Fritz est partout où la Gestalt s’agite et il était aux Collégiales de Bruxelles organisées par le Collège Européen de gestalt-thérapie les 16 et 17 janvier derniers

Le projet social de la Gestalt-thérapie

 Cette année le thème des collégiales était la gestalt-thérapie dans le champ social. L’occasion de nombreuses interrogations : de quelles valeurs la gestalt-thérapie est-elle porteuse et comment celles-ci sont incarnées dans notre pratique notamment. 
Laura Perls aimait à répéter que pratiquer la gestalt-thérapie était un acte politique.
Il est vrai que le changement social commence à deux et que le rapport patient-thérapeute contribue aussi à modéliser les rapports sociaux. 
Après une séquence « de la gestalt-thérapie à travers les âges » au cours de laquelle il apparaît clairement que le contexte s’étant largement transformé la pratique n’a pu qu’évoluer. Ou comment les aspirations libertaires initiales peuvent-elles coexister dans une logique capitaliste de l’avoir.
« Une société avec des peurs de plus en plus présentes. Une société qui engendre de fausses réassurances stérilisant ainsi le vivant» nous dit Alain Gontier.
Une société de violences où l’individualisme prend le pas sur l’individuation avec une présence accrue d’un monde virtuel.
N’y a-t-il pas actuellement dans la société une perversion avec l’absence de frontière entre le virtuel et le réel, notamment pour les enfants ? Pour autant peut-on opposer réel et virtuel, le virtuel étant bien une modalité du réel…
Une société de transgressions… alors se pose aussi la question de l’éthique et comment est-elle façonnée par l’histoire.
Au départ la morale et l’éthique étaient confondues considérant liberté et dignité. Aujourd’hui elles sont scindées. La morale examine le bien et le mal, quant à l’éthique, elle procède d’une approche plus singulière considérant une situation donnée dans un contexte particulier.
La conscience de l’éthique naît d’une conscience croisée avec des regards multiples Sommes-nous, thérapeutes, suffisamment clairs pour voir le patient indépendamment de la société ?
A titre d’exemple, au 19ème siècle l’homosexualité était considérée comme une perversion sur le plan psychiatrique… Comment aujourd’hui fonder une réflexion éthique ? A-t-on assez d’audace pour ce faire?
De quelles transgressions parle t-on ? De celle consistant à refuser de se conformer à une loi injuste. De la transgression adolescente défiant l’interdit pour toucher ses limites. De celle qui cherche à se confronter à la mort pour tenter d’échapper à la finitude. De celle qui veut contacter le vide pour être au seuil de sa limite, pour trouver un espace de vie où on trouve ses propres limites et à l’intérieur desquelles on se sent exister ?
La transgression interroge quant à la sanction. Mais quelle sanction ? Celles qui permettent de réintégrer la société des hommes ou celles qui les destituent de leur humanité.
Enfin, en parallèle à ces questions, l’évocation de notre statut dans le contexte actuel.
Jean-Marie Robine souligne l’importance pour tout thérapeute d’être dans la marge : ni où le client l’attend, ni où la société l’attend.
Pourtant la fameuse question du choix  se pose : avons-nous cette liberté aujourd’hui ou devons-nous subir la marginalisation faute d’alternative ? 
Bruxelles les 16 et 17 janvier 2010