ou l’atelier d’écriture du 15 février 2010  by Fritz

L’atelier a cette fois réuni une dizaine de personnes, autour de quelques jeux d’écriture.

« Je » de société : Au XIXe siècle en Angleterre, les jeunes filles de ‘bonne famille’ aimaient beaucoup les carnets de confidences, les « keepsake ». Elles soumettaient ainsi leurs proches à des séries de questions, traitant des goûts et des couleurs, et auxquelles il fallait répondre sincèrement et par écrit. Marcel Proust s’y est essayé à plusieurs reprises et avec esprit… Plus récemment, la plasticienne et photographe Sophie Calle, qui fait de sa vie, moments les plus intimes compris, une œuvre d’art, a réinventé ce jeu en proposant des questions assez « indiscrètes ». Nous en avons exploré quelques-unes… dont voici en vrac quelques réponses.
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? De la cause (réveil, conscience du devoir à accomplir, besoin de mouvement…) au but (café brûlant, intérêt pour une journée nouvelle…)
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? De ceux qui sont tombés au fond d’un panier à linge à ceux qui se sont réalisés, en passant par ceux qui sont voués à demeurer des rêves… sous peine de devenir des « ambitions ».
Qu’est-ce qui vous distingue des autres ? De rien à tout… On se constate à la fois terriblement singulier et incroyablement banal…
Vous manque-t-il quelque chose ? Du calme /un chiot jack russel / un soupçon de lâcher-prise / non, mais le manque est une bonne chose…
A quoi avez-vous renoncé ? A ce qui ne tenait pas à moi / à la souffrance / au piano/ à une forme de liberté / au diktat de l’apparence…
Que défendez-vous ?  Aux autres, de parler, de faire des bêtises, de se battre…/ L’imagination, l’humour, la poésie / Quelques silhouettes perdues ça et là / le calme, la paix…
Qu’êtes-vous capable de refuser ? Pas grand chose / de donner pour une bonne cause / l’arbitraire, l’abus de pouvoir
Quelle partie de votre corps est la plus fragile ? Yeux, cou, tête, disque L4L5, dos, petit orteil gauche, siège de l’humeur, peau…
Qu’avez-vous été capable de faire par amour ? Des bêtises, pas assez, sans doute / Sortir de l’enfermement / Parcourir seule la nuit des kilomètres en 2 CV / Ne pas aller travailler / Se perdre /Abandonner beaucoup de choses
Que vous reproche-t-on ? de rien : je suis bien entourée, à tout : ce que je dis, ce que je tais, en passant par ma franchise / mon besoin de solitude / certainement des choses moins graves que celles que je me reproche…
A quoi vous sert l’art ? L’art ne me sert pas / à renouveler le regard, à donner du sens / à faire du beau avec du laid / à respirer…

Patronymes, mais quand même un peu : Nous éprouvons le besoin de définir, de nommer. Ainsi, dès qu’un être humain vient au monde, il est doté d’un nom. Un patronyme qui l’attache à sa famille et un (ou plusieurs) prénom qui le distingue dans l’histoire de cette famille. Puis s’ajoutent divers surnoms ou sobriquets au gré des rencontres ou expériences traversées….Et il y a sans doute quelque chose de déterminant dans cette attribution. Chacun a exploré prénom(s), surnom(s) et nom(s) qui le désignent. De ceux ou celles qui l’apprécient, ont eu du mal à l’abandonner et du plaisir à le retrouver, à ceux/celles qui ne le reconnaissent pas, ne l’aiment pas, en changent sans problème, en passant par ceux/celles qui se réjouissent de sa singularité / se remémorent quelques quolibets / ressentent un soupçon de fierté devant ce qu’il entraîne avec lui d’histoire ou de géographie / s’émeuvent de la possibilité de son extinction…

Alors, elle est pas belle, mon épitaphe ?  Pour terminer, nous avons rédigé quelques lignes définitives

Ci-gît quelqu’un qui a respiré, palpité, vibré
N’en demeurent que résonances
Ci-gît une histoire, un souffle, une évanescence
Qui en gardera réminiscence ?

Ombres et voix, horizon nouveau,
Ports et tombes
Voici ce qu’il aurait aimé garder de cette promenade
Mais il sait perdue irrémédiablement la mémoire du beau

Ici repose  J. F. M.M. B. D.
Qui aimait vivre avec plusieurs dizaines d’amis
Grand avatar, moitié homme moitié âne,
Inventeur de pensées et de rires acidulés
De sa fin à sa naissance : pirate !