Le carnet de Fritz

Tag - Poésie

Fil des billets - Fil des commentaires

On est injuste avec les oies...

Ou l’atelier Lecture et Criture du 14 juin 2010

 On est injuste envers les oies. Les oies aiment lire et écrire  (n’ont-elles pas, pendant  des   siècles,   donné leurs plumes  et contribué ainsi, bien qu’avec discrétion et en toute humilité, à l’existence de la littérature ?) Elles aiment aussi, cela se sait peut-être davantage, le jeu.  Alors vous pensez  si  l’association des  trois leur plaît !

         Une oie, deux oies, trois oies, quatre oies, cinq oies, six oies , c’est toi ! Nous sommes justement sept participants ce lundi  de juin, au dernier atelier de la saison 2009 /2010. Pour commencer à jouer, nous n’avons pas eu recours à cette comptine bien connue des récréations, nous avons tout simplement lancé le dé et nous en sommes remis au hasard des chiffres.  Quoi qu’il en soit , il s’agit bien de progresser le long d’un parcours, un jeu de l’oie réinventé,  d’avancer de case en case et selon celle où le sort nous arrête, de se livrer à diverses activités : lectures de textes (apportés par soi, par d’autres, ou piochés dans une corbeille préparée à cet effet), exercices d’écriture menés de pair avec les autres joueurs et alimentant  une réserve de lecture susceptible de servir  ensuite, pour peu que la carte correspondant à la case sur laquelle on « tombe » (vous suivez ?) porte par exemple  la consigne : « Lire le dernier texte écrit par votre voisin de gauche ».

          Au lieu de prison ou de puits, des gages : lire une fable de La Fontaine d’une manière snob. Ou pressée. Ou encore avec l’accent marseillais : Le Coche et la Mouche prend alors une saveur très particulière, le chant des cigales se devine sous le  bourdonnement  de l’importune.

        D’abord  tranquille, le jeu s’accélère, prend  un rythme plus intense  et l’allure d’une exploration, joyeusement décousue,  des jeux littéraires les plus pratiqués : anagrammes, bouts rimés, logo rallies, textes à partir d’images, haikus à thèmes, poèmes à partir de mots librement associés, description de pays imaginaires, textes  anaphoriques…Foi d’oie, un vrai feu d’artifice ! Un bouquet final pour conclure une année où, au cours de ces ateliers d’écriture et de lecture réguliers, chacun a appris à mieux se connaître, à mettre au jour des goûts, des aspects de soi, des traits enfouis  dans la mémoire et qui, révélés, aident un peu à se comprendre. On se découvre à travers ce que l’on écrit, dans la littérature on s’explore et l’on s’ouvre  en même temps  à ce qui n’est pas soi.


         Passez-moi donc le sel, vous serez bien urbain

Et ne vous offusquez pas que ma main vagabonde

Sous vos frou-frou coquins vers votre arrière-train

Car Cupidon protège même ceux que Zeus gronde.

Si précieux pour ton âme que soit le vaste monde

Ne prends jamais l’avion qui donne l’air hautain

Voyage sur des rails, aie l’humeur vagabonde

Rêve au gré d’aiguillages, voyage par le train…

Quelques flocons volettent en boucle

Des rayons  de soleil comme des paillettes

Fin d’hiver ? Début de printemps ?


La feuille en haut à gauche

Crie plus vert que les autres

Eh bien, je la comprends !


Dans ce pays , le sol est élastique, on ne marche qu’en ayant l’air de danser, ce qui donne à tout le monde une allure extrêmement  dynamique et joyeuse. Car chaque pas en appelle irrésistiblement un autre et l’on ne se lasse pas d’avancer encore et toujours, égayé de peiner si peu, d’éprouver si peu de fatigue à projeter son corps dans la direction où l’on veut aller. On ne recule guère, comme transporté d’enthousiasme. Il ne viendrait à l’idée de personne de s’arrêter. On appelle « progrès » ce grand élan général.

Jérôme nous amuse et s’amuse à l’envi
Dans ce rassemblement où sa muse l’envie
Cette chorale étrange embarquée en coquille
Comme un navire oblong d’une petite flottille
Entourée d’oiseaux rares, de poissons improbables
Sur le mât, en vigie, des poulets consommables
Et au fond du plan d’eau l’orchestre à nouveau cloche
Dans le monde morbide et fou de monsieur Bosch.


Ne serait-ce qu’un moment

Ne serait-ce qu’un soupir

Ne serait-ce qu’un rempart contre l’ennui

Ne serait-ce qu’un chant de retour

Ne serait-ce qu’un vol de palombe

Ne serait-ce que le parfum d’un lilas

Ne serait-ce qu’un mot de trop

Ne serait-ce que la fin d’une histoire

Ce serait pourtant une sorte de paradis.

Mesclun tout plein d'imagination...

 by fritz  (voir la recette du mesclun)

Aujourd’hui, Fritz cherche à savoir ce qu’est et à quoi peut bien servir l’imagination, avec

  • les échos d’un festival fin mai sur ce thème, Philosophia, à St Emilion
    L’imagination, qu’est-ce que c’est ?  “Imagination, faculté de se représenter un objet absent. On distingue l’imagination reproductrice, qui représente l’image de quelque chose que nous connaissons déjà, et l’imagination créatrice, par laquelle l’homme est capable de produire des oeuvres d’art, de faire progresser les sciences et les techniques.
    La psychologie, et en particulier la psychiatrie, étudie les perturbations de l’imagination, qui peuvent être un excès d’imagination (hallucinations, mythomanie, hystérie) mais aussi une carence imaginative (arriération mentale ou sottise pathologique). Entre l’imagination pathologique, qui est un frein dans la vie, et l’imagination créatrice qui combine des faits ou des données réelles pour inventer une solution concrète, il n’y a qu’une nuance, mais elle est fondamentale : dans le second cas, l’homme agit et réalise son action : dans le premier, ses rêveries ne sont pas suivies d’une réalisation concrète. ” Didier Julia / Dictionnaire de la Philosophie, Larousse

Imagination, imaginaire, construire des images…
Assembler raison et imagination. Comment l’imagination fonctionne-t-elle ? Elle est une activité de l’esprit, qui ne reproduit pas à l’identique des éléments réels, mais qui les articule et les combine de façon inédite. Bachelard prétend même que l’imagination « invente de la vie nouvelle, de l’esprit nouveau; elle ouvre des yeux qui ont des types nouveaux de vision” Dans le domaine des sciences et de la technique, l’hypothèse expérimentale est très souvent imaginée (à partir de l’analyse des phénomènes observés), et c’est bien elle qui anticipe et « imagine » le montage de l’expérience. L’opposition classiquement admise entre imagination et raison doit dès lors être transformée en complémentarité.Fuir la réalité ? Mais se constituer un univers imaginaire n’est-il pas fuir la réalité ? Ne risque-t-on pas de s’évader ou de se laisser emporter vers un monde par définition trompeur. Platon est affirmatif, ce n’est que le reflet et le plus bas degré du monde sensible. Spinoza de son côté prétend qu’entre l’imagination et l’illusion, la distance est très mince et chez Pascal, l’opposition est encore plus nette : l’imagination, cette « folle du logis », est “maîtresse d’erreur et de fausseté”. À notre époque, les représentations séduisantes de l’imagination font qu’en fuyant le réel, le citoyen s’interdit de le transformer.Vivre sans imagination ? L’imagination possède pourtant une double portée : elle est, d’une part (au moins implicitement), critique à l’égard de ce qui existe. D’autre part, elle correspond à un besoin de compenser ce que le réel peut avoir de décevant. L’imagination, dit André Breton, c’est “ce qui tend à devenir réel”, soulignant la relation qui existe entre le désir, sa production imageante et l’acte qui doit le réaliser. Concevoir une pensée privée d’imagination, c’est la condamner au ressassement du présent et à la stérilité. Les oeuvres d’art en sont une preuve suffisante : elles révèlent à quel point l’imaginaire est capable de se manifester dans les matériaux et les formes, pour ensuite modifier massivement la mentalité en diffusant une interprétation du monde qui sera de mieux en mieux partagée. L’imagination est sans cesse en évolution.

« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton ». 
« L’imagination n’est rien d’autre que le sujet transporté dans les choses ». 
« L’imagination trouve plus de réalité à ce qui se cache qu’à ce qui se montre »
. Gaston Bachelard

  • Un poème rose et totalement anxiolytique  

  • une audacieuse et réjouissante idée de détournement du matériel de bureau, bretelles et autres accessoires, et qui en plus  adoucit les moeurs, ici
  • et puis vous reprendrez bien une tasse de cafénon ?

Bord de mer

ou les petites vacances de Fritz

Où sont les hommes
       sur quel navire

 

dégantés déchaussés

absents sur le silence du rivage

sur fond de houle

 

Quels os épars ramassés par

un naufrage par beau temps

 

Nous sommes les éphémères

les ombres qui ont habité

sous le soleil le croissant

 

immense entre la forêt nombreuse

et l’océan unique

 

Et

cependant

les gants

oubliés par la grève

dans le sable émouvants

 

Mesclun en passant...

Spectaculaire et très émouvant vol migratoire de grues cendrées au-dessus de l’iGtb !
Elles traversent l’Aquitaine depuis quelques jours déjà….   

Petite leçon de science naturelle :
La Grue cendrée mesure de 124 à 138 cm, pour une envergure de 228 à 245 cm et un poids de 8 à 12 kg. Elle est principalement grise avec une bande blanche verticale le long du cou, et une touffe de plumes noires sur la queue. Elle porte sur la tête une portion de peau nue rouge, peu visible dans la nature. Elle se nourrit d’insectes, de graines, d’herbes et de jeunes pousses ainsi que de mollusques et de vers. A l’automne, ces oiseaux puissants voyagent du nord de l’Europe jusqu’au sud de l’Espagne pour y rejoindre leurs quartiers d’hiver. Et ils repassent au printemps dans l’autre sens… pour rejoindre la Scandinavie. Les vols migratoires sont en forme de V ou de Y. Les grues cendrées, comme les cigognes, utilisent les ascendances thermiques pour s’élever en planant, économisant ainsi leur énergie au maximum. Le vol battu est utilisé en cas de mauvais temps, de vol de nuit ou au dessus de la mer. En vol, les grues cendrées crient, la plupart du temps, environ toutes les 10 à 15 secondes. Le chant, un “grou” sonore, s’entend jusqu’à quatre kilomètres. C’est une particularité anatomique du bréchet de la grue qui explique son exceptionnelle puissance.
Pour en savoir plus, et même entendre le “grou” des grues, c’est ici

Et puisque c’est le printemps des poètes, hommage à eux avec ce très, très beau poème de Jean Richepin (1849-1926) qui prend le parti des gueux dans Les oiseaux de passage, chanté ici par Brassens

Ô vie heureuse des bourgeois
Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle,
Ils sont fiers et contents

Ce pigeon est aimé,
Trois jours par sa pigeonne
Ça lui suffit il sait
Que l’amour n’a qu’un temps

Ce dindon a toujours
Béni sa destinée
Et quand vient le moment
De mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs
C’est là que je suis née
Je meurs près de ma mère
Et je fais mon devoir

Elle a fait son devoir
C’est à dire que onques
Elle n’eut de souhait
Impossible elle n’eut

Aucun rêve de lune
Aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs
Sur un fleuve inconnu

 Et tous sont ainsi faits
Vivre la même vie
Toujours pour ces gens là
Cela n’est point hideux

Ce canard n’a qu’un bec
Et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir
Ou bien d’en avoir deux

Ils n’ont aucun besoin
De baisers sur les lèvres
Et loin des songes vains
Loin des soucis cuisants

Possèdent pour tout coeur
Un viscère sans fièvre
Un coucou régulier
Et garanti dix ans

Ô les gens bien heureux !
Tout à coup dans l’espace
Si haut qu’il semble aller
Lentement un grand vol

En forme de triangle
Arrive, plane, et passe
Où vont ils?… qui sont-ils?
Comme ils sont loin du sol

Regardez les passer, eux
Ce sont les sauvages
Ils vont où leur désir
Le veut, par dessus monts

Et bois, et mers, et vents
Et loin des esclavages
L’air qu’ils boivent
Ferait éclater vos poumons

Regardez les avant
D’atteindre sa chimère
Plus d’un l’aile rompue
Et du sang plein les yeux

Mourra. Ces pauvres gens
Ont aussi femme et mère
Et savent les aimer
Aussi bien que vous, mieux

Pour choyer cette femme
Et nourrir cette mère
Ils pouvaient devenir
Volailles comme vous

Mais ils sont avant tout
Des fils de la chimère
Des assoiffés d’azur
Des poètes, des fous

Regardez les ! Vieux coqs 
Jeune oie édifiante
Rien de vous ne pourra
Monter aussi haut qu’eux

Et le peu qui viendra
D’eux à vous, c’est leur fiente
Les bourgeois sont troublés
De voir passer les gueux

La poésie de l'inventaire...

A l’iGtb, l’atelier -poésie du 12 juin s’est initié

avec les couleurs, les formes, les goûts… de différents ingrédients, qui ont ainsi été répartis en brochettes inventaires, aussi esthétiques que savoureuses !

Puis l’atelier, animé par Laetitia Darricau et Dominique Michel, s’est placé sous l’égide d’une certaine encyclopédie chinoise, citée ou ( inventée ?) par Jorge Luis Borgès… qui prétend en effet que le sinologue allemand Franz Kuhn aurait découvert une encyclopédie intitulée Le marché céleste des connaissances bénévoles, selon laquelle tous les animaux peuvent être classés selon la curieuse liste suivante :

        a)     appartenant à l’empereur
b)     embaumés
c)     apprivoisés
d)     cochons de lait
e)     sirènes
f)      fabuleux
g)     chiens en liberté
h)     inclus dans la présente classification
i)      qui s’agitent comme des fous
j)      innombrables
k)     dessinés avec un très fin pinceau de poils de chameau
l)      et caetera
m)    qui viennent de casser la cruche
n)     qui de loin semblent des mouches

D’autres célèbres listes ont été évoquées : du « je connais tout fors que moi-même » de Villon, au « je me souviens… » de Pérec, en passant par l’inventaire de Prévert (on n’oublie surtout pas les ratons-laveurs), et sur le modèle des 78 listes de Seï Shonagon, dame de cour japonaise du  XIe siècle, qui fut sans doute la première à élever la liste au rang de genre poétique, dans ses Notes de l’oreiller … nous avons nous-mêmes élaboré quelques listes de choses qui…

-       font battre le cœur
-       ne font que passer
-       difficiles à dire
-       font naître un doux souvenir du passé…

avant de faire resurgir quelques souvenirs cette fois liés à une personne…

« Je me souviens que ma grand-mère allait et venait dans le couloir les mains derrière le dos en sifflotant
Je me souviens qu’elle entretenait de grandes conversations seule devant l’évier de la cuisine
Je me souviens qu’elle répondait presque toujours par des dictons aux questions qu’on lui posait
Je me souviens qu’elle oubliait tout, ses enfants, ses petits-enfants
Je me souviens qu’elle ne se souvenait pas… »

Puis sur le modèle du célèbre « j’aime / je n’aime pas » de Barthes, et du sympathique court-métrage « Foutaises » de Jeunet, à visionner en cliquant ici  http://www.youtube.com/watch?v=Z2RfTPc6hEc&fmt=18

nous nous sommes essayés à ces sortes de définitions :

« J’aime les anémones
l’odeur de la colophane
les randons des hirondelles
les esquisses
les journées qui commencent tôt
marcher pieds nus

Je n’aime pas l’anis, la radio le matin, les supérieurs hiérarchiques, l’orage, la craie contre le tableau , être pressée

J’aime la fragilité
le papier-journal
flâner
un certain silence
l’idée du thé
la nostalgie des airs d’accordéon flottant dans les rues
Et aussi le printemps, l’hiver, l’été… »

Car précise Barthes « J’aime, je n’aime pas… cela n’a aucune importance pour personne et cela n’a apparemment pas de sens. Et pourtant cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre. »

Et nous avons terminé avec un intéressant, bien qu’énigmatique, poème collectif

Tant de  feuilles, si peu de branches
Tant de couleurs, si peu d’harmonie
Tant de rêves, si peu de mots pour les dire
Tant de nuits, si peu d’ombres
Tant de tant
Tant de temps
Taons de temps
Tant de taons
Si peu d’éléphants
Tant d’heures, si lents sont les cieux
Si peu de preuves, tant de soupçons
Tant de bruit,
Si peu de poésie…

Vacances...

by Fritz

Eh oui, j’en ai ai pris quelques unes (de vacances) et vous ai rapporté ceci 

 

 

Sur le rivage

Les étoiles qui vont manquer 

Au ciel ce soir

Un peu de poésie, que diable !

by Fritz 


L’iGtb, en quelque sorte partenaire -sans l’avoir prémédité- de l’indispensable 

Printemps des poètes,  a accueilli, en ce vendredi 13 mars printanier en diable, un atelier d’écriture consacré au haïku

Lectures à haute voix d’abord (Anthologie de la poésie japonaise classique, Poésie Gallimard, Haïku, Fayard) pour se mettre en éveil, se rappeler le charme de ces textes courts disant en toute simplicité une certaine présence au monde, s’imprégner de leur fraîcheur. 

Puis plusieurs phases d’écriture, accompagnées de musique (Airs de jeux, Sept tableaux phoniques en hommage à Eric Satie…) ou s’inspirant librement de photographies de Catherine Lacuve  « D’étranges Choses », consacrées au renouvellement du regard sur les objets qui nous entourent.

Les poèmes nés de ces moments successifs,  parfois  drôles car il peut y avoir de l’humour, voire de la cocasserie, dans les haïkus (en quoi nous rejoignions de façon inattendue le thème  du Printemps des poètes cette année),  ont été ensuite écrits sur des papiers translucides et suspendus en un « rideau de printemps » aussi léger que cette saison. Un rideau qui ne ferme rien, mobile, fragile, accueillant à la lumière et à l’air.   

Un rideau ne se prenant pas au sérieux…

Caracole dans les cieux                                
Karaoké      
De carnaval                   
Son aigu si ténu
Qu’il se tait
Effrayé de lui-même
Toujours d’accord, l’air
Pour porter les notes
Non ?