Le carnet de Fritz

Tag - Paul Goodman

Fil des billets - Fil des commentaires

Gestalt-thérapie et Urbanisme : l'homme et ses environs

by Fritz  (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

     Au cours de la soirée du 26 juin dernier à l’iGtb, dernière des 3 soirées consacrées cette année aux questions de formeétaient donc invités à dialoguer Jean-Marie Robine, fondateur et ex-directeur de l’Institut français de Gestalt-thérapie, et Christian Sallenave, sociologue spécialisé en architecture, ethnologie urbaine et anthropologie de l’espace. 

Hélène Chauveau, qui anime la rencontre, rappelle d’emblée la richesse de sens du mot « urbanité » ( du latin « urbs » : la ville), qui  renvoie à la civilisation  et au vivre ensemble.  Qu’est-ce qu’habiter l’espace urbain ? Quelle part est accordée au  citoyen dans l’aménagement des espaces où il vit ? C’est la réalité contemporaine de la ville, dans toutes ses dimensions, notamment la dimension politique, qu’il s’agit d’interroger. La gestalthérapie  prend-elle en compte cette problématique?

     L’évidence rappelée par Jean-Marie Robine est que l’être humain ne peut être appréhendé que dans son environnement, que l’on ne peut parler de l’un sans l’autre. L’architecture et l’urbanisme sont ce qui affecte le plus notre quotidien, affirmait Goodman que ces questions intéressaient à tel point qu’il en fit le sujet d’un livre, écrit en 1947 avec son frère, Percival, architecte : “Communitas”, encore non-traduit en français aujourd’hui. Sur les 3 utopies des frères Goodman, voir cet intéressant article de Bernard Vincent   L’utopie au secours de la ville : les fictions urbaines de Paul Goodman 

   La question de l’anthropologie de l’espace est au cœur des travaux de C Sallenave. Il a été amené à constater que la dimension anthropologique est trop souvent oubliée, l’inter–relation, ou interaction, négligée.  C’est pourquoi, par exemple, le Ministère de la Justice lui a demandé de participer à la réflexion concernant la création de centres fermés pour délinquants. Le lieu est destiné à « être vécu », c’est-à-dire « disputé , partagé, codifié ». Rattachant ce problème à la question anthropologique des rites de passage, C. Sallenave fait observer que ces derniers relèvent toujours d’une prise en compte de l’espace puisqu’ils sont toujours liés à l’idée de séparation, laquelle se traduit concrètement dans la différenciation des lieux où l’on se tient, selon le groupe auquel on appartient. ( Les enfants délinquants sont séparés, pas encore agrégés, donc dans la marge.)

C. Sallenave évoque ensuite une expérience menée avec des étudiants chargés d’effectuer un parcours en tramway, les menant de Saige Formanoir à Pessac jusqu’au Miroir d’eau à Bordeaux (trouvaille - en passe de devenir l’emblème du Bordeaux rénové- du paysagiste Michel Corajoud), afin d’observer le paysage urbain. Ils sont munis d’écouteurs branchés sur des MP3 : certains d’entre eux doivent écouter du rap, d’autres du jazz. Ces derniers, à l’arrivée, auront été plus sensibles à la variété des lieux traversés parce que, c’est en tout cas la thèse de C.Sallenave, l’absence de variation dynamique du rap, son uniformité rythmique, empêchent la perception de la diversité. Il n’y a pas de véritable compréhension du monde si on ne peut le percevoir dans sa globalité, si on isole un sens des autres. Cette spécialisation des sens n’est–elle pas à mettre en parallèle avec la spécialisation des espaces que l’on observe dans les structures urbaines d’aujourd’hui ? C. Sallenave soutient l’idée qu’il faut penser la ville en termes de « mixité d’usage ». Les lieux dévolus à une seule utilisation, une unique fonction ne correspondent pas à une perception plus globale de l’humain. On retrouve d’ailleurs cette mixité d’usage dans les calculs des investisseurs associant en un même lieu différentes affectations, aussi surprenantes par exemple que l’intégration d’une résidence pour personnes âgées dans la structure d’un stade.

C’est l’occasion pour Hélène Chauveau de souligner la dimension politique des questions d’urbanisme et d’articuler aménagement des villes et démocratie. Quelle est la place du citoyen dans les décisions qui affectent les lieux qu’il habite, où il circule, travaille, s’informe, se détend ? Peut-il participer aux choix dont les enjeux politiques et sociaux sont si importants ?

Pour C. Sallenave, il est clair qu’il ne faut pas abandonner cette question architecturale et urbaine aux seuls experts qui ont trop souvent une position de surplomb, ne pas leur laisser « le dernier mot ». Il rappelle la nécessité de toujours penser le mouvement. Dans l’espace d’abord, comme en témoigne la façon dont différents groupes de population se sont approprié le Miroir d’eau grâce à la facilité de déplacement que leur offrait le tram. Dans le temps surtout, qui permet l’évolution des lieux. Il  est fondamental, dans les questions d’urbanisme, de penser les transformations possibles ou la possibilité de transformationD’ailleurs l’aménagement urbain implique toujours la prise en compte de trois types d’espaces : espaces prescrits, interdits et possibles .

Jean Marie Robine indique qu’en effet, dans les interstices, dans la marge, il y a place pour l’utopie. Non pas celle, froide et technocratique des projets totalitaires, mais celle, vivante et libre de l’invention, ce qui la rattache à l’idée, chère à Goodman (voir article de B. Vincent) et aux gestaltistes, du processus et de l’inachèvement propres à la création. Ces notions ne sont-elles pas, au fond, tout aussi inséparables de la démocratie, toujours en voie d’élaboration, toujours à construire ?

Sur ce thème, voir la très intéressante initiative des riverains de la rue Paul Camelle à Bordeaux Bastide et leur étonnant et novateur projet de “rue-jardin” : un projet où les riverains cessent de -au mieux- se saluer poliment, pour réfléchir et oeuvrer ensemble, et devenir les acteurs responsables de la réussite d’un espace commun… cliquez sur ce lien pour en savoir plus (blog de ces habitants et petite vidéo concernant le projet)

http://ruejardin.blogsudouest.com/2009/04/24/la-demarche-des-riverains-de-la-rue-paul-camelle/

Et toujours sur ce thème, lire (et écouter) les textes poétiques et subtils (accompagnés de 2 CD d’entretiens) de Pierre Sansot Rêveries dans la ville, parus chez Carnet nord. L’auteur nous invite à le suivre au hasard de ses déambulations à travers la ville. Sa pensée vagabonde comme une conversation ininterrompue. La marche suscite la rêverie, la saisie de beautés secrètes et imprévues, mais aussi l’émergence de souvenirs. Pierre Sansot nous donne à lire sa façon d’habiter la ville : une oisiveté attentive à ce que le monde a l’obligeance de nous offrir. En ces temps de repli individualiste,  ces textes nous rappellent que notre vie ne s’épanouit  qu’au contact des autres. Et si le meilleur de nous -mêmes - notre liberté, notre capacité d’amour, d’émotions et de partage- résidait dans la fréquentation des lieux publics ?

Fritz se jette dans la blogosphère...

Bonjour… 

je suis Fritz, mais si, vous savez… Fritz Perls (1893-1970) ! le “père” fondateur, avec Paul Goodman, de la Gestalt-thérapie, et je viens (si,si…) de trouver un nouveau job… je suis chargé de communication à l’iGtb, autrement dit l’Institut de Gestalt-thérapie de Bordeaux. Le temps que je me fasse à cette nouvelle fonction, et promis, je vous tiens non seulement au courant de ce qui se passe ou se passera à l’iGtb (et il s’en passe)… mais je vous livrerai également dans ce carnet quelques pensées, impressions et sensations (en rapport avec la gestalt-thérapie, mais pas seulement) parmi toutes celles qui me passent par la tête (et le corps)… et je vous invite bien sûr à en faire autant. Alors, à nos souris…

En attendant, très bonne fin de vieille année… et rendez-vous en 2009 !!! 

Petit conseil