Le carnet de Fritz

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Mesclun à ouïr...

By Fritz, très mélomane (c’est de saison)

avec, dans des genres assez différents :

  • Une magnifique improvisation, qui fait qu’on entend ce morceau comme si c’était la première fois : Elle, sensuelle et précise et lui, virtuose et généreux… a capella. Elle, c’est Aziza Mustafa Zadeh, dont le père pratique le « mugham-jazz fusion », mélange de jazz et d’un style d’improvisation traditionnelle d’Azerbaïdjan. Et lui, c’est Bobby MacFerrin, qu’on ne présente plus…  à ouïr sans modération
    ici, Carmen habanera by BobbyMc Ferrin &Aziza Mustafa Zadeh ou ci-dessous
 

  • un étonnant duo, né en Suisse vers 1996, composé de Christian Zehnder (voix, chant diphonique, yodle, accordéon, bandonéon, bandurria, tuyaux d’orgue, tire-lait, …) et Balthasar Streiff (cor des Alpes, alpophone, büchel, cornet, trompette baroque, tuba, shophar, voix, …), c’est Stimmhorn, un univers musical très inventif, à base d’expérimentations improbables… mais oyez plutôt, ici  Stimmhorn Triohatala ou là


  • Et pour finir, un peu de musique brisée, que l’on doit au tchèque Milan Knizak.  En 1963, Milan Knizak s’installe sur un trottoir, non loin du Pont Charles, à Prague. Il pose un tapis à même la rue et s’y s’installe avec des livres dont il arrache les pages avant de les brûler… et de partir. Spectaculaire et volontiers énigmatique, le happening ne peut qu’attiser la curiosité du spectateur. Ce but est d’ailleurs clairement revendiqué par ses chefs de file. ” Notre activité a pour but la prise de conscience : c’est un engagement public sans violence ” écrit Mlynarcik en 1965. Les thèmes politiques ne sont jamais abordés directement, mais l’intention est claire : il s’agit de réveiller le sens critique du public. Et pour cela, tous les moyens sont bons. Ecoutons Knizak en 1964: ” Nous devons utiliser les formes maximalement efficaces, c’est-à-dire : le naturalisme, la provocation… Choquer, convaincre, dehors, avec l’aspect agréable de l’art “. 
    Vers 1963, je me suis acheté un électrophone, mais je n’avais que quelques disques que je me suis mis à passer sans arrêt ; puis c’est devenu ennuyeux d’en avoir si peu… Et toujours la même musique ; alors j’ai cherché à la rendre plus intéressante : j’ai commencé à passer les disques au ralenti, en accéléré… Bientôt ça ne m’a plus suffi, je me suis mis à les casser et à les rayer. Ce fut le début de mon projet “broken music”. “   à bon entendeur  !    C’est là :


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Mesclun... expérimental

by fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois Fritz se passionne pour des expérimentations tous azimuts
avec 

  • Un  film, Retour à Kotelnich (2003), et un livre, Un roman russe (2007 POL), d’Emmanuel Carrère :
    « Raconter une histoire en donnant corps avec des acteurs à des scènes déjà écrites, dont on connaît l’enjeu, ne m’attire pas… L’idée m’est venue de faire une sorte de documentaire, mais sans aucune feuille de route… Cette idée de retourner à Kotelnitch avec une équipe légère, et sans sujet, ou juste : « On est là, qu’est-ce qui se passe ? » me séduisait beaucoup. « C’est intéressant, mais on y verra quoi, dans votre film ? » J’étais obligé de répondre : « Je n’en sais rien, le seul moyen de le savoir, c’est de faire le film. » Ce qui a rendu l’affaire possible, c’est que j’ai obtenu l’Avance sur Recettes… (Merci, le C.N.C.) 
    L’hiver était rude, pas de chauffage, pas d’eau chaude, confits dans la gueule de bois de la veille. Pour tenir dans ces situations, il fallait picoler… Tous les matins, Philippe Lasnier (nouveau caméraman) me demandait : «Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? », et je ne savais trop quoi lui répondre… Un jour, pendant ce tournage, je me souviens d’avoir appelé Anne-Dominique Toussaint (la productrice) pour lui dire que cela ne se passait pas bien du tout, qu’on allait droit dans le mur… On est rentrés en France au bout d’un mois, avec une centaine d’heures de rushes, de quoi faire un documentaire classique… Le problème, c’est que je ne savais pas très bien ce que j’avais envie de faire… J’ai repoussé plusieurs mois le moment de me mettre au montage… Là-dessus, la rencontre avec Camille Cotte, ma monteuse, a été déterminante : on a commencé par tout visionner sans choisir. Pour cela, il aurait fallu savoir ce qu’on voulait raconter, et nous ne le savions pas et nous tenions même à préserver un peu cette ignorance, à rester aussi longtemps que possible dans ce que les psychanalystes appellent « l’attention flottante…».

    Envoyé en reportage en Russie à propos d’un Hongrois réapparu après cinquante-cinq ans passés dans un hôpital psychiatrique, le romancier Emmanuel Carrère va y rencontrer Ania qui parle français, chante et joue de la guitare, et est la compagne d’un gars du KGB local. Beaucoup plus tard, en France, E. Carrère apprend qu’Ania et son bébé ont été massacrés à la hache par un fou. Il décide alors de revenir à Kotelnitch, pour tenter de comprendre. Il filme longuement, obstinément, le repas qui suit la cérémonie funèbre, comme si sous ses yeux la réalité entrait dans la grande tradition romanesque russe, avec crimes, châtiment, passion, terreur, et … vodka. Entre reportage et autobiographie, ces divers voyages à Kotelnitch et cette rencontre avec une jeune femme  à la fin tragique entraînent E. Carrère vers ses origines… Retour à Kotelnitch est un étonnant et émouvant work in progress, un “chemin qui se fait en marchant “, et qui, de plus, fonctionne comme un palimpseste, car les strates du documentaire conduisent son auteur vers une vérité autobiographique. 

    Un roman russe se déroule pendant ces quelques mois –le temps qu’a duré la genèse et le tournage du film Retour à Kotelnitch… Cependant la trame narrative emmêle différents éléments : les voyages en Russie qu’a occasionnés ce projet de film ; l’histoire d’amour tumultueuse que l’écrivain mène à Paris, avec une jeune femme, Sophie ; l’enfance et les souvenirs plus ou moins fiables qu’il en garde, notamment sur sa relation avec sa mère, et par-delà les générations, le poids du roman familial (un grand-père émigré géorgien disparu dans des conditions énigmatiques en 1944). Un roman russe tisse sous nos yeux l’histoire d’un homme qui a reçu en héritage « l’horreur, la folie, et l’interdiction de les dire », et qui, défiant cet interdit, décide de devenir écrivain… 

  • Deux entretiens d’un psychanalyste à la trajectoire étonnante, François Roustang… dans le coffret de 14 DVD  [Etre psy], aux éditions Montparnasse 
    Entretien de 1983 
    [80 mn]: Cet entretien porte essentiellement sur la pratique de la psychanalyse : combien de temps dure une analyse, quelle est sa finalité, quelles sont les relations qui s’instaurent entre analyste et analysant, quelle doit être la durée d’une séance et que doit être le rôle de l’argent ? François Roustang compare psychiatres et psychanalystes, conteste fortement la pratique des séances « courtes » et rend compte de la situation de la psychanalyse après la mort de Lacan. Il aborde également son passage de l’état de prêtre à l’état d’analyste.
    Entretien de 2008  [51 mn] : François Roustang n’est plus psychanalyste en 2008 ; il a mis radicalement en question la psychanalyse et il est devenu hypnothérapeute. Il définit les principales différences conceptuelles et méthodologiques entre l’hypnose éricksonienne qu’il pratique et la psychanalyse.
    Si vous voulez entendre François Roustang évoquer quelques perspectives thérapeutiques à la fois provocantes et limpides,                                     
  • Et pour finir, un très sympathique  happening, au marché (magnifique par ailleurs) de Valencia, à l’automne dernier… quelques fragments de Verdi parmi les fruits et légumes, une sorte “d’opéra-bouffe” en somme… la surprise des gens, et leur émotion sont terriblement communicatives… cela donne une idée de ce qu’est le spectacle vivant, quand il est vivant. Voyez et savourez par vous-même ici

Mesclun très, très rouge...

by Fritz  (voir la recette du mesclun
Cette fois un mesclun dans lequel Fritz donne quelques éléments pour comprendre son intérêt prononcé pour la couleur rouge

  • Un livre DVD  ’Rouge Très Très Fort’, édité par Biro éditeur  
    Rouge Très Très Fort révèle de manière intimiste et inédite le travail du peintre Zao Wou-Ki au travers des souvenirs vidéographiques de son ami Richard Texier, l’un des artistes les plus étonnants de nos jours. Loin des documentaires intrusifs filmés à la caméra, ce film de 18 minutes est un moment d’intimité avec Zao Wou-Ki. Utilisant son téléphone portable comme un bloc-note pour capturer idées ou moments, Richard Texier nous entraîne dans les moments qu’il a partagés avec son ami, par des bribes de conversations sur les couleurs, le monde, la beauté… 

Voici ce que Richard Texier dit lui-même de son oeuvre à Pocket-Film :  Pouvez-vous expliquer la genèse de ‘Rouge très très fort’ ?  Au départ, c’était un projet modeste, un témoignage. Je reçois régulièrement des amis peintres, artistes, écrivains… Je les filme, je prends des notes. Comme je n’ai pas d’appareil photo, c’est un peu ma manière de faire des photos souvenirs. Zao Wou-Ki et moi sommes liés depuis très longtemps, quinze ou vingt ans, et je me suis rendu compte que je n’avais pas de témoignage sur Wou-Ki. Comme c’est un peu machinal chez moi, j’ai commencé à faire des images. Il faut savoir que Zao Wou-Ki avait déjà refusé les demandes de plusieurs réalisateurs qui souhaitaient le filmer en train de peindre, ce qui donne une couleur unique à ce témoignage. Le filmer prenait ainsi une dimension particulière.
Pourquoi avoir utilisé le téléphone mobile pour filmer Zao Wou-Ki ? Faire des films ce n’est pas mon métier. J’utilise le téléphone-caméra d’une manière très personnelle. J’ai ce téléphone depuis six ans maintenant, il m’accompagne dans mes nombreux voyages à travers le monde. Il est mon seul objet nomade. Je n’ai pas d’ordinateur, je n’ai pas de caméra, je n’ai qu’un téléphone avec ses fonctions que je maîtrise un petit peu. Il me sert à connecter tous les gens qui travaillent avec moi et à leur rendre compte aussi de ce que je vois, de ce qui m’intéresse. Je réalise des petits bouts de films, je « note » des choses, c’est vraiment comme un carnet de notes. Longtemps j’ai utilisé le téléphone mobile de cette façon, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que cela pouvait faire sens, ces notes pourraient s’articuler de manière à former quelque chose de plus conséquent. Dans ces images on voit Zao Wou-Ki en train de peindre, mais on l’entend peindre aussi ! Il pousse des cris, il exprime en peignant ce que les chinois appellent le « Chi », une pulsion de vie intérieure, un souffle éternel qui traverse les êtres. Zao Wou-Ki, dans la pratique de son art, est en osmose avec la tradition chinoise, il est à l’écoute de son rythme intérieur. pour en savoir plus 

  • Un romanRouge majeur, les derniers jours de Nicolas de Staël’ de Denis Labayle, éd. Panama

    Jack Tiberton, journaliste trentenaire, écrit des articles dans la rubrique culturelle du Washington Tribune. Il est convié un jour (et il y voit la chance de sa vie) à interviewer le peintre Nicolas de Staël … A peine arrivé à son petit hôtel de rue Mouffetard, il y trouve un mot de Staël, l’invitant pour le soir-même à un concert d’Anton Webern au théâtre Marigny. La rencontre n’a lieu qu’à l’issue du concert. “Son visage ne correspond pas exactement à celui des photos. Il a bien les traits anguleux, le front large, la mâchoire fine, la chevelure abondante refoulée sur le côté par le vent, mais il me paraît plus jeune, plus maigre, plus grave aussi. Il n’a pas la mine détendue des autres spectateurs et semble absorbé par je ne sais quelle pensée.“Le peintre exalté et profondément bouleversé par la musique d’Anton Webern griffonne ses impressions sur un carnet. Il tient là le sujet de son prochain tableau. Ce sera un concert, ce concert.”Avec cette toile, je quitte les berges apaisantes pour plonger au fond de moi-même, pour explorer la brûlure des feux. Ma brûlure ! Avec ce rouge, je troque la fugue pour une symphonie, j’entre dans l’arène, mon combat commence, enfin…“ Il accueille très amicalement le journaliste et à peine quelques heures plus tard, l’invite à le rejoindre aussi vite que possible à Antibes. Staël offre alors à cet homme qu’il connaît à peine de le suivre dans la création de sa prochaine toile, celle qui marquera à jamais un tournant dans sa vie de peintre et d’homme, il le sait, il le pressent. Jack, enthousiasmé, accepte aussitôt. Dix jours plus tard, Nicolas de Staël se précipite dans le vide, en laissant inachevé « Le Concert », sa première toile en rouge majeur. Jack est le seul à tout savoir de ces dix dernier jours,…

     Ce roman est une fiction, le journaliste Jack  n’a jamais existé, mais s’inspirant de la correspondance du peintre et des ouvrages qui lui ont été par la suite consacrés,  Denis Labayle dresse un portrait possible, magnifique et émouvant, de l’artiste en prise avec le mystère et les affres de la création… ce texte nous entraine en effet au cœur même du processus créateur, au moment où l’œuvre émerge et prend forme sur la toile, dans la tension vers ce rouge infiniment complexe, où couleur et musique entrent en synesthésie, et qui se dérobe constamment…  http://www.denislabayle.fr/spip/

  • Une exposition virtuelle sur le site de la BNF, qui explore plusieurs facettes de la couleur Rouge, la couleur par excellence (à l’origine du nom Adam et dans plusieurs langues, le mot rouge se confond avec le mot couleur), avec en particulier une intéressante réponse de Michel Pastoureau à la question que tout le monde se pose pourquoi le petit chaperon est-il rouge ? oui, pourquoi ??? la réponse est là   http://expositions.bnf.fr/rouge/gp/01.htm
    et aussi un ouvrage très complet 
    Le Rouge, 2e volume du Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle, paru aux CNRS Editions. En s’appuyant sur un vaste corpus de textes du XXe siècle, l’auteur Annie Mollard-Desfour, linguiste, répertorie mots et expressions articulés autour de cette couleur, avec leurs définitions, leurs contextes d’emploi, leurs symboliques, leurs sens figurés… Sonia Rykiel en a écrit la préface : “Rouge… comme l’excès, la jouissance, le sans-limite, la liberté, l’extrême provocation, le trop plein, la folie d’un champ de coquelicots… la cristallisation dans l’amour fou“… 

Mesclun... lumineux et brutal

by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec
  • un DVD, Valse avec Bachir d’Ari Folman… très beau film-documentaire d’animation qui met en scène un travail douloureux de recomposition du passé et une réflexion poétique (la seule qui semble possible) sur la guerre en général, et sur celle du Liban en particulier.
    Qu’ai-je donc fait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant le massacre perpétré par les chrétiens phalangistes dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila ?” s’interroge Ari Folman, mobilisé par l’armée israélienne lors de la première guerre du Liban. Son investigation prend la forme autobiographique de ce ” documentaire animé”, onirique et psychanalytique, où le graphisme, les couleurs et les sons parviennent à traduire les errances du récit entre présent et passé, et celles du psychisme entre cauchemars, fantasmes et vérités. Car non seulement les souvenirs d’Ari, le narrateur, se dérobent, mais ceux des anciens soldats qu’il retrouve et questionne, paraissent eux-mêmes flotter dans les eaux troubles et jaunes de la mémoire et des images re-construites a posteriori. Ainsi les intérêts de Valse avec Bachir sont-ils pluriels, par la singularité de son esthétique, la dénonciation par l’absurde de la guerre qu’il propose et la catharsis artistique qu’il permet, mais en outre par une intéressante illustration du mécanisme de défense qu’est la déréalisation : tout le film tend à décrire cette sensation, depuis la distorsion fantasmatique des témoignages jusqu’à l’hyperréalisme halluciné des scènes de guerre. Le film évoque également la culpabilité, liée à la question de la responsabilité israélienne face au massacre de Sabra et Chatila. 

  • La bande-son, que l’on doit au compositeur allemand Max Richter, contribue largement à l’effet d’envoûtement onirique de ce film. On y retrouve, outre des morceaux poétiques, hypnotiques ou graves, deux tubes des années 8O, This is not a love song et Enola Gay. (échantillon à voir et écouter)

  • En septembre 1982, après dix années sans avoir rien écrit Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, sous l’oeil complice des soldats israéliens qui viennent d’envahir et occupent le Liban.
Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit “ Quatre heures à Chatila“, publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila. 
Jean Genet :« Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou. Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j’ai vu ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ? ». Lire le texte intégral de ‘Quatre heures à Chatila’  de Jean Genet ici

    Les premières images de Valse avec Bachir sont saisissantes. Une meute de chiens noirs, yeux jaunes et babines retroussées, que rien ne semble pouvoir arrêter, parcourt les rues d’une ville noire dominée d’un ciel ocre. Cette scène trouve son explication dans la séquence suivante, située dans l’atmosphère feutrée d’un bar de nuit où un homme décrit à l’un de ses amis, prénommé Ari, ce qui se révèle être un cauchemar récurrent. Conscrit lors de la première invasion israélienne du Liban, en 1982, il avait pour mission d’abattre tous les chiens qui, postés à l’entrée des villages, signalaient par leurs aboiements l’arrivée des soldats. Ce récit inaugural par la manière dont il ménage la sensation brute de l’effroi et l’épanchement de la parole définit le projet narratif et esthétique du film.

     


Mesclun... adventice

By Fritz
Voir la recette du mesclun   
Voir adventice
avec, cette fois-ci quelques histoires de mauvaises herbes, donc
  • Une bande dessinée âpre et belle, Rebetiko de David Prudhomme, 
Avant guerre, en Grèce, sous la dictature qui s’installe et les menace,  des musiciens, un peu mauvais garçons, chantaient la nuit dans les bas-fonds s’accompagnant de leur bouzouki, fumant, buvant et brûlant la vie par les deux bouts… Il fallait l’invention et l’élégance naturelle de David Prudhomme pour réussir à restituer l’ambiance de ces bouges d’Athènes dans les années trente, et l’atmosphère électrique  qui y régnait… un graphisme noir et charbonneux, une superbe lumière ocre. “Je peux dire sans crainte d’être contredit que ce livre est magistral. Si si affirme  Manu Larcenet.  Un livre poétique et puissant…     pour en savoir plus, aller sur ce blog http://bderebetiko.blogspot.com/
et sur ce même thème, voir ce petit film …  koboloï, ouzo, bouzouki, et petite fumée, toute la Grèce est là…  
les chants désespérés sont bien les chants les plus beaux.
  •  Un film d’Alain Resnais, Les herbes folles. Une leçon de liberté et de fantaisie. Un exercice de voltige (au propre et au figuré), adapté d’un roman de Christian Gailly (L’Incident, Editions de Minuit, 1996). Comme les herbes folles, le film semble jaillir tel une incongruité poétique au milieu d’un monde hostile (quelques brins obstinés émergeant du macadam), ensemencé par la grâce, poussé par l’esprit qui souffle où il veut. Une histoire d’amour insolite et légère (surréaliste ?), une allégorie des liens invisibles qui relient réalité et fantasme, mais aussi une sorte de grenier tout plein de vieilles vieilleries, dans lequel Alain Resnais semble mettre beaucoup de lui-même : la bande dessinée, le roman d’aventure, le film de guerre, les procédés du cinéma muet, les pionniers de l’aviation, la magie d’une séance nocturne dans une salle de quartier, le hasard objectif et aussi un porte-feuille rouge et un sac à main jaune, deux flics hilarants, une braguette ouverte, Sabine Azema, quelques loopings et un crash à la Jules et Jim … “Pour aller où ? - Là-bas.” Et tout est dit…
  •  Et une dernière mauvaise herbe  inoubliable, braves gens, braves gens…  à écouter encore et encore 
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu
    Et je m’demande
    Pourquoi, Bon Dieu
    Ça vous dérange
    Que j’vive un peu


Mesclun ... de fin d'été

 by Fritz

Rappel de la recette du mesclun : La salade est déjà un mélange de divers ingrédients que l’on assaisonne… avec du sel, donc. Mais alors le mesclun, c’est un mélange de salades diverses… c’est dire ! Bref, vous trouverez sous cette rubrique et de loin en loin, des mélanges divers, éventuellement salés, sans liens apparents si ce n’est justement qu’elles ont un certain goût, de choses lues, vues ou ouïes, par ci par là… les miscellanées du docteur Fritz, en quelque sorte.

avec cette fois

  • un auteur japonais contemporain Haruki Murakami et quelques-unes de ses oeuvres, dont le roman “La fin des temps

Roman qui nous plonge, en alternance, au cœur de deux mondes. Dans l’un, un vieux savant excentrique, spécialiste du cerveau, charge un informaticien de coder les programmes relatifs à ses travaux ultra secrets et, selon leur auteur, d’une importance capitale. Dans l’autre, le narrateur est nouveau venu au sein d’une mystérieuse cité ceinte de hautes murailles, de laquelle seuls peuvent sortir les troupeaux de licornes qui y vivent. Au fil du récit, le lien va se faire de plus en plus étroit entre ces deux univers, jusqu’à l’ultime fusion…

  • un disque, Together through life de Bob Dylan

La voix est éraillée à la Tom Waits, la tonalité d’ensemble est nostalgique, Dylan avouant dans quelques titres ses regrets et ses manques, sa résignation sincère à ne pas toujours comprendre la vie, les femmes et le reste. “Beyond Here Lies Nothing” : au bout du tunnel, aucune “Heaven’s Door”, et d’ailleurs “Life Is Hard”. Dans Together Through Life, Dylan semble revenir faire un tour dans les bars à crooners enfumés du midwest …Qu’est-ce qui a changé depuis le temps? Qu’est ce qu’on a appris? Pas tout, et d’ailleurs à partir d’un certain âge, on n’attend plus vraiment de réponse, on n’aspire plus nécessairement à changer le monde, on se souvient et c’est bien comme ça. The Times haven’t been changin’ that much in years, “It’s hard to believe, but it’s all good…”

  • un hommage aux danseurs disparus… Pina bausch /Merce Cunningham
 Elle avait le regard bleu et incarnait la grâce. Elle était la chorégraphe qui a sans doute le plus marqué la seconde moitié du XXe siècle. Son influence et son aura ont même débordé le domaine de la danse. Dans le théâtre surtout, mais aussi les arts plastiques, et le cinéma où Fellini et Almodovar  lui ont directement rendu hommage dans des films. Pina Bausch est morte, mardi 30 juin 2009, à 68 ans. “C’est la fin d’un monde, confie Gérard Violette, ancien directeur du théâtre de la Ville. Lorsqu’elle venait saluer, elle connaissait une minute de bonheur. Sinon, c’était une femme douloureuse. Elle a influencé tout le monde, mais ne laisse aucun héritier.”

Surnommé l’“Einstein” de la danse, Merce Cunningham a bouleversé dès les années 1950 les codes du ballet : désormais le danseur ne se déplace plus en fonction du centre de la scène, il est lui-même un centre. “Au contraire du danseur classique, j’estime tous les mouvements possibles”, expliquait-il. Il a rencontré le musicien d’avant-garde John Cage, et ce sont 50 ans de collaboration entre les deux artistes dont les destinées personnelles et professionnelles sont restées liées jusqu’à la mort de Cage, en 1992. Engagé en 1939 comme soliste dans la compagnie de Martha Graham, pionnière de la “modern dance”, Cunningham  fonde en 1953 la Merce Cunningham Dance Company, au Black Mountain College, une communauté d’artistes de Caroline du Nord. Il rencontre des peintres, comme Jasper Johns qui devient son conseiller artistique en 1965, ou Robert Rauschenberg. Il travaille également avec Andy Warhol pour Rainforest (1968), Frank Stella ou le musicien David Tudor. Il est mort à 90 ans, le 26 juillet 2009.