« Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à
aboutir. Lire c’est errer. La lecture est l’errance » affirme Pascal Quignard. Et oui, il y a eu errance,
ce soir-là… autour de quelques mots, et par équipes… de nombreux détours, dérives, glissements et autres associations d’idées…

et finalement des nuages, de merveilleux nuages de titres
Demain : Demain
les chiens, Simak ; Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne… Hugo ; L’avenir commence demain, Asimov ; C’est arrivé demain, Richard Petit ; Fahreinheit 451, Ray Bradbury ; Je suis une légende, Matheson.
Roi / Reine :
Les rois et les voleurs, Muriel Cerf ; Un roi sans divertissement, Giono ; Le roi se meurt, Ionesco ; Ubu roi, Jarry ; Roi de l’azur, prince des nuées… L’albatros, Baudelaire ; Prince d’Aquitaine à la tour abolie… El desdichado, Nerval ; Les obsèques de la lionne, La Fontaine ; Koenigsmark, Pierre Benoit ; Le roi
Lear, Shakespeare ; La reine des pommes, Chester Himes ; La légende du roi Arthur…
Matin : Il y eut un soir, il y eut un matin... La Genèse ;Tous les matins du monde, Pascal Quignard ; Le petit matin, Christine de Rivoyre ; Les
morsures de l’aube, Tonino Benacquista ; 37°2 le matin, Philippe Djian … L’aurore aux doigts de
rose, Homère ; Le matin des magiciens, Bergier/Pauwels ; La promesse de l’aube, Romain Gary ; Matin brun, Franck Pavloff ; Matin perdu, Virgilio Ferrera.
Quelqu’un :
J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part, Gavalda ; Quelqu’un d’autre, Benacquista ; Rastignac, Julien Sorel, Le capitaine Némo … Le bal des schizos, PK Dick ; Il, Collobert ; L’insoutenable légèreté de l’être, Kundera.
Ciel :
Seigneur, faites s’abattre des grands cieux les chers corbeaux délicieux, Rimbaud ; Elévation… par delà les éthers, Baudelaire ; Le bleu du ciel, Bataille ; De la terre à la lune, Cinq semaines en ballon, Jules Verne ; Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, Baudelaire ; Le ciel est par dessus le toit, si bleu, si calme, Verlaine ; Ce toit tranquille où marchent des colombes, Valéry ; Les racines du ciel, Romain Gary ; Les merveilleux nuages, Baudelaire ; Je suis hanté. L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! Mallarmé ; La théorie des nuages, Audeguy ; Sur la terre comme au ciel, Belletto ; Le ciel de la Kolyma, Guinzbourg…
Et puis aussi des lectures, où il est question du Mal, du doux, des mots, des livres, de l’humour…
dont un extrait des Naufragés du Batavia de Simon Leys, récit historique d’un naufrage au XVIIe siècle - digne de
figurer dans les annales de la criminalité peu ordinaire - un livre sur le mal,
la modernité du mal, et l’impérieux besoin d’éthique de toute aventure humaine. Le naufrage
du Batavia (de la Compagnie hollandaise des Indes orientales) eut lieu en 1629,
à proximité d’îlots de corail situés au large du
continent australien. Les trois
cents naufragés ne furent pas longs à tomber sous la coupe d’un des leurs : un
psychopathe à la fois autoritaire, lâche et sanguinaire, qui, en trois mois, réussit
à massacrer deux tiers des survivants, n’épargnant ni les femmes, ni les
enfants. Les derniers rescapés ne durent leur salut qu’à la résistance d’un
groupe d’hommes courageux qui refusèrent de se soumettre, et surtout à l’arrivée
d’un navire parti de Java pour les secourir…
Quelques “gloses” extraites de Glossaire : J’y serre mes gloses de Michel Leiris … De subtiles
définitions basées sur des jeux avec les mots. Le langage y apparaît comme
la préoccupation majeure de l’écrivain, l’objet même de son écriture. “Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations naturelles… En disséquant les mots que nous aimons, nous découvrons leurs vertus les plus cachées et leurs ramifications secrètes à travers tout le langage.”
Un bienvenu Petit éloge de la douceur de Stéphane Audeguy
“J’entends
déjà ricaner les cyniques, les habiles, les réalistes, tous les petits malins à
qui on ne la fait pas, et qui vont dire : la douceur, combien de divisions ?
S’il faut défendre la douceur, c’est contre ces faibles-là, parce qu’ils sont
les plus nombreux, et partant les plus forts. Mais comment la défendrons-nous ?
On n’imagine pas un Manifeste, ni même un Traité de la douceur : trop de bruit,
trop de gestes. L’éloge ici convient, qui fera un livre aux contours
incertains, mais que la gaieté continûment inspire ; je ne sache pas qu’elle
exclue la fermeté, ou la force.”
Un émouvant passage de Mes bibliothèques de Varlam Chalamov, “Les livres
sont des êtres vivants. Ils peuvent nous décevoir, nous distraire. Il y a dans
la vie de tout homme cultivé un livre qui a joué un grand rôle dans son
destin (…). Les livres sont ce que nous avons de meilleur en cette vie, ils sont
notre immortalité. Je regrette de n’avoir jamais possédé de bibliothèque.”

Et puis
quelques bons morceaux, à la fois tendres et saignants, et néanmoins absurdes. Petit florilège où l’on vérifie que l’absurde remet les yeux en face des trous :
”J’ai
soixante-dix ans ; ce n’est pas mal pour un homme de mon âge. ” Sacha
Guitry
“Ce sont toujours ceux qui auraient le plus besoin d’argent qui en ont
le moins” Henri Monnier
”Méfiez-vous de l’assassinat : il conduit au
vol, et, de là, à la dissimulation” Henry Somm
”Le baromètre est un
ingénieux instrument qui nous indique le temps qu’il fait.” Ambrose Bierce
”- Seuls les idiots n’ont pas de doute. - Vous en êtes sûr ? - Certain
!” Georges Courteline
”Le désert ? On met du sable par terre pour
que le chameau, animal maladroit qui tombe souvent, ne se fasse pas de
nouvelles bosses” Alfred Jarry
”Le cheval n’écrit jamais. Il parle
peu et n’écrit jamais. Les mémoires d’un âne sont d’un âne (encore fût-il
beaucoup aidé par la Comtesse de Ségur). Il n’y a pas de Mémoires d’un cheval.
Pas même de fable express ou de description de bataille. En matière de
littérature, il n’y a rien à tirer du cheval.” Alexandre Vialatte
“La
grippe dure huit jours si on la soigne, une semaine si on ne fait rien.”
Raymond Devos
“Moi l’épouser ? je t’assure que non ; c’est bien assez
qu’il m’épouse !” Marivaux
”Sauf complications, il va mourir.” Jules Renard

Enfin, pour rendre hommage à la lecture, une oeuvre étonnante, conceptuelle et touristique, de Max Sauze, L’homme qui marche, qui lit
Cette œuvre
est un itinéraire poétique qui consiste à occuper l’espace en déposant des
bornes le long d’une ligne virtuelle couvrant le territoire français. Cette ligne
virtuelle est un dessin.
Ce dessin
représente un Homme qui marche en lisant.
Son contour
détermine un itinéraire de 3500 km. Une borne
est déposée tous les 15 km environ. Il y a 250
bornes.
Ces bornes,
ponctuant l’espace, symbolisent chaque lettre d’un texte invisible et
silencieux qui serait écrit tout le long de cette ligne. Elles mesurent 27 cm x
27 cm et sont constituées de livres, en partie scellés dans du béton. Pour en savoir plus, c’est ici