Mesclun auto-destructible
by Fritz (voir la recette du mesclun)
Cette fois Fritz s’intéresse à la grave question du suicide (du latin sui caedere « se massacrer soi-même ») acte qui consiste donc à mettre fin délibérément à sa propre vie, avec
- une ancienne et très touchante exposition de l’artiste Ben, Suicide au fond de l’impasse : l’art, la vie, la mort
Ben Vautier, né en 1935 à Naples, arrive à Nice en 1949, où il vit et travaille toujours. Il se fait connaître à partir de 1959, grâce à son « magasin fourre-tout, lieu de rencontres et d’exposition ». Un des fondateurs du mouvement Fluxus, Ben affirme que tout est possible en art et que tout est art. Artiste conceptuel et populaire, Ben, en quelque sorte, amuse la galerie. Comme il l’écrit sur le mur : “Tout ça reste un grand mystère”. Ben est un grand râleur et un grand humoriste. Si le suicide le hante depuis très longtemps, il ne se suicide pas, il écrit et il peint. Tant qu’il travaille, il est vivant et il a exposé en 2009 à la galerie Templon « Ils se sont tous suicidés ».
« Rothko s’est suicidé, pas moi. De Staël s’est suicidé, pas moi. … Cette nuit j’ai senti la mort comme un fleuve qui coule grand et large que rien ne peut arrêter. J’ai eu beau essayer de penser à autre chose, le fusil, la corde, tout se rapprochait. je suis sorti du lit, je suis allé chercher le fusil, je l’ai chargé, j’ai pris la corde, je suis monté sur l’échelle, ensuite je suis redescendu pour tout écrire et puis brûler ce que je venais d’écrire. » déclare Ben Vautier dans son livre “Suicide d’artiste”, chez L’esprit du temps.
“La mort est simple”, acrylique, Ben, “Ils
se sont tous suicidés”
Les portraits, encadrés de
deux tableaux “La mort est simple” et “La mort est
partout”, s’alignent sur le mur, accompagnés d’un texte de Ben qui relate
le dernier acte des suicidés.
Mark Rothko
s’entaille les veines
Nicolas de
Staël se jette par la fenêtre
Le suicide de Nicolas de Staël, Ben,
“Ils se sont tous suicidés”
Maïakovski se tire une balle en plein coeur, Guy Debord
aussi
Ernst
Ludwig Kirchner se tue devant sa maison
Vincent Van
Gogh se tire une balle dans la poitrine
Diane Arbus
avale des barbituriques
Pierre
Molinier se tire une balle dans la bouche
Bernard
Buffet s’étouffe avec un sac en plastique
Le suicide de Bernard Buffet, Ben,
“Ils se sont tous suicidés”
Jackson
Pollock se tue en voiture
Sigmund
Freud se fait euthanasier par un ami
Virginia
Woolf s’enfonce dans une mare les poches pleines de pierres
Photos de suicidés et “la mort est
partout”, acrylique sur toile, Ben,
“Ils se sont tous suicidés”
Le suicide serait-il l’ultime
geste artistique ? Les destins tragiques que Ben a
choisis sont terribles ; les phrases qu’il calligraphie sont désespérées. Mais,
en dépit d’une thématique funèbre, les tableaux de Ben restent assez toniques.
Ben est connu pour ses phrases faussement naïves à l’écriture ronde et scolaire. Les cursives blanches sur
fond noir sont apaisantes, elles font sourire avant d’inquiéter. Les
couleurs vives contredisent elles aussi le message de mort. L’humour de
certains tableaux-objets, à moi la
liberté (avec une corde), je jette l’éponge (avec une éponge), c’est à vous de
choisir (avec une balance), pour Socrate (avec un pot de cigüe) sont même drôles. Tant que Ben peint
ses acryliques, il n’attente pas à sa vie.
« Je parle
de suicide, mais je ne me suicide pas, je parle de révolution, mais je
m’installe devant la télé pour regarder Monk, Barnaby, et Columbo. Ok, mais c’est
pas grave, la télé marche toujours. »
Pour ne pas risquer de
poursuites, l’artiste prend soin de préciser sur un tableau que: “Cette
exposition n’est pas une incitation au suicide, mais une réflexion sur la mort
dans l’art”.
Une réflexion et un pied de nez à la mort, un acte
conjuratoire.
Voici
quelques suicidés célèbres cités par Ben :
Arthur
Cravan, écrivain dadaïste, boxeur, et neveu d’Oscar Wilde, sans doute suicidé
par noyade au cours d’une tentative de traversée de l’Atlantique à la rame.
Bernard
Loiseau, cuisinier, perfectionniste et stressé, se suicide après sa rétrogradation
de 19/20 à 17/20 au Gault et Millau, le 24 février 2003.
Édouard Levé,
écrivain photographe: « Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps
que de la vivre ». Il dépose chez son éditeur son dernier manuscrit, Suicide,
trois jours avant de se donner la mort, en 2007, à l’âge de 42 ans.
Empédocle,
médecin et philosophe grec, banni de sa ville natale, se serait jeté dans l’Etna
en fusion, laissant, au bord du cratère, une de ses chaussures comme preuve de
sa mort.
George
Sanders, l’acteur britannique s’est suicidé le 25 avril 1972 en ingérant un
cocktail de Nembutal et de vodka pour abréger les souffrances d’une longue
maladie: « Je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu
suffisamment longtemps. Je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante
fosse d’aisances. »
Georgette
Agutte, peintre fauve et sculpteur, se donne la mort le 5 septembre 1922 à
Chamonix, après la mort de son mari, Marcel Sembat : « Voilà douze heures qu’il
est parti. Je suis en retard ».
Paul Celan s’est jeté dans la Seine le 20 avril 1970. Il avait dans sa poche deux billets non utilisés pour En attendant Godot.
Jean
Eustache, le cinéaste, se tire une balle en plein cœur en 1981. Sur la porte de
sa chambre, il avait punaisé une carte :” Frappez fort. Comme pour réveiller un
mort. “
Rembrandt
Bugatti, sculpteur animalier et frère d’Ettore, le créateur automobile, se
suicide au gaz en 1916, après l’abattage des animaux du Zoo d’Anvers dont beaucoup
avaient été ses modèles.
et alii… pour en savoir plus, cliquer ici
- une performance intéressante, et même éprouvante Suicide en do dièse # : c’est ici
- un livre extrêmement savoureux de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna “Petits suicides entre amis”
Un
beau matin, un petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et un colonel
veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu’ils choisissent la
même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l’évidence
: nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une
association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre.
Commence alors, à bord d’un car de tourisme flambant neuf, une folle tournée à
travers la Finlande. Parmi la trentaine de suicidaires de tous poils qui
s’embarquent pour l’aventure : un joyeux boute-en-train et un vieux Lapon
sympathique et retors, éleveur de rennes, qui voient là une issue inespérée à
leurs infortunes.
Un périple loufoque mené à un train d’enfer, des falaises de
l’océan arctique jusqu’au cap Saint-Vincent au Portugal.
L’occasion aussi d’une réflexion férocement
drôle sur le suicide.