"Souffler sec"
ou le vernissage-présentation de l’exposition d’Agnès Torrès
Agnès Torrès expose “Souffler sec ” à l’iGTb, jusqu’en janvier 2010.
Le mardi 17 novembre, autour d’un verre et de quelques grignotages, Agnès Torrès a présenté son travail d’artiste, ainsi que la vocation de Diffractis, l’association d’artistes qu’elle anime. Agnès, qui a été danseuse, s’attache à traduire plastiquement ce qu’elle nomme le rythme.
Voici comment elle explicite sa démarche :
« Compter,
décompter les instants, les gestes et les traces de la vie. .
Aligner,
ranger, nouer l’espace et raconter.
Le temps
s’échappe goutte à goutte, indifférent, mais par une loi de symétrie, s’inscrit
point par point dans la mémoire du monde.
Cette loi
implacable dépose des empreintes dont je tente de répertorier
les traces
infimes, les restes indélébiles et diffus.
Depuis la
coupure originelle, la matrice perdue, le textile m’enveloppe.
Peau de
substitution, surface d’inscription, plan d’expression, le tissu donne à voir,
propose une version, et prépare la rencontre inéluctable et nécessaire avec le
monde, autant qu’il m’en protège.
Symbole du
lien qui retient la vie, du souffle qui fait de chacun un passant
parmi d’
autres, d’une parole qui conte une histoire unique,
il se prête
à tous les jeux, les désirs, autant qu’à nos peurs.
La navette
des jours tisse la trame du monde sur laquelle
chaque
histoire singulière est brodée patiemment.
Orner sans
tomber dans l’ornière des effets de style, tel est l’enjeu
de la
bordure brodée : mettre en valeur, enrichir de détails et surtout,
marquer la
limite en cachant la rupture.
Exploration
topologique du monde, je propose par l’entrelacs, une manière de s’inscrire
dans un univers qui peut sembler trop connu ou inconnu.
La main
voyage. Dans le silence, je raconte
une histoire pour chacun :
Mais toute
broderie n’est pas broderie d’or :au fil des jours, appliqué,
pas à pas,
point par point : avant, arrière, comme en zigzags, il faut parfois
simplement
agrémenter les jours, quand prisonnier du filet d’Arachné,
s ‘égrène à
petits points le temps scandé de la vie rêvée :
repriser, ravauder, rapiécer , raccommoder , raccorder , reborder, rebroder, compter et recompter, découdre et recoudre, recouvrir, recréer, récurrent, récursif, refaire et redéfaire, redorer, redoubler, regretter, rehausser, recommencer, répéter, relief, rembourrer, renouer, repasser, repli, répliquer, reprendre, reporter, représenter, reproduire, réseau, réserve, retors, retroussis, revers, revêtir, et reprendre….
Structure
répétitive du temps rythmé, qui retrouve malgré elle le champ
mythique
des origines. Voyage de la main, voyage au « point d’esprit ».
Les pensées
vagabondent en « surfil », s’enchaînent en « point de chaînette »,
ou
prudemment à « points comptés ». Fils de lin, de laine, de coton ou de soie
brodent
hardiment récits, contes et mythes.
Dessiner à
l’aiguille, au crochet, au crayon, en boucles successives ou à petits points
semés, en des aires magiques, c’est pour moi habiter le monde que je parcours
dénombre et nomme.
Le
mouvement des doigts, des yeux, de l’esprit devient danse.
Toutes les
techniques plastiques et les modes opératoires susceptibles de rendre compte de
cette perception sont les bienvenues, aussi je n’en dédaigne aucune: photographies,
dessin, collage, broderie, tressage, assemblage, installations, estampes, etc. “
Sur cette thématique du rythme, un très beau texte, L’esthétique des rythmes, du philosophe Henri Maldiney, lisible ici
”L’art est la vérité du sensible, parce que le rythme est la vérité de l’aesthesis” H. Maldiney
