by Fritz

L’iGtb aime les rencontres, les situations expérimentales… et les prises de formes inattendues qui en résultent.

Parce que, pour peu que l’on n’attende rien de précis, ce qui advient est, comme l’écrivait Lautréamont, souvent “beau, comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection”. Les Surréalistes, qui aimaient aussi à le citer, avaient bien compris que des juxtapositions inédites, des collages insolites peuvent surgir des formes poétiques qui renouvellent le regard…

Art, science et thérapie

Vendredi 29 janvier s’est déroulée à l’iGtb, une trop courte soirée consacrée aux relations entre art, science et thérapie et à laquelle, comme on pouvait s’y attendre, se sont également conviées la philosophie et d’une certaine manière, la politique. Le dialogue entre Catherine Thomas, scientifique (le bref exposé de son travail sur le mouvement des océans a laissé rêveur l’auditoire), et Jean-Marie Robine, gestalt-thérapeute, a été sinueux et riche, et chaque détour aurait sans doute mérité d’autres développements. Ce qui a été évoqué a soulevé davantage de questions que cela n’a apporté de réponses…

Voici en vrac quelques thèmes parmi ceux abordés et quelques questions parmi celles qui se sont posées et continuent de se poser… Ceci n’est évidemment ni exhaustif, ni littéral.

Art et science, deux domaines qui semblent avoir peu de points communs avérés, mais il pourrait devenir nécessaire d’en imaginer, pour que la science puisse retrouver une forme de créativité et de liberté. Alors que l’art se situe du côté de la subjectivité, la science cartésienne, newtonnienne,   ( discours justifié par la théorie et l’expérimentation) tend vers l’objectivité, cherchant à prévoir, dominer… La science a tendance à se confondre avec la Vérité … Au fait, qu’est-ce qu’une science “dure”, et partant, une science “molle” ? La science est-elle le seul moyen de connaissance ? Est-elle même un moyen fiable de connaissance ? Comment fait-elle ses “prédictions” ?  A qui et à quoi sert la science “finalisée”, qui a des buts fixés à l’avance ? et qui pousse cela parfois jusqu’à l’absurde en excluant les paramètres qui empêcheraient d’aboutir au résultat escompté… La science ne serait-elle pas au service du pouvoir ? Quel sens donner au “tout sécuriser” ? La volonté de maîtrise de la nature n’est-elle pas une rêverie délirante et dangereuse ? Qu’est-ce que le progrès ?  Quand progresse-t-on et tout progrès est-il nécessairement une amélioration ? Après tout, on a un peu tendance à oublier que le progrès ne désigne qu’un mouvement… que celui-ci soit bienfaisant ou non est une autre question. (sur ce thème, lire ce qu’en pense Ivan Illich : Ivan_Illich_l_epimetheen.doc)

La thérapie n’est pas une science. Même si Freud en son temps a  eu cette ambition, et Lacan après lui, de fonder une nouvelle science : la métapsychologie ou psychanalyse, ayant pour objet l’étude de l’inconscient psychique, dans quelle mesure celle-ci peut-elle réellement prétendre à la scientificité ? D’un point de vue épistémologique, le concept d’inconscient est-il, ou non, scientifique ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une hypothèse de travail ? S’il paraît incontestable que des éléments inconscients jouent un rôle dans notre comportement, existe-t-il pour autant un ‘Inconscient’ ? Si l’emploi de l’adjectif demeure pertinent, l’emploi du substantif pose question. Quant aux thérapies cognitivo-comportementales, elles rejoignent la posture scientifique par leurs critères d’efficacité et d’efficience. La technologie chimique et les techniques comportementales semblent vouloir rendre le “patient” à une normalité, qui est le plus souvent celle de la société plutôt que la sienne propre. Les TCC sont-elles autre chose que la remise au travail de l’humain, sponsorisée par les lobbies pharmaceutiques ?

La thérapie n’est pas un art.  Au sens où un certain art lui-même (et en cela, il peut rejoindre une certaine science), n’est qu’une marchandise pour un public consommateur, formaté pour répondre à des demandes de plaisirs hédonistes, de divertissements et de loisirs, à des désirs de possession et de collection, à des démarches spéculatives, ou à des recherches de notoriété. Cet art-là est orienté vers la satisfaction de fonctions utilitaires, sociales et marchandes. Mais il s’agit plutôt de définir la démarche de l’expression créatrice comme l’organisation d’impressions sensorielles exprimant une sensibilité subjective pour un destinataire qui peut en être durablement dérangé ou ému, … Le rapport à la réalité passe par les sens : formes, couleurs, lumières, sons… De toutes ces impressions sensorielles, de ce chaos de sensations, l’artiste crée une forme, en organisant, en composant, en mettant un certain ordre … la gestalt-thérapie rejoint cette démarche en s’intéressant aux formes (= gestalts), et aux processus de formation de formes, et en ayant pour objectif de rendre au “patient” sa capacité à créer des formes neuves, réponses à des situations toujours renouvelées, et à devenir créateur de son existence comme s’il s’agissait d’une “oeuvre d’art” .

La gestalt-thérapie relève ainsi d’une démarche que l’on peut qualifier d’esthétique (aesthesis = sensations) et qui se différencie nettement d’une

démarche scientifique (au sens où l’entendait Braque “La science rassure, l’art inquiète”). Une démarche “poétique” peut-être, qui ne se laisse pas, comme le fait le plus souvent la science, réduire à dire quelque chose… N’ayant pas d’objet à décrire, ni de vérité à déterminer, elle ne peut que faire entendre, entre dire et non-dire, d’une expérience à l’autre, l’expérience ne s’enseignant pas (on enseigne des savoirs “morts” et non la vie, qui se dérobe à toute tentative de saisie…). Rien à dire, mais rien à cacher non plus (pas d’arcane, ni de secret), il s’agit de montrer au sens d’indiquer, pointer vers (la lune)… sans se dissoudre dans une signification définitive et exclusive… La question demeure : que sait-on de plus sur l’âme humaine quand on connaît son poids (21 grammes à peu près) ? Peser l’âme, n’est-ce pas un peu la perdre finalement ???

“Ce qui nous regarde - le ciel au creux des choses et qui maintient la garde, les traces qui creusent nos abîmes - n’est pas vu, et ce qui est vu et su par les prévisions des oracles calculés n’a rien à voir avec ce qui nous regarde.” PM Plumerey