Le carnet de Fritz

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Transfert (s) ?

By Fritz
Rencontre réseau : Groupe de réflexion sur le 'Transfert'
avec Valérie Muller, Annie Bouhier, Bernadette Godmer, Geneviève Rosine et Didier Lambert
Parler de Transfert nous invite d’emblée sur le divan du psychanalyste qui utilise ce concept comme levier de travail, mais c’est dans les confortables fauteuils de l’IGTB que Didier, Annie, Geneviève, Bernadette et Valérie nous ont conviés à une causerie informelle autour de ce thème.

« Nous sommes toujours avec du transfert » a dit Marie Petit. Ces propos, qui peuvent paraître étonnants venant d’une gestalt-thérapeute, ont conduit à réfléchir à ce qui est référé lorsque nous parlons de transfert. La théorie psychanalytique a beaucoup évolué depuis Freud et évolue encore, et parler du phénomène de transfert ne peut se faire qu’en cohérence avec une théorie spécifique. Mélanie Klein, Jung, Lacan, Reik, Adler, Bion, Kohut, Winicott, Dolto et bien d’autres encore ont marqué leurs dissensions et adopté une position différente. Nous rencontrons par conséquent une polysémie terminologique qui requiert un long travail de recherches. Or l’ambition n’est pas là d’approfondir une notion de transfert que d’autres ont pensé avec érudition et pertinence, mais d’examiner la cohérence de parler de transfert dans une perspective de champ au regard de la théorie du Self et de tenter de cerner les analogies entre transfert psychanalytique et théorie gestaltiste.

 En tant que thérapeutes, il nous paraît à la fois incontournable, intrigant, énigmatique, voire symbolique de s’interroger à l’endroit du dit « transfert » ainsi que de son jumeau tout aussi célèbre, le « contre- transfert ». Non pas en vue de définir une réponse aux contours précis, d’épuiser le sujet, mais plutôt dans l’espoir d’ouvrir à quelques éclaircissements, quelques directions quant à son potentiel signifiant et ses conditions d’utilisation à visée thérapeutique, à quelle idée nous nous en faisons, à quelles sensations il nous convoque ?

Evoquer le transfert nous invite à du mouvement, à de la translation, à un aller-retour, mais sous quelle forme ? dans quelle mesure ? saine ou pathologique ? quelle est la part d’insu ? quelle serait sa fonction ? sa nature ? qu’en est-il de sa possible identification ? dans quel contexte ? de quel genre de représentations est-il porteur ? est-ce un phénomène humain toujours à l’œuvre ? quel est son alter-égo en gestalt-thérapie, lorsque nous évoquons les phénomènes de frontière tels que «  projection-introjection » ? qu’en est -il de la notion de temporalité et d’intentionnalité ? 

 Ces questionnements non exhaustifs illustrent en partie la complexité ainsi que l’inachevé de ce processus. Chaque question ouvre une autre interrogation. Il est délicat, dans ces conditions, de proposer une forme consensuelle et structurée, au gré de nos rencontres et l’hypothèse selon laquelle chacun traiterait d’une partie du sujet en vue de l’exposer s’est évanouie en même temps que son ballot de conformités. Nous avons donc pris en compte ce phénomène, en vue de l’ouvrir à la nouveauté. Le désir de partager notre « voyage » plutôt que d’en «  rendre contenu » s’est fait prégnant et a été le moteur de notre présentation.

Ce faisant, nous n’avons néanmoins pas réussi à transmettre tout le travail de recherches et de réflexion qu’a effectué notre groupe durant cette année de tâtonnements. Le compte rendu qui suit vise à mettre en forme non pas le déroulement de la soirée, mais le travail personnel de chacun partagé et mis ici en commun en une co-construction.

Pour lire l'ensemble du travail effectué par le groupe de réflexion sur le "transfert', cliquer ici  CR_Transfert_s_.doc

Et sur le thème, un point de vue qui ne manque pas d'intérêt, celui de François Roustang                                

En mai... à l'iGtb

En mai, à l’iGtb … 
(cliquer sur les images pour les voir en plus grand)

on se fait des films et on réfléchit, on s’aventure à découvrir ou redécouvrir la Gestalt-thérapie, et on s’intéresse à la lecture comme “besoin”, de réparation, d’affirmation de soi, de confirmation, de projection, de sublimation, d’exploration, d’identification, de création, de jeu…

avec

  • Une soirée écran-psy
projection et débat autour d’un film (thématique “l’égotisme”)   
le vendredi 14 mai 2010
de 20h à 22h

  • Une Journée -découverte de la Gestalt-thérapie
le samedi 15 mai 2010
de 10h à 17h
  • Un atelier lecture 
    animé par 
    Laetitia Darricau et Dominique Michel
    “De quelles lectures suis-je fait ?”

    le lundi 17 mai 
    de 19h30 à 21h30

La Gestalt-thérapie dans ses grandes lignes...


Le texte qui suit, qui est un résumé de ce qu’il convient de savoir sur la Gestalt-thérapie, émane conjointement des deux organisations principales de psychothérapies gestaltistes francophones, le CEGT et la SFG .

Les Gestalt-thérapeutes, un réseau professionnel sur lequel compter

Quelque 6OO thérapeutes exercent la Gestalt-thérapie en France, en cabinet libéral ou en institution.

Un réseau de professionnels dont la formation, la psychothérapie personnelle et l’adhésion à un code de déontologie affiché sont le gage d’une pratique rigoureuse et sans cesse remise à l’ouvrage par une supervision et une formation continues.

Eclairages sur un métier dont l’utilité n’est plus à prouver puisque quatre millions de personnes (soit 8% de la population française) ont eu recours à un psychothérapeute pour surmonter leurs souffrances psychosociales : dépression, stress, chômage, isolement, conflits conjugaux, familiaux ou professionnels, traumatismes…

Qu’est-ce qui caractérise la pratique d’un Gestalt-thérapeute ?

Une des caractéristiques du Gestalt-thérapeute est d’être présent et impliqué dans une posture rigoureuse qui s’appuie sur la conscience, d’instant en instant, de ce qui se passe dans la séance avec son patient. Le Gestalt-thérapeute accompagne la personne pour qu’elle acquière et développe elle aussi  cette conscience.

Prenons un exemple : un client nous rapporte une expérience difficile qu’il a vécue avec son patron au cours d’une réunion : « Il m’a parlé d’une façon que je trouve irrespectueuse… Mais… tout cela n’est pas très important, il s’agit d’être plus intelligent que lui ». Il accompagne son dire en se tordant les mains. Le thérapeute pourrait alors intervenir en lui faisant remarquer ce qu’il fait avec ses mains et l’inviter à explorer la sensation et l’émotion éventuelle  qui lui sont associées, ou encore il pourrait dire : « Selon vous, il s’agit d’être plus intelligent que lui… Je peux cependant imaginer que ce que vous avez vécu est difficile… » Par cette intervention, le thérapeute invite le patient à être attentif à  la tristesse ou la colère qu’il a pour habitude de ne pas considérer.

Dans cet espace, de rencontres en rencontres, en explorant ensemble les situations de sa vie passées toujours douloureuses et celles du présent source de difficultés, va se tisser une relation où la personne va  expérimenter de nouvelles façons d’appréhender le monde et de s’ajuster progressivement aux expériences multiples de la vie, avec le sentiment de « prendre ou de reprendre sa vie en mains ».

Comment se passe une séance de Gestalt-thérapie ?

Les séances se passent en face à face et le thérapeute dialogue avec son patient. La première fois qu’une personne vient consulter, le Gestalt-thérapeute explore avec lui sa demande, la clarifie et répond à ses questions. Ensuite, il pose le cadre de la relation thérapeutique: rythme  et durée des séances, durée, tarif, respect des rendez-vous et modalités de la fin de thérapie. Toutes ces informations sont énoncées au patient lors de la première séance. Si le thérapeute et la personne qui consulte sont d’accord, le travail thérapeutique peut commencer.

La personne est accueillie telle qu’elle est, avec ses zones de fragilité et d’insécurité sans jugement ni référence à un modèle de comportement. Le thérapeute invite son patient à exprimer tout ce qui est présent pour lui : ce qui occupe ses pensées, ses préoccupations, ses états d’âme, une intuition, un sentiment, une sensation, un rêve, une expérience heureuse, une satisfaction éprouvée, ou une situation : son travail, sa famille, un film qu’il a vu, …Tout sert de base de travail pour le thérapeute qui va aider son patient à prendre conscience des différentes facettes de son vécu, à mettre en mouvement ses représentations, à progressivement reconnaître et accueillir ses sensations et émotions, à identifier son « besoin ou aspiration du moment », puis à trouver de nouvelles formes d’interactions avec son environnement.

Au fil du travail thérapeutique, le patient prend conscience qu’en mobilisant ses ressources, il bénéficie d’une plus grande liberté et d’une plus grande autonomie dans ses choix de vie.

La gestalt-thérapie, pour qui ?

 La Gestalt-thérapie s’adresse à toute personne, adultes, adolescents ou enfants, selon la spécialisation du Gestalt-thérapeute, qui pourra proposer un travail en individuel, en couple, en famille, mais aussi un travail de groupe, en fonction des besoins exprimés. La Gestalt-thérapie peut accompagner chaque problème de la vie : timidité, séparation difficile, sentiment d’exclusion, troubles psychosomatiques, anxiété, troubles alimentaires, impasse existentielle, problèmes relationnels… Cette démarche peut donc s’adresser à toute personne en recherche de soi ou en souffrance ayant besoin d’une aide pour traverser un moment de crise ou de déséquilibre dans sa vie personnelle, sociale ou professionnelle.
Si la situation le nécessite, le gestalt-thérapeute travaille dans le cadre d’une prise en charge pluri-disciplianire, incluant le médecin généraliste ou un psychiatre, si par exemple, un soutien par anti-dépresseurs s’avère nécessaire.
                            L
e tout est différent de la somme des parties

En savoir plus sur la Gestalt-thérapie

1°) Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ?

Gestalt vient du verbe allemand « gestalten » signifiant « mettre en forme, donner une structure ».
Née dans les années cinquante aux Etats-Unis, elle est arrivée en Europe dans les années 7O.
S’inscrivant dans le courant de la psychologie humaniste, existentielle et relationnelle, elle vise à développer l’autonomie, la responsabilité et la créativité. La Gestalt-thérapie ne limite pas l’humain à une vision individualiste, mais s’intéresse aux interactions de l’individu avec ses environnements, qu’ils soient personnels, professionnels ou sociaux.
Elle a de l’Homme une vision holistique et favorise le dialogue constant entre pensées, émotions et sensations corporelles.
Il existe aujourd’hui plusieurs courants issus des travaux de recherche et des pratiques de la Gestalt-thérapie. Certains mettent l’accent sur la phénoménologie, la philosophie, l’existentialisme, la dimension corporelle et sa dynamique. D’autres font des passerelles entre la psychanalyse et la théorie de la Gestalt-thérapie.

2°) Formation du Gestalt-thérapeute
 Le cursus de formation dure 5 ans – 1000 heures réparties en 3 cycles – validé par un contrôle des connaissances et la rédaction d’un mémoire théorico-clinique. Cette formation longue – hors psychothérapie personnelle d’un minimum de 3 ans exigée – permet l’intégration des fondements de la Gestalt-thérapie, autant sur un plan théorique qu’expérientiel et vise à articuler pratique clinique et théorie. Parallèlement, l’étudiant doit valider une formation en psychopathologie et s’engager à suivre une supervision permanente.
Par ce long processus, le Gestalt-thérapeute va acquérir un savoir, mais aussi un savoir-faire et un savoir-être, compétences qu’il ne cesse de développer par une formation continue.

3°) Déontologie et Gestalt-thérapie

Le Gestalt-thérapeute diplômé s’engage sur un plan déontologique dans le but de protéger le patient et de favoriser le travail thérapeutique. Le code de déontologie exige du Gestalt-thérapeute de s’abstenir de tout abus de pouvoir vis-à-vis du patient, de continuer à se former et de reconnaître, le cas échéant, les limites de la prise en charge qu’il peut proposer.
Le Gestalt-thérapeute travaille selon les règles de la confidentialité et du secret professionnel. Son attention première est tournée vers son patient, sa dignité, son intégrité et sa liberté de choix.


4°) La Gestalt-thérapie en chiffres

Quelques 600  thérapeutes exercent la Gestalt-thérapie en France, en cabinet libéral ou en institution.
Une quinzaine d’écoles et d’instituts privés forment les Gestalt-thérapeutes : Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Lyon, Nantes, Paris, Rennes, Toulouse auxquels s’ajoutent des instituts francophones avec lesquels la France collabore : en Belgique, au Québec et en Suisse.

5°) Où trouver un Gestalt-thérapeute ? 

- Organismes professionnels : CEG-T (www.cegt.org)  et  SFG (www.sfg-gestalt.com)

- Annuaires des Ecoles et Instituts de formation à la Gestalt-thérapie en France, Belgique, Canada, Suisse …


CEGT : Collégiales 2010

Fritz est partout où la Gestalt s’agite et il était aux Collégiales de Bruxelles organisées par le Collège Européen de gestalt-thérapie les 16 et 17 janvier derniers

Le projet social de la Gestalt-thérapie

 Cette année le thème des collégiales était la gestalt-thérapie dans le champ social. L’occasion de nombreuses interrogations : de quelles valeurs la gestalt-thérapie est-elle porteuse et comment celles-ci sont incarnées dans notre pratique notamment. 
Laura Perls aimait à répéter que pratiquer la gestalt-thérapie était un acte politique.
Il est vrai que le changement social commence à deux et que le rapport patient-thérapeute contribue aussi à modéliser les rapports sociaux. 
Après une séquence « de la gestalt-thérapie à travers les âges » au cours de laquelle il apparaît clairement que le contexte s’étant largement transformé la pratique n’a pu qu’évoluer. Ou comment les aspirations libertaires initiales peuvent-elles coexister dans une logique capitaliste de l’avoir.
« Une société avec des peurs de plus en plus présentes. Une société qui engendre de fausses réassurances stérilisant ainsi le vivant» nous dit Alain Gontier.
Une société de violences où l’individualisme prend le pas sur l’individuation avec une présence accrue d’un monde virtuel.
N’y a-t-il pas actuellement dans la société une perversion avec l’absence de frontière entre le virtuel et le réel, notamment pour les enfants ? Pour autant peut-on opposer réel et virtuel, le virtuel étant bien une modalité du réel…
Une société de transgressions… alors se pose aussi la question de l’éthique et comment est-elle façonnée par l’histoire.
Au départ la morale et l’éthique étaient confondues considérant liberté et dignité. Aujourd’hui elles sont scindées. La morale examine le bien et le mal, quant à l’éthique, elle procède d’une approche plus singulière considérant une situation donnée dans un contexte particulier.
La conscience de l’éthique naît d’une conscience croisée avec des regards multiples Sommes-nous, thérapeutes, suffisamment clairs pour voir le patient indépendamment de la société ?
A titre d’exemple, au 19ème siècle l’homosexualité était considérée comme une perversion sur le plan psychiatrique… Comment aujourd’hui fonder une réflexion éthique ? A-t-on assez d’audace pour ce faire?
De quelles transgressions parle t-on ? De celle consistant à refuser de se conformer à une loi injuste. De la transgression adolescente défiant l’interdit pour toucher ses limites. De celle qui cherche à se confronter à la mort pour tenter d’échapper à la finitude. De celle qui veut contacter le vide pour être au seuil de sa limite, pour trouver un espace de vie où on trouve ses propres limites et à l’intérieur desquelles on se sent exister ?
La transgression interroge quant à la sanction. Mais quelle sanction ? Celles qui permettent de réintégrer la société des hommes ou celles qui les destituent de leur humanité.
Enfin, en parallèle à ces questions, l’évocation de notre statut dans le contexte actuel.
Jean-Marie Robine souligne l’importance pour tout thérapeute d’être dans la marge : ni où le client l’attend, ni où la société l’attend.
Pourtant la fameuse question du choix  se pose : avons-nous cette liberté aujourd’hui ou devons-nous subir la marginalisation faute d’alternative ? 
Bruxelles les 16 et 17 janvier 2010 

En chair ... ou en os

Rencontre réseau du vendredi 8 janvier 2010
animée par Maëlle Andriamanjay, Annie Bouhier et Bernadette Godmer
Groupe clinique sur les 'Troubles alimentaires'
Au départ, l’envie pour ce groupe clinique de travailler sur les troubles alimentaires. Ensuite, cela s’est précisé autour du thème de la boulimie. En raison des éléments de l’histoire de chacune et des cas cliniques rencontrés qui ont chaque fois suscité des questions.

Intérêt de comprendre la boulimie mais aussi de trouver des réponses pour la thérapie des personnes en souffrance. Atelier qui a été l’occasion d’un va et vient théorie et pratique. Occasion d’éclaircissements, d’ouverture de sens …

A propos de la théorie, une question préalable se pose : quelle psychopathologie adopter lorsque l’on est Gestalt-thérapeute ? Peut-on travailler à partir des définitions de la psychopathologie classique, de la nosographie en vigueur dans le cadre d’un paradigme intrapsychique et individualiste alors que nos fondements phénoménologiques nous tournent vers une perspective de champ ? En quoi notre théorie du self peut elle avoir de la pertinence ?

Là n’est pas le lieu d’un débat sur quelle psychopathologie. Nous renvoyons sur le Cahier n°19 qui rend bien compte de ce problème. Au regard de nos parcours et de nos intérêts, nous avons bien remarqué que nous pouvions naviguer dans les diverses perspectives (psychanalytiques et autres) pour accroître notre compréhension sans renier notre identité.

Dans l’approche de ce groupe clinique, nous prendrons à notre compte les propos de Patrick Colin (cf  revue Cahiers n°19 p. 31 et 32 ). A la question la psychopathologie classique est-elle un outil adapté au diagnostic des situations ?«  A l’évidence pas trop, pour ne pas dire pas du tout. La psychopathologie classique est totalement fondée sur une vision close de l’individu dans une intériorité psychique, elle ne peut que décrire des modèles d’organisation du sujet, décrire des propriétés plus ou moins permanentes de ce sujet »

… mais il ne faut pas la jeter … « elle ne reste pas seulement un outil de communication plus ou moins commun à tous les psychothérapeutes, psychiatres et psychanalystes de la planète, elle est surtout, une invitation à la réflexion sur ce que sont l’homme et ses devenirs multiples. Et il serait dommage de se passer de cette masse de connaissances, de ces réflexions en tous sens qui ont tissé d’Hippocrate à nos jours une compréhension de l’humain qui est, aujourd’hui, la nôtre ». 

Patrick Colin précise que la psychopathologie en elle -même n’est pas le problème : « Soit elle est ouvrante à différentes manières de voir … soit elle est fermante quand elle cherche à définir une fois pour toutes ce qui est normal et ne l’est pas, ce qu’est un sujet sain ou malade … la psychopathologie est (finalement)  notre os à ronger,  dans la mesure où elle est un fondement à partir duquel nous pouvons user de notre critique, par rapport auquel nous avons à nous définir, et ce faisant nous la faisons évoluer ».

Lire l’ensemble du travail effectué par le groupe clinique sur la thématique de la boulimie


Soirée-Débat

Psychothérapie et société...    by Fritz

Le Vendredi 16 octobre de 20 à 22h, en présence de Brigitte Lapeyronnie-Robine, psychiatre, psychothérapeute et directrice de l’iFGt (Institut Français de gestalt-thérapie), et de Pierre-Yves Goriaux, psychothérapeute et directeur adjoint de l’IFGT, les participants ont débattu sur les rapports actuels qu’entretiennent psychothérapie et société… Cela a suscité bien sûr beaucoup plus de questions que de réponses… 

La psychothérapie, pour qui ? des usagers, des patients, des clients, des malades, des bien-portants? lesquels ? Est-ce élitiste ? quelle inscription sociale ? Quid des personnes les plus défavorisées, y ont-elles accès, comment ?

 La psychothérapie, pour quoi ? quelle conception de la psychothérapie ? un soin (cure ou care ) ? quelles représentations de la santé / maladie, du normal / pathologique  ? s’agit-il de guérir, d’aller vers un mieux-être, une autonomie ? et qui décide de l’être-mieux, le patient, le thérapeute, la société ? à partir d’un diagnostic, ou non ?

Quelle psychothérapie ? pourquoi un engouement pour les TCC (thérapies comportementales ? béhaviorisme, scientisme ?) ? la psychothérapie relève-t-elle de la médecine, de la psychologie, de la philosophie appliquée ?  comment en évaluer les effets, et faut-il les évaluer ? Pratiques codifiables ou relation singulière patient -thérapeute ? quel est le rôle politique de la thérapie ?

Quel statut pour les thérapeutes privés de leur titre par la nouvelle règlementation ? Psychothérapeutes, ni psychiatres, ni psychologues, ni psychanalystes… quelle place sociale occuper et comment ? quelles compétences suppose cet exercice ? quelles formations indispensables ? quels en sont prescripteurs ? comment les atteindre ?

 A toutes ces questions, vous trouverez des éléments de réponse dans le livre : Psychothérapie et société Françoise Champion (dir.), éd. Armand Colin, coll. « Sociétales », janvier 2009. Françoise Champion est sociologue de la santé mentale, chargée de recherche au Centre de recherche « Psychotropes, santé mentale, société » (Cesames, CNRS / Inserm), et voici sur ce thème quelques uns de ses propos : 

Plusieurs évènements semblent être à l’origine de ce premier état des lieux historique et socio-anthropologique sur la psychothérapie en tant que phénomène social. Quels sont-ils ?

Disons d’abord que depuis le début du XXe siècle, ce phénomène social qu’est la psychothérapie n’a cessé de prendre de l’ampleur et qu’il n’y avait, jusqu’ici, en France, aucun travail sociologique sur le sujet. Ensuite, depuis les années 1990, des volontés administratives et politiques se sont manifestées pour contrôler la psychothérapie, sans, d’ailleurs, avoir su lancer d’appels à études pour connaître les usagers des psychothérapies ni les psychothérapeutes (à peine quelques enquêtes réalisées par Psychologie magazine, la MGEN, des psychothérapeutes eux-mêmes, analysées, bien sûr, ici). Ces projets de réglementation et de contrôle ont abouti à une loi en 2004 portant sur le titre de psychothérapeute et à une expertise de l’Inserm sur l’évaluation des méthodes psychothérapeutiques. Ces deux entreprises ont déclenché une violente « guerre des psy ». Les conflits se poursuivent, les décrets d’application de la loi ne sont toujours pas là…

 Ces conflits interviennent-ils sur un fond quelque peu miné ?

En effet, des « déchirements » n’ont cessé de caractériser l’espace psychothérapeutique. Tout d’abord, parce que la psychothérapie est une pratique et une discipline mal définie depuis l’origine et exercée, de fait, aujourd’hui, par quatre catégories de professionnels : psychiatres, psychologues, psychanalystes et, enfin, psychothérapeutes qualifiés de « ni, ni, ni » (parce que n’appartenant à aucune de ces catégories), qui, à partir de 1990 ont revendiqué la création d’un titre de psychothérapeute. Ce faisant, ils ont mis en effervescence le milieu de la psychothérapie (psychanalyse comprise). Cette opposition entre médecins et psychologues renvoie à un désaccord quant à la nature de ce que prendrait en charge la psychothérapie : une maladie, un mal-être, une « souffrance psychosociale » ? Le conflit porte aussi sur la formation des praticiens de la psychothérapie : les psychiatres et les psychologues, dont le cursus universitaire ne comporte pas de formation spécifique à la psychothérapie peuvent-ils être psychothérapeutes ? Autre « déchirement » sur la conception des troubles psychiques : sont-ils circonscrits et isolés les uns des autres ou renvoient-ils à un « mal-être » global ? Enfin, la psychothérapie peut-elle être une pratique standardisée et codifiée ou bien repose-t-elle fondamentalement sur la relation entre le « psy » et son « patient », « client »… ?

Quel est l’avenir de la psychothérapie ?

 Je pense qu’elle est appelée à se développer car les questions de santé mentale sont devenues un problème de santé publique majeur (en octobre 2007 a eu lieu la première campagne d’éducation et de prévention sur la dépression), avec un véritable coût économique que l’on chiffre désormais. Si nous ne sommes plus à l’heure du « tout psy », on s’oriente actuellement vers des prises en charge combinant médicaments et psychothérapies, et leurs usagers ont vite saisi les opportunités données par l’ouverture du marché psychothérapeutique. Si l’essentiel du livre porte sur les transformations du domaine de la santé mentale, nous terminons par une perspective anthropologique sur les changements de fonctionnement de l’individualisme : la norme de l’autonomie d’aujourd’hui consiste pour chaque individu à devoir choisir sa vie – jusqu’à être responsable de sa santé mentale.                                                                                                              Propos recueillis par Léa Monteverdi   Source : le journal du cnrs

”Personnellement, je considérerais que la thérapie comportementale est une insulte, même pour les grands singes, et même pour les chats.” D.W. Winnicott

Gestalt-thérapie et Urbanisme : l'homme et ses environs

by Fritz  (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

     Au cours de la soirée du 26 juin dernier à l’iGtb, dernière des 3 soirées consacrées cette année aux questions de formeétaient donc invités à dialoguer Jean-Marie Robine, fondateur et ex-directeur de l’Institut français de Gestalt-thérapie, et Christian Sallenave, sociologue spécialisé en architecture, ethnologie urbaine et anthropologie de l’espace. 

Hélène Chauveau, qui anime la rencontre, rappelle d’emblée la richesse de sens du mot « urbanité » ( du latin « urbs » : la ville), qui  renvoie à la civilisation  et au vivre ensemble.  Qu’est-ce qu’habiter l’espace urbain ? Quelle part est accordée au  citoyen dans l’aménagement des espaces où il vit ? C’est la réalité contemporaine de la ville, dans toutes ses dimensions, notamment la dimension politique, qu’il s’agit d’interroger. La gestalthérapie  prend-elle en compte cette problématique?

     L’évidence rappelée par Jean-Marie Robine est que l’être humain ne peut être appréhendé que dans son environnement, que l’on ne peut parler de l’un sans l’autre. L’architecture et l’urbanisme sont ce qui affecte le plus notre quotidien, affirmait Goodman que ces questions intéressaient à tel point qu’il en fit le sujet d’un livre, écrit en 1947 avec son frère, Percival, architecte : “Communitas”, encore non-traduit en français aujourd’hui. Sur les 3 utopies des frères Goodman, voir cet intéressant article de Bernard Vincent   L’utopie au secours de la ville : les fictions urbaines de Paul Goodman 

   La question de l’anthropologie de l’espace est au cœur des travaux de C Sallenave. Il a été amené à constater que la dimension anthropologique est trop souvent oubliée, l’inter–relation, ou interaction, négligée.  C’est pourquoi, par exemple, le Ministère de la Justice lui a demandé de participer à la réflexion concernant la création de centres fermés pour délinquants. Le lieu est destiné à « être vécu », c’est-à-dire « disputé , partagé, codifié ». Rattachant ce problème à la question anthropologique des rites de passage, C. Sallenave fait observer que ces derniers relèvent toujours d’une prise en compte de l’espace puisqu’ils sont toujours liés à l’idée de séparation, laquelle se traduit concrètement dans la différenciation des lieux où l’on se tient, selon le groupe auquel on appartient. ( Les enfants délinquants sont séparés, pas encore agrégés, donc dans la marge.)

C. Sallenave évoque ensuite une expérience menée avec des étudiants chargés d’effectuer un parcours en tramway, les menant de Saige Formanoir à Pessac jusqu’au Miroir d’eau à Bordeaux (trouvaille - en passe de devenir l’emblème du Bordeaux rénové- du paysagiste Michel Corajoud), afin d’observer le paysage urbain. Ils sont munis d’écouteurs branchés sur des MP3 : certains d’entre eux doivent écouter du rap, d’autres du jazz. Ces derniers, à l’arrivée, auront été plus sensibles à la variété des lieux traversés parce que, c’est en tout cas la thèse de C.Sallenave, l’absence de variation dynamique du rap, son uniformité rythmique, empêchent la perception de la diversité. Il n’y a pas de véritable compréhension du monde si on ne peut le percevoir dans sa globalité, si on isole un sens des autres. Cette spécialisation des sens n’est–elle pas à mettre en parallèle avec la spécialisation des espaces que l’on observe dans les structures urbaines d’aujourd’hui ? C. Sallenave soutient l’idée qu’il faut penser la ville en termes de « mixité d’usage ». Les lieux dévolus à une seule utilisation, une unique fonction ne correspondent pas à une perception plus globale de l’humain. On retrouve d’ailleurs cette mixité d’usage dans les calculs des investisseurs associant en un même lieu différentes affectations, aussi surprenantes par exemple que l’intégration d’une résidence pour personnes âgées dans la structure d’un stade.

C’est l’occasion pour Hélène Chauveau de souligner la dimension politique des questions d’urbanisme et d’articuler aménagement des villes et démocratie. Quelle est la place du citoyen dans les décisions qui affectent les lieux qu’il habite, où il circule, travaille, s’informe, se détend ? Peut-il participer aux choix dont les enjeux politiques et sociaux sont si importants ?

Pour C. Sallenave, il est clair qu’il ne faut pas abandonner cette question architecturale et urbaine aux seuls experts qui ont trop souvent une position de surplomb, ne pas leur laisser « le dernier mot ». Il rappelle la nécessité de toujours penser le mouvement. Dans l’espace d’abord, comme en témoigne la façon dont différents groupes de population se sont approprié le Miroir d’eau grâce à la facilité de déplacement que leur offrait le tram. Dans le temps surtout, qui permet l’évolution des lieux. Il  est fondamental, dans les questions d’urbanisme, de penser les transformations possibles ou la possibilité de transformationD’ailleurs l’aménagement urbain implique toujours la prise en compte de trois types d’espaces : espaces prescrits, interdits et possibles .

Jean Marie Robine indique qu’en effet, dans les interstices, dans la marge, il y a place pour l’utopie. Non pas celle, froide et technocratique des projets totalitaires, mais celle, vivante et libre de l’invention, ce qui la rattache à l’idée, chère à Goodman (voir article de B. Vincent) et aux gestaltistes, du processus et de l’inachèvement propres à la création. Ces notions ne sont-elles pas, au fond, tout aussi inséparables de la démocratie, toujours en voie d’élaboration, toujours à construire ?

Sur ce thème, voir la très intéressante initiative des riverains de la rue Paul Camelle à Bordeaux Bastide et leur étonnant et novateur projet de “rue-jardin” : un projet où les riverains cessent de -au mieux- se saluer poliment, pour réfléchir et oeuvrer ensemble, et devenir les acteurs responsables de la réussite d’un espace commun… cliquez sur ce lien pour en savoir plus (blog de ces habitants et petite vidéo concernant le projet)

http://ruejardin.blogsudouest.com/2009/04/24/la-demarche-des-riverains-de-la-rue-paul-camelle/

Et toujours sur ce thème, lire (et écouter) les textes poétiques et subtils (accompagnés de 2 CD d’entretiens) de Pierre Sansot Rêveries dans la ville, parus chez Carnet nord. L’auteur nous invite à le suivre au hasard de ses déambulations à travers la ville. Sa pensée vagabonde comme une conversation ininterrompue. La marche suscite la rêverie, la saisie de beautés secrètes et imprévues, mais aussi l’émergence de souvenirs. Pierre Sansot nous donne à lire sa façon d’habiter la ville : une oisiveté attentive à ce que le monde a l’obligeance de nous offrir. En ces temps de repli individualiste,  ces textes nous rappellent que notre vie ne s’épanouit  qu’au contact des autres. Et si le meilleur de nous -mêmes - notre liberté, notre capacité d’amour, d’émotions et de partage- résidait dans la fréquentation des lieux publics ?

Fritz se jette dans la blogosphère...

Bonjour… 

je suis Fritz, mais si, vous savez… Fritz Perls (1893-1970) ! le “père” fondateur, avec Paul Goodman, de la Gestalt-thérapie, et je viens (si,si…) de trouver un nouveau job… je suis chargé de communication à l’iGtb, autrement dit l’Institut de Gestalt-thérapie de Bordeaux. Le temps que je me fasse à cette nouvelle fonction, et promis, je vous tiens non seulement au courant de ce qui se passe ou se passera à l’iGtb (et il s’en passe)… mais je vous livrerai également dans ce carnet quelques pensées, impressions et sensations (en rapport avec la gestalt-thérapie, mais pas seulement) parmi toutes celles qui me passent par la tête (et le corps)… et je vous invite bien sûr à en faire autant. Alors, à nos souris…

En attendant, très bonne fin de vieille année… et rendez-vous en 2009 !!! 

Petit conseil