Le carnet de Fritz

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Mesclun tendre ... et esthète

By Fritz  (voir la recette du mesclun) qui aime l’art ici ou là,… car “l’art est un moyen pour rendre la vie plus intéressante que l’art

  • A Bordeaux, en se baladant dans le quartier St Michel, le plus vivant et le plus coloré de la ville, Fritz a pu apprécier Arty-show, manifestation artistique, atypique et sympathique
    En créant Artyshow, l’association Bordeaux Caché a cherché à surprendre, provoquer, enthousiasmer les Bordelais. Ne peut-on rendre l’art plus accessible sinon en le présentant dans un lieu ouvert à tous, où aucune barrière psychologique, sociale ou culturelle n’est à franchir ? L’association Bordeaux Caché pense que l’art devient vrai quand il peut être vu et partagé par le plus grand nombre. Très loin de la sphère spéculative des Marchés et Foires d’Art Internationaux, loin des codes mondains et trop convenus des Galeries, Artyshow tente de redonner à l’Art un visage humain basé sur le partage et l’échange entre l’artiste et le Bordelais. Chaque année l’association Bordeaux Caché va plus loin dans la rencontre entre les visiteurs, les artistes et les marchands.

Au marché des Douves, Fritz s’est laissé étonner par l’énigmatique performance de Blanche Konrad
Une poule sur une mur,
Qui picore du pain dur
Picoti Picota,
Lève la queue
et puis s’en va…

Au 2e étage du passage St Michel, il a pu se sentir très touché par la première sortie d’atelier des monstres de Cécile Bobinnec, et leurs poignants cris muets…

  • A Lyon, à La Sucrière, il a déambulé, divagué même, parmi les rêveries végétales de l’architecte belge et visionnaire Luc Schuiten, auprès desquelles il s’est oxygéné… pour en savoir davantage
    A travers différentes perspectives futuristes, maquettes, films d’animation et scénographies d’architectures végétales, le visiteur s’immerge dans un monde cohérent et poétique, faisant appel à l’imaginaire. Il est interpellé par les propositions originales présentées et les visions d’un avenir positif à travers la création d’une nouvelle relation entre l’homme et son environnement naturel. Ces représentations originales d’un futur s’inspirant de multiples écosystèmes sont étayées par la collaboration étroite que l’artiste entretient avec les biologistes de l’association de Biomimicry Europa. Des nouveaux moyens de communication et transport sont montrés en complémentarité avec la cité végétale: chenillards, tractainers, cyclos et autres ornithoplanes à ailes battantes envahissent les rues et le ciel de la ville métamorphosée, en un ballet de véhicules légers, créatifs et ludiques. 

  • A Marseille, à l’Ecole des Beaux-Art, il s’est laissé séduire et attendrir par le silence pressé du jeune compositeur acousticien Jonathan Attar, qui propose des sons étonnants, à écouter ici… des sons en général abandonnés, oubliés, de ceux que l’on entend quand le 33 tours vinyle arrive au bout de ses sillons… voir également des vidéos qu’il a réalisées
  • A Paris, il s’est beaucoup amusé du Concours international de barbichette, organisé par Improvisons.com, le laboratoire du happening en France

Mieux vaut en lire...

ou l’atelier-lecture du 17 mai 2010                   by Fritz

« Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c’est errer. La lecture est l’errance » affirme Pascal Quignard. Et oui, il y a eu errance, ce soir-là… autour de quelques mots, et par équipes… de nombreux détours, dérives, glissements et autres associations d’idées…

et finalement des nuages, de merveilleux nuages de titres
Demain 
: Demain les chiens, Simak ; Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne… Hugo ; L’avenir commence demain, Asimov ; C’est arrivé demain, Richard Petit ; Fahreinheit 451, Ray Bradbury ; Je suis une légende, Matheson.

Roi / Reine : Les rois et les voleurs, Muriel Cerf ; Un roi sans divertissement, Giono ; Le roi se meurt, Ionesco ; Ubu roi, Jarry ; Roi de l’azur, prince des nuées… L’albatros, Baudelaire ; Prince d’Aquitaine à la tour abolie… El desdichado, Nerval ; Les obsèques de la lionne, La Fontaine ; Koenigsmark, Pierre Benoit ; Le roi Lear, Shakespeare ; La reine des pommes, Chester Himes ; La légende du roi Arthur…

Matin : Il y eut un soir, il y eut un matin... La Genèse ;Tous les matins du monde, Pascal Quignard ; Le petit matin, Christine de Rivoyre ; Les morsures de l’aube, Tonino Benacquista ; 37°2 le matin, Philippe Djian … L’aurore aux doigts de rose, Homère ; Le matin des magiciens, Bergier/Pauwels ; La promesse de l’aube, Romain Gary ; Matin brun, Franck Pavloff ; Matin perdu, Virgilio Ferrera.

Quelqu’un : J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part, Gavalda ; Quelqu’un d’autre, Benacquista ; Rastignac, Julien Sorel, Le capitaine Némo … Le bal des schizos, PK Dick ; Il, Collobert ; L’insoutenable légèreté de l’être, Kundera.

Ciel : Seigneur, faites s’abattre des grands cieux les chers corbeaux délicieux, Rimbaud ; Elévation… par delà les éthers, Baudelaire ; Le bleu du ciel, Bataille ; De la terre à la lune, Cinq semaines en ballon, Jules Verne ; Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, Baudelaire ; Le ciel est par dessus le toit, si bleu, si calme, Verlaine ; Ce toit tranquille où marchent des colombes, Valéry ; Les racines du ciel, Romain Gary ; Les merveilleux nuages, Baudelaire ; Je suis hanté. L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! Mallarmé ; La théorie des nuages, Audeguy ; Sur la terre comme au ciel, Belletto ; Le ciel de la Kolyma, Guinzbourg…

Et puis aussi des lectures, où il est question du Mal, du doux, des mots, des livres, de l’humour…
dont un extrait des Naufragés du Batavia de Simon Leys,  récit historique d’un naufrage au XVIIe siècle - digne de figurer dans les annales de la criminalité peu ordinaire - un livre sur le mal, la modernité du mal, et l’impérieux besoin d’éthique de toute aventure humaine. Le naufrage du Batavia (de la Compagnie hollandaise des Indes orientales) eut lieu en 1629, à proximité d’îlots de corail situés au large du continent australien. Les trois cents naufragés ne furent pas longs à tomber sous la coupe d’un des leurs : un psychopathe à la fois autoritaire, lâche et sanguinaire, qui, en trois mois, réussit à massacrer deux tiers des survivants, n’épargnant ni les femmes, ni les enfants. Les derniers rescapés ne durent leur salut qu’à la résistance d’un groupe d’hommes courageux qui refusèrent de se soumettre, et surtout à l’arrivée d’un navire parti de Java pour les secourir…Quelques “gloses” extraites de Glossaire : J’y serre mes gloses de Michel Leiris … De subtiles définitions basées sur des jeux avec les mots. Le langage y apparaît comme la préoccupation majeure de l’écrivain, l’objet même de son écriture. “Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations naturelles… En disséquant les mots que nous aimons, nous découvrons leurs vertus les plus cachées et leurs ramifications secrètes à travers tout le langage.”

Un bienvenu Petit éloge de la douceur de Stéphane Audeguy 
“J’entends déjà ricaner les cyniques, les habiles, les réalistes, tous les petits malins à qui on ne la fait pas, et qui vont dire : la douceur, combien de divisions ? S’il faut défendre la douceur, c’est contre ces faibles-là, parce qu’ils sont les plus nombreux, et partant les plus forts. Mais comment la défendrons-nous ? On n’imagine pas un Manifeste, ni même un Traité de la douceur : trop de bruit, trop de gestes. L’éloge ici convient, qui fera un livre aux contours incertains, mais que la gaieté continûment inspire ; je ne sache pas qu’elle exclue la fermeté, ou la force.”

Un émouvant passage de Mes bibliothèques de Varlam Chalamov,  “Les livres sont des êtres vivants. Ils peuvent nous décevoir, nous distraire. Il y a dans la vie de tout homme cultivé un livre qui a joué un grand rôle dans son destin (…). Les livres sont ce que nous avons de meilleur en cette vie, ils sont notre immortalité. Je regrette de n’avoir jamais possédé de bibliothèque.”

Et puis quelques bons morceaux, à la fois tendres et saignants, et néanmoins absurdes. Petit florilège où l’on vérifie que l’absurde remet les yeux en face des trous  :
J’ai soixante-dix ans ; ce n’est pas mal pour un homme de mon âge. ” Sacha Guitry 
“Ce sont toujours ceux qui auraient le plus besoin d’argent qui en ont le moins” Henri Monnier
Méfiez-vous de l’assassinat : il conduit au vol, et, de là, à la dissimulationHenry Somm 
Le baromètre est un ingénieux instrument qui nous indique le temps qu’il fait.Ambrose Bierce 
”- Seuls les idiots n’ont pas de doute. - Vous en êtes sûr ? - Certain !” Georges Courteline
Le désert ? On met du sable par terre pour que le chameau, animal maladroit qui tombe souvent, ne se fasse pas de nouvelles bosses” Alfred Jarry
Le cheval n’écrit jamais. Il parle peu et n’écrit jamais. Les mémoires d’un âne sont d’un âne (encore fût-il beaucoup aidé par la Comtesse de Ségur). Il n’y a pas de Mémoires d’un cheval. Pas même de fable express ou de description de bataille. En matière de littérature, il n’y a rien à tirer du cheval.” Alexandre Vialatte 
“La grippe dure huit jours si on la soigne, une semaine si on ne fait rien.” Raymond Devos 
“Moi l’épouser ? je t’assure que non ; c’est bien assez qu’il m’épouse !Marivaux
Sauf complications, il va mourir.Jules Renard

Enfin, pour rendre hommage à la lecture, une oeuvre étonnante, conceptuelle et touristique, de Max Sauze, L’homme qui marche, qui lit
Cette œuvre est un itinéraire poétique qui consiste à occuper l’espace en déposant des bornes le long d’une ligne virtuelle couvrant le territoire français. Cette ligne virtuelle est un dessin. 
Ce dessin représente un Homme qui marche en lisant. 
Son contour détermine un itinéraire de 3500 km. Une borne est déposée tous les 15 km environ. Il y a 250 bornes. 
Ces bornes, ponctuant l’espace, symbolisent chaque lettre d’un texte invisible et silencieux qui serait écrit tout le long de cette ligne. Elles mesurent 27 cm x 27 cm et sont constituées de livres, en partie scellés dans du béton. Pour en savoir plus, c’est ici

 

Entrez dans la danse...

ou la conférence-atelier sur l’art-thérapie structuraliste du vendredi 9 avril, animée par Véronique Gontier 

Véronique Gontier a un parcours et une démarche originales. Voici comment elle évoque elle-même sa trajectoire et son choix de posture thérapeutique, qu’elle nomme art-thérapie structuraliste.

 J’avais vingt-huit ans lorsque je me suis orientée vers le domaine de la psychologie et de la connaissance de soi. J’étais alors à l’apogée d’une carrière comptable et juridique en qualité d’Expert-comptable et de Commissaire aux comptes.
Dès le départ, la place du corps en thérapie a retenu toute mon attention. Je ne parvenais pas à réduire l’humain à sa psyché ou à son histoire familiale ; l’apparente opposition des pensées occidentales et orientales m’est apparue comme un creuset fondamental de recherches et d’expérimentations. En termes de connaissance de soi, l’Orient privilégie les liens corps-esprit afin de tenir le moi-ego à distance, pendant que l’Occident favorise cette seule dimension au détriment des liens corps-esprit.
Après quinze années de recherches et d’explorations expérimentales mettant alternativement en jeu le corps, le psychisme, le mental et l’Esprit, j’en suis venue à considérer l’individu comme une structure à part entière composée de plusieurs parties interdépendantes.
Chaque partie influence le Tout au même titre que le Tout influence chaque partie. Les différentes dimensions de la structure doivent être orchestrées de concert afin de s’étayer, s’équilibrer et s’enrichir mutuellement. Ainsi, parallèlement au travail de thérapie classique, j’ai eu à coeur d’aborder l’humain par diverses portes : psychologique, anthropologique, ethnologique, philosophique, physiologique, anatomique, métaphysique. Cette richesse m’a amenée à expérimenter sur plusieurs années, diverses disciplines d’origines variées, tant orientales qu’occidentales ou encore ethniques primitives.
Enfin, mon propre travail de transmission m’a conduite à dépouiller ces pratiques et enseignements de leurs formes parfois encombrantes et exotiques pour n’en conserver que le fond à titre pédagogique et structuraliste, accessible à tous.
Ces ateliers privilégient l’avènement des potentiels du Sujet au-delà de son histoire familiale, même si celle-ci n’est pas niée. Le Sujet est invité à se considérer dans sa globalité structurelle, dans sa capacité à se remettre au monde à partir de ce qu’il est, ici et maintenant, dans sa sensibilité, dans sa corporéité vivante, dans sa créativité propre.
J’ai choisi de valider mon parcours par un diplôme d’art-thérapie, sous la direction de Jean-Pierre Royol, Docteur en psychologie clinique à Arles (PROFAC 2002).
L’art-thérapie à visée structuraliste, telle que je la pratique, offre un vaste espace d’expériences vivantes permettant de relier l’action et l’intention, le corps et l’esprit, la nature et la culture, le fond et la forme. L’alternance des stratégies thérapeutiques en appelle à l’ensemble de la structure du Sujet (corps-psychisme-mental-esprit) sans privilégier une dimension au détriment des autres.

Alors qu’appelle-t-on structure ?

Au sens littéral du terme, une structure représente une construction, et plus précisément la manière dont les parties d’un Tout sont agencées entre elles. Le Tout influence les parties, au même titre que chaque partie influence le Tout. Chaque être humain est un Tout composé de plusieurs parties, nécessairement interdépendantes : sur le plan anatomique, squelette, muscles profonds, muscles superficiels, tissus, organes, système sanguin, lymphatique, nerveux, hormonal, appareil respiratoire, etc.
sur un plan plus global, un corps physique, animal, sensoriel et pulsionnel.
un corps psychique, émotionnel, sensible.
une dimension mentale et intellectuelle, conceptuelle et imaginative.
un terrain initial, à la fois génétique et psychologique, inconscient, déterminant l’ensemble de sa structure et de ses réactions.
un plan inconscient, vaste, individuel et collectif, qui le meut malgré lui, un Absolu insaisissable.
Envisager l’être humain de façon structuraliste revient à tenir compte de toutes ses parties, et de leurs influences respectives sur le Tout. La connaissance de sa structure permet à l’individu de suivre le fil de sa thérapie, son fil propre. Elle est la carte d’orientation du vaste monde qu’il représente, la garantie de son autonomie à terme.
Autrement dit : «
Si je sais pourquoi je fais une chose, je sais comment la faire, avec qui, et combien de temps ».

L’atelier qui nous a été proposé nous a permis de goûter ce qu’est expérimenter le corps dans tous les « sens » possibles et notamment :
s’appuyer sur sa structure (squelette) pour une réelle confiance en son pas, en sa posture.
entrer dans sa « danse » en partant de sa densité propre.
le rendre intérieurement disponible au souffle qui l’anime.
l’aider à s’accepter dans sa nature propre, animale.
l’inciter à se débarrasser d’inhibitions, de réflexes conditionnés, d’ images négatives de lui-même.
lâcher quelques idéaux de formes et d’images au profit d’un corps réel, vivant, subtil, sujet et non objet.

Mesclun... pédagogique

by fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois Fritz s’intéresse à des oeuvres directement utiles pour le psychothérapeute, avec

  • Un livre, entre autobiographie et ouvrage clinique, Le jardin d’Epicure d’Irvin Yalom, psychiatre et conteur.
    Après Le Bourreau de l’amour, Mensonges sur le divan, Apprendre à mourir : La méthode Schopenhauer, Et Nietzsche a pleuré, et d’autres, voici, traduit par les Editions Galaade, l’un des ouvrages les plus personnels d’Irvin Yalom. 
    Selon La Rochefoucauld, «le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face». C’est vrai pour le soleil, mais pas pour la mort, comme le prouve Irvin Yalom dans ce dernier livre Le jardin d’Epicure. Le lecteur peut bien sûr ne pas se sentir concerné par le sujet ou avoir très envie d’éluder : la mort, moi ? Pas question ! Il faut savoir que l’angoisse de mort est variable au cours de l’existence : elle est très présente chez les jeunes enfants ; elle réapparaît avec force à l’adolescence ; elle est ensuite oblitérée chez l’adulte par deux tâches existentielles prenantes : aimer et travailler ; elle réapparaît lors de la crise de la cinquantaine, et suscite diverses stratégies, explique Yalom : «Nous nous projetons dans l’avenir de nos enfants, nous devenons riches, célèbres, toujours plus importants ; nous élaborons des rituels protecteurs compulsifs ; ou nous nous forgeons une croyance inébranlable en un sauveur ultime
    Photo Vanité contemporaine Christian Noorbergen
    L’auteur nous entraîne au jardin d’Epicure, car pour ce philosophe, concerné par la conquête de la quiétude (l’ataraxie, du grec «ataraxia», absence de trouble ou de douleur), la philosophie n’a qu’un but pertinent : soulager la souffrance humaine, souffrance dont la cause profonde est en réalité la peur omniprésente de la mort.
    Yalom nous démontre avec beaucoup d’humanité que se confronter à sa propre mortalité incite à choisir avec pertinence ses priorités, à communiquer plus intensément avec ses proches, à mieux apprécier les beautés du monde et de la vie, et à prendre les risques nécessaires pour ne rien avoir à regretter. Le Jardin d’Épicure, avec son «regard direct et assuré porté sur la mort », propose paradoxalement une approche profondément réconfortante de la question universelle de la mort.
  • Un roman Le choeur des femmes de Martin Winkler, paru chez POL
    C’est un grand roman de formation, qui met en scène la rencontre de deux médecins très contrastés : Franz Karma, praticien d’une cinquantaine d’années, adepte d’une médecine attentive, modeste, centrée sur l’écoute et l’échange transversal soignants-patients, et Jean Atwood, jeune et volontaire interne de chirurgie gynécologique, major de sa promo qui se destine avec ambition à la réparation des corps féminins, c’est à dire « inciser, extirper », soigner « des maladies, des vraies » et sûrement pas écouter des jérémiades ou tenir des mains…
C’est un roman généreux, polyphonique, profondément humain, qui évoque le pouvoir hautement transformateur de la rencontre. Au-delà de l’intérêt de l’énigme, centrée sur un secret de famille, c’est un beau roman d’initiation au métier et à l’éthique des soignants, quels qu’ils soient…
Mais écoutez plutôt Martin Winkler lui-même ici ou consultez son site ici     
  • Une série télévisée  (une fois n’est pas coutume !) en DVD
    In treatment, titre français En analyse, dont voici une apologie
“Du lundi au jeudi, Paul Weston (Gabriel Byrne), un psychothérapeute dans la cinquantaine, reçoit ses patients chez lui.  Le vendredi, il suit lui-même une thérapie auprès de son ancien mentor, Gina (Dianne Wiest).  Chaque épisode (par tranche de cinq, un pour chaque jour de la semaine) présente en temps (presque) réel une séance de thérapie.  Le concept est simple, la réalisation épurée (pas de musique, un décor unique et des champs/contre-champs) et le résultat magistral.
Avant tout, l’originalité d’In Treatment niche dans le recadrage qu’elle effectue sur son sujet.  Non seulement le psychothérapeute se voit-il enfin proposé un rôle principal, lui qui est d’habitude abonné aux seconds rôles marquants, mais la séance de thérapie elle-même est pour la première fois au cœur de l’œuvre.  Ce recadrage d’une simplicité déconcertante permet d’observer des scènes pourtant familières (une discussion entre patient et thérapeute) d’un regard neuf et de générer une véritable réflexion (à travers les remises en question du thérapeute) sur la pratique et l’utilité même de la psychothérapie.
Cette nouvelle perspective est particulièrement mise en valeur par la forme même de l’œuvre.  La structure par épisode permet en effet d’isoler les séances et de les espacer dans le temps de façon réaliste.  Et la longueur même d’une série rend possible une écriture qui, avec ses temps morts et ses conflits en suspens, reproduit le processus de thérapie avec une fidélité que la condensation nécessaire de la fiction cinématographique ne peut que rarement se permettre.  Bien entendu, dramaturgie de base oblige, force est d’admettre que les patients du docteur Weston  aboutissent à des prises de conscience majeures en des temps records, mais le réel travail d’auto-réflexion dans le temps demeure néanmoins palpable.
Mais dans In Treatment, ce ne sont pas seulement les personnages qui effectuent un retour aux sources (de leurs angoisses). Du choix subtil des cadrages au rythme précis des champs/contre-champs, c’est la caméra elle-même qui semble retrouver cet incroyable capacité de révélation des êtres qui fascinait tant les premiers critiques de cinéma.  Et comme l’impressionnant travail d’épuration formelle de la série n’a d’égale que la complexité des sentiments et des réactions qui y sont représentés, le (télé)spectateur est ainsi invité à être attentif au moindre mouvement, à la moindre expression faciale ou intonation de personnages troublés et souvent contradictoires.  Pour reprendre la belle expression du critique Béla Balázs, c’est toute la partition visuelle de la vie polyphonique qui s’offre à nouveau à nous sur notre petit écran, à raison de cinq séances par semaine.”  Bruno Dequen, in 24 images
  • Une expositionmarco decorpeliada, Schizomètres  à la Maison Rouge, jusqu’au 16 mai 2010, qui est aussi un gag assez drôle… Voici l’argument

marco decorpeliada (1947-2006), catalogué malade mental, a produit une série d’œuvres singulières en rapport avec les diagnostics qui lui ont été appliqués. Il réplique à cet étiquetage en établissant une correspondance terme à terme entre les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV, et ceux – les mêmes ! – des produits du catalogue PICARD SURGELES : à « 20.1, Schizophrénie, type catatonique continue », il répond « 20.1, Crevettes Roses entières cuites » et à « 42.0, Trouble obsessionnel compulsif (TOC)», il réplique «42.0, Carottes en bâtonnets cuites vapeur ».Il traque les manques criants de la nosographie sur des portes de congélateurs et il identifie la classification comme calcification avec un squelette. Sa production artistique prend le savoir classificatoire psychiatrique à son propre jeu dans une guérilla joyeuse, ironique, parodique, spirituelle, et néanmoins d’une rigoureuse logique.

En réalité, le nom de Decorpeliada, censé désigner un malheureux familier des hôpitaux psychiatriques, auteur d’un journal et de fiches de survie, a été bricolé à partir des noms des membres de l’Ecole lacanienne de Psychanalyse, participants d’un OuPsyPo, Laurent Cornaz, Dominique de Liège, Yan Pélissier, Jacques Adams et un pataphysicien notoire Marcel Benabou, membre du très célèbre OuLiPo. Cette mise en dérision du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental disorders) inventive, poétique et drôle n’est pas pour nous déplaire.

  • Et pour finir, et à toutes fins utiles, un authentique générateur de rêves, à essayer ici, après l’avoir alimenté en anglais 

Mesclun auto-destructible

by Fritz  (voir la recette du mesclun

Cette fois Fritz s’intéresse à la grave question du suicide (du latin sui caedere « se massacrer soi-même ») acte qui consiste donc à mettre fin délibérément à sa propre vie, avec 

  • une ancienne et très touchante exposition de l’artiste BenSuicide au fond de l’impasse : l’art, la vie, la mort
    Ben Vautier, né en 1935 à Naples, arrive à Nice en 1949, où il vit et travaille toujours. Il se fait connaître à partir de 1959, grâce à son « magasin fourre-tout, lieu de rencontres et d’exposition ». Un des fondateurs du mouvement Fluxus, Ben affirme que tout est possible en art et que tout est art. Artiste conceptuel et populaire, Ben, en quelque sorte, amuse la galerie. Comme il l’écrit sur le mur : “Tout ça reste un grand mystère”. Ben est un grand râleur et un grand humoriste. Si le suicide le hante depuis très longtemps, il ne se suicide pas, il écrit et il peint. Tant qu’il travaille, il est vivant et il a exposé en 2009 à la galerie Templon « Ils se sont tous suicidés ».
    « Rothko s’est suicidé, pas moi. De Staël s’est suicidé, pas moi. … Cette nuit j’ai senti la mort comme un fleuve qui coule grand et large que rien ne peut arrêter. J’ai eu beau essayer de penser à autre chose, le fusil, la corde, tout se rapprochait. je suis sorti du lit, je suis allé chercher le fusil, je l’ai chargé, j’ai pris la corde, je suis monté sur l’échelle, ensuite je suis redescendu pour tout écrire et puis brûler ce que je venais d’écrire. » déclare Ben Vautier dans son livre “S
    uicide d’artiste”, chez L’esprit du temps.

“La mort est simple”, acrylique, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Les portraits, encadrés de deux tableaux “La mort est simple” et “La mort est partout”, s’alignent sur le mur, accompagnés d’un texte de Ben qui relate le dernier acte des suicidés.
Mark Rothko s’entaille les veines
Nicolas de Staël se jette par la fenêtre
 Le suicide de Nicolas de Staël, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Maïakovski se tire une balle en plein coeur,   Guy Debord aussi
Ernst Ludwig Kirchner se tue devant sa maison
Vincent Van Gogh se tire une balle dans la poitrine
Diane Arbus avale des barbituriques
Pierre Molinier se tire une balle dans la bouche
Bernard Buffet s’étouffe avec un sac en plastique

Le suicide de Bernard Buffet, Ben, “Ils se sont tous suicidés
Jackson Pollock se tue en voiture
Sigmund Freud se fait euthanasier par un ami
Virginia Woolf s’enfonce dans une mare les poches pleines de pierres
Photos de suicidés et “la mort est partout”, acrylique sur toile,   Ben, “Ils se sont tous suicidésLe suicide serait-il l’ultime geste artistique ? Les destins tragiques que Ben a choisis sont terribles ; les phrases qu’il calligraphie sont désespérées. Mais, en dépit d’une thématique funèbre, les tableaux de Ben restent assez toniques. Ben est connu pour ses phrases faussement naïves à l’écriture ronde et scolaire. Les cursives blanches sur fond noir sont apaisantes, elles font sourire avant d’inquiéter. Les couleurs vives contredisent elles aussi le message de mort. L’humour de certains tableaux-objets,  à moi la liberté (avec une corde), je jette l’éponge (avec une éponge), c’est à vous de choisir (avec une balance), pour Socrate (avec un pot de cigüe)  sont même drôles. Tant que Ben peint ses acryliques, il n’attente pas à sa vie.

« Je parle de suicide, mais je ne me suicide pas, je parle de révolution, mais je m’installe devant la télé pour regarder Monk, Barnaby, et Columbo. Ok, mais c’est pas grave, la télé marche toujours. »
Pour ne pas risquer de poursuites, l’artiste prend soin de préciser sur un tableau que: “Cette exposition n’est pas une incitation au suicide, mais une réflexion sur la mort dans l’art”.
Une réflexion et un pied de nez à la mort, un acte conjuratoire. 
Voici quelques suicidés célèbres cités par Ben :
Arthur Cravan, écrivain dadaïste, boxeur, et neveu d’Oscar Wilde, sans doute suicidé par noyade au cours d’une tentative de traversée de l’Atlantique à la rame.
Bernard Loiseau, cuisinier, perfectionniste et stressé, se suicide après sa rétrogradation de 19/20 à 17/20 au Gault et Millau, le 24 février 2003.
Édouard Levé, écrivain photographe: « 
Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que de la vivre ». Il dépose chez son éditeur son dernier manuscrit, Suicide, trois jours avant de se donner la mort, en 2007, à l’âge de 42 ans.
Empédocle, médecin et philosophe grec, banni de sa ville natale, se serait jeté dans l’Etna en fusion, laissant, au bord du cratère, une de ses chaussures comme preuve de sa mort.
George Sanders, l’acteur britannique s’est suicidé le 25 avril 1972 en ingérant un cocktail de Nembutal et de vodka pour abréger les souffrances d’une longue maladie: « 
Je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu suffisamment longtemps. Je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante fosse d’aisances. »
Georgette Agutte, peintre fauve et sculpteur, se donne la mort le 5 septembre 1922 à Chamonix, après la mort de son mari, Marcel Sembat : « 
Voilà douze heures qu’il est parti. Je suis en retard ».
Paul Celan s’est jeté dans la Seine le 20 avril 1970. Il avait dans sa poche deux billets non utilisés pour En attendant Godot.
Jean Eustache, le cinéaste, se tire une balle en plein cœur en 1981. Sur la porte de sa chambre, il avait punaisé une carte :” Frappez fort. Comme pour réveiller un mort. “
Rembrandt Bugatti, sculpteur animalier et frère d’Ettore, le créateur automobile, se suicide au gaz en 1916, après l’abattage des animaux du Zoo d’Anvers dont beaucoup avaient été ses modèles.
et alii… pour en savoir plus, cliquer ici

  • une performance intéressante, et même éprouvante Suicide en do dièse # : c’est ici
  • un livre extrêmement savoureux de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna “Petits suicides entre amis

Un beau matin, un petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et un colonel veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu’ils choisissent la même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l’évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre. Commence alors, à bord d’un car de tourisme flambant neuf, une folle tournée à travers la Finlande. Parmi la trentaine de suicidaires de tous poils qui s’embarquent pour l’aventure : un joyeux boute-en-train et un vieux Lapon sympathique et retors, éleveur de rennes, qui voient là une issue inespérée à leurs infortunes.
Un périple loufoque mené à un train d’enfer, des falaises de l’océan arctique jusqu’au cap Saint-Vincent au Portugal.
L’occasion aussi d’une réflexion férocement drôle sur le suicide.

  • Un texte préventif de S. Barbery à méditer et à conseiller, c’est ici
  • Et un avertissement à propos de l’incontournable texte Suicide mode d’emploi par ses auteurs mêmesc’est ici

Mesclun très, très rouge...

by Fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois un mesclun dans lequel Fritz donne quelques éléments pour comprendre son intérêt prononcé pour la couleur rouge

  • Un livre DVD  ’Rouge Très Très Fort’, édité par Biro éditeur  
    Rouge Très Très Fort révèle de manière intimiste et inédite le travail du peintre Zao Wou-Ki au travers des souvenirs vidéographiques de son ami Richard Texier, l’un des artistes les plus étonnants de nos jours. Loin des documentaires intrusifs filmés à la caméra, ce film de 18 minutes est un moment d’intimité avec Zao Wou-Ki. Utilisant son téléphone portable comme un bloc-note pour capturer idées ou moments, Richard Texier nous entraîne dans les moments qu’il a partagés avec son ami, par des bribes de conversations sur les couleurs, le monde, la beauté… 

Voici ce que Richard Texier dit lui-même de son oeuvre à Pocket-Film :  Pouvez-vous expliquer la genèse de ‘Rouge très très fort’ ?  Au départ, c’était un projet modeste, un témoignage. Je reçois régulièrement des amis peintres, artistes, écrivains… Je les filme, je prends des notes. Comme je n’ai pas d’appareil photo, c’est un peu ma manière de faire des photos souvenirs. Zao Wou-Ki et moi sommes liés depuis très longtemps, quinze ou vingt ans, et je me suis rendu compte que je n’avais pas de témoignage sur Wou-Ki. Comme c’est un peu machinal chez moi, j’ai commencé à faire des images. Il faut savoir que Zao Wou-Ki avait déjà refusé les demandes de plusieurs réalisateurs qui souhaitaient le filmer en train de peindre, ce qui donne une couleur unique à ce témoignage. Le filmer prenait ainsi une dimension particulière.
Pourquoi avoir utilisé le téléphone mobile pour filmer Zao Wou-Ki ? Faire des films ce n’est pas mon métier. J’utilise le téléphone-caméra d’une manière très personnelle. J’ai ce téléphone depuis six ans maintenant, il m’accompagne dans mes nombreux voyages à travers le monde. Il est mon seul objet nomade. Je n’ai pas d’ordinateur, je n’ai pas de caméra, je n’ai qu’un téléphone avec ses fonctions que je maîtrise un petit peu. Il me sert à connecter tous les gens qui travaillent avec moi et à leur rendre compte aussi de ce que je vois, de ce qui m’intéresse. Je réalise des petits bouts de films, je « note » des choses, c’est vraiment comme un carnet de notes. Longtemps j’ai utilisé le téléphone mobile de cette façon, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que cela pouvait faire sens, ces notes pourraient s’articuler de manière à former quelque chose de plus conséquent. Dans ces images on voit Zao Wou-Ki en train de peindre, mais on l’entend peindre aussi ! Il pousse des cris, il exprime en peignant ce que les chinois appellent le « Chi », une pulsion de vie intérieure, un souffle éternel qui traverse les êtres. Zao Wou-Ki, dans la pratique de son art, est en osmose avec la tradition chinoise, il est à l’écoute de son rythme intérieur. pour en savoir plus 

  • Un romanRouge majeur, les derniers jours de Nicolas de Staël’ de Denis Labayle, éd. Panama

    Jack Tiberton, journaliste trentenaire, écrit des articles dans la rubrique culturelle du Washington Tribune. Il est convié un jour (et il y voit la chance de sa vie) à interviewer le peintre Nicolas de Staël … A peine arrivé à son petit hôtel de rue Mouffetard, il y trouve un mot de Staël, l’invitant pour le soir-même à un concert d’Anton Webern au théâtre Marigny. La rencontre n’a lieu qu’à l’issue du concert. “Son visage ne correspond pas exactement à celui des photos. Il a bien les traits anguleux, le front large, la mâchoire fine, la chevelure abondante refoulée sur le côté par le vent, mais il me paraît plus jeune, plus maigre, plus grave aussi. Il n’a pas la mine détendue des autres spectateurs et semble absorbé par je ne sais quelle pensée.“Le peintre exalté et profondément bouleversé par la musique d’Anton Webern griffonne ses impressions sur un carnet. Il tient là le sujet de son prochain tableau. Ce sera un concert, ce concert.”Avec cette toile, je quitte les berges apaisantes pour plonger au fond de moi-même, pour explorer la brûlure des feux. Ma brûlure ! Avec ce rouge, je troque la fugue pour une symphonie, j’entre dans l’arène, mon combat commence, enfin…“ Il accueille très amicalement le journaliste et à peine quelques heures plus tard, l’invite à le rejoindre aussi vite que possible à Antibes. Staël offre alors à cet homme qu’il connaît à peine de le suivre dans la création de sa prochaine toile, celle qui marquera à jamais un tournant dans sa vie de peintre et d’homme, il le sait, il le pressent. Jack, enthousiasmé, accepte aussitôt. Dix jours plus tard, Nicolas de Staël se précipite dans le vide, en laissant inachevé « Le Concert », sa première toile en rouge majeur. Jack est le seul à tout savoir de ces dix dernier jours,…

     Ce roman est une fiction, le journaliste Jack  n’a jamais existé, mais s’inspirant de la correspondance du peintre et des ouvrages qui lui ont été par la suite consacrés,  Denis Labayle dresse un portrait possible, magnifique et émouvant, de l’artiste en prise avec le mystère et les affres de la création… ce texte nous entraine en effet au cœur même du processus créateur, au moment où l’œuvre émerge et prend forme sur la toile, dans la tension vers ce rouge infiniment complexe, où couleur et musique entrent en synesthésie, et qui se dérobe constamment…  http://www.denislabayle.fr/spip/

  • Une exposition virtuelle sur le site de la BNF, qui explore plusieurs facettes de la couleur Rouge, la couleur par excellence (à l’origine du nom Adam et dans plusieurs langues, le mot rouge se confond avec le mot couleur), avec en particulier une intéressante réponse de Michel Pastoureau à la question que tout le monde se pose pourquoi le petit chaperon est-il rouge ? oui, pourquoi ??? la réponse est là   http://expositions.bnf.fr/rouge/gp/01.htm
    et aussi un ouvrage très complet 
    Le Rouge, 2e volume du Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle, paru aux CNRS Editions. En s’appuyant sur un vaste corpus de textes du XXe siècle, l’auteur Annie Mollard-Desfour, linguiste, répertorie mots et expressions articulés autour de cette couleur, avec leurs définitions, leurs contextes d’emploi, leurs symboliques, leurs sens figurés… Sonia Rykiel en a écrit la préface : “Rouge… comme l’excès, la jouissance, le sans-limite, la liberté, l’extrême provocation, le trop plein, la folie d’un champ de coquelicots… la cristallisation dans l’amour fou“… 

Mesclun fou, fou, fou...

by Fritz  (voir la recette du mesclun)

avec

  • Un livre de Gérard Garouste, L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un père, d’un fou, écrit avec Judith Perrignon et paru chez l’Iconoclaste.
    Il revient de loin. A 63 ans, Gérard Garouste, peintre, sculpteur, graveur, illustrateur, livre ici une auto-biographie terrible et courageuse où il évoque ses délires, ses dépressions et ses multiples séjours en hôpital psychiatrique. Il porte sur sa ‘maladie’ un regard sans concession et rend hommage à sa femme Elisabeth et à ses fils, ainsi qu’aux marchands d’art qui ont cru en lui.

    Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. “
    Né en mars 1946 à Paris, Gérard Garouste vit et travaille dans l’Eure. Il s’intéresse très tôt à toutes les formes d’expression artistique : dessin, peinture, sculpture, gravure, et ses oeuvres, désormais célèbres, voyagent dans le monde entier.  En 1990, il fonde La source, une association à vocation sociale et artistique qui organise en milieu rural des ateliers artistiques pour les enfants en grande difficulté et qui travaille également sur le lien familial, via des ateliers parentaux. Envoyés par les assistantes sociales ou la justice, quelque 5 000 jeunes passent chaque année à La Source, où des ateliers sont dirigés par des peintres, des chorégraphes, des sculpteurs. ” Le but est de valoriser les jeunes “, dit Garouste, en évoquant ces enfants qui arrivent à La Source et ” se découvrent ” grâce à l’expression artistique. 

  • Une expérience thérapeutique bouleversante qui date des années expérimentales de l‘anti-psychiatrie (voir aussi sur ce thème ceci…) en 60-70, racontée dans un livre écrit à quatre mains, thérapeute et patiente :  Mary Barnes, un voyage à travers la folie, de Mary Barnes et Joseph Berke. Devenue schizophrène vers 40 ans, Mary Barnes a pu intégrer l’unité expérimentale créée par Ronald Laing, où on la laissa explorer sa folie, durant cinq années de voyage,  jusqu’à ce qu’elle en émerge, guérie et artiste peintre…  
    Pour en savoir plus, c’est ici Obituaries.doc, et pour ceux qui comprennent l’anglais, un document video intéressant Going down and coming up part 1, part 2, part 3

  • Un film, solite et insolite, Pierrot le fou, film ensorcelant (!) de Jean-Luc Godard (Ah, la nouvelle vague !)  qui éclabousse l’écran de son humour caustique, intelligent et truffé de références (littéraires, musicales et iconiques), qui n’a pas grand-chose à voir avec ce fou-là ni même avec celui-ci, et dont voici un extrait ici et un dithyrambe là :

    “A l’image de son héros qui cherche un peu de beauté dans “un monde d’abrutis”, Godard construit son film sur un antagonisme constant entre le désordre et la grâce, entre la violence et la sérénité. D’un tournage qu’on imagine volontiers chaotique, il tire une œuvre foisonnante, d’une rare liberté de ton, où tout semble pouvoir arriver.  Samuel Fuller y décrit un film comme “un champ de bataille” où se mêlent “l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort”, le cinéaste américain donne ainsi le ton d’une œuvre fiévreuse, entièrement vouée à ‘l’émotion’. Bien avant les tentatives de déconstructions narratives d’un Tarantino, Godard nous projette dans un spectacle bariolé et sans cesse déroutant, où l’on peut prendre son petit déjeuner à côté d’un mort et se mettre à chanter les amours sans lendemain, ou bien croiser Raymond Devos criant le dégoût que lui inspire sa femme dans un petit port désert. Facéties d’un cinéaste en pleine possession de son art, qui filme ce qui lui vient à l’esprit et jette à l’écran ce qui lui chante, comme autant de coups de pinceaux. De là naît un jeu perpétuel avec le spectateur, qui se voit interpellé par les personnages au détour d’une conversation amoureuse, pris à partie, les yeux dans les yeux, par Marianne lorsqu’elle réclame le droit de vivre et, par là même, constamment invité à s’impliquer émotionnellement dans l’expérience qui se déroule devant lui. S’il ne perd jamais de vue l’histoire qu’il veut nous raconter (ou plutôt les histoires, drame intime, intrigue criminelle et constat sur l’époque s’entremêlant sans cesse), Godard conçoit son film comme un fracas d’émotions contradictoires, du rire au désespoir le plus déchirant, pour aboutir à un morceau d’émotion pure. Plans de nature impressionnistes et giclées de violence foudroyante se succèdent, liés entre eux par une musique aux accents tantôt pathétiques ou survoltés. Porté par le charisme de ses interprètes, et notamment par un Jean-Paul Belmondo qui sait apporter une sensualité et une dynamique physique remarquables à son personnage, Godard parvient à faire cohabiter dans son film deux mouvements apparemment contradictoires. Un mouvement intime et narcissique, le film prenant souvent l’aspect d’un journal intime, comme en témoignent les innombrables gros plans sur le cahier de notes de Ferdinand. Un mouvement plus ample, embrassant une aventure rocambolesque, aux nombreuses péripéties.” Waldo Lydecker 

  • et pour finir, si vous avez un moment à perdre, plongez dans la folie douce, absurde, loufoque et suisse des Plonk et Replonk et laissez-vous envahir par cet humour déjanté et salutaire : dépaysement garanti.

Mesclun... adventice

By Fritz
Voir la recette du mesclun   
Voir adventice
avec, cette fois-ci quelques histoires de mauvaises herbes, donc
  • Une bande dessinée âpre et belle, Rebetiko de David Prudhomme, 
Avant guerre, en Grèce, sous la dictature qui s’installe et les menace,  des musiciens, un peu mauvais garçons, chantaient la nuit dans les bas-fonds s’accompagnant de leur bouzouki, fumant, buvant et brûlant la vie par les deux bouts… Il fallait l’invention et l’élégance naturelle de David Prudhomme pour réussir à restituer l’ambiance de ces bouges d’Athènes dans les années trente, et l’atmosphère électrique  qui y régnait… un graphisme noir et charbonneux, une superbe lumière ocre. “Je peux dire sans crainte d’être contredit que ce livre est magistral. Si si affirme  Manu Larcenet.  Un livre poétique et puissant…     pour en savoir plus, aller sur ce blog http://bderebetiko.blogspot.com/
et sur ce même thème, voir ce petit film …  koboloï, ouzo, bouzouki, et petite fumée, toute la Grèce est là…  
les chants désespérés sont bien les chants les plus beaux.
  •  Un film d’Alain Resnais, Les herbes folles. Une leçon de liberté et de fantaisie. Un exercice de voltige (au propre et au figuré), adapté d’un roman de Christian Gailly (L’Incident, Editions de Minuit, 1996). Comme les herbes folles, le film semble jaillir tel une incongruité poétique au milieu d’un monde hostile (quelques brins obstinés émergeant du macadam), ensemencé par la grâce, poussé par l’esprit qui souffle où il veut. Une histoire d’amour insolite et légère (surréaliste ?), une allégorie des liens invisibles qui relient réalité et fantasme, mais aussi une sorte de grenier tout plein de vieilles vieilleries, dans lequel Alain Resnais semble mettre beaucoup de lui-même : la bande dessinée, le roman d’aventure, le film de guerre, les procédés du cinéma muet, les pionniers de l’aviation, la magie d’une séance nocturne dans une salle de quartier, le hasard objectif et aussi un porte-feuille rouge et un sac à main jaune, deux flics hilarants, une braguette ouverte, Sabine Azema, quelques loopings et un crash à la Jules et Jim … “Pour aller où ? - Là-bas.” Et tout est dit…
  •  Et une dernière mauvaise herbe  inoubliable, braves gens, braves gens…  à écouter encore et encore 
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu


"Souffler sec"

ou le vernissage-présentation de l’exposition d’Agnès Torrès

Agnès Torrès  expose “Souffler sec ” à l’iGTb, jusqu’en janvier 2010.
Le mardi 17  novembre, autour d’un verre et de quelques grignotages, Agnès Torrès a présenté son travail d’artiste, ainsi que la vocation de Diffractis, l’association d’artistes qu’elle anime. Agnès, qui a été danseuse, s’attache à traduire plastiquement ce qu’elle nomme le rythme. 
Voici comment elle explicite sa démarche :

« Compter, décompter les instants, les gestes et les traces de la vie. .
Aligner, ranger, nouer l’espace et raconter.
Le temps s’échappe goutte à goutte, indifférent, mais par une loi de symétrie, s’inscrit point par point dans la mémoire du monde.
Cette loi implacable dépose des empreintes dont je tente de répertorier
les traces infimes, les restes indélébiles et diffus.
Depuis la coupure originelle, la matrice perdue, le textile m’enveloppe.
Peau de substitution, surface d’inscription, plan d’expression, le tissu donne à voir, propose une version, et prépare la rencontre inéluctable et nécessaire avec le monde, autant qu’il m’en protège.
Symbole du lien qui retient la vie, du souffle qui fait de chacun un passant
parmi d’ autres, d’une parole qui conte une histoire unique,
il se prête à tous les jeux, les désirs, autant qu’à nos peurs.
La navette des jours tisse la trame du monde sur laquelle
chaque histoire singulière est brodée patiemment.
Orner sans tomber dans l’ornière des effets de style, tel est l’enjeu
de la bordure brodée : mettre en valeur, enrichir de détails et surtout,
marquer la limite en cachant la rupture.

Exploration topologique du monde, je propose par l’entrelacs, une manière de s’inscrire dans un univers qui peut sembler trop connu ou inconnu.
La main voyage. Dans le silence, je raconte  une histoire pour chacun :
Mais toute broderie n’est pas broderie d’or :au fil des jours, appliqué,
pas à pas, point par point : avant, arrière, comme en zigzags, il faut parfois
simplement agrémenter les jours, quand prisonnier du filet d’Arachné,
s ‘égrène à petits points le temps scandé de la vie rêvée :

 repriser, ravauder, rapiécer , raccommoder , raccorder , reborder, rebroder, compter et recompter, découdre et recoudre, recouvrir, recréer, récurrent, récursif, refaire et redéfaire, redorer, redoubler, regretter, rehausser, recommencer, répéter, relief, rembourrer, renouer, repasser, repli, répliquer, reprendre, reporter, représenter, reproduire, réseau, réserve, retors, retroussis, revers, revêtir, et reprendre….

Structure répétitive du temps rythmé, qui retrouve malgré elle le champ
mythique des origines. Voyage de la main, voyage au  « point d’esprit ».
Les pensées vagabondent en « surfil », s’enchaînent en « point de chaînette »,
ou prudemment à « points comptés ». Fils de lin, de laine, de coton ou de soie
brodent hardiment récits, contes et mythes.
Dessiner à l’aiguille, au crochet, au crayon, en boucles successives ou à petits points semés, en des aires magiques, c’est pour moi habiter le monde que je parcours dénombre et nomme.
Le mouvement des doigts, des yeux, de l’esprit devient danse.
Toutes les techniques plastiques et les modes opératoires susceptibles de rendre compte de cette perception sont les bienvenues, aussi je n’en dédaigne aucune: photographies, dessin, collage, broderie, tressage, assemblage, installations, estampes, etc. “ 

Sur cette thématique du rythme, un très beau texte, L’esthétique des rythmes, du philosophe Henri Maldiney, lisible ici
L’art est la vérité du sensible, parce que le rythme est la vérité de l’aesthesis” H. Maldiney

Mesclun... délocalisé

by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec cette fois…
  • une incursion au Mexique, où l’on célèbre le « jour des Morts » (dia de los muertos) de façon beaucoup plus joyeuse qu’ici, notre mélancolique Toussaint. 
Ce jour de la fête des morts, les familles vont rendre visite aux tombes de leurs ancêtres et les nettoient, les décorent, les couvrent de fleurs (spécialement des fleurs orange -oeillets d’inde- appelées zempaxuchitl) ainsi que de bougies. Les âmes des défunts reviennent sur Terre suivant un certain ordre. Il faut donc leur préparer les offrandes appropriées. Les personnes récemment décédées ne reçoivent pas d’offrande, car elles n’ont pas eu le temps de demander la permission de retourner sur Terre. Pour les enfants morts avant d’avoir été baptisés, on offre des fleurs blanches et des cierges. Pour les autres, on apporte des jouets. Pour les adultes, on apporte des bouteilles de tequila.

Des offrandes sont aussi faites dans chaque maison sur des autels situés dans les chambres des défunts, plus ou moins décorés et remplis selon les familles. On y trouve : du copal dans son encensoir, des fleurs porte-bonheur, des cierges allumés, des photos représentant le défunt de son vivant, des têtes de morts en sucre ou en chocolat (calaveritas), des fruits, le pain des morts, des bonbons, de la nourriture que le défunt appréciait le plus, des boissons, de l’eau bénite et diverses offrandes particulières au défunt (tabac, poteries…).

Pour guider les âmes, un chemin de pétales de fleurs est réalisé de la rue jusqu’à l’autel. Des prières sont récitées et de la musique est jouée. Les Mexicains, qui sont presque tous catholiques, débutent leur journée en priant les défunts, et la terminent en buvant à leur santé. Le mexicain n’a pas peur de la mort, il s’en moque volontiers,  et joue avec elle. C’est une coutume qui peut sembler choquante, car la mort est traitée comme un personnage quasi humain, avec familiarité et dérision… Mais ne serait-ce pas tout simplement une autre manière d’aborder la vie dans ce qui fait son intensité et par là même d’intégrer plus naturellement cette mort qui fascine, sans la nier ou nous laisser terrifier par elle?

“Ce jour là et cette nuit-là “nous partagerons avec nos compatriotes leur joie et leur tristesse-joie parce que même si nous pleurons nos morts parce qu’ils sont morts, le souvenir de leur séjour est une joie- et nous partagerons (…) les aliments aussi bien des morts - on pose sur les tombes des défunts des fruits, des biscuits, des tortillas et du chocolat- que ceux des vivants, ce délicieux pain appelé pain des morts, et aussi les crânes, fémurs, tibias et cercueils en sucre et nougat d’amande. Je dirais (…) qu’aucune affirmation de l’amour pour la vie n’est aussi forte que celle symbolisée par le fait de manger des crânes en sucre car (…) il faut que chacun des crânes porte sur son front le nom de celui qui le mange… et y a-t-il quelque chose qui représente mieux, avec plus d’élégance et d’humour, le désir impossible mais toujours vivace du triomphe de la vie sur la mort ? Y a-t-il quelque chose de mieux que de manger sa propre mort…et que la mort ait le goût d’une friandise ?”

 Texte écrit par Fernando del Paso, écrivain, dessinateur et peintre mexicain, in “Douceur et passion de la cuisine mexicaine”, publié aux Editions de l’Aube.

  • Une petite vidéo sur ce thème  ici  (la musique n’est pas terrible, un poil trop “new age”, mais bon)
  • Et pour finir, la très célèbre calavera de la Catrina, sympathique allégorie de la mort,  de José Guadalupe Posada (1852-1913), le “Daumier” mexicain 

Mesclun gourmand

by Fritz    avec 

  • une recette, celle du savoureux carottamandin (merci Hélène)

Il faut:
250g de carottes rapées 
100g d’amandin
100g de noisettes décortiquées hachées
100g de beurre + 20g pour le moule
100g de cassonade + 20g pour le moule
50g de farine
1 sachet de levure chimique
2 oeufs
1 c à café de canelle en poudre
un peu de sel

Préchauffer le four th. 7
Griller les noisettes et l’amandin dans une poêle sans matière grasse
Faire fondre le beurre au bain-marie
Dans un saladier, fouetter les oeufs avec le sel, ajouter noisettes et amandin, cassonade, carottes, farine+levure, beurre fondu et canelle.
Beurrer le moule avec le reste du beurre liquide et saupoudrer de cassonade avant de verser la pâte.
Cuire 45mn.
Servir froid.

  •  quelques unes parmi les idées saugrenues du photographe designer Fulvio Bonavia : Essayez d’abord de vous décontracter sur ce canapé  …Puis enfilez les ballerines ‘aubergines’, arborez la casquette ‘feuilles d’artichaut’, serrez votre ceinture de nouilles ou encore portez élégamment le sac à main ‘framboises’… c’est hyper-tendance ! si, si !

Mesclun oxygénant

by Fritz, qui pourrait même aller jusqu’à l’hyper-ventilation… ah, le syndrome de Stendhal !                                        (cf recette du mesclun)

  • avec un livre décapant, Comment Proust peut changer votre vie, de Alain de Botton

De ” comment exprimer ses émotions ” à ” comment réussir ses souffrances “, en passant par ” comment perdre son temps “, ce livre étincelant nous convie à une relecture audacieuse, délicieusement érudite et drôle, de l’oeuvre de celui qui passa quatorze années de sa vie(dans son lit  ?) à écrire ” A la recherche du temps perdu “. Neuf savoureux petits chapitres où les mots et les pensées de Proust deviennent, sous la plume d’Alain de Botton, d’indispensables leçons de vie.


  • une Bande dessinée éclairante, L’homme qui marche, de Jirô Taniguchi

Les intenses flâneries d’un homme ou la saveur du moment présent : une bergeronnette, un étui de rouge à lèvres perdu par un groupe de lycéennes, l’achat d’un store en roseau, la réparation d’un perchoir à oiseaux. On peut comparer ces histoires à des haïku. Elles en ont la sobriété et la précision du trait. Chacune est une invitation à la contemplation, un éloge de la lenteur, l’offrande d’un petit moment de grâce.

  • Une performance troublante, des Etonnistes

Quatre auteurs issus du théâtre, de l’écriture, des arts chorégraphiques et visuels — Stéphanie Aubin, Christophe Huysman, Pascale Houbin et Pierre Meunier, ayant en commun la diversité de parcours artistiques qui joignent le geste à la parole — ont créé une performance visuelle et verbale qui plonge les spectateurs au coeur d’une expérience esthétique qui, précisément, interroge l’expérience esthétique.
Muni d’un casque, chaque spectateur est pris à témoin du conte d’un seul des acteurs, happé par ses mots, ses souvenirs sensibles, ses gestes passeurs de sens.
Chacun des Etonnistes pousse ainsi la confidence et dévoile, à sa manière, en puisant dans ses propres souvenirs, ce que nous sommes tous susceptibles de traverser au contact d’une oeuvre : trouble, effroi, éblouissement, étonnement, gratitude…
et démontre que l’art est aussi indispensable que l’eau ou la nourriture. Éprouver ce saisissement, cet effroi, ce trouble, ne serait-ce pas s’étonner, soudain, d’être en vie ? L’ensemble apparaît comme une chorégraphie, où se mêlent spectateurs et acteurs, et évoque une polyphonie sensation-nelle.

PS  Petite incursion étymologique : Etonner,  du latin ex-tonare, ébranler comme par un coup de tonnerre

D'étranges choses...


D’étranges choses” sont exposées à l’iGtb… 

et Catherine Lacuve, photographiste, 

a explicité, le soir du 1er avril, au cours d’un sympathique vernissage, grignotage, discussion, ce qu’elle entendait par là… Elle a également évoqué comment lui viennent ces formes, ces étranges images mentales qui surgissent… dont elle se met ensuite en quête et qu’elle finit, un jour ou l’autre, par rencontrer… puis quelques macrophotographies, et travaux argentiques plus tard, qu’elle donne à voir.

Pour expliquer sa manière de travailler, elle cite  ”L’homme qui marchait dans la couleur” de Georges Didi-Huberman. Il s’agit en quelque sorte de déambuler dans ces espaces improbables inventés, façonnés par le rêve… de donner consistance à des choses aussi immatérielles que la couleur, la limite, l’espacement… de travailler avec ce matériau à la fois incandescent et nocturne, à la fois évanescent et massif qu’est la lumière… 

Mesclun impitoyable

by Fritz ( ou dans la série profitons du printemps pour envisager quelques cruelles réalités ! Attention, âmes sensibles, s’abstenir…)   cf recette du mesclun

  • avec une BD,  Je voudrais me suicider, mais j’ai pas le temps, de Jean Teulé et Florence Cestac, qui met en images la vie à la fois tragique et burlesque de Charlie Schlingo, dessinateur 

Une épouse et son mari voulait une jolie petite fille à cajoler, ils ont eu un garçon tout vilain et tout cassé. L’enfant a grandi, tout cabossé, pour devenir l’improbable Charlie Schlingo,  auteur de bandes dessinées décérébrées, de blagues foireuses et de chansons branques, mort à 49 ans en 2005. Hommage et portrait sensible d’un poète déglingué, d’une vie incroyable entre tragédie et farce énorme, d’un époustouflant et très romanesque destin d’homme…

  • un livre de Jean-Pierre Martinet, Jérôme, aux Editions Finitude 

    Entre détracteurs enragés et admirateurs fascinés, Jérôme est de ces romans qui interdisent la modération.

    L’histoire est pourtant simple : obsédé par Polly, la jeune fille qu’il croit aimer, Jérôme Bauche se lance dans une quête hallucinée à travers une ville étrange, un peu Paris un peu Saint-Petersbourg. Tel Dante, il s’enfonce irrémédiablement vers l’enfer, et nous y entraîne avec lui. De gré ou de force.

    Depuis des années, Jérôme était devenu introuvable ( publié pour la première fois aux éditions du Sagittaire en 1978) et on ne parlait plus qu’à voix basse de ce livre monstre, de ce livre dans lequel Martinet rend hommage à ses maîtres, Dostoïevski, Joyce, Gombrowicz ou Céline… aujourd’hui, ce livre qui résonne comme un terrifiant éclat de rire, est de retour.

    et du même auteur, La grande vie,  un petit livre outrancier publié chez L’arbre vengeur

    « Je pensais souvent à ce cinéaste japonais, Ozu, qui avait fait graver ces simples mots sur sa tombe : “Néant”. Moi aussi je me promenais avec une telle épitaphe, mais de mon vivant. »

  • un film édifiant (un grand classique, mais toujours tragiquement d’actualité et qui mérite d’être visionné et re-visionné régulièrement comme exhausteur de lucidité) l’ïle aux fleurs
  • et pour finir les terribles (mais vraiment terribles) photographiesRequiem de  la rue de Morgue, de Tsurisaki Kiyotaka

Contre toute attente...

by Fritz

L’iGtb aime les rencontres, les situations expérimentales… et les prises de formes inattendues qui en résultent.

Parce que, pour peu que l’on n’attende rien de précis, ce qui advient est, comme l’écrivait Lautréamont, souvent “beau, comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection”. Les Surréalistes, qui aimaient aussi à le citer, avaient bien compris que des juxtapositions inédites, des collages insolites peuvent surgir des formes poétiques qui renouvellent le regard…

Art, science et thérapie

Vendredi 29 janvier s’est déroulée à l’iGtb, une trop courte soirée consacrée aux relations entre art, science et thérapie et à laquelle, comme on pouvait s’y attendre, se sont également conviées la philosophie et d’une certaine manière, la politique. Le dialogue entre Catherine Thomas, scientifique (le bref exposé de son travail sur le mouvement des océans a laissé rêveur l’auditoire), et Jean-Marie Robine, gestalt-thérapeute, a été sinueux et riche, et chaque détour aurait sans doute mérité d’autres développements. Ce qui a été évoqué a soulevé davantage de questions que cela n’a apporté de réponses…

Voici en vrac quelques thèmes parmi ceux abordés et quelques questions parmi celles qui se sont posées et continuent de se poser… Ceci n’est évidemment ni exhaustif, ni littéral.

Art et science, deux domaines qui semblent avoir peu de points communs avérés, mais il pourrait devenir nécessaire d’en imaginer, pour que la science puisse retrouver une forme de créativité et de liberté. Alors que l’art se situe du côté de la subjectivité, la science cartésienne, newtonnienne,   ( discours justifié par la théorie et l’expérimentation) tend vers l’objectivité, cherchant à prévoir, dominer… La science a tendance à se confondre avec la Vérité … Au fait, qu’est-ce qu’une science “dure”, et partant, une science “molle” ? La science est-elle le seul moyen de connaissance ? Est-elle même un moyen fiable de connaissance ? Comment fait-elle ses “prédictions” ?  A qui et à quoi sert la science “finalisée”, qui a des buts fixés à l’avance ? et qui pousse cela parfois jusqu’à l’absurde en excluant les paramètres qui empêcheraient d’aboutir au résultat escompté… La science ne serait-elle pas au service du pouvoir ? Quel sens donner au “tout sécuriser” ? La volonté de maîtrise de la nature n’est-elle pas une rêverie délirante et dangereuse ? Qu’est-ce que le progrès ?  Quand progresse-t-on et tout progrès est-il nécessairement une amélioration ? Après tout, on a un peu tendance à oublier que le progrès ne désigne qu’un mouvement… que celui-ci soit bienfaisant ou non est une autre question. (sur ce thème, lire ce qu’en pense Ivan Illich : Ivan_Illich_l_epimetheen.doc)

La thérapie n’est pas une science. Même si Freud en son temps a  eu cette ambition, et Lacan après lui, de fonder une nouvelle science : la métapsychologie ou psychanalyse, ayant pour objet l’étude de l’inconscient psychique, dans quelle mesure celle-ci peut-elle réellement prétendre à la scientificité ? D’un point de vue épistémologique, le concept d’inconscient est-il, ou non, scientifique ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une hypothèse de travail ? S’il paraît incontestable que des éléments inconscients jouent un rôle dans notre comportement, existe-t-il pour autant un ‘Inconscient’ ? Si l’emploi de l’adjectif demeure pertinent, l’emploi du substantif pose question. Quant aux thérapies cognitivo-comportementales, elles rejoignent la posture scientifique par leurs critères d’efficacité et d’efficience. La technologie chimique et les techniques comportementales semblent vouloir rendre le “patient” à une normalité, qui est le plus souvent celle de la société plutôt que la sienne propre. Les TCC sont-elles autre chose que la remise au travail de l’humain, sponsorisée par les lobbies pharmaceutiques ?

La thérapie n’est pas un art.  Au sens où un certain art lui-même (et en cela, il peut rejoindre une certaine science), n’est qu’une marchandise pour un public consommateur, formaté pour répondre à des demandes de plaisirs hédonistes, de divertissements et de loisirs, à des désirs de possession et de collection, à des démarches spéculatives, ou à des recherches de notoriété. Cet art-là est orienté vers la satisfaction de fonctions utilitaires, sociales et marchandes. Mais il s’agit plutôt de définir la démarche de l’expression créatrice comme l’organisation d’impressions sensorielles exprimant une sensibilité subjective pour un destinataire qui peut en être durablement dérangé ou ému, … Le rapport à la réalité passe par les sens : formes, couleurs, lumières, sons… De toutes ces impressions sensorielles, de ce chaos de sensations, l’artiste crée une forme, en organisant, en composant, en mettant un certain ordre … la gestalt-thérapie rejoint cette démarche en s’intéressant aux formes (= gestalts), et aux processus de formation de formes, et en ayant pour objectif de rendre au “patient” sa capacité à créer des formes neuves, réponses à des situations toujours renouvelées, et à devenir créateur de son existence comme s’il s’agissait d’une “oeuvre d’art” .

La gestalt-thérapie relève ainsi d’une démarche que l’on peut qualifier d’esthétique (aesthesis = sensations) et qui se différencie nettement d’une

démarche scientifique (au sens où l’entendait Braque “La science rassure, l’art inquiète”). Une démarche “poétique” peut-être, qui ne se laisse pas, comme le fait le plus souvent la science, réduire à dire quelque chose… N’ayant pas d’objet à décrire, ni de vérité à déterminer, elle ne peut que faire entendre, entre dire et non-dire, d’une expérience à l’autre, l’expérience ne s’enseignant pas (on enseigne des savoirs “morts” et non la vie, qui se dérobe à toute tentative de saisie…). Rien à dire, mais rien à cacher non plus (pas d’arcane, ni de secret), il s’agit de montrer au sens d’indiquer, pointer vers (la lune)… sans se dissoudre dans une signification définitive et exclusive… La question demeure : que sait-on de plus sur l’âme humaine quand on connaît son poids (21 grammes à peu près) ? Peser l’âme, n’est-ce pas un peu la perdre finalement ???

“Ce qui nous regarde - le ciel au creux des choses et qui maintient la garde, les traces qui creusent nos abîmes - n’est pas vu, et ce qui est vu et su par les prévisions des oracles calculés n’a rien à voir avec ce qui nous regarde.” PM Plumerey

Taille douce...

Hier soir, il y avait tertulia à l’iGtb… 

L’iGtb s’intéresse aux gens. A ce qui les anime, les passionne, les émeut.

Robert Frélaut est un vieux monsieur enthousiaste. Il est maître taille-doucier. Ayant choisi Bordeaux pour sa retraite, il a créé en 2001 l’atelier de gravure  “La belle estampe” où  les artistes de la région peuvent venir profiter de son expérience irremplaçable. 

Dans un dialogue animé avec Fausto Mata, historien d’art, il a partagé avec simplicité et générosité quelques-uns de ses souvenirs… beaucoup de rencontres dont certaines prestigieuses, d’autres plus “comptables” :  Miro, Picasso, Matisse, Braque, Dali, Chagall, Buffet, Zao Wou Ki, Trémois, Soulages, Miguel Condé, Zoran Music…

Litho, xylo ou linogravure, en creux, en relief, taille douce, eaux-fortes, aquatinte, plaques de cuivre ou de zinc, sucres, morsures des acides ou caresses des paumes du taille-doucier pour effacer les barbes, textures des papiers, techniques de presse… : Il a livré quelques aspects de son « savoir-faire », presque des secrets d’alchimiste, et évoqué son abnégation d’artisan totalement au service de l’artiste, jusque dans ses exigences les plus obsessionnelles… 

Il a enfin rendu un hommage d’autant plus émouvant à son père, le célèbre graveur Jean Frélaut (qui gardait pour chacun de ses 9 enfants, une épreuve à chaque tirage), que c’est un monde qui semble, hélas, comme la bibliophilie, voué à la disparition … tout un univers en train de se dissoudre sous la morsure du temps. 

Si vous voulez voir d’autres photos, jetez un coup d’oeil sur la galerie du site de l’iGtb.

Si vous voulez en savoir davantage sur la taille-douce, allez rendre visite à l’atelier de La belle estampe,   8 rue Maucoudinat à Bordeaux… 

by Fritz

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