Mesclun féminin singulier
pour célébrer LA journée de LA femme, Fritz n’est pas en reste…
avec
- le texte d’une chanson de l’inclassable et nécessaire Brigitte Fontaine “Prohibition”, visible et audible ici, qui ne mâche pas ses mots et qui donne à penser…
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d’un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène
Je suis
vieille et je vous encule
Avec mon
look de libellule
Je suis
vieille et je vais crever
Un petit détail
oublié
Passez
votre chemin, bâtards
Et filez
vite au wagon-bar
Je fumerai
ma cigarette
Tranquillement
dans les toilettes
Partout,
c’est la prohibition
Alcool à la
télévision
Papiers,
clopes, manque de fric
Et vieillir
dans les lieux publics
Partout,
c’est la prohibition
Parole, écrit,
fornication
Foutre
interdit à soixante ans
Ou scandale
et ricanements
Les malades
sont prohibés
On les
jette dans les fossés
À moins
qu’ils n’apportent du blé
De la thune
aux plus fortunés
Les vieux
sont jetés aux orties
À l’asile,
aux châteaux d’oubli
Voici ce
qui m’attend demain
Si jamais
je perds mon chemin
J’ai
d’autres projets, vous voyez
Je vais
baiser, boire et fumer
Je vais
m’inventer d’autres cieux
Toujours
plus vastes et précieux
Je suis
vieille et je vous encule
Avec mon
look de libellule
Je suis
vieille, sans foi ni loi
Si je
meurs, ce sera de joie
- un très beau livre Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stephan Bollmann, qui offre une perspective intéressante sur le lien qui unit les femmes à la lecture à travers le prisme de la peinture, ainsi qu’ une réflexion sur le caractère éminemment subversif de la lecture, qui favorise l’émancipation de la pensée… à rapprocher de cet authentique projet de loi (édité aux Mille et une nuits) que l’on doit à Sylvain Maréchal (1750-1803),écrivain, pamphlétaire et ami de Gracchus Babeuf…
PROJET D’UNE LOI, Portant défense d’apprendre à lire aux Femmes.
MOTIFS DE LA LOI Considérant :1º. Que l’amour honnête, le chaste hymen, la tendresse maternelle, la piété filiale, la reconnaissance des bienfaits… etc., sont antérieurs à l’invention de l’alphabet et de l’écriture, et à l’étude des langues; ont subsisté, et peuvent encore subsister sans elles.
Considérant :2º. Les inconvénients graves qui résultent pour les deux sexes, de ce que les femmes sachent lire.
Considérant :3º. Qu’apprendre à lire aux femmes est un hors-d’œuvre, nuisible à leur éducation naturelle: c’est un luxe dont l’effet fut presque toujours l’altération et la ruine des mœurs.
Considérant :4º. Que cette fleur d’innocence qui caractérise une vierge, commence à perdre de son velouté, de sa fraîcheur, du moment que l’art et la science y touchent, du moment qu’un maître en approche. La première leçon que reçoit une jeune fille est le premier pas qu’on l’oblige à faire pour s’éloigner de la nature.
Considérant :5º. Que l’intention de la bonne et sage nature a été que les femmes exclusivement occupées des soins domestiques, s’honoreraient de tenir dans leurs mains, non pas un livre ou une plume, mais bien une quenouille ou un fuseau.
Considérant :6º. Combien une femme qui ne sait pas lire est réservée dans ses propos, pudibonde dans ses manières, parcimonieuse en paroles, timide et modeste hors de chez elle, égale et indulgente…. Combien, au contraire, celle qui sait lire et écrire a de penchant à la médisance, à l’amour propre, au dédain de tous ceux et de toutes celles qui en savent un peu moins…..
Considérant :7º. Combien il est dangereux de cultiver l’esprit des femmes, d’après la Réflexion morale de la Rochefoucault qui les connaissait si bien: «L’esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison.»
Considérant
:8º. Que la
nature elle-même, en pourvoyant les femmes d’une prodigieuse aptitude à parler,
semble avoir voulu leur épargner le soin d’apprendre à lire, à écrire.
Je vous fais grâce des 105 considérations suivantes… EN
CONSEQUENCE :
I. La Raison
veut que les femmes (filles, mariées ou veuves)
ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.
II. La
Raison veut:
À l’homme, l’épée et la plume. À la femme, l’aiguille et le fuseau.
À l’homme, la massue d’Hercule. À la femme, la quenouille d’Omphale.
À l’homme, les productions du génie. À la femme, les sentiments du cœur.
III. La
Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s’y tienne.
Les choses
vont mal, quand les deux sexes empiettent l’un sur l’autre.
La lune et
le soleil ne luisent point ensemble.
IV. La Raison
ne veut pas plus que la langue française, qu’une femme soit auteur : ce titre,
sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.
etc.,etc.,etc. suivent ainsi 74 autres articles de la même farine.
Ce texte a suscité, à l’époque, 68 pages de réaction, lisibles en ligne ici, de la part de la femme de lettres et féministe Marie-Armande-Jeanne Gacon-Dufour , qui est néanmoins devenue la compagne de S. Maréchal (!)
- Heureusement ”Les femmes sont en train de détrôner le mythe de la féminité ; elles commencent à affirmer concrètement leur indépendance ; mais ce n’est pas sans peine qu’elles réussissent à vivre intégralement leur condition d’être humain”.Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe
Marie Laurencin, Louise Labbé, Lou Andréas Salomé, Camille Claudel, Calamity Jane, Danielle Collobert, Frida Kahlo, Mary Shelley,Virginia Woolf, Alexandra David-Neel, Nathalie Sarraute, Flora Tristan, Laure (Colette Peignot), Sappho, Emma Goldman, les soeurs Brontë, Maryse Bastié, Isabelle Eberhardt, Aliénor, Niki de St Phalle, Louise Michel, Sonia Delaunay, Rosa Luxembourg, Mélanie Klein, Lhassa de Sela… euh, Laura Perls, et tant d’autres, d’avoir intensément existé !!!

Commentaires
Cher Fritz,
Décidément, nous sommes faits pour nous entendre: après l’évocation des oiseaux migrateurs, la tourmentante (le mot existe, j’ai vérifié) question de la femme et de sa place dans le monde et dans l’Histoire! Quant au choix des textes et illustrations,je ne vois rien d’autre à dire que ” parfait”. Merci.