques Rivette, 36 vues sur le Pic St Loup. Histoire simple et film expérimental, qui évoque la grâce de la remise en mouvement…
On y trouve une équilibriste mélancolique, amoureuse endeuillée d’un fantôme du passé, un italien riche et désoeuvré, un peu poète et aussi thérapeute, ainsi qu’une petite troupe de cirque dans le cercle enchanté (et beckettien) duquel l’intrigue, nouée dans le malheur, se dénouera dans le bonheur. Toute la force du film tient dans la séduction de ce récit  (naïf ?) de catharsis, prétexte pour le cinéaste à revenir aux sources foraines et funambules de son art. Ce film, manifeste modeste du cinéma selon Rivette, suggère que l’art ne nous aide réellement à vivre qu’en côtoyant quelques abîmes…
  • un article de Delphine Moreau, dans la dernière revue RiLi (revue internationale des Livres et des Idées), sur le concept de care comme perspective politique, à propos du livre de Joan Tronto, Un monde vulnérable, Pour une politique du care… qui donne à réfléchir sur la manière dont certains prennent soin des autres et se soucient de leurs besoins, sur la dimension morale de ces taches et sur le caractère injuste de leur répartition. Il s’agit de mettre en lumière et réévaluer toute une série d’activités humaines ignorées, sous-estimées, voire méprisées parce que privées, intimes, quotidiennes, banales, sans importance ou encore « sales » : soin aux enfants, aux malades, aux personnes dépendantes, mais aussi ménage, traitement des déchets, et tout ce qui concourt discrètement à rendre notre monde vivable… car la promotion d’individus “ultra-autonomes” se fait dans le déni du care qui leur est dispensé de manière discrète et invisibilisée, par la délégation implicite du traitement des repas, du linge, du ménage, de l’organisation des rendez-vous, de la résolution des problèmes matériels… et avec ce paradoxe que ceux qui en ont le plus souvent la charge sont ceux qui peuvent en bénéficier le moins quand ils en ont besoin. L’intérêt majeur de la question du care tient à ce que, loin de ne s’adresser qu’aux faibles, il postule une interdépendance positive qui impose, sur le double plan éthique et politique, une responsabilité collective de tout un chacun. 
  • et dans cette même revue, les insoutenables photographies des archives médico-légales du ‘Justice and Police Museum’ de Sydney, Australie, archives de l’arbitraire, de la violence et de l’irrationnel.

Mesclun ... de fin d'été

8septembre

 by Fritz

Rappel de la recette du mesclun : La salade est déjà un mélange de divers ingrédients que l’on assaisonne… avec du sel, donc. Mais alors le mesclun, c’est un mélange de salades diverses… c’est dire ! Bref, vous trouverez sous cette rubrique et de loin en loin, des mélanges divers, éventuellement salés, sans liens apparents si ce n’est justement qu’elles ont un certain goût, de choses lues, vues ou ouïes, par ci par là… les miscellanées du docteur Fritz, en quelque sorte.

avec cette fois

  • un auteur japonais contemporain Haruki Murakami et quelques-unes de ses oeuvres, dont le roman “La fin des temps

Roman qui nous plonge, en alternance, au cœur de deux mondes. Dans l’un, un vieux savant excentrique, spécialiste du cerveau, charge un informaticien de coder les programmes relatifs à ses travaux ultra secrets et, selon leur auteur, d’une importance capitale. Dans l’autre, le narrateur est nouveau venu au sein d’une mystérieuse cité ceinte de hautes murailles, de laquelle seuls peuvent sortir les troupeaux de licornes qui y vivent. Au fil du récit, le lien va se faire de plus en plus étroit entre ces deux univers, jusqu’à l’ultime fusion…

  • un disque, Together through life de Bob Dylan

La voix est éraillée à la Tom Waits, la tonalité d’ensemble est nostalgique, Dylan avouant dans quelques titres ses regrets et ses manques, sa résignation sincère à ne pas toujours comprendre la vie, les femmes et le reste. “Beyond Here Lies Nothing” : au bout du tunnel, aucune “Heaven’s Door”, et d’ailleurs “Life Is Hard”. Dans Together Through Life, Dylan semble revenir faire un tour dans les bars à crooners enfumés du midwest …Qu’est-ce qui a changé depuis le temps? Qu’est ce qu’on a appris? Pas tout, et d’ailleurs à partir d’un certain âge, on n’attend plus vraiment de réponse, on n’aspire plus nécessairement à changer le monde, on se souvient et c’est bien comme ça. The Times haven’t been changin’ that much in years, “It’s hard to believe, but it’s all good…”

  • un hommage aux danseurs disparus… Pina bausch /Merce Cunningham
 Elle avait le regard bleu et incarnait la grâce. Elle était la chorégraphe qui a sans doute le plus marqué la seconde moitié du XXe siècle. Son influence et son aura ont même débordé le domaine de la danse. Dans le théâtre surtout, mais aussi les arts plastiques, et le cinéma où Fellini et Almodovar  lui ont directement rendu hommage dans des films. Pina Bausch est morte, mardi 30 juin 2009, à 68 ans. “C’est la fin d’un monde, confie Gérard Violette, ancien directeur du théâtre de la Ville. Lorsqu’elle venait saluer, elle connaissait une minute de bonheur. Sinon, c’était une femme douloureuse. Elle a influencé tout le monde, mais ne laisse aucun héritier.”

Surnommé l’“Einstein” de la danse, Merce Cunningham a bouleversé dès les années 1950 les codes du ballet : désormais le danseur ne se déplace plus en fonction du centre de la scène, il est lui-même un centre. “Au contraire du danseur classique, j’estime tous les mouvements possibles”, expliquait-il. Il a rencontré le musicien d’avant-garde John Cage, et ce sont 50 ans de collaboration entre les deux artistes dont les destinées personnelles et professionnelles sont restées liées jusqu’à la mort de Cage, en 1992. Engagé en 1939 comme soliste dans la compagnie de Martha Graham, pionnière de la “modern dance”, Cunningham  fonde en 1953 la Merce Cunningham Dance Company, au Black Mountain College, une communauté d’artistes de Caroline du Nord. Il rencontre des peintres, comme Jasper Johns qui devient son conseiller artistique en 1965, ou Robert Rauschenberg. Il travaille également avec Andy Warhol pour Rainforest (1968), Frank Stella ou le musicien David Tudor. Il est mort à 90 ans, le 26 juillet 2009.

 

Voeux estivaux

14juillet

by Fritz




Un très bel été à tous… 

et à la rentrée !