Conférence-atelier du vendredi 15 janvier 
animée par Martine Cotton, orthophoniste, scénothérapeute    

Martine Cotton a d’abord évoqué l’historique de cette méthode, quelques uns de ses champs d’application notamment en cas de bégaiement, puis elle nous a ensuite invités à expérimenter quelques propositions de textes.

L’expression scénique ou scénothérapie est une thérapie médiatisée qui a été créée dans les années 1960 par Emile Dars, comédien, metteur en scène, directeur de théâtre… Celui-ci avait été frappé par l’influence du rôle sur les comédiens. « Ce n’est pas le comédien qui se met dans la peau du rôle mais bien le rôle qui se met dans la peau du comédien, provoquant chez lui une suite d’états émotionnels souvent violents, engendrés par l’intensité des situations qu’il est amené à vivre. » En1966, il crée la société française d’expression scénique. Il a eu l’intuition que les textes, quand ils sont porteurs d’une forte charge émotionnelle, pouvaient être utilisés dans un but thérapeutique. Il a donc rassemblé  et classé un corpus de textes brefs et évocateurs.

L’expression scénique a un champ d’application assez vaste. Elle peut en effet être utilisée favorablement
- avec des patients présentant des problèmes de voix (dysphonies dysfonctionnelles, spasmodiques…)
- avec des patients cérébro-lésés
- avec des personnes âgées
- avec des adolescents (en cas de difficultés de lecture, afin de « déscolariser » le rapport au texte)
- avec certains patients présentant un bégaiement

Cette méthode peut être utilisée en situation duelle ou en groupe.

Le scénothérapeute propose au patient 4 ou 5 textes qu’il a préalablement sélectionnés. Le patient en choisit un et est invité à le lire à haute voix. Puis il est conduit à parler de ce choix et du ressenti du texte. « Lire à haute voix, c’est s’autoriser des effets sur l’autre. » A la séance suivante, le scénothérapeute propose un autre choix de textes, et ainsi de texte en texte, patient et thérapeute cheminent-ils. Il ne s’agit pas d’enfermer le patient dans un projet thérapeutique, en effet le scénothérapeute n’a pas le pouvoir d’anticiper le vécu émotionnel du patient, ni de libérer le patient  de son affect, mais de lui offrir, à travers tout ce cheminement de textes, la possibilité de lier l’affect angoissant à des représentations mentales acceptables par lui.

Les textes, empruntés au  répertoire classique, jouent donc un rôle fondamental dans cette thérapeutique
-   le texte est à la fois un élément médiateur (une sorte de masque qui protège et permet)
-   un objet transitionnel (au sens de Winnicott)
-   un contenant
-   un espace de pensée
-   une surface projective
-   un fragment de culture
-   un objet esthétique

Outil privilégié dans tous les champs de la communication, la scénothérapie quitte le théâtre pour explorer “l’autre scène” (au sens psychanalytique). Elle permet et facilite les processus de liaison et la recherche d’identité, dans un travail spécifique à chaque individu, y ajoutant un élément ludique qui vient soutenir celui-ci dans son cheminement.

Martine nous propose alors  de faire l’expérience de la scénothérapie. Plusieurs textes sont mis à notre disposition. Leur choix se fait dans une certaine effervescence, avec rapidité ou lenteur. Une fois les textes lus à voix haute devant le petit groupe, Martine nous invite à explorer les raisons de notre choix, en quoi ce texte parle de nous, en quoi il résonne. 

Parmi les auteurs des extraits proposés : Kawabata, Prévert, Buzzati, Duhamel, Bobin… et aussi ces deux-là   

“Je me souvins d’un matin où j’avais découvert un cocon dans l’écorce d’un arbre, au moment où le papillon brisait l’enveloppe et se préparait à sortir. J’attendis un long moment, mais il tardait trop, et moi j’étais pressé. Enervé, je me penchai et me mis à le réchauffer de mon haleine. Je le réchauffais, impatient, et le miracle commença à se dérouler devant moi, à un rythme plus rapide que nature. L’enveloppe s’ouvrit, le papillon sortit en se traînant, et je n’oublierai jamais l’horreur que j’éprouvai alors: ses ailes n’étaient pas encore écloses et de tout son petit corps tremblant il s’efforçait de les déplier. Penché au-dessus de lui, je l’aidais de mon haleine. En vain. Une patiente maturation était nécessaire et le déroulement des ailes devait se faire lentement au soleil; maintenant il était trop tard. Mon souffle avait contraint le papillon à se montrer, tout froissé, avant terme. Il s’agita, désespéré, et, quelques secondes après, mourut dans la paume de ma main.Ce petit cadavre, je crois que c’est le plus grand poids que j’aie sur la conscience. car, je le comprends bien aujourd’hui, c’est un péché mortel que de forcer les grandes lois. Nous devons ne pas nous presser, ne pas nous impatienter, suivre avec confiance le rythme éternel.”   
“Alexis Zorba”  
Nikos Kazantzaki

“Dans le chant de ma colère il y a un oeuf,

Et dans cet oeuf il y a ma mère, mon père et  
mes enfants,

Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et
 vie.

Grosses tempêtes qui m’avez secouru,

Beau soleil qui m’as contrecarré,

Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,

Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles;

Si l’on savait comme je suis resté moelleux au
 fond.

Je suis gong et ouate et chant neigeux,

Je le dis et j’en suis sûr.
”

“Je suis gong” Henri Michaux

 Pour en savoir plus

GUILHOT Jean, LE HUCHE Sylvie, PERCEAU Josette, RADIGUET Chantal
Expression scénique, parole, plaisir et poésie,
Paris, Editions ESF, 1989

www.sfes.net