Le carnet de Fritz

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Mesclun insoumis résolument...

by fritz  (voir la recette du mesclun )
Cette fois, Fritz s’interroge sur le concept de désobéissance, avec

  • Une expérience psycho-sociologique, dite de Milgram, rendue populaire par le film  I comme Icare (Henri Verneuil 1979), qui cherche à démontrer jusqu’à quel point un individu est susceptible d’obéir à un ordre contraire à ses valeurs et de quidam, se transformer tranquillement en bourreau…   lire la suite   milgram.doc

  • une réplique actualisée et télévisée de ladite expérience, qui fait froid dans le dos … 47 ans plus tard, combien d’entre nous, placés dans des conditions identiques, sont capables d’infliger jusqu’à 460 volts à un congénère ? C’est ce que France 2 a voulu tester, en s’appuyant sur l’équipe du professeur Jean-Léon Beauvois, chercheur en psychologie sociale, dans un documentaire intéressant, Le Jeu de la mort, réalisé par Christophe Nick, diffusé le 17 mars dernier. 
    “France 2 a légèrement modifié les paramètres de Milgram. Ici, il s’agit de vérifier l’impact de l’autorité quand celle-ci, au lieu d’être incarnée par un scientifique en blouse blanche, repose entre les mains d’une simple animatrice télé, en l’occurrence, Tania Young. L’équipe du professeur Beauvois a donc reproduit l’expérience de Milgram, mais en la transposant dans un faux jeu télévisé. Une petite annonce passée dans la presse a permis de sélectionner 80 candidats. Chacun d’entre eux pensait participer au pilote (non diffusé) d’un nouveau jeu télé pour le compte de France Télévisions. Leur participation est bénévole. Un public est présent, qui applaudit comme dans les vraies émissions de jeu…
    “Le jour du tournage, les personnes sélectionnées se voient expliquer la règle : elles devront questionner un autre candidat (en fait, un acteur de mèche avec les scientifiques), lequel devra retenir 27 associations de mots. À chaque mauvaise réponse, le questionneur devra, en guise de “punition”, pousser un levier et ainsi soumettre le candidat fautif à une décharge électrique de plus en plus importante. Le spectre du voltage part de 20 volts pour aller jusqu’à… 460 volts, en grimpant par tranche de 20 volts… Première surprise : aucun des 80 postulants ne conteste, à ce stade, le principe même du jeu. Comme chez Milgram, l’acteur n’est pas visible du questionneur. Il entre dans une capsule où on l’attache à une chaise électrique, puis on referme la capsule. Si bien que le questionneur est entretenu dans l’illusion que les décharges sont réelles, car il entendra les réactions à la douleur du faux candidat, mais ne le verra pas gigoter sur sa chaise. Et pour cause : l’acteur sort de la capsule par un petit passage secret, dissimulé à l’arrière. Ce qui va se passer à partir de là plonge dans une certaine horreur…
“Désobéir ? Visiblement, c’est difficile pour un individu isolé, soumis à la pression, même d’une simple animatrice. Ils ne sont donc que 17 sur 80 à avoir osé se rebeller contre l’autorité. La situation de l’expérience est, bien entendu, artificielle et mérite d’être relativisée. “Ceci ne se produirait pas dans le cadre d’une entreprise où un individu, soumis à un ordre contraire à ses principes, pourrait toujours s’appuyer sur, par exemple, ses collègues pour refuser d’obéir.” Ici, l’individu n’a aucun recours. Il passe pour la première fois à la télé. Les caméras, les lumières, le public, tout l’impressionne. Et puis, il a confiance dans la production qui, pour l’inciter à aller plus loin, lui fait savoir, par l’intermédiaire de l’animatrice, qu’elle le décharge de toutes ses responsabilités… Le cobaye subit cinq degrés d’injonction. Si, à la cinquième, il continue à résister, le jeu s’arrête. L’expérience le considère comme un désobéissant.
“L’équipe de Jean-Léon Beauvois a introduit des variantes sur un petit échantillon des cobayes. Dans la première d’entre elles, l’animatrice se retire et confie la maîtrise du jeu au seul questionneur. Dès lors, sans la pression de l’autorité, le taux de désobéissance monte à 75 %. Deuxième variante : introduire un conflit entre deux autorités légitimes. Le scénario est le suivant : à 180 volts, une personne de la production fait irruption sur le plateau sur le mode “On arrête tout, ça dérape, c’est une catastrophe !” Tania Young, au contraire, insiste pour poursuivre le tournage. Le questionneur observe donc que quelque chose cloche. Il doit choisir son camp : l’animatrice ou la chargée de production…
“C’est ici l’une des différences majeures avec l’expérience de Milgram, lequel avait lui aussi introduit ce conflit entre autorités : en 1963, la désobéissance était massive. Aujourd’hui, les questionneurs ont continué à pousser les décharges en se rangeant aux ordres de l’animatrice Tania Young ! “Des situations qui produisaient le désordre n’en produisent plus”, constate le professeur Beauvois, tandis que Christophe Nick, l’auteur du documentaire, en déduit que “la télévision est mûre pour accueillir un jeu où le but consiste à tuer son prochain”. cf Le point, 24 fév10
  • une autre expérience inquiétante autant qu’intéressante, et dont on a tiré un film : La Vague (Die Welle) est un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008, très librement inspiré de « La Troisième Vague », étude expérimentale du fascisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d’avril 1967. Devant l’incrédulité de ses élèves de classe d’Histoire Contemporaine à comprendre l’asservissement de la population allemande devant les horreurs des nazis, Ron Jones décida d’en faire la preuve par la pratique et réalisa la Troisième Vague, expérience sur le fonctionnement de la dictature et la manipulation des foules. Durant la première semaine d’avril 1967, il décida d’instaurer des règles de discipline basées sur la communauté et de l’esprit de groupe. Il convainquit ses élèves de l’importance d’éliminer la démocratie en ce qu’elle peut stimuler les actes individuels. L’individualisme est une tare de l’esprit démocratique qui va à l’encontre de l’intérêt général résumé dans ces mots : « La Force grâce à la discipline, la Force grâce à la communauté, la Force grâce à l’action, la Force grâce à l’esprit de fierté ». L’expérience, prenant des ampleurs inattendues, a été arrêtée au bout de cinq jours.

  • Une attitude qui gagne du terrain, la désobéissance civile : La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. Le terme fut créé par l’américain Henry David Thoreau dans son essai Résistance au gouvernement civil, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique, à lire ici. Pour en savoir plus, consulter ce site


  • Un appel, et même un appel des appels, pour une nécessaire insurrection des consciences

    Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.
    Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.
    Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l’argent et la peur de l’autre,
    Face à la souffrance sociale que cette idéologie génère,
    Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses,
    Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles,
    Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures managériales et sécuritaires,
    Face à la désignation à la vindicte collective de citoyens toujours plus nombreux,
    Face à l’abandon progressif des plus fragiles parmi nous…
    Nous entendons lutter contre toute politique qui liquide les principes de droit et les valeurs de notre démocratie, issus des Lumières et du Conseil National de la Résistance.
    Charte de l’Appel des appels, 24 février 2009              http://www.appeldesappels.org 

Dura Lex... sed Lex

By Fritz

Voilà… ça y est…ça nous pendait au nez… c’est fait :  Le décret relatif au titre de psychothérapeute pour application de l’article 52 de la loi du 9 août 2004, modifié en 2009 (loi Hpst) a été promulgué le 20 mai 2010 et il est paru au Journal Officiel le 22 mai 2010 :

Il est … vous pouvez vérifier. 

Eloge du conflit

ou la conférence-atelier du vendredi 16 avril 2010, faisant partie du cycle “Formes de la relation ” animée par Bernadette Godmer et Dominique Michel

Le conflit… inhérent à l’être humain ?
Depuis Stevenson et son célèbre Mister Hyde, on sait qu’il y a une conflictualité (latente) dans le psychisme humain ; le conflit, quant à lui, est manifeste. Au XIXe, les médecins, tenants de l’hypnose, résolvaient les conflits en influençant les patients, par la soumission, la domination de l’un sur l’autre… Avec la psychanalyse, le conflit, lutte de la pulsion de vie et de la pulsion de mort, est pensé de manière dynamique ; il y a également renversement de la polarité de la relation thérapeutique (transfert) : le patient associe librement pour permettre le surgissement de sa propre conflictualité. La notion de clivage du moi (division  défensive avec dénégation d’une partie de la réalité) est intéressante, car elle permet de comprendre comment un conflit impossible à tolérer en soi, va être projeté à l’extérieur de soi…  Depuis M. Klein, l’existence des conflits infantiles précoces (bon et mauvais objet) est acquise. Par la suite, D. Winnicott déplace la zone conflictuelle sur la frontière du psychisme, entre le dedans et le dehors. Le lieu du conflit n’est plus intrapsychique, mais à la frontière entre le sujet et son environnement. La métapsychologie devient intersubjective.  En gestalt-thérapie, la pathologie n’est plus perçue comme perturbation du sujet, mais comme perturbation des modalités de contact.
Le mot conflit s’écrit en chinois, semble-t-il, avec deux idéogrammes dont l’un signifierait risque et l’autre chance. Et en effet, le conflit est bien porteur de cette ambivalence.
Un risque, car on a souvent tendance à confondre le conflit avec la violence. Il en résulte que cherchant à éviter la violence, on évite le conflit. Or on peut paradoxalement décrire le conflit comme une suspension de la violence, par des protagonistes capables d’intérioriser la position de l’autre, c’est-à-dire à même de freiner leurs pulsions de toute-puissance et de rejet du différent, pour prendre en compte, voire comprendre la position adverse. Intérioriser, c’est pouvoir suspendre la pulsion destructrice, et passer du combat au débat, et du rejet du différent à l’acceptation du différend. Et c’est en cela que le conflit devient une chance.

Dans les situations de conflit, plusieurs stratégies différentes sont mises en oeuvre. Certains individus vont préférer l’affrontement ou la provocation, d’autres subissent en victime, ou vont systématiquement éviter toute situation conflictuelle, d’autres enfin sont spontanément négociateurs… Ces différentes modalités peuvent dépendre d’un certain nombre de facteurs circonstanciels : ce ne sont pas les mêmes stratégies à l’oeuvre en famille ou sur le lieu professionnel, dans l’adolescence et à l’âge adulte, dans les périodes de fatigue ou d’énergie… mais cela tient aussi à l’éducation reçue -notamment aux manières de réagir dans les situations difficiles qui ont été proposées dans la culture familiale-, aux contextes dans lesquels on a grandi, aux expériences personnelles plus ou moins bien métabolisées. Ces stratégies ou modalités de réponse sont toutes élaborées à partir d’un jeu de forces constitutives de l’être humain… Une tendance à s’individuer, c’est à dire devenir soi en prenant consistance et en affirmant sa singularité, tendance qui vient s’opposer à une nécessité de s’adapter à l’autre, au groupe social,  ce qui exige souplesse et compromis. Tout être humain doit nécessairement négocier sur ces axes antagonistes, pour se différencier tout en restant social…
A l’extrémité de l’axe de l’individuation, si j’impose mon avis sans tenir compte de l’autre, sans pouvoir m’adapter à la situation, je suis dans une posture de domination, autrement dit dans une position autoritaire, qui peut aller jusqu’à l’autocratie. A l’opposé, si je m’adapte systématiquement au point de vue de l’autre quel qu’il soit, sans jamais m’affirmer moi-même, je me situe dans une forme de soumission. S’il n’y a ni affirmation, ni adaptation, si je n’ai rien à défendre et que je ne porte pas d’intérêt à la situation de l’autre, je suis dans une posture d’évitement, qui peut parfois être un retrait positif de protection dans des situations objectivement perdues d’avance, mais qui peut aussi être une attitude passive, une fuite ou un déni. Ces trois postures sont généralement spontanées.
D’autres postures résultent davantage d’un choix, et donc parfois d’un travail sur soi : la négociation, dans laquelle il s’agit de renoncer au rapport de forces, à la victoire de l’un sur l’autre,  et la coopération créative, où les diversités, les différences peuvent devenir des richesses pour les protagonistes.

Le conflit, c’est un peu, pour filer la métaphore, comme le courant électrique, deux flux (un positif et un négatif irréductibles) qui, s’ils s’affrontent, peuvent provoquer court-circuit et étincelles, ou qui, bien combinés, vont donner  lumière, mouvement, énergie. Même dans sa dimension positive ou créatrice, le conflit reste un choc (cf étymologie, heurter avec). Mais certains chocs peuvent être salutaires et faire progresser… 

Dans la société contemporaine, toute remise en cause est considérée comme une anomalie à corriger, tout conflit apparaît comme devant être maté, ou formaté… La méthode sécuritaire, dans sa propension à criminaliser toute forme de contestation, transforme tout conflit en affrontement, en rapport de forces : qui dit problème dit recherche de solution (définitive) et réduction de la pensée aux termes binaires pour/contre, gentils/méchants. Sortir de la logique pour/contre, c’est admettre une réalité véritablement complexe. Les réalités n’appellent pas forcément des solutions pour les éradiquer, mais  plutôt des manières de faire avec  elles…  Il est donc plus facile d’adopter la logique de l’affrontement que celle du conflit, qui elle, suppose d’inventer des hypothèses et des modes d’actions nouveaux par lesquels répondre aux défis de situations inédites toujours renouvelées.  Croire que le conflit réside dans l’affrontement, c’est croire qu’en éliminant l’ennemi, on résout quelque chose, sans comprendre que le problème que l’on cherche à résoudre englobe la situation dans laquelle on combat. Or c’est l’inclusion de ce qui résiste (versus l’exclusion) qui va permettre d’aller au-delà… Dans la logique de l’affrontement, la situation est amenée à rester identique, car enfermée dans un mécanisme d’opposition en miroir.  Un conflit, en revanche, ne se réduit pas à la logique manichéenne de l’affrontement et signifie qu’il n’y a pas de solution définitive, et que c’est cette absence même qui pousse à continuer d’inventer des solutions singulières, locales, ponctuelles, inédites… car comme le disait déjà Héraclite “tout devient dans la lutte et la nécessité”. 

Mesclun féminin singulier

pour célébrer LA journée de LA femme, Fritz n’est pas en reste…
avec

  • le texte d’une chanson de l’inclassable et nécessaire Brigitte Fontaine “Prohibition”, visible et audible ici, qui ne mâche pas ses mots et qui donne à penser…
J’exhibai ma carte senior  
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d’un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

 Passez votre chemin, bâtards
Et filez vite au wagon-bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

 Partout, c’est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers, clopes, manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

 Partout, c’est la prohibition
Parole, écrit, fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements

 Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
À moins qu’ils n’apportent du blé
De la thune aux plus fortunés

 Les vieux sont jetés aux orties
À l’asile, aux châteaux d’oubli
Voici ce qui m’attend demain
Si jamais je perds mon chemin

 J’ai d’autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m’inventer d’autres cieux
Toujours plus vastes et précieux

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie 

  • un très beau livre Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stephan Bollmann, qui offre une perspective intéressante sur le lien qui unit les femmes à la lecture à travers le prisme de la peinture, ainsi qu’ une réflexion sur le caractère éminemment subversif de la lecture, qui favorise l’émancipation de la pensée… à rapprocher de cet authentique projet de loi (édité aux Mille et une nuits) que l’on doit à Sylvain Maréchal (1750-1803),écrivain, pamphlétaire et ami de Gracchus Babeuf… 

PROJET D’UNE LOI, Portant défense d’apprendre à lire aux Femmes.

 MOTIFS DE LA LOI  Considérant :1º. Que l’amour honnête, le chaste hymen, la tendresse maternelle, la piété filiale, la reconnaissance des bienfaits… etc., sont antérieurs à l’invention de l’alphabet et de l’écriture, et à l’étude des langues; ont subsisté, et peuvent encore subsister sans elles.

 Considérant :2º. Les inconvénients graves qui résultent pour les deux sexes, de ce que les femmes sachent lire.

 Considérant :3º. Qu’apprendre à lire aux femmes est un hors-d’œuvre, nuisible à leur éducation naturelle: c’est un luxe dont l’effet fut presque toujours l’altération et la ruine des mœurs.

 Considérant :4º. Que cette fleur d’innocence qui caractérise une vierge, commence à perdre de son velouté, de sa fraîcheur, du moment que l’art et la science y touchent, du moment qu’un maître en approche. La première leçon que reçoit une jeune fille est le premier pas qu’on l’oblige à faire pour s’éloigner de la nature.

 Considérant :5º. Que l’intention de la bonne et sage nature a été que les femmes exclusivement occupées des soins domestiques, s’honoreraient de tenir dans leurs mains, non pas un livre ou une plume, mais bien une quenouille ou un fuseau.

 Considérant :6º. Combien une femme qui ne sait pas lire est réservée dans ses propos, pudibonde dans ses manières, parcimonieuse en paroles, timide et modeste hors de chez elle, égale et indulgente…. Combien, au contraire, celle qui sait lire et écrire a de penchant à la médisance, à l’amour propre, au dédain de tous ceux et de toutes celles qui en savent un peu moins…..

 Considérant :7º. Combien il est dangereux de cultiver l’esprit des femmes, d’après la Réflexion morale de la Rochefoucault qui les connaissait si bien: «L’esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison.»

 Considérant :8º. Que la nature elle-même, en pourvoyant les femmes d’une prodigieuse aptitude à parler, semble avoir voulu leur épargner le soin d’apprendre à lire, à écrire.
Je vous fais grâce des 105 considérations suivantes…  EN CONSEQUENCE :
I. La Raison veut que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.

II. La Raison veut:
À l’homme, l’épée et la plume. À la femme,  l’aiguille et le fuseau.

À l’homme, la massue d’Hercule. À la femme, la quenouille d’Omphale.
À l’homme, les productions du génie. À la femme, les sentiments du cœur.

III. La Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s’y tienne.
Les choses vont mal, quand les deux sexes empiettent l’un sur l’autre.
La lune et le soleil ne luisent point ensemble.

IV. La Raison ne veut pas plus que la langue française, qu’une femme soit auteur : ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.
etc.,etc.,etc. suivent ainsi 74 autres articles de la même farine. 
Ce texte a suscité, à l’époque, 68 pages de réaction, lisibles en ligne ici, de la part de la femme de lettres et féministe Marie-Armande-Jeanne Gacon-Dufour , qui est néanmoins devenue la compagne de S. Maréchal (!)

  •  Heureusement Les femmes sont en train de détrôner le mythe de la féminité ; elles commencent à affirmer concrètement leur indépendance ; mais ce n’est pas sans peine qu’elles réussissent à vivre intégralement leur condition d’être humain”.Simone de BeauvoirLe Deuxième Sexe
… j’en profite pour remercier dans le désordre
Marie Laurencin, Louise Labbé, Lou Andréas Salomé, Camille Claudel, Calamity Jane, Danielle Collobert, Frida Kahlo, Mary Shelley,Virginia Woolf, Alexandra David-Neel, Nathalie Sarraute, Flora Tristan, Laure (Colette Peignot), Sappho, Emma Goldman, les soeurs Brontë, Maryse Bastié, Isabelle Eberhardt, Aliénor, Niki de St Phalle, Louise Michel, Sonia Delaunay, Rosa Luxembourg, Mélanie Klein, Lhassa de Sela… euh,  Laura Perls, et tant d’autresd’avoir intensément existé !!!

CEGT : Collégiales 2010

Fritz est partout où la Gestalt s’agite et il était aux Collégiales de Bruxelles organisées par le Collège Européen de gestalt-thérapie les 16 et 17 janvier derniers

Le projet social de la Gestalt-thérapie

 Cette année le thème des collégiales était la gestalt-thérapie dans le champ social. L’occasion de nombreuses interrogations : de quelles valeurs la gestalt-thérapie est-elle porteuse et comment celles-ci sont incarnées dans notre pratique notamment. 
Laura Perls aimait à répéter que pratiquer la gestalt-thérapie était un acte politique.
Il est vrai que le changement social commence à deux et que le rapport patient-thérapeute contribue aussi à modéliser les rapports sociaux. 
Après une séquence « de la gestalt-thérapie à travers les âges » au cours de laquelle il apparaît clairement que le contexte s’étant largement transformé la pratique n’a pu qu’évoluer. Ou comment les aspirations libertaires initiales peuvent-elles coexister dans une logique capitaliste de l’avoir.
« Une société avec des peurs de plus en plus présentes. Une société qui engendre de fausses réassurances stérilisant ainsi le vivant» nous dit Alain Gontier.
Une société de violences où l’individualisme prend le pas sur l’individuation avec une présence accrue d’un monde virtuel.
N’y a-t-il pas actuellement dans la société une perversion avec l’absence de frontière entre le virtuel et le réel, notamment pour les enfants ? Pour autant peut-on opposer réel et virtuel, le virtuel étant bien une modalité du réel…
Une société de transgressions… alors se pose aussi la question de l’éthique et comment est-elle façonnée par l’histoire.
Au départ la morale et l’éthique étaient confondues considérant liberté et dignité. Aujourd’hui elles sont scindées. La morale examine le bien et le mal, quant à l’éthique, elle procède d’une approche plus singulière considérant une situation donnée dans un contexte particulier.
La conscience de l’éthique naît d’une conscience croisée avec des regards multiples Sommes-nous, thérapeutes, suffisamment clairs pour voir le patient indépendamment de la société ?
A titre d’exemple, au 19ème siècle l’homosexualité était considérée comme une perversion sur le plan psychiatrique… Comment aujourd’hui fonder une réflexion éthique ? A-t-on assez d’audace pour ce faire?
De quelles transgressions parle t-on ? De celle consistant à refuser de se conformer à une loi injuste. De la transgression adolescente défiant l’interdit pour toucher ses limites. De celle qui cherche à se confronter à la mort pour tenter d’échapper à la finitude. De celle qui veut contacter le vide pour être au seuil de sa limite, pour trouver un espace de vie où on trouve ses propres limites et à l’intérieur desquelles on se sent exister ?
La transgression interroge quant à la sanction. Mais quelle sanction ? Celles qui permettent de réintégrer la société des hommes ou celles qui les destituent de leur humanité.
Enfin, en parallèle à ces questions, l’évocation de notre statut dans le contexte actuel.
Jean-Marie Robine souligne l’importance pour tout thérapeute d’être dans la marge : ni où le client l’attend, ni où la société l’attend.
Pourtant la fameuse question du choix  se pose : avons-nous cette liberté aujourd’hui ou devons-nous subir la marginalisation faute d’alternative ? 
Bruxelles les 16 et 17 janvier 2010 

Inclus, exclus...

Conférence-atelier du vendredi 11 décembre, animée par Laurence Gateau-Brochard
L’exclusion, on en cause ou ça nous cause ?

Au cours de cette soirée, nous avons tenté, avec l’aide de Laurence, une définition de cette notion d’exclusion, assez facilement consensuelle, tout à la fois chargée de sens, de non-sens et de contresens, mais ceci en passant davantage par l’éprouvé de chacun que par le discours sur… Comment cette notion nous touche-t-elle ou nous implique-t-elle personnellement ?
Rien de facile et nous avons même pu constater que le thème génère volontiers ses manifestations de résistances…

Quelques remarques émergent de tout ce qui s’est dit, partagé, confié même, ce soir là, sur cette thématique là… 

-        un constat sensible. Vulnérabilité, stigmatisation, insécurité, isolement, humiliation, précarité, disqualification, désaffiliation, honte, culpabilité… des expériences partagées, personne n’est “immunisé” contre l’exclusion

-  un constat psychologique. Par un phénomène projectif, un jeu de miroir déformant, on exclut, on rejette ce que l’on ne peut tolérer en soi. La projection consiste en effet à percevoir des points communs chez l’autre, mais à rejeter celui-ci parce que ces points communs sont inassimilables (vulnérabilité, misère, fragilité, vieillesse, étrangeté…) Comme le rappelait Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe, il suffit que quelques personnes réunies par hasard dans le compartiment d’un train sympathisent pour considérer tous les autres passagers d’un œil méfiant, voire vaguement hostile. Ainsi commence tout sectarisme : que quelques hommes parlent entre eux, et les voilà misogynes ; que des Français se reconnaissent quelque part, et les voilà xénophobes… la normalisation engendre l’intolérance.

 - un constat politique. ” Nous vivons en ce moment le passage d’une société verticale, que nous avons pris l’habitude d’appeler une société de classes, avec des gens en haut et des gens en bas, à une société horizontale où l’important est de savoir si l’on est au centre ou à la périphérie. (…) L’affaire n’est plus d’être up ou down, mais bien in ou out. ” (Alain Touraine, Face à l’exclusion, Esprit, février 1991). Cette représentation, car c’en est une, du fonctionnement social semble ériger les valeurs et les pratiques culturelles de la classe dominante en pratiques naturelles… la société génère les boucs-émissaires dont elle a besoin pour se rassurer sur son état de santé. L’exclusion permet la cohésion. L’exclusion n’est pas un état, mais bien un processus. Maisondieu (La fabrique des exclus, Bayard 97) décrit ainsi un syndrome spécifique “C‘est la dure loi du marché qui est la cause des malheurs. Mais comme la crise n’atteint pas tout le monde de la même façon, on peut imaginer aisément que la chute dans l’exclusion est peut-être bien liée à quelque petite faiblesse ou maladresse, voire à une maladie, qui interdisent à certains de participer pleinement à la vie sociale. Le syndrome d’exclusion est un mélange de honte et de désespérance qui conduit l’exclu à la mise en panne de son affectivité et de ses facultés cognitives pour survivre à défaut de vivre” qu’il caractérise comme étant une réponse pathogène à une situation pathologique.

 - un constat social. Définir l’exclusion et les exclus comme la situation et les personnes qui ne sont pas (ou plus) inscrites dans le cadre de ceux qui se sentent inclus colle aux ‘exclus’ une image de passivité, en les situant hors champ. Ce qui conduit à élaborer des politiques et des pratiques où l’on fait certes de la place à ces personnes, mais sans elles, sans tenir compte de leurs désirs, en présupposant leurs besoins et leurs attentes, et en évitant de les considérer comme des sujets actifs. Ainsi l’assistance est préférée à l’aide et à la réhabilitation, ce qui maintient les exclus dans une position de dépendance par la confiscation de leur liberté   

 - un constat philosophique. Tout ceci n’est pas sans rappeler ce que l’on nomme la « dialectique du maître et de l’esclave » (cf analyse hégélienne de la conscience) :    l’homme pense et se pense, en cela il est conscience de soi. Mais la conscience de soi n’est pas donnée à l’homme d’emblée, elle résulte d’un cheminement. C’est là qu’intervient le désir ( pris dans le sens large de besoin animal ) qui nous ramène à nous-même, à notre propre corps (notre estomac, par exemple). Le désir est alors foncièrement destructeur (de l’objet désiré) et constructeur (de soi-même), il nie (ou agresse) l’objet convoité (en le consommant) tout en affirmant celui (homme ou animal) qui désire (le désir est donc affirmation de soi). Le désir devient humain au moment où il porte sur un autre désir (il se distingue alors du besoin animal). Mais en désirant le désir de l’autre, je désire que l’autre reconnaisse en moi quelque chose de désirable (un bien que je possède ou une valeur que j’incarne…). Le désir est alors  « désir de reconnaissance » qui aboutit ainsi à une asymétrie entre celui qui est reconnu (le « maître », l’idée de maîtrise est associée à celle de liberté), et celui qui est forcé de reconnaître (« l’esclave », celui qui a préféré la vie à la liberté). Voilà pourquoi le « vaincu » doit survivre pour satisfaire le désir de reconnaissance du vainqueur.   Le maître (ou inclus) semble donc avoir gagné cette difficile reconnaissance conférant vérité et objectivité au savoir qu’il prend ainsi de lui même. Mais voilà… il n’est reconnu que par des esclaves (ou exclus) que lui-même ne reconnaît pas comme pleinement humains. Or la reconnaissance n’est satisfaisante que si il y a reconnaissance réciproque et donc égalité entre les protagonistes du conflit… Le maître est dans une impasse !   C’est l’esclave qui finira par accomplir sa propre humanité. Du coup le rapport de servitude s’inverse, puis disparaît (renversement dialectique et dépassement de la contradiction). L’esclave devient le maître de la nature et par là maître du maître, alors que le maître devient l’esclave de l’esclave dont il est devenu dépendant. L’esclave devenu maître, n’est plus le maître d’un esclave mais le maître de lui même reconnu dans sa maîtrise par ses alter ego… le conflit maître-esclave est le moteur d’un processus voué au dépassement du conflit lui même. Ceci n’est pas sans évoquer le devenir historique de l’humanité où l’esclave, mais c’est aussi l’exclu ou le pauvre, renverse tôt ou tard le joug de sa servitude, non pour en inverser simplement les termes (où l’esclave devenu maître perpétuerait l’esclavagisme) mais pour en abolir le principe (la maîtrise de l’esclave abolit l’esclavagisme). 

  • Sur cette thématique de l’exclusion, je recommande au passage le dernier livre - très touchant- de Sylvie Germain “Hors champ”.  Vous pouvez écouter ce qu’en dit l’auteur elle-même en cliquant ici

C’est une étrange histoire, effrayante et poignante que celle de la disparition progressive d’Aurélien. En l’espace  d’une semaine, Aurélien va s’estomper, disparaître peu à peu et retourner au néant. Cela débute banalement avec la panne de son ordinateur et l’annulation d’un gros travail de transcription du journal de son frère. Mais il va ensuite disparaître progressivement de l’attention de ses collègues, de celle de sa fiancée, et même de celle de sa mère… sans parler de tous ceux qu’ils croisent dans la rue. Sentiments d’injustice, de colère, d’incompréhension… la perception est subjective. Au fil des jours, le processus s’accentue. On ne pense plus à lui. Il perd de sa consistance. “C’est vrai que tu as le teint flou.” Il va ainsi perdre son odeur, sa voix, son ombre. Il devient évanescent, fantomatique. Même d’anciennes photos de lui ne retiennent plus son image. Il est de plus en plus hors champ. Et l’on ne peut s’empêcher, comme l’auteur, de penser à tous ces gens que l’on ne voit plus, qui ne comptent plus pour personne. Elle nous interroge sur notre place dans le monde, au sein de l’humanité. Qui sommes-nous finalement ? Pour qui avons-nous un tant soit  peu d’importance ? Comme Aurélien, on tente dérisoirement de se consoler en se disant que l’on ne meurt pas tout à fait tant qu’il reste au moins un vivant pour se souvenir de soi …

Mesclun... délocalisé

by… Fritz
(voir la recette du mesclun)
avec cette fois…
  • une incursion au Mexique, où l’on célèbre le « jour des Morts » (dia de los muertos) de façon beaucoup plus joyeuse qu’ici, notre mélancolique Toussaint. 
Ce jour de la fête des morts, les familles vont rendre visite aux tombes de leurs ancêtres et les nettoient, les décorent, les couvrent de fleurs (spécialement des fleurs orange -oeillets d’inde- appelées zempaxuchitl) ainsi que de bougies. Les âmes des défunts reviennent sur Terre suivant un certain ordre. Il faut donc leur préparer les offrandes appropriées. Les personnes récemment décédées ne reçoivent pas d’offrande, car elles n’ont pas eu le temps de demander la permission de retourner sur Terre. Pour les enfants morts avant d’avoir été baptisés, on offre des fleurs blanches et des cierges. Pour les autres, on apporte des jouets. Pour les adultes, on apporte des bouteilles de tequila.

Des offrandes sont aussi faites dans chaque maison sur des autels situés dans les chambres des défunts, plus ou moins décorés et remplis selon les familles. On y trouve : du copal dans son encensoir, des fleurs porte-bonheur, des cierges allumés, des photos représentant le défunt de son vivant, des têtes de morts en sucre ou en chocolat (calaveritas), des fruits, le pain des morts, des bonbons, de la nourriture que le défunt appréciait le plus, des boissons, de l’eau bénite et diverses offrandes particulières au défunt (tabac, poteries…).

Pour guider les âmes, un chemin de pétales de fleurs est réalisé de la rue jusqu’à l’autel. Des prières sont récitées et de la musique est jouée. Les Mexicains, qui sont presque tous catholiques, débutent leur journée en priant les défunts, et la terminent en buvant à leur santé. Le mexicain n’a pas peur de la mort, il s’en moque volontiers,  et joue avec elle. C’est une coutume qui peut sembler choquante, car la mort est traitée comme un personnage quasi humain, avec familiarité et dérision… Mais ne serait-ce pas tout simplement une autre manière d’aborder la vie dans ce qui fait son intensité et par là même d’intégrer plus naturellement cette mort qui fascine, sans la nier ou nous laisser terrifier par elle?

“Ce jour là et cette nuit-là “nous partagerons avec nos compatriotes leur joie et leur tristesse-joie parce que même si nous pleurons nos morts parce qu’ils sont morts, le souvenir de leur séjour est une joie- et nous partagerons (…) les aliments aussi bien des morts - on pose sur les tombes des défunts des fruits, des biscuits, des tortillas et du chocolat- que ceux des vivants, ce délicieux pain appelé pain des morts, et aussi les crânes, fémurs, tibias et cercueils en sucre et nougat d’amande. Je dirais (…) qu’aucune affirmation de l’amour pour la vie n’est aussi forte que celle symbolisée par le fait de manger des crânes en sucre car (…) il faut que chacun des crânes porte sur son front le nom de celui qui le mange… et y a-t-il quelque chose qui représente mieux, avec plus d’élégance et d’humour, le désir impossible mais toujours vivace du triomphe de la vie sur la mort ? Y a-t-il quelque chose de mieux que de manger sa propre mort…et que la mort ait le goût d’une friandise ?”

 Texte écrit par Fernando del Paso, écrivain, dessinateur et peintre mexicain, in “Douceur et passion de la cuisine mexicaine”, publié aux Editions de l’Aube.

  • Une petite vidéo sur ce thème  ici  (la musique n’est pas terrible, un poil trop “new age”, mais bon)
  • Et pour finir, la très célèbre calavera de la Catrina, sympathique allégorie de la mort,  de José Guadalupe Posada (1852-1913), le “Daumier” mexicain 

Soirée-Débat

Psychothérapie et société...    by Fritz

Le Vendredi 16 octobre de 20 à 22h, en présence de Brigitte Lapeyronnie-Robine, psychiatre, psychothérapeute et directrice de l’iFGt (Institut Français de gestalt-thérapie), et de Pierre-Yves Goriaux, psychothérapeute et directeur adjoint de l’IFGT, les participants ont débattu sur les rapports actuels qu’entretiennent psychothérapie et société… Cela a suscité bien sûr beaucoup plus de questions que de réponses… 

La psychothérapie, pour qui ? des usagers, des patients, des clients, des malades, des bien-portants? lesquels ? Est-ce élitiste ? quelle inscription sociale ? Quid des personnes les plus défavorisées, y ont-elles accès, comment ?

 La psychothérapie, pour quoi ? quelle conception de la psychothérapie ? un soin (cure ou care ) ? quelles représentations de la santé / maladie, du normal / pathologique  ? s’agit-il de guérir, d’aller vers un mieux-être, une autonomie ? et qui décide de l’être-mieux, le patient, le thérapeute, la société ? à partir d’un diagnostic, ou non ?

Quelle psychothérapie ? pourquoi un engouement pour les TCC (thérapies comportementales ? béhaviorisme, scientisme ?) ? la psychothérapie relève-t-elle de la médecine, de la psychologie, de la philosophie appliquée ?  comment en évaluer les effets, et faut-il les évaluer ? Pratiques codifiables ou relation singulière patient -thérapeute ? quel est le rôle politique de la thérapie ?

Quel statut pour les thérapeutes privés de leur titre par la nouvelle règlementation ? Psychothérapeutes, ni psychiatres, ni psychologues, ni psychanalystes… quelle place sociale occuper et comment ? quelles compétences suppose cet exercice ? quelles formations indispensables ? quels en sont prescripteurs ? comment les atteindre ?

 A toutes ces questions, vous trouverez des éléments de réponse dans le livre : Psychothérapie et société Françoise Champion (dir.), éd. Armand Colin, coll. « Sociétales », janvier 2009. Françoise Champion est sociologue de la santé mentale, chargée de recherche au Centre de recherche « Psychotropes, santé mentale, société » (Cesames, CNRS / Inserm), et voici sur ce thème quelques uns de ses propos : 

Plusieurs évènements semblent être à l’origine de ce premier état des lieux historique et socio-anthropologique sur la psychothérapie en tant que phénomène social. Quels sont-ils ?

Disons d’abord que depuis le début du XXe siècle, ce phénomène social qu’est la psychothérapie n’a cessé de prendre de l’ampleur et qu’il n’y avait, jusqu’ici, en France, aucun travail sociologique sur le sujet. Ensuite, depuis les années 1990, des volontés administratives et politiques se sont manifestées pour contrôler la psychothérapie, sans, d’ailleurs, avoir su lancer d’appels à études pour connaître les usagers des psychothérapies ni les psychothérapeutes (à peine quelques enquêtes réalisées par Psychologie magazine, la MGEN, des psychothérapeutes eux-mêmes, analysées, bien sûr, ici). Ces projets de réglementation et de contrôle ont abouti à une loi en 2004 portant sur le titre de psychothérapeute et à une expertise de l’Inserm sur l’évaluation des méthodes psychothérapeutiques. Ces deux entreprises ont déclenché une violente « guerre des psy ». Les conflits se poursuivent, les décrets d’application de la loi ne sont toujours pas là…

 Ces conflits interviennent-ils sur un fond quelque peu miné ?

En effet, des « déchirements » n’ont cessé de caractériser l’espace psychothérapeutique. Tout d’abord, parce que la psychothérapie est une pratique et une discipline mal définie depuis l’origine et exercée, de fait, aujourd’hui, par quatre catégories de professionnels : psychiatres, psychologues, psychanalystes et, enfin, psychothérapeutes qualifiés de « ni, ni, ni » (parce que n’appartenant à aucune de ces catégories), qui, à partir de 1990 ont revendiqué la création d’un titre de psychothérapeute. Ce faisant, ils ont mis en effervescence le milieu de la psychothérapie (psychanalyse comprise). Cette opposition entre médecins et psychologues renvoie à un désaccord quant à la nature de ce que prendrait en charge la psychothérapie : une maladie, un mal-être, une « souffrance psychosociale » ? Le conflit porte aussi sur la formation des praticiens de la psychothérapie : les psychiatres et les psychologues, dont le cursus universitaire ne comporte pas de formation spécifique à la psychothérapie peuvent-ils être psychothérapeutes ? Autre « déchirement » sur la conception des troubles psychiques : sont-ils circonscrits et isolés les uns des autres ou renvoient-ils à un « mal-être » global ? Enfin, la psychothérapie peut-elle être une pratique standardisée et codifiée ou bien repose-t-elle fondamentalement sur la relation entre le « psy » et son « patient », « client »… ?

Quel est l’avenir de la psychothérapie ?

 Je pense qu’elle est appelée à se développer car les questions de santé mentale sont devenues un problème de santé publique majeur (en octobre 2007 a eu lieu la première campagne d’éducation et de prévention sur la dépression), avec un véritable coût économique que l’on chiffre désormais. Si nous ne sommes plus à l’heure du « tout psy », on s’oriente actuellement vers des prises en charge combinant médicaments et psychothérapies, et leurs usagers ont vite saisi les opportunités données par l’ouverture du marché psychothérapeutique. Si l’essentiel du livre porte sur les transformations du domaine de la santé mentale, nous terminons par une perspective anthropologique sur les changements de fonctionnement de l’individualisme : la norme de l’autonomie d’aujourd’hui consiste pour chaque individu à devoir choisir sa vie – jusqu’à être responsable de sa santé mentale.                                                                                                              Propos recueillis par Léa Monteverdi   Source : le journal du cnrs

”Personnellement, je considérerais que la thérapie comportementale est une insulte, même pour les grands singes, et même pour les chats.” D.W. Winnicott

Mesclun impitoyable

by Fritz ( ou dans la série profitons du printemps pour envisager quelques cruelles réalités ! Attention, âmes sensibles, s’abstenir…)   cf recette du mesclun

  • avec une BD,  Je voudrais me suicider, mais j’ai pas le temps, de Jean Teulé et Florence Cestac, qui met en images la vie à la fois tragique et burlesque de Charlie Schlingo, dessinateur 

Une épouse et son mari voulait une jolie petite fille à cajoler, ils ont eu un garçon tout vilain et tout cassé. L’enfant a grandi, tout cabossé, pour devenir l’improbable Charlie Schlingo,  auteur de bandes dessinées décérébrées, de blagues foireuses et de chansons branques, mort à 49 ans en 2005. Hommage et portrait sensible d’un poète déglingué, d’une vie incroyable entre tragédie et farce énorme, d’un époustouflant et très romanesque destin d’homme…

  • un livre de Jean-Pierre Martinet, Jérôme, aux Editions Finitude 

    Entre détracteurs enragés et admirateurs fascinés, Jérôme est de ces romans qui interdisent la modération.

    L’histoire est pourtant simple : obsédé par Polly, la jeune fille qu’il croit aimer, Jérôme Bauche se lance dans une quête hallucinée à travers une ville étrange, un peu Paris un peu Saint-Petersbourg. Tel Dante, il s’enfonce irrémédiablement vers l’enfer, et nous y entraîne avec lui. De gré ou de force.

    Depuis des années, Jérôme était devenu introuvable ( publié pour la première fois aux éditions du Sagittaire en 1978) et on ne parlait plus qu’à voix basse de ce livre monstre, de ce livre dans lequel Martinet rend hommage à ses maîtres, Dostoïevski, Joyce, Gombrowicz ou Céline… aujourd’hui, ce livre qui résonne comme un terrifiant éclat de rire, est de retour.

    et du même auteur, La grande vie,  un petit livre outrancier publié chez L’arbre vengeur

    « Je pensais souvent à ce cinéaste japonais, Ozu, qui avait fait graver ces simples mots sur sa tombe : “Néant”. Moi aussi je me promenais avec une telle épitaphe, mais de mon vivant. »

  • un film édifiant (un grand classique, mais toujours tragiquement d’actualité et qui mérite d’être visionné et re-visionné régulièrement comme exhausteur de lucidité) l’ïle aux fleurs
  • et pour finir les terribles (mais vraiment terribles) photographiesRequiem de  la rue de Morgue, de Tsurisaki Kiyotaka