by Fritz  (voir la recette du mesclun)

avec

  • Un livre de Gérard Garouste, L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un père, d’un fou, écrit avec Judith Perrignon et paru chez l’Iconoclaste.
    Il revient de loin. A 63 ans, Gérard Garouste, peintre, sculpteur, graveur, illustrateur, livre ici une auto-biographie terrible et courageuse où il évoque ses délires, ses dépressions et ses multiples séjours en hôpital psychiatrique. Il porte sur sa ‘maladie’ un regard sans concession et rend hommage à sa femme Elisabeth et à ses fils, ainsi qu’aux marchands d’art qui ont cru en lui.

    Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. “
    Né en mars 1946 à Paris, Gérard Garouste vit et travaille dans l’Eure. Il s’intéresse très tôt à toutes les formes d’expression artistique : dessin, peinture, sculpture, gravure, et ses oeuvres, désormais célèbres, voyagent dans le monde entier.  En 1990, il fonde La source, une association à vocation sociale et artistique qui organise en milieu rural des ateliers artistiques pour les enfants en grande difficulté et qui travaille également sur le lien familial, via des ateliers parentaux. Envoyés par les assistantes sociales ou la justice, quelque 5 000 jeunes passent chaque année à La Source, où des ateliers sont dirigés par des peintres, des chorégraphes, des sculpteurs. ” Le but est de valoriser les jeunes “, dit Garouste, en évoquant ces enfants qui arrivent à La Source et ” se découvrent ” grâce à l’expression artistique. 

  • Une expérience thérapeutique bouleversante qui date des années expérimentales de l‘anti-psychiatrie (voir aussi sur ce thème ceci…) en 60-70, racontée dans un livre écrit à quatre mains, thérapeute et patiente :  Mary Barnes, un voyage à travers la folie, de Mary Barnes et Joseph Berke. Devenue schizophrène vers 40 ans, Mary Barnes a pu intégrer l’unité expérimentale créée par Ronald Laing, où on la laissa explorer sa folie, durant cinq années de voyage,  jusqu’à ce qu’elle en émerge, guérie et artiste peintre…  
    Pour en savoir plus, c’est ici Obituaries.doc, et pour ceux qui comprennent l’anglais, un document video intéressant Going down and coming up part 1, part 2, part 3

  • Un film, solite et insolite, Pierrot le fou, film ensorcelant (!) de Jean-Luc Godard (Ah, la nouvelle vague !)  qui éclabousse l’écran de son humour caustique, intelligent et truffé de références (littéraires, musicales et iconiques), qui n’a pas grand-chose à voir avec ce fou-là ni même avec celui-ci, et dont voici un extrait ici et un dithyrambe là :

    “A l’image de son héros qui cherche un peu de beauté dans “un monde d’abrutis”, Godard construit son film sur un antagonisme constant entre le désordre et la grâce, entre la violence et la sérénité. D’un tournage qu’on imagine volontiers chaotique, il tire une œuvre foisonnante, d’une rare liberté de ton, où tout semble pouvoir arriver.  Samuel Fuller y décrit un film comme “un champ de bataille” où se mêlent “l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort”, le cinéaste américain donne ainsi le ton d’une œuvre fiévreuse, entièrement vouée à ‘l’émotion’. Bien avant les tentatives de déconstructions narratives d’un Tarantino, Godard nous projette dans un spectacle bariolé et sans cesse déroutant, où l’on peut prendre son petit déjeuner à côté d’un mort et se mettre à chanter les amours sans lendemain, ou bien croiser Raymond Devos criant le dégoût que lui inspire sa femme dans un petit port désert. Facéties d’un cinéaste en pleine possession de son art, qui filme ce qui lui vient à l’esprit et jette à l’écran ce qui lui chante, comme autant de coups de pinceaux. De là naît un jeu perpétuel avec le spectateur, qui se voit interpellé par les personnages au détour d’une conversation amoureuse, pris à partie, les yeux dans les yeux, par Marianne lorsqu’elle réclame le droit de vivre et, par là même, constamment invité à s’impliquer émotionnellement dans l’expérience qui se déroule devant lui. S’il ne perd jamais de vue l’histoire qu’il veut nous raconter (ou plutôt les histoires, drame intime, intrigue criminelle et constat sur l’époque s’entremêlant sans cesse), Godard conçoit son film comme un fracas d’émotions contradictoires, du rire au désespoir le plus déchirant, pour aboutir à un morceau d’émotion pure. Plans de nature impressionnistes et giclées de violence foudroyante se succèdent, liés entre eux par une musique aux accents tantôt pathétiques ou survoltés. Porté par le charisme de ses interprètes, et notamment par un Jean-Paul Belmondo qui sait apporter une sensualité et une dynamique physique remarquables à son personnage, Godard parvient à faire cohabiter dans son film deux mouvements apparemment contradictoires. Un mouvement intime et narcissique, le film prenant souvent l’aspect d’un journal intime, comme en témoignent les innombrables gros plans sur le cahier de notes de Ferdinand. Un mouvement plus ample, embrassant une aventure rocambolesque, aux nombreuses péripéties.” Waldo Lydecker 

  • et pour finir, si vous avez un moment à perdre, plongez dans la folie douce, absurde, loufoque et suisse des Plonk et Replonk et laissez-vous envahir par cet humour déjanté et salutaire : dépaysement garanti.