Le carnet de Fritz

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Mesclun tendre ... et esthète

By Fritz  (voir la recette du mesclun) qui aime l’art ici ou là,… car “l’art est un moyen pour rendre la vie plus intéressante que l’art

  • A Bordeaux, en se baladant dans le quartier St Michel, le plus vivant et le plus coloré de la ville, Fritz a pu apprécier Arty-show, manifestation artistique, atypique et sympathique
    En créant Artyshow, l’association Bordeaux Caché a cherché à surprendre, provoquer, enthousiasmer les Bordelais. Ne peut-on rendre l’art plus accessible sinon en le présentant dans un lieu ouvert à tous, où aucune barrière psychologique, sociale ou culturelle n’est à franchir ? L’association Bordeaux Caché pense que l’art devient vrai quand il peut être vu et partagé par le plus grand nombre. Très loin de la sphère spéculative des Marchés et Foires d’Art Internationaux, loin des codes mondains et trop convenus des Galeries, Artyshow tente de redonner à l’Art un visage humain basé sur le partage et l’échange entre l’artiste et le Bordelais. Chaque année l’association Bordeaux Caché va plus loin dans la rencontre entre les visiteurs, les artistes et les marchands.

Au marché des Douves, Fritz s’est laissé étonner par l’énigmatique performance de Blanche Konrad
Une poule sur une mur,
Qui picore du pain dur
Picoti Picota,
Lève la queue
et puis s’en va…

Au 2e étage du passage St Michel, il a pu se sentir très touché par la première sortie d’atelier des monstres de Cécile Bobinnec, et leurs poignants cris muets…

  • A Lyon, à La Sucrière, il a déambulé, divagué même, parmi les rêveries végétales de l’architecte belge et visionnaire Luc Schuiten, auprès desquelles il s’est oxygéné… pour en savoir davantage
    A travers différentes perspectives futuristes, maquettes, films d’animation et scénographies d’architectures végétales, le visiteur s’immerge dans un monde cohérent et poétique, faisant appel à l’imaginaire. Il est interpellé par les propositions originales présentées et les visions d’un avenir positif à travers la création d’une nouvelle relation entre l’homme et son environnement naturel. Ces représentations originales d’un futur s’inspirant de multiples écosystèmes sont étayées par la collaboration étroite que l’artiste entretient avec les biologistes de l’association de Biomimicry Europa. Des nouveaux moyens de communication et transport sont montrés en complémentarité avec la cité végétale: chenillards, tractainers, cyclos et autres ornithoplanes à ailes battantes envahissent les rues et le ciel de la ville métamorphosée, en un ballet de véhicules légers, créatifs et ludiques. 

  • A Marseille, à l’Ecole des Beaux-Art, il s’est laissé séduire et attendrir par le silence pressé du jeune compositeur acousticien Jonathan Attar, qui propose des sons étonnants, à écouter ici… des sons en général abandonnés, oubliés, de ceux que l’on entend quand le 33 tours vinyle arrive au bout de ses sillons… voir également des vidéos qu’il a réalisées
  • A Paris, il s’est beaucoup amusé du Concours international de barbichette, organisé par Improvisons.com, le laboratoire du happening en France

Mesclun insoumis résolument...

by fritz  (voir la recette du mesclun )
Cette fois, Fritz s’interroge sur le concept de désobéissance, avec

  • Une expérience psycho-sociologique, dite de Milgram, rendue populaire par le film  I comme Icare (Henri Verneuil 1979), qui cherche à démontrer jusqu’à quel point un individu est susceptible d’obéir à un ordre contraire à ses valeurs et de quidam, se transformer tranquillement en bourreau…   lire la suite   milgram.doc

  • une réplique actualisée et télévisée de ladite expérience, qui fait froid dans le dos … 47 ans plus tard, combien d’entre nous, placés dans des conditions identiques, sont capables d’infliger jusqu’à 460 volts à un congénère ? C’est ce que France 2 a voulu tester, en s’appuyant sur l’équipe du professeur Jean-Léon Beauvois, chercheur en psychologie sociale, dans un documentaire intéressant, Le Jeu de la mort, réalisé par Christophe Nick, diffusé le 17 mars dernier. 
    “France 2 a légèrement modifié les paramètres de Milgram. Ici, il s’agit de vérifier l’impact de l’autorité quand celle-ci, au lieu d’être incarnée par un scientifique en blouse blanche, repose entre les mains d’une simple animatrice télé, en l’occurrence, Tania Young. L’équipe du professeur Beauvois a donc reproduit l’expérience de Milgram, mais en la transposant dans un faux jeu télévisé. Une petite annonce passée dans la presse a permis de sélectionner 80 candidats. Chacun d’entre eux pensait participer au pilote (non diffusé) d’un nouveau jeu télé pour le compte de France Télévisions. Leur participation est bénévole. Un public est présent, qui applaudit comme dans les vraies émissions de jeu…
    “Le jour du tournage, les personnes sélectionnées se voient expliquer la règle : elles devront questionner un autre candidat (en fait, un acteur de mèche avec les scientifiques), lequel devra retenir 27 associations de mots. À chaque mauvaise réponse, le questionneur devra, en guise de “punition”, pousser un levier et ainsi soumettre le candidat fautif à une décharge électrique de plus en plus importante. Le spectre du voltage part de 20 volts pour aller jusqu’à… 460 volts, en grimpant par tranche de 20 volts… Première surprise : aucun des 80 postulants ne conteste, à ce stade, le principe même du jeu. Comme chez Milgram, l’acteur n’est pas visible du questionneur. Il entre dans une capsule où on l’attache à une chaise électrique, puis on referme la capsule. Si bien que le questionneur est entretenu dans l’illusion que les décharges sont réelles, car il entendra les réactions à la douleur du faux candidat, mais ne le verra pas gigoter sur sa chaise. Et pour cause : l’acteur sort de la capsule par un petit passage secret, dissimulé à l’arrière. Ce qui va se passer à partir de là plonge dans une certaine horreur…
“Désobéir ? Visiblement, c’est difficile pour un individu isolé, soumis à la pression, même d’une simple animatrice. Ils ne sont donc que 17 sur 80 à avoir osé se rebeller contre l’autorité. La situation de l’expérience est, bien entendu, artificielle et mérite d’être relativisée. “Ceci ne se produirait pas dans le cadre d’une entreprise où un individu, soumis à un ordre contraire à ses principes, pourrait toujours s’appuyer sur, par exemple, ses collègues pour refuser d’obéir.” Ici, l’individu n’a aucun recours. Il passe pour la première fois à la télé. Les caméras, les lumières, le public, tout l’impressionne. Et puis, il a confiance dans la production qui, pour l’inciter à aller plus loin, lui fait savoir, par l’intermédiaire de l’animatrice, qu’elle le décharge de toutes ses responsabilités… Le cobaye subit cinq degrés d’injonction. Si, à la cinquième, il continue à résister, le jeu s’arrête. L’expérience le considère comme un désobéissant.
“L’équipe de Jean-Léon Beauvois a introduit des variantes sur un petit échantillon des cobayes. Dans la première d’entre elles, l’animatrice se retire et confie la maîtrise du jeu au seul questionneur. Dès lors, sans la pression de l’autorité, le taux de désobéissance monte à 75 %. Deuxième variante : introduire un conflit entre deux autorités légitimes. Le scénario est le suivant : à 180 volts, une personne de la production fait irruption sur le plateau sur le mode “On arrête tout, ça dérape, c’est une catastrophe !” Tania Young, au contraire, insiste pour poursuivre le tournage. Le questionneur observe donc que quelque chose cloche. Il doit choisir son camp : l’animatrice ou la chargée de production…
“C’est ici l’une des différences majeures avec l’expérience de Milgram, lequel avait lui aussi introduit ce conflit entre autorités : en 1963, la désobéissance était massive. Aujourd’hui, les questionneurs ont continué à pousser les décharges en se rangeant aux ordres de l’animatrice Tania Young ! “Des situations qui produisaient le désordre n’en produisent plus”, constate le professeur Beauvois, tandis que Christophe Nick, l’auteur du documentaire, en déduit que “la télévision est mûre pour accueillir un jeu où le but consiste à tuer son prochain”. cf Le point, 24 fév10
  • une autre expérience inquiétante autant qu’intéressante, et dont on a tiré un film : La Vague (Die Welle) est un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008, très librement inspiré de « La Troisième Vague », étude expérimentale du fascisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d’avril 1967. Devant l’incrédulité de ses élèves de classe d’Histoire Contemporaine à comprendre l’asservissement de la population allemande devant les horreurs des nazis, Ron Jones décida d’en faire la preuve par la pratique et réalisa la Troisième Vague, expérience sur le fonctionnement de la dictature et la manipulation des foules. Durant la première semaine d’avril 1967, il décida d’instaurer des règles de discipline basées sur la communauté et de l’esprit de groupe. Il convainquit ses élèves de l’importance d’éliminer la démocratie en ce qu’elle peut stimuler les actes individuels. L’individualisme est une tare de l’esprit démocratique qui va à l’encontre de l’intérêt général résumé dans ces mots : « La Force grâce à la discipline, la Force grâce à la communauté, la Force grâce à l’action, la Force grâce à l’esprit de fierté ». L’expérience, prenant des ampleurs inattendues, a été arrêtée au bout de cinq jours.

  • Une attitude qui gagne du terrain, la désobéissance civile : La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. Le terme fut créé par l’américain Henry David Thoreau dans son essai Résistance au gouvernement civil, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique, à lire ici. Pour en savoir plus, consulter ce site


  • Un appel, et même un appel des appels, pour une nécessaire insurrection des consciences

    Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.
    Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.
    Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l’argent et la peur de l’autre,
    Face à la souffrance sociale que cette idéologie génère,
    Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses,
    Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles,
    Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures managériales et sécuritaires,
    Face à la désignation à la vindicte collective de citoyens toujours plus nombreux,
    Face à l’abandon progressif des plus fragiles parmi nous…
    Nous entendons lutter contre toute politique qui liquide les principes de droit et les valeurs de notre démocratie, issus des Lumières et du Conseil National de la Résistance.
    Charte de l’Appel des appels, 24 février 2009              http://www.appeldesappels.org 

Gestalt-thérapie et Urbanisme : l'homme et ses environs

by Fritz  (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

     Au cours de la soirée du 26 juin dernier à l’iGtb, dernière des 3 soirées consacrées cette année aux questions de formeétaient donc invités à dialoguer Jean-Marie Robine, fondateur et ex-directeur de l’Institut français de Gestalt-thérapie, et Christian Sallenave, sociologue spécialisé en architecture, ethnologie urbaine et anthropologie de l’espace. 

Hélène Chauveau, qui anime la rencontre, rappelle d’emblée la richesse de sens du mot « urbanité » ( du latin « urbs » : la ville), qui  renvoie à la civilisation  et au vivre ensemble.  Qu’est-ce qu’habiter l’espace urbain ? Quelle part est accordée au  citoyen dans l’aménagement des espaces où il vit ? C’est la réalité contemporaine de la ville, dans toutes ses dimensions, notamment la dimension politique, qu’il s’agit d’interroger. La gestalthérapie  prend-elle en compte cette problématique?

     L’évidence rappelée par Jean-Marie Robine est que l’être humain ne peut être appréhendé que dans son environnement, que l’on ne peut parler de l’un sans l’autre. L’architecture et l’urbanisme sont ce qui affecte le plus notre quotidien, affirmait Goodman que ces questions intéressaient à tel point qu’il en fit le sujet d’un livre, écrit en 1947 avec son frère, Percival, architecte : “Communitas”, encore non-traduit en français aujourd’hui. Sur les 3 utopies des frères Goodman, voir cet intéressant article de Bernard Vincent   L’utopie au secours de la ville : les fictions urbaines de Paul Goodman 

   La question de l’anthropologie de l’espace est au cœur des travaux de C Sallenave. Il a été amené à constater que la dimension anthropologique est trop souvent oubliée, l’inter–relation, ou interaction, négligée.  C’est pourquoi, par exemple, le Ministère de la Justice lui a demandé de participer à la réflexion concernant la création de centres fermés pour délinquants. Le lieu est destiné à « être vécu », c’est-à-dire « disputé , partagé, codifié ». Rattachant ce problème à la question anthropologique des rites de passage, C. Sallenave fait observer que ces derniers relèvent toujours d’une prise en compte de l’espace puisqu’ils sont toujours liés à l’idée de séparation, laquelle se traduit concrètement dans la différenciation des lieux où l’on se tient, selon le groupe auquel on appartient. ( Les enfants délinquants sont séparés, pas encore agrégés, donc dans la marge.)

C. Sallenave évoque ensuite une expérience menée avec des étudiants chargés d’effectuer un parcours en tramway, les menant de Saige Formanoir à Pessac jusqu’au Miroir d’eau à Bordeaux (trouvaille - en passe de devenir l’emblème du Bordeaux rénové- du paysagiste Michel Corajoud), afin d’observer le paysage urbain. Ils sont munis d’écouteurs branchés sur des MP3 : certains d’entre eux doivent écouter du rap, d’autres du jazz. Ces derniers, à l’arrivée, auront été plus sensibles à la variété des lieux traversés parce que, c’est en tout cas la thèse de C.Sallenave, l’absence de variation dynamique du rap, son uniformité rythmique, empêchent la perception de la diversité. Il n’y a pas de véritable compréhension du monde si on ne peut le percevoir dans sa globalité, si on isole un sens des autres. Cette spécialisation des sens n’est–elle pas à mettre en parallèle avec la spécialisation des espaces que l’on observe dans les structures urbaines d’aujourd’hui ? C. Sallenave soutient l’idée qu’il faut penser la ville en termes de « mixité d’usage ». Les lieux dévolus à une seule utilisation, une unique fonction ne correspondent pas à une perception plus globale de l’humain. On retrouve d’ailleurs cette mixité d’usage dans les calculs des investisseurs associant en un même lieu différentes affectations, aussi surprenantes par exemple que l’intégration d’une résidence pour personnes âgées dans la structure d’un stade.

C’est l’occasion pour Hélène Chauveau de souligner la dimension politique des questions d’urbanisme et d’articuler aménagement des villes et démocratie. Quelle est la place du citoyen dans les décisions qui affectent les lieux qu’il habite, où il circule, travaille, s’informe, se détend ? Peut-il participer aux choix dont les enjeux politiques et sociaux sont si importants ?

Pour C. Sallenave, il est clair qu’il ne faut pas abandonner cette question architecturale et urbaine aux seuls experts qui ont trop souvent une position de surplomb, ne pas leur laisser « le dernier mot ». Il rappelle la nécessité de toujours penser le mouvement. Dans l’espace d’abord, comme en témoigne la façon dont différents groupes de population se sont approprié le Miroir d’eau grâce à la facilité de déplacement que leur offrait le tram. Dans le temps surtout, qui permet l’évolution des lieux. Il  est fondamental, dans les questions d’urbanisme, de penser les transformations possibles ou la possibilité de transformationD’ailleurs l’aménagement urbain implique toujours la prise en compte de trois types d’espaces : espaces prescrits, interdits et possibles .

Jean Marie Robine indique qu’en effet, dans les interstices, dans la marge, il y a place pour l’utopie. Non pas celle, froide et technocratique des projets totalitaires, mais celle, vivante et libre de l’invention, ce qui la rattache à l’idée, chère à Goodman (voir article de B. Vincent) et aux gestaltistes, du processus et de l’inachèvement propres à la création. Ces notions ne sont-elles pas, au fond, tout aussi inséparables de la démocratie, toujours en voie d’élaboration, toujours à construire ?

Sur ce thème, voir la très intéressante initiative des riverains de la rue Paul Camelle à Bordeaux Bastide et leur étonnant et novateur projet de “rue-jardin” : un projet où les riverains cessent de -au mieux- se saluer poliment, pour réfléchir et oeuvrer ensemble, et devenir les acteurs responsables de la réussite d’un espace commun… cliquez sur ce lien pour en savoir plus (blog de ces habitants et petite vidéo concernant le projet)

http://ruejardin.blogsudouest.com/2009/04/24/la-demarche-des-riverains-de-la-rue-paul-camelle/

Et toujours sur ce thème, lire (et écouter) les textes poétiques et subtils (accompagnés de 2 CD d’entretiens) de Pierre Sansot Rêveries dans la ville, parus chez Carnet nord. L’auteur nous invite à le suivre au hasard de ses déambulations à travers la ville. Sa pensée vagabonde comme une conversation ininterrompue. La marche suscite la rêverie, la saisie de beautés secrètes et imprévues, mais aussi l’émergence de souvenirs. Pierre Sansot nous donne à lire sa façon d’habiter la ville : une oisiveté attentive à ce que le monde a l’obligeance de nous offrir. En ces temps de repli individualiste,  ces textes nous rappellent que notre vie ne s’épanouit  qu’au contact des autres. Et si le meilleur de nous -mêmes - notre liberté, notre capacité d’amour, d’émotions et de partage- résidait dans la fréquentation des lieux publics ?