Le carnet de Fritz

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Gestalt-thérapie et Urbanisme : l'homme et ses environs

by Fritz  (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

     Au cours de la soirée du 26 juin dernier à l’iGtb, dernière des 3 soirées consacrées cette année aux questions de formeétaient donc invités à dialoguer Jean-Marie Robine, fondateur et ex-directeur de l’Institut français de Gestalt-thérapie, et Christian Sallenave, sociologue spécialisé en architecture, ethnologie urbaine et anthropologie de l’espace. 

Hélène Chauveau, qui anime la rencontre, rappelle d’emblée la richesse de sens du mot « urbanité » ( du latin « urbs » : la ville), qui  renvoie à la civilisation  et au vivre ensemble.  Qu’est-ce qu’habiter l’espace urbain ? Quelle part est accordée au  citoyen dans l’aménagement des espaces où il vit ? C’est la réalité contemporaine de la ville, dans toutes ses dimensions, notamment la dimension politique, qu’il s’agit d’interroger. La gestalthérapie  prend-elle en compte cette problématique?

     L’évidence rappelée par Jean-Marie Robine est que l’être humain ne peut être appréhendé que dans son environnement, que l’on ne peut parler de l’un sans l’autre. L’architecture et l’urbanisme sont ce qui affecte le plus notre quotidien, affirmait Goodman que ces questions intéressaient à tel point qu’il en fit le sujet d’un livre, écrit en 1947 avec son frère, Percival, architecte : “Communitas”, encore non-traduit en français aujourd’hui. Sur les 3 utopies des frères Goodman, voir cet intéressant article de Bernard Vincent   L’utopie au secours de la ville : les fictions urbaines de Paul Goodman 

   La question de l’anthropologie de l’espace est au cœur des travaux de C Sallenave. Il a été amené à constater que la dimension anthropologique est trop souvent oubliée, l’inter–relation, ou interaction, négligée.  C’est pourquoi, par exemple, le Ministère de la Justice lui a demandé de participer à la réflexion concernant la création de centres fermés pour délinquants. Le lieu est destiné à « être vécu », c’est-à-dire « disputé , partagé, codifié ». Rattachant ce problème à la question anthropologique des rites de passage, C. Sallenave fait observer que ces derniers relèvent toujours d’une prise en compte de l’espace puisqu’ils sont toujours liés à l’idée de séparation, laquelle se traduit concrètement dans la différenciation des lieux où l’on se tient, selon le groupe auquel on appartient. ( Les enfants délinquants sont séparés, pas encore agrégés, donc dans la marge.)

C. Sallenave évoque ensuite une expérience menée avec des étudiants chargés d’effectuer un parcours en tramway, les menant de Saige Formanoir à Pessac jusqu’au Miroir d’eau à Bordeaux (trouvaille - en passe de devenir l’emblème du Bordeaux rénové- du paysagiste Michel Corajoud), afin d’observer le paysage urbain. Ils sont munis d’écouteurs branchés sur des MP3 : certains d’entre eux doivent écouter du rap, d’autres du jazz. Ces derniers, à l’arrivée, auront été plus sensibles à la variété des lieux traversés parce que, c’est en tout cas la thèse de C.Sallenave, l’absence de variation dynamique du rap, son uniformité rythmique, empêchent la perception de la diversité. Il n’y a pas de véritable compréhension du monde si on ne peut le percevoir dans sa globalité, si on isole un sens des autres. Cette spécialisation des sens n’est–elle pas à mettre en parallèle avec la spécialisation des espaces que l’on observe dans les structures urbaines d’aujourd’hui ? C. Sallenave soutient l’idée qu’il faut penser la ville en termes de « mixité d’usage ». Les lieux dévolus à une seule utilisation, une unique fonction ne correspondent pas à une perception plus globale de l’humain. On retrouve d’ailleurs cette mixité d’usage dans les calculs des investisseurs associant en un même lieu différentes affectations, aussi surprenantes par exemple que l’intégration d’une résidence pour personnes âgées dans la structure d’un stade.

C’est l’occasion pour Hélène Chauveau de souligner la dimension politique des questions d’urbanisme et d’articuler aménagement des villes et démocratie. Quelle est la place du citoyen dans les décisions qui affectent les lieux qu’il habite, où il circule, travaille, s’informe, se détend ? Peut-il participer aux choix dont les enjeux politiques et sociaux sont si importants ?

Pour C. Sallenave, il est clair qu’il ne faut pas abandonner cette question architecturale et urbaine aux seuls experts qui ont trop souvent une position de surplomb, ne pas leur laisser « le dernier mot ». Il rappelle la nécessité de toujours penser le mouvement. Dans l’espace d’abord, comme en témoigne la façon dont différents groupes de population se sont approprié le Miroir d’eau grâce à la facilité de déplacement que leur offrait le tram. Dans le temps surtout, qui permet l’évolution des lieux. Il  est fondamental, dans les questions d’urbanisme, de penser les transformations possibles ou la possibilité de transformationD’ailleurs l’aménagement urbain implique toujours la prise en compte de trois types d’espaces : espaces prescrits, interdits et possibles .

Jean Marie Robine indique qu’en effet, dans les interstices, dans la marge, il y a place pour l’utopie. Non pas celle, froide et technocratique des projets totalitaires, mais celle, vivante et libre de l’invention, ce qui la rattache à l’idée, chère à Goodman (voir article de B. Vincent) et aux gestaltistes, du processus et de l’inachèvement propres à la création. Ces notions ne sont-elles pas, au fond, tout aussi inséparables de la démocratie, toujours en voie d’élaboration, toujours à construire ?

Sur ce thème, voir la très intéressante initiative des riverains de la rue Paul Camelle à Bordeaux Bastide et leur étonnant et novateur projet de “rue-jardin” : un projet où les riverains cessent de -au mieux- se saluer poliment, pour réfléchir et oeuvrer ensemble, et devenir les acteurs responsables de la réussite d’un espace commun… cliquez sur ce lien pour en savoir plus (blog de ces habitants et petite vidéo concernant le projet)

http://ruejardin.blogsudouest.com/2009/04/24/la-demarche-des-riverains-de-la-rue-paul-camelle/

Et toujours sur ce thème, lire (et écouter) les textes poétiques et subtils (accompagnés de 2 CD d’entretiens) de Pierre Sansot Rêveries dans la ville, parus chez Carnet nord. L’auteur nous invite à le suivre au hasard de ses déambulations à travers la ville. Sa pensée vagabonde comme une conversation ininterrompue. La marche suscite la rêverie, la saisie de beautés secrètes et imprévues, mais aussi l’émergence de souvenirs. Pierre Sansot nous donne à lire sa façon d’habiter la ville : une oisiveté attentive à ce que le monde a l’obligeance de nous offrir. En ces temps de repli individualiste,  ces textes nous rappellent que notre vie ne s’épanouit  qu’au contact des autres. Et si le meilleur de nous -mêmes - notre liberté, notre capacité d’amour, d’émotions et de partage- résidait dans la fréquentation des lieux publics ?

Gestalt-thérapie et Théâtre

by Fritz

Laurent Rogero, auteur, comédien et metteur en scène, et, Jean-Marie Robinepsychothérapeute, se sont prêtés au jeu du dialogue, vendredi 27 mars… à l’iGtb. Ça a pris, peu ou prou, cette forme là…

En y mettant les formes…

Pièce en un acte

Personnages

Maëlle, la muse

Laurent, le jeune et fougueux théâtreux

Jihémer, le vénérable thérapeute

Le choeur

                                             Fragment 1  Avoir des ennuis

La scène se passe à l’iGtb, quelques chaises, une table, des fleurs… un feu brûle dans la cheminée. Le choeur est éclairé.

Maëlle, légèrement angoissée : Euh…, allons-y, alors quels liens y a t-il entre Gestalt-Thérapie et théâtre ? (A Jihémer) : Aimes-tu le théâtre d’aujourd’hui, t’inspire-t-il dans ta posture thérapeutique ?

Jihémer, puisant dans ses souvenirs : Eh bien, les fondateurs de la Gestalt-thérapie ont eu des relations étroites avec le théâtre, notamment Perls qui a eu l’occasion de faire du théâtre avec Max Reinhart à Berlin,  ce qui l’a certainement beaucoup influencé dans sa pratique. Puis plus tard aux Etats-Unis, il s’est passionné pour les travaux du Living-théâtre, pour lequel Goodman écrivait des textes. Enfin, il a été terriblement séduit par le psychodrame de Jacob Moreno… Dans les années 65/70, la Gestalt-thérapie était engagée à fond dans les thérapies d’expression (période des premières rencontres expérimentales de la thérapie avec le théâtre, la poésie…). J’étais passionné par le théâtre dans ces années-là (ah, Ariane Mnouchkine…), mais par la suite, dans les années 80-90, j’ai commencé à m’emmerder sérieusement au théâtre, j’ai eu l’impression d’une régression des formes théâtrales…

Laurent : Je te rejoins, Jihémer. J’ai une position à part dans le monde du théâtre. Je trouve, moi aussi, le théâtre d’aujourd’hui chiant. Mes références sont antérieures à ce qui se fait maintenant. Je m’y ennuie, alors j’ai quelques idées, j’essaie d’y réagir, mais je suis peu entendu, le public ne réclame pas autre chose, les artistes non plus. J’imagine en effet que dans les années 70, ça bougeait davantage dans le théâtre, parce qu’il était en lien avec les mouvements sociaux. Les artistes ne sont qu’un relais. Le théâtre est le miroir de la société. Dans les années 80, beaucoup d’argent a été investi dans l’art pour l’art. Et beaucoup de séparations ont été mises : entre amateurs et professionnels, entre profanes et éclairés… L’intermittence a aussi cassé la troupe : les comédiens sont devenus des sortes de mercenaires individualistes. Le public a demandé progressivement plus de confort, et maintenant on consomme le théâtre individuellement, dans des fauteuils grand luxe, comme du cinéma. Moi, après ma formation au conservatoire, j’ai été un acteur dirigé comme un pion par un metteur en scène tout-puissant, alors que j’avais envie de relations, d’échanges, de tout autre chose. Actuellement, les comédiens ont l’habitude d’être dirigés, et d’ailleurs ils ne veulent rien d’autre, ils peuvent même être assez réticents à d’autres propositions de travail…

Le choeur, déconcerté : Mais … il y a plusieurs théâtres, pas tous ennuyeux, par exemple le théâtre de rue… ?

Laurent : Même dans le théâtre de rue, on s’emmerde ou c’est très dur. Les grosses compagnies font de grosses choses, de belles choses, mais enfin tout ça ne change rien au problème. De petites compagnies peuvent aussi faire de petits bijoux. Mais ça reste rare.

Le choeur, insistant : Est-ce que ça ne serait pas lié au nombre de spectateurs ? 30 personnes ou 500, c’est pas pareil…

Laurent : Bon, alors face à ce constat qu’au théâtre on s’ennuie, j’arrive de temps en temps à faire bouger des choses : par exemple avec les lumières allumées dans la salle, les comédiens voient les spectateurs, les spectateurs se voient entre eux, et ça change… quelque chose de collectif peut apparaître, qui pourrait être l’essence même du spectacle vivant : des acteurs vivants, présents, ressentant et faisant vibrer les spectateurs qui influencent eux-mêmes le jeu par la qualité de leur ouverture. Mais il y a des résistances par rapport à ça de la part des spectateurs… mais aussi des comédiens, qui devraient se concentrer et parler de ce qui se passe vraiment ici et maintenant dans la relation au public.

Fragment 2    En forme… de poire ?

Jihémer : C’est la forme qui importe et qui reste, et non le contenu. (Il raconte un souvenir) C’était un spectacle où le public était enfermé dans des boîtes avec les comédiens… c’est la forme qui m’a frappé, et qui m’est restée en mémoire, pas le propos…

Le choeur, qui commence à comprendre : Ah oui, oui, comme le spectacle de l’opéra pagaï, qui casse les codes du théâtre avec des déambulations… et la participation des spectateurs ?

Laurent : Oui, là où vous vous êtes amusés, ce sont sans doute des spectacles où les spectateurs étaient impliqués…

Jihémer, riant : Bien sûr, la première fois, il y a de la surprise, ensuite non. Dix fois la même surprise, ça finit par ne plus vraiment en être !!!

Laurent : Il faut un spectacle qui implique, qui fait réfléchir sur le social… une forme de théâtre impliquée et impliquante ! 

Jihémer : En fait, ce que nous sommes en train de dire, c’est finalement : à quoi sert le théâtre ? Qu’est-ce que l’on y cherche ?

Maëlle, revenant à ses moutons : Oui … quelle serait la bonne forme ?

Jihémer : Il n’y a pas de bonne forme qui soit extérieure à la situation. Même en tant qu’observateur d’une séance, je ne peux pas savoir ce qu’est la bonne forme, car j’y suis extérieur. Certes on cherche à amener le patient à un endroit précis : celui où il pourra être plus créatif, mais en chemin, la forme est à inventer… c’est dans et par la situation que la forme prend sens.

Le choeur, qui croit avoir compris : Au théâtre, une même pièce jouée devant des spectateurs différents devrait en fait donner un autre spectacle. Mais alors, on devrait donc pouvoir y retourner le lendemain et ne pas s’y ennuyer ?

Laurent : Oui, l’expérience est à chaque fois renouvelée, s’il y a interaction avec le public. Ça marche, quand le public veut bien.

Le choeur, avide de précisions : Quels sont les signaux qui te permettent de t’appuyer sur le public ?

Laurent : S’il est choqué, j’exagère, j’amplifie, je provoque. Je le ferre un peu, et quand c’est suffisamment installé, j’y vais. Mais il y a une réelle difficulté du comédien à être dans cette écoute.

Jihémer :  Je dirais à la fois dans l’écoute et la non-écoute… Un thérapeute américain disait à propos des Gestalt-thérapeutes : « Une des premières choses que vous avez à apprendre, c’est ne pas écouter les gens, il faut faire plus confiance à vos yeux qu’à vos oreilles ». Moi-même, je demande parfois comme exercice à mes étudiants de faire une séance de thérapie avec des boules Quiès … On en revient à ce que Perls appelait la navette (shuttle), c’est-à-dire : être conscient de toi / être conscient de moi / être conscient de ce qui se passe pour nous. Tout cela se fait très vite pour le thérapeute. Par ailleurs, le bon thérapeute est plutôt là où on ne l’attend pas.

Maëlle, ne perdant pas son fil : L’utilisation des mediums créatifs favorise-t-elle l’émergence de nouvelles formes ?

Jihémer : Les mediums ouvrent l’accès à l’implicite. C’est intéressant, mais notre erreur est parfois de vouloir faire expliciter les patients ensuite. Je suis intéressé à inventer des moyens qui vont créer de la surprise et donner au patient la possibilité de se surprendre lui-même. Ce qui donne un sens au mot et à la fonction de gestalt-thérapeute, le thérapeute des formes (sous-entendu : que chacun a pu ou peut donner à son existence). Dans le courant des thérapies d’expression créatrice, l’attention se focalise sur le processus plus que sur l’objet créé. Notre attention se porte davantage sur le processus de formation de formes, la dynamique de la prise de forme. Les formes qui adviennent sont provisoires, ou métastables, parce que vivantes, les formes statiques, ou stables, sont mortes …

Fragment 3  Infinitif présent 

Maëlle, à Laurent : Est-ce que ce qu’évoque Jihémer rejoint ce que tu appelles la présence, Laurent ?

Laurent, reprenant l’idée du shuttle de Perls :  Sur scène, la plupart du temps un acteur ne ressent rien. Moi, j’essaie de faire ressentir les acteurs. Si l’acteur est présent, il va créer spontanément la psychologie du personnage… la présence va dans le sens d’un travail constant de conscience portée à mon corps, à ce que je dis à mon partenaire, à ce que cela provoque dans le public. J’oblige mes acteurs à être vivants, c’est un des moyens qui fait que le public ne s’ennuie pas.

Le choeur, synthétique : Un certain plaisir serait-il donc nécessaire ?

Jihémer, savamment : Le plaisir implique de l’autre, alors que la jouissance est masturbatoire. Par ailleurs, il ne faut pas confondre oeuvre d’art et création… Le théâtre peut aussi être conçu comme « œuvre d’art ». C’est-à-dire quelque chose de fini et de reproductible qui a à voir avec la culture, la séduction, le commerce. La création peut ne pas donner de l’art.

Laurent, fermement : Pour moi, l’artiste est créateur. Et le théâtre, un art éphémère …

Jihémer : Il y a une excitation de la performance. Mais certaines performances deviennent vite ritualisées, alors on retombe dans la production d’art et on n’est plus dans la création…

Le choeur, s’emballant :  Mais le plus important dans tout ça, n’est-ce pas de donner du sens ?

Jihémer : Oui, certes, donner du sens… ça a longtemps été primordial pour moi dans la thérapie, mais ça l’est beaucoup moins aujourd’hui. Ce qui l’est devenu, en revanche, c’est aborder, synthétiser son expérience. Un des aspects de l’expérience peut être de donner du sens, mais c’est seulement un des aspects. Le chaos et l’insensé sont aussi des expériences.

Maëlle, pensive : C’est étonnant. Que de similitudes entre vos deux postures… Le thérapeute aide ses patients à « transformer leur parole en poésie, leur marche en danse », le metteur en scène en fait de même avec ses acteurs. Chacun de vous mène un travail sur la formation de formes neuves.

Le choeur, encore tout palpitant : C’est formidable…

Fin

  • Et si vous voulez en savoir davantage sur le groupe Anamorphose :  dans l’émission “Bloc Notes”, Franck Desmedt (directeur de l’espace Treulon à Bruges) décortique l’actualité culturelle bordelaise, une fois par mois. Pour la première émission du vendredi 28 novembre dernier, il avait choisi de mettre en avant l’univers du Groupe Anamorphose. Regardez l’émission en cliquant sur le lien suivant : 
www.tv7.com/index.php?id_video=2784&id_fiche=267

Tertulias... en mars et avril

Prochaines tertulias

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  • Le vendredi 20 mars 09 à 20h, Ludovic Pautier, poète et afficionado éclairé, animera un paseo poétique autour de quelques tapas

                      Flamenco y duende


  • Le vendredi 27 mars 09 à 20h, Jean-Marie Robine, psychothérapeute, et Laurent Rogero, comédien et metteur en scène feront dialoguer la Gestalt-thérapie et le théâtre sur de nouvelles questions de formes 

             Gestalt-thérapie & théâtre : Anamorphoses pour renouveler le regard ?


  • Le mercredi 1er avril 09 à 19h30, un grignotage-vernissage-discutage (eh oui…) autour  D’étranges choses,  oeuvres de Catherine Lacuve, photographiste, qui sera là pour en discuter

  • Le vendredi 10 avril 09 à 20h, Jean Broustra, psychiatre, psychanalyste et écrivain, se prêtera au jeu de la conversation     

           sur le thème de l’expression créatrice    ”Passez-moi l’expression”


Contre toute attente...

by Fritz

L’iGtb aime les rencontres, les situations expérimentales… et les prises de formes inattendues qui en résultent.

Parce que, pour peu que l’on n’attende rien de précis, ce qui advient est, comme l’écrivait Lautréamont, souvent “beau, comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection”. Les Surréalistes, qui aimaient aussi à le citer, avaient bien compris que des juxtapositions inédites, des collages insolites peuvent surgir des formes poétiques qui renouvellent le regard…

Art, science et thérapie

Vendredi 29 janvier s’est déroulée à l’iGtb, une trop courte soirée consacrée aux relations entre art, science et thérapie et à laquelle, comme on pouvait s’y attendre, se sont également conviées la philosophie et d’une certaine manière, la politique. Le dialogue entre Catherine Thomas, scientifique (le bref exposé de son travail sur le mouvement des océans a laissé rêveur l’auditoire), et Jean-Marie Robine, gestalt-thérapeute, a été sinueux et riche, et chaque détour aurait sans doute mérité d’autres développements. Ce qui a été évoqué a soulevé davantage de questions que cela n’a apporté de réponses…

Voici en vrac quelques thèmes parmi ceux abordés et quelques questions parmi celles qui se sont posées et continuent de se poser… Ceci n’est évidemment ni exhaustif, ni littéral.

Art et science, deux domaines qui semblent avoir peu de points communs avérés, mais il pourrait devenir nécessaire d’en imaginer, pour que la science puisse retrouver une forme de créativité et de liberté. Alors que l’art se situe du côté de la subjectivité, la science cartésienne, newtonnienne,   ( discours justifié par la théorie et l’expérimentation) tend vers l’objectivité, cherchant à prévoir, dominer… La science a tendance à se confondre avec la Vérité … Au fait, qu’est-ce qu’une science “dure”, et partant, une science “molle” ? La science est-elle le seul moyen de connaissance ? Est-elle même un moyen fiable de connaissance ? Comment fait-elle ses “prédictions” ?  A qui et à quoi sert la science “finalisée”, qui a des buts fixés à l’avance ? et qui pousse cela parfois jusqu’à l’absurde en excluant les paramètres qui empêcheraient d’aboutir au résultat escompté… La science ne serait-elle pas au service du pouvoir ? Quel sens donner au “tout sécuriser” ? La volonté de maîtrise de la nature n’est-elle pas une rêverie délirante et dangereuse ? Qu’est-ce que le progrès ?  Quand progresse-t-on et tout progrès est-il nécessairement une amélioration ? Après tout, on a un peu tendance à oublier que le progrès ne désigne qu’un mouvement… que celui-ci soit bienfaisant ou non est une autre question. (sur ce thème, lire ce qu’en pense Ivan Illich : Ivan_Illich_l_epimetheen.doc)

La thérapie n’est pas une science. Même si Freud en son temps a  eu cette ambition, et Lacan après lui, de fonder une nouvelle science : la métapsychologie ou psychanalyse, ayant pour objet l’étude de l’inconscient psychique, dans quelle mesure celle-ci peut-elle réellement prétendre à la scientificité ? D’un point de vue épistémologique, le concept d’inconscient est-il, ou non, scientifique ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une hypothèse de travail ? S’il paraît incontestable que des éléments inconscients jouent un rôle dans notre comportement, existe-t-il pour autant un ‘Inconscient’ ? Si l’emploi de l’adjectif demeure pertinent, l’emploi du substantif pose question. Quant aux thérapies cognitivo-comportementales, elles rejoignent la posture scientifique par leurs critères d’efficacité et d’efficience. La technologie chimique et les techniques comportementales semblent vouloir rendre le “patient” à une normalité, qui est le plus souvent celle de la société plutôt que la sienne propre. Les TCC sont-elles autre chose que la remise au travail de l’humain, sponsorisée par les lobbies pharmaceutiques ?

La thérapie n’est pas un art.  Au sens où un certain art lui-même (et en cela, il peut rejoindre une certaine science), n’est qu’une marchandise pour un public consommateur, formaté pour répondre à des demandes de plaisirs hédonistes, de divertissements et de loisirs, à des désirs de possession et de collection, à des démarches spéculatives, ou à des recherches de notoriété. Cet art-là est orienté vers la satisfaction de fonctions utilitaires, sociales et marchandes. Mais il s’agit plutôt de définir la démarche de l’expression créatrice comme l’organisation d’impressions sensorielles exprimant une sensibilité subjective pour un destinataire qui peut en être durablement dérangé ou ému, … Le rapport à la réalité passe par les sens : formes, couleurs, lumières, sons… De toutes ces impressions sensorielles, de ce chaos de sensations, l’artiste crée une forme, en organisant, en composant, en mettant un certain ordre … la gestalt-thérapie rejoint cette démarche en s’intéressant aux formes (= gestalts), et aux processus de formation de formes, et en ayant pour objectif de rendre au “patient” sa capacité à créer des formes neuves, réponses à des situations toujours renouvelées, et à devenir créateur de son existence comme s’il s’agissait d’une “oeuvre d’art” .

La gestalt-thérapie relève ainsi d’une démarche que l’on peut qualifier d’esthétique (aesthesis = sensations) et qui se différencie nettement d’une

démarche scientifique (au sens où l’entendait Braque “La science rassure, l’art inquiète”). Une démarche “poétique” peut-être, qui ne se laisse pas, comme le fait le plus souvent la science, réduire à dire quelque chose… N’ayant pas d’objet à décrire, ni de vérité à déterminer, elle ne peut que faire entendre, entre dire et non-dire, d’une expérience à l’autre, l’expérience ne s’enseignant pas (on enseigne des savoirs “morts” et non la vie, qui se dérobe à toute tentative de saisie…). Rien à dire, mais rien à cacher non plus (pas d’arcane, ni de secret), il s’agit de montrer au sens d’indiquer, pointer vers (la lune)… sans se dissoudre dans une signification définitive et exclusive… La question demeure : que sait-on de plus sur l’âme humaine quand on connaît son poids (21 grammes à peu près) ? Peser l’âme, n’est-ce pas un peu la perdre finalement ???

“Ce qui nous regarde - le ciel au creux des choses et qui maintient la garde, les traces qui creusent nos abîmes - n’est pas vu, et ce qui est vu et su par les prévisions des oracles calculés n’a rien à voir avec ce qui nous regarde.” PM Plumerey

Tertulias

La tertulia est une conversation animée, un échange à bâtons rompus - autour d’un thème et d’une collation- avec un invité, artiste, professionnel ou passionné, et cette rencontre vise à interroger l’oeuvre, l’homme et sa démarche mais aussi à se questionner soi-même à l’occasion de sa présence.

Prochaines tertulias :

Vendredi 16 janvier 09 à 20h Robert Frélaut, maître taille-doucier, partagera les souvenirs qu’il garde des très grands maîtres qu’il a cotoyés, Chagall, Soulages, Picasso ou Zao-Wou-Ki par exemple. La tertulia sera animée par Fausto Mata, historien d’art et galeriste à la Galerie  ”Le troisième oeil”.      

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Vendredi 30 janvier 09 à 20h Jean-Marie Robine, psychothérapeute, et Catherine Thomas, scientifique, dialogueront sur le thème Art, science et thérapie

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