Le carnet de Fritz

Tag - Expression

Fil des billets - Fil des commentaires

On est injuste avec les oies...

Ou l’atelier Lecture et Criture du 14 juin 2010

 On est injuste envers les oies. Les oies aiment lire et écrire  (n’ont-elles pas, pendant  des   siècles,   donné leurs plumes  et contribué ainsi, bien qu’avec discrétion et en toute humilité, à l’existence de la littérature ?) Elles aiment aussi, cela se sait peut-être davantage, le jeu.  Alors vous pensez  si  l’association des  trois leur plaît !

         Une oie, deux oies, trois oies, quatre oies, cinq oies, six oies , c’est toi ! Nous sommes justement sept participants ce lundi  de juin, au dernier atelier de la saison 2009 /2010. Pour commencer à jouer, nous n’avons pas eu recours à cette comptine bien connue des récréations, nous avons tout simplement lancé le dé et nous en sommes remis au hasard des chiffres.  Quoi qu’il en soit , il s’agit bien de progresser le long d’un parcours, un jeu de l’oie réinventé,  d’avancer de case en case et selon celle où le sort nous arrête, de se livrer à diverses activités : lectures de textes (apportés par soi, par d’autres, ou piochés dans une corbeille préparée à cet effet), exercices d’écriture menés de pair avec les autres joueurs et alimentant  une réserve de lecture susceptible de servir  ensuite, pour peu que la carte correspondant à la case sur laquelle on « tombe » (vous suivez ?) porte par exemple  la consigne : « Lire le dernier texte écrit par votre voisin de gauche ».

          Au lieu de prison ou de puits, des gages : lire une fable de La Fontaine d’une manière snob. Ou pressée. Ou encore avec l’accent marseillais : Le Coche et la Mouche prend alors une saveur très particulière, le chant des cigales se devine sous le  bourdonnement  de l’importune.

        D’abord  tranquille, le jeu s’accélère, prend  un rythme plus intense  et l’allure d’une exploration, joyeusement décousue,  des jeux littéraires les plus pratiqués : anagrammes, bouts rimés, logo rallies, textes à partir d’images, haikus à thèmes, poèmes à partir de mots librement associés, description de pays imaginaires, textes  anaphoriques…Foi d’oie, un vrai feu d’artifice ! Un bouquet final pour conclure une année où, au cours de ces ateliers d’écriture et de lecture réguliers, chacun a appris à mieux se connaître, à mettre au jour des goûts, des aspects de soi, des traits enfouis  dans la mémoire et qui, révélés, aident un peu à se comprendre. On se découvre à travers ce que l’on écrit, dans la littérature on s’explore et l’on s’ouvre  en même temps  à ce qui n’est pas soi.


         Passez-moi donc le sel, vous serez bien urbain

Et ne vous offusquez pas que ma main vagabonde

Sous vos frou-frou coquins vers votre arrière-train

Car Cupidon protège même ceux que Zeus gronde.

Si précieux pour ton âme que soit le vaste monde

Ne prends jamais l’avion qui donne l’air hautain

Voyage sur des rails, aie l’humeur vagabonde

Rêve au gré d’aiguillages, voyage par le train…

Quelques flocons volettent en boucle

Des rayons  de soleil comme des paillettes

Fin d’hiver ? Début de printemps ?


La feuille en haut à gauche

Crie plus vert que les autres

Eh bien, je la comprends !


Dans ce pays , le sol est élastique, on ne marche qu’en ayant l’air de danser, ce qui donne à tout le monde une allure extrêmement  dynamique et joyeuse. Car chaque pas en appelle irrésistiblement un autre et l’on ne se lasse pas d’avancer encore et toujours, égayé de peiner si peu, d’éprouver si peu de fatigue à projeter son corps dans la direction où l’on veut aller. On ne recule guère, comme transporté d’enthousiasme. Il ne viendrait à l’idée de personne de s’arrêter. On appelle « progrès » ce grand élan général.

Jérôme nous amuse et s’amuse à l’envi
Dans ce rassemblement où sa muse l’envie
Cette chorale étrange embarquée en coquille
Comme un navire oblong d’une petite flottille
Entourée d’oiseaux rares, de poissons improbables
Sur le mât, en vigie, des poulets consommables
Et au fond du plan d’eau l’orchestre à nouveau cloche
Dans le monde morbide et fou de monsieur Bosch.


Ne serait-ce qu’un moment

Ne serait-ce qu’un soupir

Ne serait-ce qu’un rempart contre l’ennui

Ne serait-ce qu’un chant de retour

Ne serait-ce qu’un vol de palombe

Ne serait-ce que le parfum d’un lilas

Ne serait-ce qu’un mot de trop

Ne serait-ce que la fin d’une histoire

Ce serait pourtant une sorte de paradis.

Cartes du monde

ou l’atelier d’écriture du 12 avril 2010…         by Fritz

Ars Memoriae : empreintes, traces, vestiges
«  Le vestige et la mémoire sont situés hors du temps linéaire de l’histoire. À propos du souvenir d’enfance, Freud écrit : « Il ne fait de doute pour personne que les expériences vécues de nos premières années d’enfance ont laissé des traces ineffaçables dans l’intérieur de notre âme ; mais lorsque nous interrogeons notre mémoire ou bien elle ne livre rien, ou bien elle livre un nombre relativement restreint de souvenirs à l’état isolé, d’une valeur souvent problématique ou énigmatique ». Le souvenir d’enfance ne se conserve pas intégralement. Freud parle de « traces mnésiques » qui disent bien le caractère résiduel, partiel du souvenir, car des éléments sont oubliés ou plutôt « laissés de côté ». Le souvenir d’enfance possède aussi la faculté de se superposer à d’autres souvenirs et de se cristalliser en une forme mémorielle nouvelle que Freud nomme un « souvenir-écran ». Une des fonctions de l’analyse consiste à retrouver, à partir du souvenir d’enfance, forme de vestige, l’expérience vécue. Ainsi la théorie freudienne de la mémoire se fonde sur une durabilité, peut-être même une indestructibilité des traces. Corrélativement, un présent de l’infantile, ou de l’archaïque quand il s’agit du vestige, peut s’inscrire dans l’actuel. Pierre Fédida nomme ce retour un « présent réminiscent ».
Sur ce thème, lire le très bel article de Véronique Mauron, Les dimensions du vestige, ici

Il s’est agi ce soir-là de remonter ou de descendre le temps, un peu comme dans les livres du Fleuve de l’éternité de Philip José Farmer, ou de jouer à imaginer le passé comme des territoires, qui, en s’éloignant du présent, s’enfonçant dans la mémoire, prendraient l’aspect de contrées mythologiques.
Nous avons disposé 33 cartes, des cartes de mémoire. Chaque carte avait à son verso un mot porté, pareil à une indication de direction, qui montrait un point différent, plus ou moins lointain, plus ou moins profond pour chacun des voyageurs. Nous avons retourné au hasard les cartes : goûter, ami, mensonge, Dieu, enterrement, vélo, cadeau, voyage, collection…
Les mots ont tourné comme des clés, qui ouvraient sur quoi et même quoi ? des images, des sons, des souvenirs dont parfois on se demandait s’ils étaient totalement réels, si ces portes ouvertes n’avaient pas été inventées par les clés.

« Les processions du mois d’août en pleine nuit, dans le bourdonnement des conversations et les flammes des cierges promenés distraitement dans les rues. »

“Le premier, je crois, auquel j’ai assisté… celui du petit frère de ma camarade de classe de l’époque. L’enfant très jeune s’était noyé dans la rivière qui coulait en contrebas de la maison familiale. Nous avions une dizaine d’années, la classe a été conviée à assister à la cérémonie. Impression encore très persistante d’inquiétante étrangeté. Une atmosphère lourde, une dilatation du temps, des sons, des chuchotis, des attitudes compassées, énigmatiques, une attente, des crissements de gravier dans le silence, des pierres obscures, hostiles et comme jalouses de leurs secrets…

« Au collège, l’après-midi, vers 16 heures ou peut-être un peu plus tard, pour les demi-pensionnaires qui ne devaient pas avoir le droit de quitter l’établissement avant 17 ou 18 heures, je me souviens qu’était organisée une distribution de pain en tranches molles et de pâtes de fruits, rouges et vertes, très sucrées. » 

Contrainte plus forte,  combiner dans un même texte trois parmi les mots dévoilés :  cadeau, voyage, collection

 « Vers 10 ans, j’ai reçu en cadeau le livre de voyages de Marco Polo. Il faisait partie d’une collection d’ouvrages consacrés aux voyages : Bougainville, Cook, Amundsen, Livingstone et même Cousteau. Un peu plus tard, j’ai lu, ce n’était pas un cadeau cette fois-ci, toute une collection de romans de Jules Verne, dont 20 000 lieues sous les mers , De la Terre à la lune et bien sûr Le voyage au centre de la Terre.  Quelques années plus tard, je suis parti en Espagne avec Le voyage au bout de la nuit. Mon professeur  qui trouvait que j’écrivais un français un peu trop académique m’avait fait cadeau d’un dictionnaire d’argot et conseillé de lire Céline. Bien avant tous ces voyages, j’avais essayé de faire la collection d’images qu’on trouvait, je crois, dans des tablettes de chocolat, et qui représentaient les divers peuples de la Terre. Ma tante m’avait fait cadeau de l’album avec plusieurs images déjà collées, avant de partir en France. »

 « Deux frères, ou deux amis, peu importe… L’un Jean-Emilien et l’autre Jean-Baptiste, et deux postures si nettement dissemblables … L’un trimballait dans sa voiture, une DS break qui s’étirait interminablement, toute une série d’improbables collections entassées dans des cartons de toutes tailles superposés, bouteilles vides, objets divers glanés le long des rivières, chaussures dépareillées, vieux pneus, bouts de bois ou de plastiques, bouchons, et autres infinies bricoles pouvant toujours être utiles… au point d’en oublier de laisser dans la voiture pourtant grande la place nécessaire pour faire voyager l’enfant. L’autre arrivait à bord d’une modeste 2CV grise, toujours accompagné de chien, guitare, jeu d’échec, carnet à dessins, livre de Krishnamurti et surtout d’une vénérable boîte en bois vert sombre contenant victuailles et cadeaux… »

Et pour finir une citation éclairante du poète Louis Aragon
“Je n’ai pas toujours été l’homme que je suis.
J’ai toute ma vie appris pour devenir l’homme que je suis
mais je n’ai pas pour autant oublié l’homme que j’ai été.
Et si entre ces hommes-là et moi, il y a contradiction,
si je crois avoir appris, progressé, changé… ces hommes-là,
quand me retournant,  je les regarde, point honte d’eux, ils sont les étapes de ce que je suis,
ils menaient à moi…  je ne peux dire moi, sans eux”.  

Entrez dans la danse...

ou la conférence-atelier sur l’art-thérapie structuraliste du vendredi 9 avril, animée par Véronique Gontier 

Véronique Gontier a un parcours et une démarche originales. Voici comment elle évoque elle-même sa trajectoire et son choix de posture thérapeutique, qu’elle nomme art-thérapie structuraliste.

 J’avais vingt-huit ans lorsque je me suis orientée vers le domaine de la psychologie et de la connaissance de soi. J’étais alors à l’apogée d’une carrière comptable et juridique en qualité d’Expert-comptable et de Commissaire aux comptes.
Dès le départ, la place du corps en thérapie a retenu toute mon attention. Je ne parvenais pas à réduire l’humain à sa psyché ou à son histoire familiale ; l’apparente opposition des pensées occidentales et orientales m’est apparue comme un creuset fondamental de recherches et d’expérimentations. En termes de connaissance de soi, l’Orient privilégie les liens corps-esprit afin de tenir le moi-ego à distance, pendant que l’Occident favorise cette seule dimension au détriment des liens corps-esprit.
Après quinze années de recherches et d’explorations expérimentales mettant alternativement en jeu le corps, le psychisme, le mental et l’Esprit, j’en suis venue à considérer l’individu comme une structure à part entière composée de plusieurs parties interdépendantes.
Chaque partie influence le Tout au même titre que le Tout influence chaque partie. Les différentes dimensions de la structure doivent être orchestrées de concert afin de s’étayer, s’équilibrer et s’enrichir mutuellement. Ainsi, parallèlement au travail de thérapie classique, j’ai eu à coeur d’aborder l’humain par diverses portes : psychologique, anthropologique, ethnologique, philosophique, physiologique, anatomique, métaphysique. Cette richesse m’a amenée à expérimenter sur plusieurs années, diverses disciplines d’origines variées, tant orientales qu’occidentales ou encore ethniques primitives.
Enfin, mon propre travail de transmission m’a conduite à dépouiller ces pratiques et enseignements de leurs formes parfois encombrantes et exotiques pour n’en conserver que le fond à titre pédagogique et structuraliste, accessible à tous.
Ces ateliers privilégient l’avènement des potentiels du Sujet au-delà de son histoire familiale, même si celle-ci n’est pas niée. Le Sujet est invité à se considérer dans sa globalité structurelle, dans sa capacité à se remettre au monde à partir de ce qu’il est, ici et maintenant, dans sa sensibilité, dans sa corporéité vivante, dans sa créativité propre.
J’ai choisi de valider mon parcours par un diplôme d’art-thérapie, sous la direction de Jean-Pierre Royol, Docteur en psychologie clinique à Arles (PROFAC 2002).
L’art-thérapie à visée structuraliste, telle que je la pratique, offre un vaste espace d’expériences vivantes permettant de relier l’action et l’intention, le corps et l’esprit, la nature et la culture, le fond et la forme. L’alternance des stratégies thérapeutiques en appelle à l’ensemble de la structure du Sujet (corps-psychisme-mental-esprit) sans privilégier une dimension au détriment des autres.

Alors qu’appelle-t-on structure ?

Au sens littéral du terme, une structure représente une construction, et plus précisément la manière dont les parties d’un Tout sont agencées entre elles. Le Tout influence les parties, au même titre que chaque partie influence le Tout. Chaque être humain est un Tout composé de plusieurs parties, nécessairement interdépendantes : sur le plan anatomique, squelette, muscles profonds, muscles superficiels, tissus, organes, système sanguin, lymphatique, nerveux, hormonal, appareil respiratoire, etc.
sur un plan plus global, un corps physique, animal, sensoriel et pulsionnel.
un corps psychique, émotionnel, sensible.
une dimension mentale et intellectuelle, conceptuelle et imaginative.
un terrain initial, à la fois génétique et psychologique, inconscient, déterminant l’ensemble de sa structure et de ses réactions.
un plan inconscient, vaste, individuel et collectif, qui le meut malgré lui, un Absolu insaisissable.
Envisager l’être humain de façon structuraliste revient à tenir compte de toutes ses parties, et de leurs influences respectives sur le Tout. La connaissance de sa structure permet à l’individu de suivre le fil de sa thérapie, son fil propre. Elle est la carte d’orientation du vaste monde qu’il représente, la garantie de son autonomie à terme.
Autrement dit : «
Si je sais pourquoi je fais une chose, je sais comment la faire, avec qui, et combien de temps ».

L’atelier qui nous a été proposé nous a permis de goûter ce qu’est expérimenter le corps dans tous les « sens » possibles et notamment :
s’appuyer sur sa structure (squelette) pour une réelle confiance en son pas, en sa posture.
entrer dans sa « danse » en partant de sa densité propre.
le rendre intérieurement disponible au souffle qui l’anime.
l’aider à s’accepter dans sa nature propre, animale.
l’inciter à se débarrasser d’inhibitions, de réflexes conditionnés, d’ images négatives de lui-même.
lâcher quelques idéaux de formes et d’images au profit d’un corps réel, vivant, subtil, sujet et non objet.

Keepsake... et autres confidanses

ou l’atelier d’écriture du 15 février 2010  by Fritz

L’atelier a cette fois réuni une dizaine de personnes, autour de quelques jeux d’écriture.

« Je » de société : Au XIXe siècle en Angleterre, les jeunes filles de ‘bonne famille’ aimaient beaucoup les carnets de confidences, les « keepsake ». Elles soumettaient ainsi leurs proches à des séries de questions, traitant des goûts et des couleurs, et auxquelles il fallait répondre sincèrement et par écrit. Marcel Proust s’y est essayé à plusieurs reprises et avec esprit… Plus récemment, la plasticienne et photographe Sophie Calle, qui fait de sa vie, moments les plus intimes compris, une œuvre d’art, a réinventé ce jeu en proposant des questions assez « indiscrètes ». Nous en avons exploré quelques-unes… dont voici en vrac quelques réponses.
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? De la cause (réveil, conscience du devoir à accomplir, besoin de mouvement…) au but (café brûlant, intérêt pour une journée nouvelle…)
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? De ceux qui sont tombés au fond d’un panier à linge à ceux qui se sont réalisés, en passant par ceux qui sont voués à demeurer des rêves… sous peine de devenir des « ambitions ».
Qu’est-ce qui vous distingue des autres ? De rien à tout… On se constate à la fois terriblement singulier et incroyablement banal…
Vous manque-t-il quelque chose ? Du calme /un chiot jack russel / un soupçon de lâcher-prise / non, mais le manque est une bonne chose…
A quoi avez-vous renoncé ? A ce qui ne tenait pas à moi / à la souffrance / au piano/ à une forme de liberté / au diktat de l’apparence…
Que défendez-vous ?  Aux autres, de parler, de faire des bêtises, de se battre…/ L’imagination, l’humour, la poésie / Quelques silhouettes perdues ça et là / le calme, la paix…
Qu’êtes-vous capable de refuser ? Pas grand chose / de donner pour une bonne cause / l’arbitraire, l’abus de pouvoir
Quelle partie de votre corps est la plus fragile ? Yeux, cou, tête, disque L4L5, dos, petit orteil gauche, siège de l’humeur, peau…
Qu’avez-vous été capable de faire par amour ? Des bêtises, pas assez, sans doute / Sortir de l’enfermement / Parcourir seule la nuit des kilomètres en 2 CV / Ne pas aller travailler / Se perdre /Abandonner beaucoup de choses
Que vous reproche-t-on ? de rien : je suis bien entourée, à tout : ce que je dis, ce que je tais, en passant par ma franchise / mon besoin de solitude / certainement des choses moins graves que celles que je me reproche…
A quoi vous sert l’art ? L’art ne me sert pas / à renouveler le regard, à donner du sens / à faire du beau avec du laid / à respirer…

Patronymes, mais quand même un peu : Nous éprouvons le besoin de définir, de nommer. Ainsi, dès qu’un être humain vient au monde, il est doté d’un nom. Un patronyme qui l’attache à sa famille et un (ou plusieurs) prénom qui le distingue dans l’histoire de cette famille. Puis s’ajoutent divers surnoms ou sobriquets au gré des rencontres ou expériences traversées….Et il y a sans doute quelque chose de déterminant dans cette attribution. Chacun a exploré prénom(s), surnom(s) et nom(s) qui le désignent. De ceux ou celles qui l’apprécient, ont eu du mal à l’abandonner et du plaisir à le retrouver, à ceux/celles qui ne le reconnaissent pas, ne l’aiment pas, en changent sans problème, en passant par ceux/celles qui se réjouissent de sa singularité / se remémorent quelques quolibets / ressentent un soupçon de fierté devant ce qu’il entraîne avec lui d’histoire ou de géographie / s’émeuvent de la possibilité de son extinction…

Alors, elle est pas belle, mon épitaphe ?  Pour terminer, nous avons rédigé quelques lignes définitives

Ci-gît quelqu’un qui a respiré, palpité, vibré
N’en demeurent que résonances
Ci-gît une histoire, un souffle, une évanescence
Qui en gardera réminiscence ?

Ombres et voix, horizon nouveau,
Ports et tombes
Voici ce qu’il aurait aimé garder de cette promenade
Mais il sait perdue irrémédiablement la mémoire du beau

Ici repose  J. F. M.M. B. D.
Qui aimait vivre avec plusieurs dizaines d’amis
Grand avatar, moitié homme moitié âne,
Inventeur de pensées et de rires acidulés
De sa fin à sa naissance : pirate !

Mesclun très, très rouge...

by Fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois un mesclun dans lequel Fritz donne quelques éléments pour comprendre son intérêt prononcé pour la couleur rouge

  • Un livre DVD  ’Rouge Très Très Fort’, édité par Biro éditeur  
    Rouge Très Très Fort révèle de manière intimiste et inédite le travail du peintre Zao Wou-Ki au travers des souvenirs vidéographiques de son ami Richard Texier, l’un des artistes les plus étonnants de nos jours. Loin des documentaires intrusifs filmés à la caméra, ce film de 18 minutes est un moment d’intimité avec Zao Wou-Ki. Utilisant son téléphone portable comme un bloc-note pour capturer idées ou moments, Richard Texier nous entraîne dans les moments qu’il a partagés avec son ami, par des bribes de conversations sur les couleurs, le monde, la beauté… 

Voici ce que Richard Texier dit lui-même de son oeuvre à Pocket-Film :  Pouvez-vous expliquer la genèse de ‘Rouge très très fort’ ?  Au départ, c’était un projet modeste, un témoignage. Je reçois régulièrement des amis peintres, artistes, écrivains… Je les filme, je prends des notes. Comme je n’ai pas d’appareil photo, c’est un peu ma manière de faire des photos souvenirs. Zao Wou-Ki et moi sommes liés depuis très longtemps, quinze ou vingt ans, et je me suis rendu compte que je n’avais pas de témoignage sur Wou-Ki. Comme c’est un peu machinal chez moi, j’ai commencé à faire des images. Il faut savoir que Zao Wou-Ki avait déjà refusé les demandes de plusieurs réalisateurs qui souhaitaient le filmer en train de peindre, ce qui donne une couleur unique à ce témoignage. Le filmer prenait ainsi une dimension particulière.
Pourquoi avoir utilisé le téléphone mobile pour filmer Zao Wou-Ki ? Faire des films ce n’est pas mon métier. J’utilise le téléphone-caméra d’une manière très personnelle. J’ai ce téléphone depuis six ans maintenant, il m’accompagne dans mes nombreux voyages à travers le monde. Il est mon seul objet nomade. Je n’ai pas d’ordinateur, je n’ai pas de caméra, je n’ai qu’un téléphone avec ses fonctions que je maîtrise un petit peu. Il me sert à connecter tous les gens qui travaillent avec moi et à leur rendre compte aussi de ce que je vois, de ce qui m’intéresse. Je réalise des petits bouts de films, je « note » des choses, c’est vraiment comme un carnet de notes. Longtemps j’ai utilisé le téléphone mobile de cette façon, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que cela pouvait faire sens, ces notes pourraient s’articuler de manière à former quelque chose de plus conséquent. Dans ces images on voit Zao Wou-Ki en train de peindre, mais on l’entend peindre aussi ! Il pousse des cris, il exprime en peignant ce que les chinois appellent le « Chi », une pulsion de vie intérieure, un souffle éternel qui traverse les êtres. Zao Wou-Ki, dans la pratique de son art, est en osmose avec la tradition chinoise, il est à l’écoute de son rythme intérieur. pour en savoir plus 

  • Un romanRouge majeur, les derniers jours de Nicolas de Staël’ de Denis Labayle, éd. Panama

    Jack Tiberton, journaliste trentenaire, écrit des articles dans la rubrique culturelle du Washington Tribune. Il est convié un jour (et il y voit la chance de sa vie) à interviewer le peintre Nicolas de Staël … A peine arrivé à son petit hôtel de rue Mouffetard, il y trouve un mot de Staël, l’invitant pour le soir-même à un concert d’Anton Webern au théâtre Marigny. La rencontre n’a lieu qu’à l’issue du concert. “Son visage ne correspond pas exactement à celui des photos. Il a bien les traits anguleux, le front large, la mâchoire fine, la chevelure abondante refoulée sur le côté par le vent, mais il me paraît plus jeune, plus maigre, plus grave aussi. Il n’a pas la mine détendue des autres spectateurs et semble absorbé par je ne sais quelle pensée.“Le peintre exalté et profondément bouleversé par la musique d’Anton Webern griffonne ses impressions sur un carnet. Il tient là le sujet de son prochain tableau. Ce sera un concert, ce concert.”Avec cette toile, je quitte les berges apaisantes pour plonger au fond de moi-même, pour explorer la brûlure des feux. Ma brûlure ! Avec ce rouge, je troque la fugue pour une symphonie, j’entre dans l’arène, mon combat commence, enfin…“ Il accueille très amicalement le journaliste et à peine quelques heures plus tard, l’invite à le rejoindre aussi vite que possible à Antibes. Staël offre alors à cet homme qu’il connaît à peine de le suivre dans la création de sa prochaine toile, celle qui marquera à jamais un tournant dans sa vie de peintre et d’homme, il le sait, il le pressent. Jack, enthousiasmé, accepte aussitôt. Dix jours plus tard, Nicolas de Staël se précipite dans le vide, en laissant inachevé « Le Concert », sa première toile en rouge majeur. Jack est le seul à tout savoir de ces dix dernier jours,…

     Ce roman est une fiction, le journaliste Jack  n’a jamais existé, mais s’inspirant de la correspondance du peintre et des ouvrages qui lui ont été par la suite consacrés,  Denis Labayle dresse un portrait possible, magnifique et émouvant, de l’artiste en prise avec le mystère et les affres de la création… ce texte nous entraine en effet au cœur même du processus créateur, au moment où l’œuvre émerge et prend forme sur la toile, dans la tension vers ce rouge infiniment complexe, où couleur et musique entrent en synesthésie, et qui se dérobe constamment…  http://www.denislabayle.fr/spip/

  • Une exposition virtuelle sur le site de la BNF, qui explore plusieurs facettes de la couleur Rouge, la couleur par excellence (à l’origine du nom Adam et dans plusieurs langues, le mot rouge se confond avec le mot couleur), avec en particulier une intéressante réponse de Michel Pastoureau à la question que tout le monde se pose pourquoi le petit chaperon est-il rouge ? oui, pourquoi ??? la réponse est là   http://expositions.bnf.fr/rouge/gp/01.htm
    et aussi un ouvrage très complet 
    Le Rouge, 2e volume du Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle, paru aux CNRS Editions. En s’appuyant sur un vaste corpus de textes du XXe siècle, l’auteur Annie Mollard-Desfour, linguiste, répertorie mots et expressions articulés autour de cette couleur, avec leurs définitions, leurs contextes d’emploi, leurs symboliques, leurs sens figurés… Sonia Rykiel en a écrit la préface : “Rouge… comme l’excès, la jouissance, le sans-limite, la liberté, l’extrême provocation, le trop plein, la folie d’un champ de coquelicots… la cristallisation dans l’amour fou“… 

La Scénothérapie... qu'est-ce que c'est ?

Conférence-atelier du vendredi 15 janvier 
animée par Martine Cotton, orthophoniste, scénothérapeute    

Martine Cotton a d’abord évoqué l’historique de cette méthode, quelques uns de ses champs d’application notamment en cas de bégaiement, puis elle nous a ensuite invités à expérimenter quelques propositions de textes.

L’expression scénique ou scénothérapie est une thérapie médiatisée qui a été créée dans les années 1960 par Emile Dars, comédien, metteur en scène, directeur de théâtre… Celui-ci avait été frappé par l’influence du rôle sur les comédiens. « Ce n’est pas le comédien qui se met dans la peau du rôle mais bien le rôle qui se met dans la peau du comédien, provoquant chez lui une suite d’états émotionnels souvent violents, engendrés par l’intensité des situations qu’il est amené à vivre. » En1966, il crée la société française d’expression scénique. Il a eu l’intuition que les textes, quand ils sont porteurs d’une forte charge émotionnelle, pouvaient être utilisés dans un but thérapeutique. Il a donc rassemblé  et classé un corpus de textes brefs et évocateurs.

L’expression scénique a un champ d’application assez vaste. Elle peut en effet être utilisée favorablement
- avec des patients présentant des problèmes de voix (dysphonies dysfonctionnelles, spasmodiques…)
- avec des patients cérébro-lésés
- avec des personnes âgées
- avec des adolescents (en cas de difficultés de lecture, afin de « déscolariser » le rapport au texte)
- avec certains patients présentant un bégaiement

Cette méthode peut être utilisée en situation duelle ou en groupe.

Le scénothérapeute propose au patient 4 ou 5 textes qu’il a préalablement sélectionnés. Le patient en choisit un et est invité à le lire à haute voix. Puis il est conduit à parler de ce choix et du ressenti du texte. « Lire à haute voix, c’est s’autoriser des effets sur l’autre. » A la séance suivante, le scénothérapeute propose un autre choix de textes, et ainsi de texte en texte, patient et thérapeute cheminent-ils. Il ne s’agit pas d’enfermer le patient dans un projet thérapeutique, en effet le scénothérapeute n’a pas le pouvoir d’anticiper le vécu émotionnel du patient, ni de libérer le patient  de son affect, mais de lui offrir, à travers tout ce cheminement de textes, la possibilité de lier l’affect angoissant à des représentations mentales acceptables par lui.

Les textes, empruntés au  répertoire classique, jouent donc un rôle fondamental dans cette thérapeutique
-   le texte est à la fois un élément médiateur (une sorte de masque qui protège et permet)
-   un objet transitionnel (au sens de Winnicott)
-   un contenant
-   un espace de pensée
-   une surface projective
-   un fragment de culture
-   un objet esthétique

Outil privilégié dans tous les champs de la communication, la scénothérapie quitte le théâtre pour explorer “l’autre scène” (au sens psychanalytique). Elle permet et facilite les processus de liaison et la recherche d’identité, dans un travail spécifique à chaque individu, y ajoutant un élément ludique qui vient soutenir celui-ci dans son cheminement.

Martine nous propose alors  de faire l’expérience de la scénothérapie. Plusieurs textes sont mis à notre disposition. Leur choix se fait dans une certaine effervescence, avec rapidité ou lenteur. Une fois les textes lus à voix haute devant le petit groupe, Martine nous invite à explorer les raisons de notre choix, en quoi ce texte parle de nous, en quoi il résonne. 

Parmi les auteurs des extraits proposés : Kawabata, Prévert, Buzzati, Duhamel, Bobin… et aussi ces deux-là   

“Je me souvins d’un matin où j’avais découvert un cocon dans l’écorce d’un arbre, au moment où le papillon brisait l’enveloppe et se préparait à sortir. J’attendis un long moment, mais il tardait trop, et moi j’étais pressé. Enervé, je me penchai et me mis à le réchauffer de mon haleine. Je le réchauffais, impatient, et le miracle commença à se dérouler devant moi, à un rythme plus rapide que nature. L’enveloppe s’ouvrit, le papillon sortit en se traînant, et je n’oublierai jamais l’horreur que j’éprouvai alors: ses ailes n’étaient pas encore écloses et de tout son petit corps tremblant il s’efforçait de les déplier. Penché au-dessus de lui, je l’aidais de mon haleine. En vain. Une patiente maturation était nécessaire et le déroulement des ailes devait se faire lentement au soleil; maintenant il était trop tard. Mon souffle avait contraint le papillon à se montrer, tout froissé, avant terme. Il s’agita, désespéré, et, quelques secondes après, mourut dans la paume de ma main.Ce petit cadavre, je crois que c’est le plus grand poids que j’aie sur la conscience. car, je le comprends bien aujourd’hui, c’est un péché mortel que de forcer les grandes lois. Nous devons ne pas nous presser, ne pas nous impatienter, suivre avec confiance le rythme éternel.”   
“Alexis Zorba”  
Nikos Kazantzaki

“Dans le chant de ma colère il y a un oeuf,

Et dans cet oeuf il y a ma mère, mon père et  
mes enfants,

Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et
 vie.

Grosses tempêtes qui m’avez secouru,

Beau soleil qui m’as contrecarré,

Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,

Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles;

Si l’on savait comme je suis resté moelleux au
 fond.

Je suis gong et ouate et chant neigeux,

Je le dis et j’en suis sûr.
”

“Je suis gong” Henri Michaux

 Pour en savoir plus

GUILHOT Jean, LE HUCHE Sylvie, PERCEAU Josette, RADIGUET Chantal
Expression scénique, parole, plaisir et poésie,
Paris, Editions ESF, 1989

www.sfes.net

 

L'album imaginaire...

ou l’atelier d’écriture du 16 décembre 09       by Fritz

Ça a été une soirée expérimentale. Des photographies d’ancêtres (le chœur discordant des aïeux, la fresque écaillée dans le labyrinthe personnel), aux instants de bonheur saisis dans un jardin (le vertige fixé –cela a eu lieu- et la fuite du temps –cela a eu lieu), en passant par ces images où l’on est seul (dans la montagne, dans une rue -mais il a bien fallu un photographe devant nous), nous nous sommes laissés prendre à la difficulté de comment dire et à une sorte de joie d’essayer de dire ce que les images devant nous montrent. Les photographies, une fois que nous avons passé l’épreuve de la reconnaissance, et que nous les avons regardées pour la première fois, ont récupéré leurs aspects énigmatiques, même si l’un ou l’autre des participants donnait des indications biographiques : ces images – une dame âgée en retrait d’une petite fille, deux jeunes enfants devant un rideau, une image rougie par le temps de deux fillettes devant un hibiscus – ne  nous donnent pas à voir seulement cela, mais aussi cela, l’éphémère à quoi nous cherchons donner un sens.

Deux petites filles

Dans une lumière rouge

De fin du monde

Rouge le sol, rouges les peaux nues, rouges les corolles
Deux fillettes en sandalettes
Jambes grêles, jambes frêles
Fleurs d’hibiscus
Et hauts piliers
Deux petites jupes plissées
Cheveux courts, mains croisées
Deux petites filles
Dans l’incandescence
De l’enfance

        Il y a eu aussi l’expérience de l’autoportrait et du portrait de notre voisin du moment. Si je peux dire à ce sujet quelques mots dont je ne sais pas s’ils renvoient à quelque chose de commun, cette tentative, quelques mots raturés en ce qui me concerne, a été la plus malaisée. Quels sont les mots à employer pour se décrire, pour faire son autoportrait du point de vue de l’autre – c’est ainsi que j’ai compris la consigne, que je me suis donnée. Et l’autre, comment dire le corps assis, le poids sur le siège, le tressaillement des membres, le mouvement des yeux, les organes obscurs, son enfoncement dans le temps ?

J’ai les cheveux longs, mais je me souviens les avoir brutalement coupés très courts plusieurs fois dans ma vie parce qu’ils étaient pleins d’électricité statique. J’ai, je crois, il y a longtemps que je n’ai pas vraiment vérifié, les yeux ‘verts fourrés orange’ et picotés de taches inégales et foncées (un iridologue m’a fait un jour les pires prédictions à propos de ces taches là). Un nez ‘long’, enfin assez long, aquilin sans doute, avec deux traces de varicelle. Une petite cicatrice en relief sous la lèvre, léger vestige d’un accident de voiture. Mes oreilles sont percées, je porte en général des anneaux indiens, et parfois une petite salamandre d’argent en plus à droite, pour l’asymétrie. J’ai les mâchoires serrées, et je me mords fréquemment l’intérieur des joues. J’ai sans doute l’air sévère, les traits un peu durs, anguleux. Des rides, des taches sombres sont apparues au fil du temps et je m’y habitue. Je n’aime pas me maquiller, sauf un peu de khôl parfois, habitude que j’ai rapportée du Maroc, où j’ai longtemps séjourné.

        Sans doute, ces images passées nous ont-elles fait nous pencher sur notre enfance, sur l’avant-enfance même, comme sur un puits, et prendre conscience parfois de notre place, de nos liens, de notre distance. Elles nous proposent une organisation du temps, l’apparition des causes et des conséquences. Cependant, s’il fallait évoquer les images qui me reviennent maintenant, ce seraient celles dont la description du sujet se fait sur un fond ignoré et grouillant de vie. Je donnerais : ce bord de mer avec une petite fille penchée au-dessus de l’eau, un jeune homme et une fillette dans un décor presque désertique, cette jeune Japonaise, accroupie devant un mur blanc en France, dessinant des idéogrammes.

C’est moi… à Aigues-Mortes, Ravaillac vient d’assassiner Henri IV, et je suis désespérée, assise sur la marche au seuil de la maison familiale du boulevard Gambetta.

C’est moi… sur la plage, à Juan, où j’allais chaque jour me baigner avec mon père. Mais ce jour-là, il pleure. Je ne l’avais jamais vu pleurer. Il tient le papier bleu pâle des télégrammes et il pleure le décès de sa grand-mère. Ça, je ne le sais pas, je suis seulement terrifiée par son chagrin.

C’est moi… à Valréas, passant des journées entières dans les arbres… il y en avait un surtout que j’aimais bien, et qui m’a beaucoup consolée.

- Il y a des silhouettes derrière, sur le quai d’une gare. Une immense locomotive luisante et noire est arrêtée. Un gamin frêle fait une grimace au moment où l’image le fige. SNCF : sachez nager comme Fernandel…

- Au-dessus de la ville, dans une pinède en couleur, comme la mer que l’on voit dessous, qui se confond avec le ciel, quelques gamins, dont je suis, assis en tailleur, un sandwich à la main, posent.

- On voit un pan de mur en pierre, des restes d’une muraille posée sur des rochers, curieusement conservée en pleine ville. Il y a deux personnages assis devant les pierres, mais je ne les reconnais pas.

Au grenier...

Ou l’atelier d’écriture du 12 octobre 09             by Fritz

(Cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

”Le souvenir est un poète, n’en fais pas un historien”. Paul Géraldy

A l’iGtb, on a la conviction que lire, écrire et échanger à ce propos, reste essentiel. Quelques propositions ont été faites aux participants pour aller ”à leur propre rencontre”, et redécouvrir, à travers les mots, des sensations singulières… Voici quelques bribes et débris de mémoires…

Dans notre grenier, il y a eu des boîtes… 

”J’ouvre la boîte de carton  recouvert de papier  imitant le lézard, d’un vert poussiéreux et dont les coins s’effilochent. Le couvercle bascule vers l’arrière, à peine  retenu par les charnières prêtes à céder.   La boite paraît presque vide. Une grande photographie en couleur est posée sur le fond.  Un paysage, strié de longues raies jaunes et plutôt flou. Sur  la photo sont posés un bouton de manchette en nacre, une bêtise de Cambrai, un petit, tout petit sachet de papier Kraft à peine renflé en son milieu et qui, une fois ouvert, livre une étiquette aux caractères –chiffres, lettres- tellement pâlis qu’ils sont impossibles à lire, et une agrafe du genre de celles qui ferment les soutiens-gorge.”

” Vers ma dixième année, mes parents tenaient un magasin de chaussures. Il y avait dans l’arrière-boutique une sorte de mezzanine encombrée de boîtes de chaussures. J’ai passé un après-midi entier à ouvrir les boîtes et à les refermer. Il y en avait une où il n’y avait rien, je crois.”

“Dans cette boîte en métal oxydé qui appartient à ma mère, il y  a un petit cochon musicien, vêtu d’une marinière de feutrine un peu décolorée et d’un tout petit béret à pompon rouge. Il tient debout et quand on remonte la clé qu’il a dans le dos, il tressaute et agite nerveusement son archet au dessus de son minuscule violon pendant quelques minutes, avant de le laisser retomber ballant  après un dernier soubresaut. Il y a quelque chose d’assez pathétique dans cette agitation mécanique, silencieuse et éphémère. ”(…)

Quelques objets exhumés des mémoires…

 ”Un  hachoir à viande. Un petit moulin à musique. Un vieux bénitier. Une trottinette. Une bouillotte.

Le hachoir. Ma grand-mère prépare une farce. Le jaune d’œuf se mêle à la viande rouge, rose  et blanche, au blanc de la mie de pain trempée dans du lait, au vert du persil. Le bruit est un gargouillis réjouissant. Ma grand-mère enfonce ses doigts dans l’espèce d’entonnoir qui surmonte le hachoir. Lorsqu’elle les en ressort, ils sont  gluants et comme ensanglantés. J’ai un peu peur qu’elle les laisse happer par les lames.”

“Un plumier de bois - le mot plumier y est pyrogravé en écriture anglaise. Un encrier fêlé de céramique blanche.  Une plume sergent-major fine au bout de son porte plume de plastique un peu renflé. Un buvard rose pâle recouvert de signes inversés et énigmatiques à l’encre violette… et cette protubérance tatouée de violet elle aussi sur la première phalange du majeur.”

Des odeurs anciennes…

”Mon odeur d’enfance, c’est celle de l’essence de térébenthine. De temps en temps, avec ma grand-mère, nous vivions une grande aventure : nous allions acheter, à l’usine qui la fabriquait, une bouteille d’essence de térébenthine. Il fallait d’abord descendre vers la rivière par un raidillon, puis traverser sur une passerelle branlante. Ensuite, un chemin nous menait jusqu’à la route goudronnée que nous suivions sur quelques centaines de mètres. Au loin, on apercevait de hautes cheminées de briques. C’est là, dans un mystérieux labyrinthe de bâtiments roses tout imprégnés de l’odeur de résine distillée, que l’on fabriquait  le mystérieux  liquide dont l’odeur, aujourd’hui encore, me paraît une des plus merveilleuses créations de l’activité humaine.”

”Cette petite boîte cylindrique en aluminium contenait un bloc translucide, assez semblable à de l’ambre, et protégé d’une petite peau de chamois. C’est une odeur très singulière que celle de la colophane*, et une matière étrange, se transformant en poussière blanche lorsque l’on y frotte activement les crins de l’archet… Avec elle, s’ouvre tout un univers de gestes, tout un rituel de préparatifs, de soins à donner à l’instrument qui repose comme dans un petit cercueil dans son étui de velours bleu… Sans cette résine odorante, l’archet ne rendrait tout simplement aucun son sur les cordes du violon. ” 

(*le saviez-vous ? Le nom vient de Kolophôn (une cité grecque antique de l’Asie mineure) d’où l’on tirait cette substance. Dans les Landes de Gascogne, où elle était produite en quantité, la colophane portait le nom gascon d’arcanson, qui est à l’origine du nom de la ville d’Arcachon.)

Des livres fondateurs…

”Le titre a disparu. Il devait s’agir des Voyages de Marco Polo. Qui me l’avait offert ? je n’en sais rien. Un livre grand format parsemé d’illustrations à toutes les pages. Où pouvais-je le lire, sur la terrasse ? posé par terre, sur la table où l’on déjeunait et dont rien ne reste dans ma mémoire ? dans ma chambre ? les pages sont devant moi, le jeune homme quitte Venise, le jeune homme est reçu chez le grand Khan, il voyage et revient, et en prison dicte ses mémoires. C’est donc comme ça, on voyage, on vit, on écrit. Tout se résume à un livre écrit en prison avant de mourir.”

”C’est un petit livre d’or. C’est ainsi que s’appelait cette édition de livres pour enfants… j’en ai oublié le titre mais je revois assez nettement les  images réparties sur la page,  des illustrations colorées, profuses, avec des personnages farfelus de toutes sortes, de toutes tailles, vaquant à des activités très diverses. Le texte au bas des pages s’affirmait en première personne. J’aime les voitures, les bateaux, les trains, les gens… Je feuilletais ce livre, blottie dans un tonneau qui servait de niche au chien des voisins. Ce lieu avait quelque chose de contenant, de chaleureux. J’y étais bien, recroquevillée à l’abri, les genoux au menton… et le monde, ainsi perçu, dans son incroyable diversité, avait pour moi quelque chose de fascinant.”

Des paysages intimes…

”Au loin, à perte de vue, la forêt de pins avec ses taches de couleur ; en elle toutes les nuances du vert, tous les rythmes que les vents impriment aux branches.  Mais le plus extraordinaire de cette forêt, c’est ce que l’on ne voit pas et qui, on le sait, y vit : les lions qui attendent leurs proies, tapis dans l’ombre ; les guépards perchés sur les plus basses branches, prêts à bondir au premier frémissement de l’herbe ;  les vols de palombes tournoyant au-dessus des palombières enchantées.”

”C’est un champ d’anémones rouges, mauves, bleues… presque à perte de vue, un champ coloré, intense, impressionniste. Des touches, des taches, mouvantes, vibrantes… et dont quelqu’un vêtu de serge grise, courbé, mains calleuses, terreuses, prend soin…”

En septembre ... à l'iGtb



Oui, oui, voilà, voilà, on arrive…

Alors, en septembre à l’iGtb, 

la petite fabrique 

propose des ateliers d’expression créatrice pour enfants de 8 à 12 ans

le démarrage d’un premier parcours (5 séances de 2h, 15 €/séance) sur le thème, Fables et bestiaires, est prévu 

le mercredi 23 septembre, de 17h à 19h

Ces ateliers hebdomadaires, co-animés par 2 enseignantes, proposent des parcours ludiques et créatifs. A chaque séance, il s’agira pour l’enfant de s’immerger dans une thématique par quelques lectures et recherches, puis de rédiger lui-même un petit texte lié à ce thème, et enfin d’y associer une production plastique et/ou culinaire

Sur le parcours Fables, les productions pourront être des masques, des personnages et un théâtre en papier, des marionnettes…etc. Le matériel est fourni.

Renseignements au 06 20 25 37 7ou consultez le site

Ainsi vivent, vivent, vivent...

les petites marionnettes, ou l’atelier d’expression créatrice du 23 mai 09   

by Fritz    (cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

Au pays des marionnettes, il y a deux familles : les “marottes” et les “chaussettes”… et ce samedi 23 mai à l‘iGtb, il y a eu quelques naissances dans ces deux familles.

Sous la houlette de Maëlle Andriamanjay et Corinne Joussain, s’est d’abord déroulée la phase de confection : petits matériaux divers, débris, morceaux, fragments… laine, boules, tissus colorés, bricoles, bolduc… à quoi viennent s’ajouter savoir-faire et astuce. 

C’est d’abord dans un intense silence que les marionnettes prennent forme. Elles adviennent chacune dans leur singularité… et l’on commence à percevoir ce paradoxe, la marionnette est d’une part un objet (poupée de bois et chiffon) mais qui s’anime d’autre part grâce au mouvement et à la voix du manipulateur…


Donc sous l’impulsion de leurs animatrices, elles se sont mises à bavarder, à jacasser même, à raconter l’histoire de leur improbable famille depuis trente ans… et il s’en passe des choses en trente ans… des drames, des joies, des histoires de place, de rejet, d’abandon, d’adoption, de retrouvailles… dans un joyeux brouhaha et quelques gesticulations… un jeu aux dimensions assez cathartiques.

Par la suite, des dialogues plus intimes entre marionnettes et marionnettistes se sont établis… des rencontres touchantes entre créature et créateur, où l’on peut percevoir la dimension projective de cette effigie… et son enjeu, qui est d’être un corps auxiliaire, en sorte que donner vie à la marionnette serait bien un peu tromper la mort… finalement, on ne sait plus très bien qui anime qui !

Et sous des dehors ludiques, ce jeu, qui est disjonction/conjonction de l’être et de la chose, permet de créer cette distance, ce petit espace nécessaire, indispensable au jeu de la vie… 

Je renvoie ici au remarquable texte de Heinrich von Kleist, écrit en 1810, Sur le théâtre de marionnettes dans lequel il fait affirmer à C., premier danseur de l’opéra, qu’un danseur voulant se donner une formation pourrait apprendre toutes sortes de choses par le truchement  de la pantomime des marionnettes dont l’âme (vis motrix) se trouve au centre de gravité du mouvement. Selon lui, la grâce (terme riche de sens) apparaît soit chez dieu, soit dans le pantin, que l’homme, même le plus inspiré des danseurs, est bien incapable d’égaler. Le mouvement de la marionnette serait, selon lui, l’ellipse, cette trajectoire entre deux foyers, un je et un il, qui ne serait rien d’autre, précise Kleist, que l’âme du danseur.

La voix est libre...

ou l’atelier-voix du 16 mai 09        by Fritz

      Oui, la voix est libre ! Du moins elle devrait l’être si nous ne laissions pas nos peurs, nos angoisses (rappelons que ce mot vient du latin angustia qui signifie «resserrement » et l’angoisse nous serre la gorge, brise notre voix) l’en  empêcher. Plus que des techniques, Marie-Hélène Deschamps proposait aux participants de retrouver une confiance, une spontanéité, bridées, brimées, parfois même, en tout cas nous le croyons, perdues. Tenter de vaincre ses empêchements, de quelque nature qu’ils soient, et trouver sa voix, notamment en  (re)découvrant  le plaisir de chanter, tel était le projet de cet atelier.

    La voix est libre. Libre comme l’air, qui nous fait vivre et porte nos paroles et notre chant. Aussi faut-il commencer par un travail sur la respiration, prendre conscience de la place de l’air en nous, le laisser nous traverser et réunifier sur son passage les différentes parties de notre corps, trop souvent cloisonnées, séparées. Le souffle reconstitue l’unité de l’être qui, alors qu’il était comme divisé, se rassemble. Le souffle, c’est l’âme.

      On n’y pense jamais assez : l’air que nous respirons est ce que nous partageons le plus. Chanter ensemble  est une occasion, simple et belle, de rendre manifeste ce lien. Dans le  chant  donner et recevoir sont  indémêlables, comme nous avons pu l’expérimenter au cours d’un des moments les plus intenses de la journée,  que Marie-Hélène Deschamps a appelé «prendre un  bain de sons» : placé au centre du groupe, au cœur du chœur en quelque sorte, se laisser envelopper par le chant, pures vocalises sans mots. Générosité et abandon sont nécessaires, de part et d’autre, car il faut de la générosité pour recevoir et une grande confiance pour donner ( précieuse leçon de cette expérience).

       Ce sont aussi les clés de la recherche d’harmonie qui anime les membres du « chœur » : tout en émettant ses propres sons, être le plus possible à l’écoute de ceux des autres et s’adapter avec souplesse, moduler sa voix selon ce qui advient,  être en adéquation avec ce qui est, ici et maintenant. Au centre du groupe comme parmi les chanteurs, on se sent libre et relié, porté, soulevé : l’état dans lequel  on se trouve est une paisible euphorie. Et curieusement, même la dissonance, alors, peut émouvoir.

       L’accord, l’harmonie sont bien entendu l’aspiration première. Nous  les avons aussi recherchés dans des exercices d’improvisation où, ensemble, nous devions combiner  rythmes et sons. Et une fois de plus, souplesse et liberté, spontanéité et attention à ce qui est donné, ont guidé nos pas et nos voix.

        Le chant peut être l’occasion d’une redécouverte de l’existence, ou de l’être-au-monde. Grâce à lui, chacun s’éprouve comme au croisement de deux dimensions symboliques : verticalité du souffle qui traverse le corps et  s’élève, horizontalité des nappes de son qui se prolonge et du déploiement des voix. Incarnation et spiritualité y sont indissociables, l’être y est comme réconcilié, accordé. Le plaisir naît alors, et la beauté, comme une évidence. Plus encore, il semble qu’on approche le mystère de la joie et le chant pourrait bien être une forme que prend celle-ci  pour apparaître. Même si le chemin est parfois celui des  émotions tristes.

        Au terme de la journée, il était devenu évident  que tout le monde devrait chanter, comme tout le monde devrait danser. ( Et aussi jouer …ou écrire *!) Une journée, c’est bien court et beaucoup ont ressenti, presque cruellement, la limite que le temps opposait à leur désir d’aller plus loin.

       Cet atelier a ouvert la voie. Eh bien, chantons maintenant !

*Je pense au beau livre de Georges Picard : Tout le monde devrait écrire


"Passez-moi l'expression..."

ou Jean Broustra au « pour l’instant » by Fritz

Ceci n’est que ce que ma rêverie intermittente et attentive a retenu de cette soirée. Sans doute est-ce injuste, sans doute est-ce incomplet, j’espère donc que Jean Broustra se reconnaîtra un peu dans le portrait fragmentaire qui s’y esquisse

Jean Broustra, psychiatre, psychanalyste, écrivain, a bien voulu en une brève soirée reparcourir avec nous – par voies royales et par chemins de traverses – quelques-unes des étapes de sa vie, depuis l’effervescence des années 70 (comme on dit),  période de la séparation de la psychiatrie d’avec la neurologie, jusqu’au présent. Voici donc quelques instantanés pris dans le flux…

Années 70, à Trieste, à Barcelone, en Grande-Bretagne, R. Laing, la psychiatrie en mouvement, l’anti-psychiatrie. Ici, c’est la rencontre avec Michel Demangeat, disciple d’Arno Stern, de l’Association d’Expression Girondine, avec Guy Lafargue, qui lui permettra de faire la connaissance de Jean-Marie Robine (à l’époque, un non-directif, influencé par Rogers, aujourd’hui l’un des représentants importants de la Gestalt-Thérapie en France).  Tous trois ressentent la nécessité de proposer des ateliers pratiques et théoriques (se différenciant de l’Art-Thérapie, dont la conception est nettement pédagogique). 

L’atelier d’expression

Il est nécessaire de rêver l’espace de l’atelier d’expression, de la même manière, comme le dit Bion, qu’il est nécessaire de rêver son enfant… La notion d’atelier d’expression, cadre mêlant expérience créative et dynamique de groupe, a donc été imaginée au début des années 70. Cet espace permet d’esquisser un geste pour exprimer quelque chose, mettre en forme un vécu avant de se repositionner dans une parole sur soi et sur ce qui arrive. 

 Ces ateliers ouvrent un nouvel espace de travail que Jean Broustra a nommé « polytope interlangagier » (théorisation qui concerne la pratique des ateliers d’expression dans la dimension thérapeutique et qui s’appuie sur la mise en jeu des congruences et des écarts entre les plans langagiers non verbaux et le jeu de la parole) où le patient, pour se sentir en sécurité, doit ressentir le cadre comme un réceptacle, un corps maternel, une peau… ainsi que la présence des animateurs. La non-directivité est la règle, même si on peut considérer qu’elle constitue un idéal inaccessible. Aucune injonction directe n’est donnée pour réaliser des productions. On utilise la peinture, l’argile, le collage, l’écriture, l’expression corporelle, les marionnettes, l’invention de récits, etc., ce que René Roussillon désigne du terme « médiums malléables ». Les matières à transformer sont à disposition dans un espace où l’on se ressent en confiance. Un participant à l’atelier, au rythme qui lui est propre, produit des objets d’argile, de peinture, etc.., au plus près, comme dit Henri Maldiney, de son « automouvement »  (l’automouvement, concept phénoménologique de mise en tension du corps en désir de formation de forme, est aussi en recherche d’échange, d’altérité). Parfois il faut savoir attendre en évitant des attitudes activistes. Très en lien avec la philosophie de l’expression (Hans Prinzhorn, Max Pagès), les animateurs d’ateliers sont soucieux que puisse s’engager le plus spontanément possible la formation des formes (Gestaltung). Importance de la jection (notion empruntée à Derrida, à propos d’Artaud) par rapport à des individus pulsionnels. 

Il s’agit de ne pas se laisser piéger par l’esthétique des productions. L’objet produit n’est pas une œuvre d’art (Arno Stern archive ainsi dans le « Closlieu » tout ce qui a été produit au cours de ses ateliers pendant des années). La transitionnalité de l’espace thérapeutique à l’espace public est nécessaire. Il n’est pas question d’interpréter l’objet produit en atelier, cet objet, il faut insister, ne doit pas être considéré comme esthétique (biais par où peuvent pénétrer et pénètrent de fait le marché de l’art et les marchands). Les œuvres produites bénéficient du secret, comme toute psychothérapie, ce qui veut dire concrètement qu’elles ne sont jamais montrées aux équipes soignantes ni exposées au public. Elles peuvent seulement être « utilisées » pour les publications scientifiques, et non sans l’accord des patients.

Ainsi dans ces ateliers, dans une ambiance de respect, de non-jugement, de non-directivité, chaque participant a l’occasion de remédier à un mode d’être-au-monde, qui demande un renouvellement.

Cette définition de l’atelier d’expression permet de poser une nette distinction entre ateliers thérapeutiques et ateliers de création. Leur cadre, en référence à D. Winnicott et W. Bion, essaie de concilier une modalité d’accueil sécurisante sans que, pour autant, s’exerce une directivité pédagogique notamment artistique.

Bibliographie de Jean Broustra...

L’écriture apparaît dans la vie de Jean Broustra après un accident de santé en 1993. Il a ainsi écrit

des romans

Le bain de midi (la presqu’île, 1994), puis Salines (inspiré par Jean Laforgue, la presqu’île, 1996).

L’homme-promenade, récit paru en 2006 aux Editions Confluences, préface de J. Abeille, dont le « héros » Maxime Duroc, est un surveillant de parcmètres qui, à la suite d’une rencontre avec une femme, sombre dans l’hallucination et finit en psychiatrie… a obtenu le prix Charles Brisset (Prix attribué par le Jury de l’Association Française de Psychiatrie)

des essais

 Les schizophrènes, Editions Universitaires, j. p. Delarge, 1978

 Expression et psychose, ateliers thérapeutiques d’expression (préface de Francis Jeanson), ESF, 1987. Rééd 1997, Cahiers de l’art cru 44

  Ecrits sur l’expression, Cahiers de l’art cru, 2, 1987. Réédition, 14, 1991

  L’expression créatrice (avec Guy Lafargue), Essentialis, Morrisset, 1995

  L’expression, psychothérapie et création (préface de Roger Gentis) ESF, 1996

  Abécédaire de l’expression, psychiatrie et activité créatrice : l’atelier intérieur, Erès, 2000. 2ème éd 2005

un essai poétique

  Toi, psychiatre et ton corps (Avec des peintures de Jean Lascoumes), L’exprimerie, 2000

une autobiographie poétique

  La vie rhizome, Le bord de l’eau, 2002

Il prépare actuellement un essai : Traité du bas de l’être 

En Avril.. à l'iGtb


Nous avons la chance d’accueillir à l’iGtb

Jean Broustra, psychiatre, psychanalyste et écrivain,

qui vient animer une tertulia sur le thème de l’expression créatrice

le vendredi 10 avril à 20h

Passez-moi l’expression…”cliquez pour voir l’image en plus grand

Gestalt-thérapie et Théâtre

by Fritz

Laurent Rogero, auteur, comédien et metteur en scène, et, Jean-Marie Robinepsychothérapeute, se sont prêtés au jeu du dialogue, vendredi 27 mars… à l’iGtb. Ça a pris, peu ou prou, cette forme là…

En y mettant les formes…

Pièce en un acte

Personnages

Maëlle, la muse

Laurent, le jeune et fougueux théâtreux

Jihémer, le vénérable thérapeute

Le choeur

                                             Fragment 1  Avoir des ennuis

La scène se passe à l’iGtb, quelques chaises, une table, des fleurs… un feu brûle dans la cheminée. Le choeur est éclairé.

Maëlle, légèrement angoissée : Euh…, allons-y, alors quels liens y a t-il entre Gestalt-Thérapie et théâtre ? (A Jihémer) : Aimes-tu le théâtre d’aujourd’hui, t’inspire-t-il dans ta posture thérapeutique ?

Jihémer, puisant dans ses souvenirs : Eh bien, les fondateurs de la Gestalt-thérapie ont eu des relations étroites avec le théâtre, notamment Perls qui a eu l’occasion de faire du théâtre avec Max Reinhart à Berlin,  ce qui l’a certainement beaucoup influencé dans sa pratique. Puis plus tard aux Etats-Unis, il s’est passionné pour les travaux du Living-théâtre, pour lequel Goodman écrivait des textes. Enfin, il a été terriblement séduit par le psychodrame de Jacob Moreno… Dans les années 65/70, la Gestalt-thérapie était engagée à fond dans les thérapies d’expression (période des premières rencontres expérimentales de la thérapie avec le théâtre, la poésie…). J’étais passionné par le théâtre dans ces années-là (ah, Ariane Mnouchkine…), mais par la suite, dans les années 80-90, j’ai commencé à m’emmerder sérieusement au théâtre, j’ai eu l’impression d’une régression des formes théâtrales…

Laurent : Je te rejoins, Jihémer. J’ai une position à part dans le monde du théâtre. Je trouve, moi aussi, le théâtre d’aujourd’hui chiant. Mes références sont antérieures à ce qui se fait maintenant. Je m’y ennuie, alors j’ai quelques idées, j’essaie d’y réagir, mais je suis peu entendu, le public ne réclame pas autre chose, les artistes non plus. J’imagine en effet que dans les années 70, ça bougeait davantage dans le théâtre, parce qu’il était en lien avec les mouvements sociaux. Les artistes ne sont qu’un relais. Le théâtre est le miroir de la société. Dans les années 80, beaucoup d’argent a été investi dans l’art pour l’art. Et beaucoup de séparations ont été mises : entre amateurs et professionnels, entre profanes et éclairés… L’intermittence a aussi cassé la troupe : les comédiens sont devenus des sortes de mercenaires individualistes. Le public a demandé progressivement plus de confort, et maintenant on consomme le théâtre individuellement, dans des fauteuils grand luxe, comme du cinéma. Moi, après ma formation au conservatoire, j’ai été un acteur dirigé comme un pion par un metteur en scène tout-puissant, alors que j’avais envie de relations, d’échanges, de tout autre chose. Actuellement, les comédiens ont l’habitude d’être dirigés, et d’ailleurs ils ne veulent rien d’autre, ils peuvent même être assez réticents à d’autres propositions de travail…

Le choeur, déconcerté : Mais … il y a plusieurs théâtres, pas tous ennuyeux, par exemple le théâtre de rue… ?

Laurent : Même dans le théâtre de rue, on s’emmerde ou c’est très dur. Les grosses compagnies font de grosses choses, de belles choses, mais enfin tout ça ne change rien au problème. De petites compagnies peuvent aussi faire de petits bijoux. Mais ça reste rare.

Le choeur, insistant : Est-ce que ça ne serait pas lié au nombre de spectateurs ? 30 personnes ou 500, c’est pas pareil…

Laurent : Bon, alors face à ce constat qu’au théâtre on s’ennuie, j’arrive de temps en temps à faire bouger des choses : par exemple avec les lumières allumées dans la salle, les comédiens voient les spectateurs, les spectateurs se voient entre eux, et ça change… quelque chose de collectif peut apparaître, qui pourrait être l’essence même du spectacle vivant : des acteurs vivants, présents, ressentant et faisant vibrer les spectateurs qui influencent eux-mêmes le jeu par la qualité de leur ouverture. Mais il y a des résistances par rapport à ça de la part des spectateurs… mais aussi des comédiens, qui devraient se concentrer et parler de ce qui se passe vraiment ici et maintenant dans la relation au public.

Fragment 2    En forme… de poire ?

Jihémer : C’est la forme qui importe et qui reste, et non le contenu. (Il raconte un souvenir) C’était un spectacle où le public était enfermé dans des boîtes avec les comédiens… c’est la forme qui m’a frappé, et qui m’est restée en mémoire, pas le propos…

Le choeur, qui commence à comprendre : Ah oui, oui, comme le spectacle de l’opéra pagaï, qui casse les codes du théâtre avec des déambulations… et la participation des spectateurs ?

Laurent : Oui, là où vous vous êtes amusés, ce sont sans doute des spectacles où les spectateurs étaient impliqués…

Jihémer, riant : Bien sûr, la première fois, il y a de la surprise, ensuite non. Dix fois la même surprise, ça finit par ne plus vraiment en être !!!

Laurent : Il faut un spectacle qui implique, qui fait réfléchir sur le social… une forme de théâtre impliquée et impliquante ! 

Jihémer : En fait, ce que nous sommes en train de dire, c’est finalement : à quoi sert le théâtre ? Qu’est-ce que l’on y cherche ?

Maëlle, revenant à ses moutons : Oui … quelle serait la bonne forme ?

Jihémer : Il n’y a pas de bonne forme qui soit extérieure à la situation. Même en tant qu’observateur d’une séance, je ne peux pas savoir ce qu’est la bonne forme, car j’y suis extérieur. Certes on cherche à amener le patient à un endroit précis : celui où il pourra être plus créatif, mais en chemin, la forme est à inventer… c’est dans et par la situation que la forme prend sens.

Le choeur, qui croit avoir compris : Au théâtre, une même pièce jouée devant des spectateurs différents devrait en fait donner un autre spectacle. Mais alors, on devrait donc pouvoir y retourner le lendemain et ne pas s’y ennuyer ?

Laurent : Oui, l’expérience est à chaque fois renouvelée, s’il y a interaction avec le public. Ça marche, quand le public veut bien.

Le choeur, avide de précisions : Quels sont les signaux qui te permettent de t’appuyer sur le public ?

Laurent : S’il est choqué, j’exagère, j’amplifie, je provoque. Je le ferre un peu, et quand c’est suffisamment installé, j’y vais. Mais il y a une réelle difficulté du comédien à être dans cette écoute.

Jihémer :  Je dirais à la fois dans l’écoute et la non-écoute… Un thérapeute américain disait à propos des Gestalt-thérapeutes : « Une des premières choses que vous avez à apprendre, c’est ne pas écouter les gens, il faut faire plus confiance à vos yeux qu’à vos oreilles ». Moi-même, je demande parfois comme exercice à mes étudiants de faire une séance de thérapie avec des boules Quiès … On en revient à ce que Perls appelait la navette (shuttle), c’est-à-dire : être conscient de toi / être conscient de moi / être conscient de ce qui se passe pour nous. Tout cela se fait très vite pour le thérapeute. Par ailleurs, le bon thérapeute est plutôt là où on ne l’attend pas.

Maëlle, ne perdant pas son fil : L’utilisation des mediums créatifs favorise-t-elle l’émergence de nouvelles formes ?

Jihémer : Les mediums ouvrent l’accès à l’implicite. C’est intéressant, mais notre erreur est parfois de vouloir faire expliciter les patients ensuite. Je suis intéressé à inventer des moyens qui vont créer de la surprise et donner au patient la possibilité de se surprendre lui-même. Ce qui donne un sens au mot et à la fonction de gestalt-thérapeute, le thérapeute des formes (sous-entendu : que chacun a pu ou peut donner à son existence). Dans le courant des thérapies d’expression créatrice, l’attention se focalise sur le processus plus que sur l’objet créé. Notre attention se porte davantage sur le processus de formation de formes, la dynamique de la prise de forme. Les formes qui adviennent sont provisoires, ou métastables, parce que vivantes, les formes statiques, ou stables, sont mortes …

Fragment 3  Infinitif présent 

Maëlle, à Laurent : Est-ce que ce qu’évoque Jihémer rejoint ce que tu appelles la présence, Laurent ?

Laurent, reprenant l’idée du shuttle de Perls :  Sur scène, la plupart du temps un acteur ne ressent rien. Moi, j’essaie de faire ressentir les acteurs. Si l’acteur est présent, il va créer spontanément la psychologie du personnage… la présence va dans le sens d’un travail constant de conscience portée à mon corps, à ce que je dis à mon partenaire, à ce que cela provoque dans le public. J’oblige mes acteurs à être vivants, c’est un des moyens qui fait que le public ne s’ennuie pas.

Le choeur, synthétique : Un certain plaisir serait-il donc nécessaire ?

Jihémer, savamment : Le plaisir implique de l’autre, alors que la jouissance est masturbatoire. Par ailleurs, il ne faut pas confondre oeuvre d’art et création… Le théâtre peut aussi être conçu comme « œuvre d’art ». C’est-à-dire quelque chose de fini et de reproductible qui a à voir avec la culture, la séduction, le commerce. La création peut ne pas donner de l’art.

Laurent, fermement : Pour moi, l’artiste est créateur. Et le théâtre, un art éphémère …

Jihémer : Il y a une excitation de la performance. Mais certaines performances deviennent vite ritualisées, alors on retombe dans la production d’art et on n’est plus dans la création…

Le choeur, s’emballant :  Mais le plus important dans tout ça, n’est-ce pas de donner du sens ?

Jihémer : Oui, certes, donner du sens… ça a longtemps été primordial pour moi dans la thérapie, mais ça l’est beaucoup moins aujourd’hui. Ce qui l’est devenu, en revanche, c’est aborder, synthétiser son expérience. Un des aspects de l’expérience peut être de donner du sens, mais c’est seulement un des aspects. Le chaos et l’insensé sont aussi des expériences.

Maëlle, pensive : C’est étonnant. Que de similitudes entre vos deux postures… Le thérapeute aide ses patients à « transformer leur parole en poésie, leur marche en danse », le metteur en scène en fait de même avec ses acteurs. Chacun de vous mène un travail sur la formation de formes neuves.

Le choeur, encore tout palpitant : C’est formidable…

Fin

  • Et si vous voulez en savoir davantage sur le groupe Anamorphose :  dans l’émission “Bloc Notes”, Franck Desmedt (directeur de l’espace Treulon à Bruges) décortique l’actualité culturelle bordelaise, une fois par mois. Pour la première émission du vendredi 28 novembre dernier, il avait choisi de mettre en avant l’univers du Groupe Anamorphose. Regardez l’émission en cliquant sur le lien suivant : 
www.tv7.com/index.php?id_video=2784&id_fiche=267

De donde es el duende ?

by Fritz


    Cette première soirée du printemps – le vendredi 20 mars- un malicieux maître de maison (un dueño de la casa) a saisi l’institut bardé de bois de la place Zola de Talence. La faute en revient à Ludovic Pautier qui, après avoir entraîné les assistants dans le périple fabuleux du peuple gitan venu de l’Inde jusqu’au creux de l’Andalousie, s’imprégnant avec lui des cultures traversées, les assimilant et les restituant, déformées, reformées, en est venu à évoquer ou plutôt invoquer le duende

Qu’est-ce donc que le duende ? Que dit-on lorsqu’on affirme qu’un cantaor de flamenco a le duende ? Avec une érudition jamais affichée et une passion perceptible, L. Pautier a, à la manière des chanteurs, avec rigueur et spontanéité, mené sa quête, essayant de rendre compte de l’instant imprévisible où le chant flamenco, porté par le corps enfin brisé de l’homme ou de la femme, se transmue dans le chant anonyme de l’espèce. Parmi les chants que L. Pautier nous a permis d’entendre, celui de Agujetas, moins travaillé, moins assuré, moins assujetti à la beauté, lorsque celle-ci n’a pas à faire avec le « terrible », nous a transportés. C’est ainsi que l’on peut comprendre l’extrait de Jeu et théorie du duende de Federico García Lorca où ce dernier raconte comment la grande Niña de los Peines, qui venait de chanter devant un auditoire exigeant et déçu par sa prestation, « se leva comme une folle, cassée comme une pleureuse moyenâgeuse et but d’un trait un grand verre de cazalla comme du feu », puis s’assit « pour chanter, sans voix, sans souffle, sans nuance, la gorge embrasée… mais avec du duende. » (traduction d’Ignacio Gárate-Martínez, in Le duende, jouer sa vie, éd. encre marine 2005).

À l’apparition du duende, contribuent les paroles du chant, souvent transmises à travers le temps oralement, respectées et tout à la fois réinventées. Ce sont des aphorismes, des sortes de haïkus, des greguerías dirait-on, hommages parfois aux ancêtres, peines ou déclarations hardies d’amour comme celle-ci : « Quand serons-nous / mignonne / tels les pieds du seigneur / l’un au-dessus de l’autre / un petit clou entre les deux ». 

Lorsque nous avons quitté Ludovic Pautier plus de deux (très courtes) heures plus tard, nous avons emporté avec nous grâce à lui, en tout cas nous l’espérons, un peu de l’insaisissable duende.

 

 

Et pour ceux qui se poseraient la question du lien que pourrait entretenir la notion de duende avec la psychothérapie, consulter cet excellent article  Duende.doc (2005) de Juliette Allain sur ce thème.

Et pour ceux qui voudraient continuer d’apprécier les propos poético-enthousiastes de Ludovic Pautier sur le flamenco, rendez-vous sur les ondes tous les lundis soirs pour y écouter “Falsetaou sur son blog Los pinchos del ciego.

Hasta luego…

Un peu de poésie, que diable !

by Fritz 


L’iGtb, en quelque sorte partenaire -sans l’avoir prémédité- de l’indispensable 

Printemps des poètes,  a accueilli, en ce vendredi 13 mars printanier en diable, un atelier d’écriture consacré au haïku

Lectures à haute voix d’abord (Anthologie de la poésie japonaise classique, Poésie Gallimard, Haïku, Fayard) pour se mettre en éveil, se rappeler le charme de ces textes courts disant en toute simplicité une certaine présence au monde, s’imprégner de leur fraîcheur. 

Puis plusieurs phases d’écriture, accompagnées de musique (Airs de jeux, Sept tableaux phoniques en hommage à Eric Satie…) ou s’inspirant librement de photographies de Catherine Lacuve  « D’étranges Choses », consacrées au renouvellement du regard sur les objets qui nous entourent.

Les poèmes nés de ces moments successifs,  parfois  drôles car il peut y avoir de l’humour, voire de la cocasserie, dans les haïkus (en quoi nous rejoignions de façon inattendue le thème  du Printemps des poètes cette année),  ont été ensuite écrits sur des papiers translucides et suspendus en un « rideau de printemps » aussi léger que cette saison. Un rideau qui ne ferme rien, mobile, fragile, accueillant à la lumière et à l’air.   

Un rideau ne se prenant pas au sérieux…

Caracole dans les cieux                                
Karaoké      
De carnaval                   
Son aigu si ténu
Qu’il se tait
Effrayé de lui-même
Toujours d’accord, l’air
Pour porter les notes
Non ?