Soirée-Débat
Psychothérapie et société... by Fritz
Le Vendredi 16 octobre de 20 à 22h, en présence de Brigitte Lapeyronnie-Robine, psychiatre, psychothérapeute et directrice de l’iFGt (Institut Français de gestalt-thérapie), et de Pierre-Yves Goriaux, psychothérapeute et directeur adjoint de l’IFGT, les participants ont débattu sur les rapports actuels qu’entretiennent psychothérapie et société…
Cela a suscité bien sûr beaucoup plus de questions que de réponses…
La psychothérapie, pour qui ? des usagers, des patients, des clients, des malades, des bien-portants? lesquels ? Est-ce élitiste ? quelle inscription sociale ? Quid des personnes les plus défavorisées, y ont-elles accès, comment ?
La psychothérapie, pour quoi ? quelle conception de la psychothérapie ? un soin (cure ou care ) ? quelles représentations de la santé / maladie, du normal / pathologique ? s’agit-il de guérir, d’aller vers un mieux-être, une autonomie ? et qui décide de l’être-mieux, le patient, le thérapeute, la société ? à partir d’un diagnostic, ou non ?
Quelle psychothérapie ? pourquoi un engouement pour les TCC (thérapies comportementales ? béhaviorisme, scientisme ?) ? la psychothérapie relève-t-elle de la médecine, de la psychologie, de la philosophie appliquée ? comment en évaluer les effets, et faut-il les évaluer ? Pratiques codifiables ou relation singulière patient -thérapeute ? quel est le rôle politique de la thérapie ?
Quel statut pour les thérapeutes privés de leur titre par la nouvelle règlementation ? Psychothérapeutes, ni psychiatres, ni psychologues, ni psychanalystes… quelle place sociale occuper et comment ? quelles compétences suppose cet exercice ? quelles formations indispensables ? quels en sont prescripteurs ? comment les atteindre ?
A toutes ces questions, vous trouverez des éléments de réponse dans le livre : Psychothérapie et société Françoise Champion (dir.), éd. Armand Colin, coll. «
Sociétales », janvier 2009. Françoise Champion est
sociologue de la santé mentale, chargée de recherche au Centre de recherche «
Psychotropes, santé mentale, société » (Cesames, CNRS / Inserm), et voici sur ce thème quelques uns de ses propos :
Plusieurs évènements semblent être à l’origine de ce premier état des lieux historique et socio-anthropologique sur la psychothérapie en tant que phénomène social. Quels sont-ils ?
Disons d’abord que depuis le début du XXe siècle, ce phénomène social qu’est la psychothérapie n’a cessé de prendre de l’ampleur et qu’il n’y avait, jusqu’ici, en France, aucun travail sociologique sur le sujet. Ensuite, depuis les années 1990, des volontés administratives et politiques se sont manifestées pour contrôler la psychothérapie, sans, d’ailleurs, avoir su lancer d’appels à études pour connaître les usagers des psychothérapies ni les psychothérapeutes (à peine quelques enquêtes réalisées par Psychologie magazine, la MGEN, des psychothérapeutes eux-mêmes, analysées, bien sûr, ici). Ces projets de réglementation et de contrôle ont abouti à une loi en 2004 portant sur le titre de psychothérapeute et à une expertise de l’Inserm sur l’évaluation des méthodes psychothérapeutiques. Ces deux entreprises ont déclenché une violente « guerre des psy ». Les conflits se poursuivent, les décrets d’application de la loi ne sont toujours pas là…
Ces conflits interviennent-ils sur un fond quelque peu miné ?
En effet, des « déchirements » n’ont cessé de caractériser l’espace psychothérapeutique. Tout d’abord, parce que la psychothérapie est une pratique et une discipline mal définie depuis l’origine et exercée, de fait, aujourd’hui, par quatre catégories de professionnels : psychiatres, psychologues, psychanalystes et, enfin, psychothérapeutes qualifiés de « ni, ni, ni » (parce que n’appartenant à aucune de ces catégories), qui, à partir de 1990 ont revendiqué la création d’un titre de psychothérapeute. Ce faisant, ils ont mis en effervescence le milieu de la psychothérapie (psychanalyse comprise). Cette opposition entre médecins et psychologues renvoie à un désaccord quant à la nature de ce que prendrait en charge la psychothérapie : une maladie, un mal-être, une « souffrance psychosociale » ? Le conflit porte aussi sur la formation des praticiens de la psychothérapie : les psychiatres et les psychologues, dont le cursus universitaire ne comporte pas de formation spécifique à la psychothérapie peuvent-ils être psychothérapeutes ? Autre « déchirement » sur la conception des troubles psychiques : sont-ils circonscrits et isolés les uns des autres ou renvoient-ils à un « mal-être » global ? Enfin, la psychothérapie peut-elle être une pratique standardisée et codifiée ou bien repose-t-elle fondamentalement sur la relation entre le « psy » et son « patient », « client »… ?
Quel est l’avenir de la psychothérapie ?
Je pense qu’elle est appelée à se développer car les questions de santé mentale sont devenues un problème de santé publique majeur (en octobre 2007 a eu lieu la première campagne d’éducation et de prévention sur la dépression), avec un véritable coût économique que l’on chiffre désormais. Si nous ne sommes plus à l’heure du « tout psy », on s’oriente actuellement vers des prises en charge combinant médicaments et psychothérapies, et leurs usagers ont vite saisi les opportunités données par l’ouverture du marché psychothérapeutique. Si l’essentiel du livre porte sur les transformations du domaine de la santé mentale, nous terminons par une perspective anthropologique sur les changements de fonctionnement de l’individualisme : la norme de l’autonomie d’aujourd’hui consiste pour chaque individu à devoir choisir sa vie – jusqu’à être responsable de sa santé mentale. Propos recueillis par Léa Monteverdi Source : le journal du cnrs
”Personnellement, je considérerais que la thérapie comportementale est une insulte, même pour les grands singes, et même pour les chats.” D.W. Winnicott